‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 16 sur 367 · ORGANES DU MOUVEMENT · texte numérisé non relu

ORGANES DU MOUVEMENT

les passions violentes comme des actes d’une volonté fortement excitée, et alors il se trouverait des cas où celle-ci apfit même sur les muscles involontaires : les palpitations du cœur et des grands vaisseaux, la suspension même de leurs mouvements en sont des exemples. Ou sait que l’on peut empêclier ces accidents en modérant, par la sagesse, l’exaltalion des sentiments qui les occasionnent; la volonté a même, dans les maladies nerveuses qui paraissent avoir le moins de rapport avec les passions, du moins avec celles qu’on peut ressentir dans le moment, le pouvoir d’en empêcher les accès, lorsqu’on prend sur soi d’y résister avec fermeté.

L’action de la volonté surles muscles n’est donc pas immédiate ; elle dépend d’une action du nerf sur la libre, qu’il est au pouvoir du moi de déterminer, en vertu de cet empire à jamais incompréhensible que l’âme exerce sur lesystème nerveux : mais si ce rapport du moi avec le nerf est au-delà des bornes fixées à nos connaissances, il n’est pas impossible que nous découvrions un jour la nature du rapport du nerf avec la fibre qui ne peut être que purement physique, et de corps à corps.

Les expériences galvaniques rendent extrêmement probable que cette action s’opère par un fluide invisible, dont les nerfs sont les conducteurs dans le corps animal, et qui change de nature ou de quantité sur la fibre dans des circonstances déterminées.

Ces expériences consistent, comme on sait, à établir entre un muscle et le tronc des nerfs qui s’y rendent, une communication extérieure, au moyen d’une substance, ou d’une suite de substances qui s’étendent de l’une à l’autre. Les métaux ne sont pas les seuls qu'on puisse employer, et en général ces conducteurs ne sont pas exclusivement les mêmes que ceux de l'électricité. On a réussi quelquefois en laissant de l’intervalle dans la série des excitateurs (c’est le nom qu’on donne à ces substances étrangères); ce qui prouve qu’il y a une atmosphère qui les entoure.

A l’instant où le contact a lieu, le muscle éprouve de violentes convulsions; ces expériences réussissent sur le vivant et sur les animaux récemment morts, même sur les parties séparées du corps, absolument comme celles de l’irritabilité hallérienne, sans qu’il soit nullement besoin de corps pointus, ou de liqueurs âcres, et même dons des cas où ces moyens ont perdu leur effet.

Il est évident que les convulsions galvaniques ne peuvent être rapportées qu’à un changement d’état intérieur du nerf et de la. fibre, à la production duquel ces deux organes concourent. On a même, dans les sensations galvaniques qui arrivent sur le vivant, lorsqu’on établit la communication excitatrice entre deux branches nerveuses, la preuve que ce changement d’état peut avoir

lieu dans le nerf seul, soit qu’il consiste en un simple mouvement de translation ou en une décomposition chimique. La fibre serait donc simplement passive dans ces contractions : mais il faudrait toujours reconnaître qu’elle est la seule partie du corps constituée de manière à recevoir cette sorte d’impression de la part du nerf; car des nerfs se distribuent à une multitude d’autres parties sans leur communiquer la moindre apparence d’irritabilité.

Ainsi l’influence et le concours du nerfsont bien démontrés dans quatre des causes irritantes que nous avons établies plus haut; c’est-à-dire la volonté, les passions et maladies nerveuses, une action mécanique dirigée immédiatement sur le nerf, et le galvanisme, où l’on agit quelquefois sur la fibre.

Il reste un cinquième ordre de causes irritantes à examiner : celles qui agissent, lorsqu’on les applique immédiatement sur la fibre seule, c’est-àdire tous les stimulus extérieurs, comme des corps pointus, etc.; comme il n’y a aucune portion musculaire qui ne soit pénétrée par la substance nerveuse, il est dillicile de ne pas l’affecter en touchant la fibre, et il peut paraître probable que les contractions que celle-ci éprouve dans ce cas proviennent, comme dans tous les précédents, de l'influence du nerf dont le fluide intérieur aura changé d’état par l’action du stimulus. Un muscle arraché du corps conserve sans doute encore assez de portion nerveuse pour être quelque temps irritable, et. les muscles sur lesquels la volonté a perdu son empire par une paralysie ou parla ligature du nerf, peuvent également obéir aux stimulus extérieurs, parce que le nerf danscct état conserve la faculté de produire ou de transmettre le fluide qui doit faire contracter la fibre; car, comme nous ignorons absolument la manière dont la volonté agit sur les nerfs, nous ne pouvons pas prétendre que l’interruption de sou action doive être constamment accompagnée de l’interruption de celle que les nerfs eux-mêmes exercent sur les muscles.

Au reste, tout prouve que celte action du nerf sur la fibre n’emporte pas nécessairement conscience et sensation. Cela se voit par ces exemples de membres insensibles qui ne laissaient pas desc contracter sous l’influence des stimulus; par ceux des viscères, qui sont dans un mouvement continuel en nous, sans que nous nous en apercevions, et enfin par les expériences faites sur des fragments d’animaux : car il parait répugner aux notions que nous avons du moi, et dans l’unité de notre être, d’accorder des sensations à ces fragments, quoiqu’il faille avouer que nous avons plusieurs exemples d’animaux dans chaque partie desquels il sc forme, à l’instant même de leur division, un centre particulier de sensations et de

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