ARTICLE QUATRIEME. — TÈTE DES OISEAUX
de cette membrane que passent les nerfs optiques, l’ophlhalmique et les petits nerfs (le l’œil; mais à mesure que l’ossification fait des progrès, les parties rentrantes du frontal, les grandes ailes du sphénoïde et la lame verticale de Pelbmoïde se rapprochent et finissent par se réunir, de manière à neplus laisser que le passage des nerfs optiques, c|ui sc fait, alors le plus souvent par un trou commun au crâne et aux deux orbites, mais quelquefois aussi par deux trous séparés, tl est bien rare qu’il se montre un point d’ossification spécial qui puisse élrc considéré comme représentant l’aile orbitaire, ou autrement le sphénoïde antérieur : les canards m’ont seuls montré quelque chose qui pourrait s’y rapporter (1).
Revenons maintenant à la cavité tympanique. Nous avons vu qu’elle a une partie fixe, creusée au bas de chaque côté du crâne et bordée en dessus par le temporal, en arrière par l’occipital latéral, en dessous et en avant par le sphénoïde et un peu par sa grande aile. Le fond de cette cavité est formé par le rocher, qui ne se montre nulle part ailleurs en dehors du crâne.
La fenêtre ovale est, comme dans les reptiles, sur la jonction du rocher et de l’occipilal latéral qui contribuent l’un el l’autre à enceindre le vestibule. La fenélrc ronde, existe dans les oiseaux, et est tout entière dans l’occipital latéral aussi bien que le vestige du limaçon dans lequel elle donne entrée. Les canaux semi-circulaires s’étendent dans l’occipital supérieur et dans le latéral, et les cavités mastoïdiennes, l’une dans le sphénoïde au-dessus de la trompe d'Eustache, l’autre dans l’occipilal latéral, et la troisième ou supérieure entre cet occipital, le temporal et l’occipital supérieur. Mais il y a en outre au bord antérieur de la cavité tympanique un os mobile auquel s’attache lout le bord antérieur du tympan luimême, et qui est connu depuis longtemps sous le nom d’os carré (2). 11 sert, à la fois à compléter ce bord, à porter le tympan, et à faciliter les mouvements de la mâchoire supérieure. Son apophyse supérieure s’articule dans une facette creusée en
( i)M. Spix a bien connu ce point particulier/^. Cepha • Ivgenesis.
(a) Ce nom lui a été donne par Hérissant ( Mém . de V Acad des sc. 1748). Cet auteur le regarde comme analogue à la branche montante de la mâchoire inférieure qui serait distincte dans les oiseaux; mais il est clair, par ce que nous disons dans le texte, que cette analogie est fausse.
(3) M. Geoffroy a voulu voir dans l’os carré la réunion de l’os tympanique et du styloïde. C’est bien réellement l’analogue du premier; mais il 11e m’a jamais semblé offrir aucune trace du second.
(4) Acad, des sc., 1748. La raison d’Hérissant est quil lui trouve daus le pélican quelque ressemblance
avant et vers le haut de la caisse, sous le Lorcl inférieur du temporal et un peu sur la partie voisine du rocher. De là son bord, qui porte le tympan, descend comme un arc de cercle concave. Vers le bas, il se termine par la facette articulaire qui porte la mâchoire inférieure ; en dehors de cette facette s’articule l’os jugal. Le bord antérieur de cet os carré forme une apophyse libre qui donne attache à des muscles, et au-dessous de cette apophyse, un peu en dedans, s’articule l’os ptérygoïdien. La moindre comparaison avec les reptiles montre que cet os est le même qui, dans les serpents et les lézards, représente une espèce de pédicule de la mâchoire inférieure 5 qui, dans le crocodile et la tortue, est fixe, et forme une partie plus considérable de la cavité de la caisse; enfin qu’il est analogue à cet os de la caisse qui, dans les mammifères, commence par ne représenter qu’un anneau ou un cadre, mais dont l’ossification marchant toujours lui donne enfin la forme d’une coquille. On sait que cette pièce y demeure plus ou moins longtemps, stdon les espèces, séparée du rocher et du temporal écailleux, qui contribue avec le mastoïdien, et quelquefois avec le sphénoïde, à former les parois de la cavité de la caisse (0).
Pour peu que l’on compare les deux os qui composent l’arcade palatine des oiseaux avec leurs analogues dans les reptiles , on voit que le premier est le palatin plus développé, el le second le ptérygoïdien rapetissé. C’est ce dernier que Petit avait appelé l’os grêle , et que Pou a depuis nommé omoide, d’après Hérissant (4). Il s’articule souvent par une facette mobile, soit au corps même de l’os sphénoïde, comme dans les grandduc , soit à son apophyse antérieure, comme dans le canard. Il arrive dans certains oiseaux que les palatins se réunissent, soit dans une grande partie de leur longueur, soit à leur extrémité postérieure ; et, dans ce dernier cas, on voit souvent entre eux une lame verticale qui sc porte en avant et qui représente manifestement la partie inférieure du yomer (5).
avec une petite omoplate du lapin; mais cette ressemblance, fort peu exacte dans lepéiican, ne l’est pas du tout dans les autres oiseaux.
(5) J’ai déterminé le premier, à ce que je croisses os qui composent la boîte du crâne des oiseaux, excepté les grandes ailes et le rocher. [Leçons d’anat. comp., première édit., t. II.)
RI. Geoffroy est le premier qui ait donné une description détaillée de la face. (Ann. dit Mus., tome X, pl. XXV1L) lia parfaitement indiqué l’os inter- maxillaire, le maxillaire, le jugal, l’ethmoïde, le nasal, le lacrymal, le palatin; il a mieux déterminé le frontal qu’on ne s’y serait attendu, d’après son système erroné sur le frontal du crocodile. On doit croire que c’est par une
[Les os de la tète des oiseaux sont en général minces et consistants ; ils renferment presque tons du diploé et donnent accès à l’air, comme les os longs du squelette. Ils ont dans le buceros galcatus une solidité assez grande pour porter la corne épaisse et lourde qui revêt la proéminence de son bec. Ils sont très-épais dans les oiseaux do proie nocturnes et l'autruche, mais les cellules nombreuses dont ils sont creusés les rendent au moins aussi légers que ceux des autres oiseaux, l’air paraît s’introduire dans les cav.lés celluleuses du bec par des trous particuliers et non par les fosses nasales, et c’est par 1 oreille qu .1 pénètre dans tous les os qui environnent la cavité du tympan, c’est-à-dire dans le phénoide, dans les occipitaux et les temporaux, et peut etre de ceux-ci dans les pariétaux, dans les frontaux et même dans les lacrymaux , qui sont souvent tortement boursouflés. Lorsque les os du crâne et du bec sont très-ccliuleux , comme dans les toucans, les cigognes à poche, la boursouflure s’interrompt à l’endroit, où le bec se meut sur le crâne; et il en résulte une rainure transversale quelquefois assez profonde. ]
§ 2. De la tète considérée dans les diverses familles.
Les os qui composent le crâne des oiseaux se réunissent de très -bonne heure , et ce n’est que dans les très-jeunes sujets qu’on peut en apercevoir les sutures. [Il devient donc plus difficile de suivre, ainsi que nous l’avons fait dans les classes précédentes , le rôle que joue chacun des os dans les diverses familles; cependant la grande fixiLé du type dans toute la classe des oiseaux s’étend à l’ostéologie de leur tête comme au reste de leur organisation , et il en résulte que la description qui précède, prise en général du poulet, convient à peu près à la tête de tous les autres. On peut donc dire d’une manière générale que, malgré de grands changements dans la lormo, les rapports des os entre eux sont presque toujours les mêmes;
et il nous suffira , pour compléter cette partie de la huitième leçon , de signaler dans les familles et dans leurs principaux genres les variations les plus notables , soit dans la forme de la tête , soit dans les connexions de certains os.]
lo De la face.
[ Les os de la face varient beaucoup plus que ceux du crâne, et ils ne sont point fixes sur ce dernier comme dans les mammifères et les reptiles.]
La forme de l’os du bec est généralement la même que celle du bec lui-même, auquel il sert de moule ou de noyau : il représente plus ou moins exactement une moitié de cône ou de pyramide , dont la face convexe est en dehors et en dessus, et dont la face plane ou même concave tient lieu de palais. Nous ne nous arrêterons pas à décrire en détail les différents contours et les courbures diverses du bec : c’est un des objets de l’histoire naturelle ordinaire; [nous nous contenterons de dire quelcs uns, comme les perroqu ets cl les oiseaux de proie, ont le bec épais et robuste; les autres, allongé et pointu, comme la plupart des écl tassiers , quelques passereaux , les oiseaux mouches; d’autres, allongé et aplati, comme les spatules et les pélicans; ou aplati et court, comme les savacous, les canards; certains oiseaux l’ont droit ( les cigognes ) ; les autres, arqué ( les colibris, les ibis, les courlis, les calaos ); d’autres, coudé (les flammants ) ; les uns ont le bec presque aussi long et aussi gros que leur corps , léger et celluleux intérieurement (les toucans ) ; les autres ont des proéminences énormes, également celluleuses, appliquées sur le bec et sur le front (les calaos , le casoar do la Nouvelle- Hollande ) , etc. , etc. ]
La base de la face convexe du bec s’unit à l’extrémité antérieure du frontal, tantôt par une articulation mobile, tantôt en s’y soudant tout à fait, mais de manière cependant à conserver quelque mobilité, parce que la lame osseuse est plus
simple inadvertance qu’il a transféré le nom de basilaire au sphénoïde, puisqu’il avait déjà un vrai basilaire dans son occipital inférieur; il a aussi très-bien reconnu le rocher et les quatre parties de l’occipital; mais il s est gravement trompé en donnant aux temporaux le nom de pariétaux, et en prétendant voir des inter-pariétaux dans les vrais pariétaux, et des temporaux dans les pièces analogues des grandes ailes du sphénoïde. M. Oken a rectifié justement ces trois erreurs. {Isis» 1 8 1 8, deuxième cahier, p. 2<S3.) Enfin dans un autre mémoire pour trouver des analogues aux os pharyngiens supérieurs des poissons, il a voulu que le sphénoïde se laissât diviser horizontalement en deux lames; mais il s’est laisse tromper en ce point par une fracture d'autant plus facile à obtenir, que les trompes d’Eustaehe et les cellules tyrapaniques
occasionnent de grands vides dans l’épaisseur de cet os.
M. Spix, dans sa description de la tête des oiseaux ( Cephalog p. 24 et pl. IV, fig. r-4, ph VIII), détermine ses os comme moi; mais il croit que la subdivision du jugal représente le marteau et l'enclume chassés hors de la cavité de l’oreille. Il diffère beaucoup en ce point de M. Geoffroy, qui a cru retrouver dans l’osselet unique de l’oreille des oiseaux trois parties qui représenteraient, selon lui, les trois premiers osselets de l’oreille des mammifères, et qui a cherché l’analogue de l’étrier dans la lame cartilagineuse du limaçon. Selon M. Geoffroy, la plaque qui appuie sur la fenêtre ovale seraitl’os lenticulaire; mais c’est si bien l’étrier, que dans beaucoup d’oiseaux sa tige est percée à sa hase comme l’étrier des mammifères.