‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 180 sur 367 · Le palatin · texte numérisé non relu

Le palatin

T C’est un os assez compliqué et constant dans les mammifères , et qui se simplifie dans les ovipares. Les cétacés herbivores sont les seuls où on le rencontre partagé en deux pièces par une suture.

Il existe dans les oiseaux, où, par la manière dont il est articulé, il contribue aux mouvements du bec supérieur. On le retrouve encore dans presque tous les reptiles (excepté dans le pipa , les salamandres, etc.) : il est souvent armé de dents, comme dans les serpents. Dans les poissons , le palatin forme la pièce la plus antérieure de l'arcade palatino-tcmporale; il est fort mobile dans le plus grand nombre, et souvent il est aussi armé de dents ; mais dans les cartilagineux (squales et raies), il acquiert Une importance considérable, formant une grande pièce, hérissée de dents nombreuses, qui constitue à elle seule toute la mâchoire supérieure , et qui donne attache en arriéré à la mâchoire inférieure.]

m. Le vomer.

[Il existe dans tous les mammifères , sous la forme d’une lame entre les deux narines; mais il paraît très-peu et par exception au dehors. Dans les oiseaux, il est quelquefois composé de deux pièces longitudinales. Dans les reptiles, il se montre plus ou moins à la face palatine : on l’y voit beaucoup dans les tortues, un peu dans les caïmans. 11 parait également dans les sauriens, et est double dans les serpents eL dans les batraciens, où il porte souvent une rangée de dents. Dans les poissons, le vomer est toujours très-apparent au dehors, en dessous et à l’extrémité antérieure du crâne, et il est souvent hérissé de dents nombreuses.]

3°. Os qui , n’existant pas dans l’Iiomme, se rencontrent dans les mammifères et dans les autres classes.

n. L’inter-pariétal.

11 existe dans certains mammifères un os parti-

culier, occupant la place que tient dans les autres l’angle lambdoïde de l’occipital, et intercalé entre cet os elles deux pariétaux. Cet os, déjà indiqué en 1599 dans le cheval, par Ruini (1), avait été assez négligé par les anatomistes.

Il parait que M. de Goëthe , le célèbre poete , est celui qui en a fait le premier l’objet de son attention, dans des notes communiquées en manuscrit à MM. Lodcr cl Sœmmering; M. Merrem a décrit et représenté celui de la souris, dans ses Mémoires de zoologie (2) , et M. N. Meyer lui a imposé le nom d’os transversum, dans son Prodromus anatomes murium (3), où il le représente aussi d’après la souris.

Jl. Meckel a donné des indications sur ceux de quelques rongeurs et de quelques marsupiaux, dans ses matériaux pour V Anatomie comparée, auxquelles il ajoute ceux de quelques ruminants, dans une note de sa traduction de mes Leçons d’ Anatomie comparée (4).

Lorsqueje commençais à m’en occuper dans le cours de mes recherches , je lui donnai le nom de pariétal impair, et c’est ainsi que je l’indique depuis longtemps dans mes cours et dans le cabinet que je dirige ; mais comme il est double dans les fœtus de certaines espèces, M. Geoffroy a mieux aimé l’appeler inter ■pariétal (5). J’adopte cette dénomination (6). C’est le même os dont M. Gotbelf Fischer a fait dans les rongeurs l’objet d’un programme particulier, avec figures. De osse epactali siva Gothiano (7).

Il s’agit d’abord de savoir s’il existe dans l'homme. La plupart des auteurs ont. cru en retrouver l’analogue dans les os yormiens ; mais ces petites pièces, placées accidentellement , sans régularité et sans symétrie constantes, ne peuvent être le type d’un os aussi régulier et (l’une figure aussi fixe dans les espèces qui le possèdent. A la vérité , on trouve quelquefois un os vormien et même deux à la pointe lambdoïde, mais tout aussi irréguliers que les autres (8). Il en naît d ailleurs également dans des sutures très-différentes de la lambdoïdienne. J’en ai vu, par exemple, plusieurs fois à la pointe des ailes temporales du sphénoïde ; je possède un crâne où il s’en trouve un au point de réunion des pariétaux et du frontal, quatre fois plus grand que ceux qu’a représentés Vandœveren, Obs. acad., pl. 7 ; d’ailleurs, daus les animaux, la présence de l’inter-pariétal n’exclut pas toujours celle des os vormiens.

(1) Anat. del cavallo, p. 18 et 57, fig- 8, 2.

(2) Page 59, pl. 2, fig. ii-

CS) Jéna, 1800, p. i5, fig. 6, 8. v

(4) Tora. II, p. 24.

(5) Geoffr. Ann. mus. t. X, 249 et

(6) Je ne m’arrête pas à l’objection de M. Ulrich, que cet os ne sépare pas les pariétaux ( de sensu et signij.

oss. capitis, p. 8). Il sépare leur partie postérieure, et dans la suite il les unit; mais il les unit parce qu il est entre eux.

(7) Moscou, 1811. In-fol.

(8) Voyez surtout les exemples décrits par Vaudoeveren. Obs. acad.3 p. 187 et 188.

On en trouverait la trace avec un peu plus d’apparence dans les divisions observées dans l’occipital supérieur des foetus humains pendant les premières semaines de la conception. On ne voit d’abord que la partie inférieure de cet occipital supérieur étendue en travers et divisée verticalement en deux parties latérales. Il paraît ensuite deux autres pièces qui doivent en former la partie supérieure ; les deux premières sont soudées avant les deux autres, enfin le tout se réunit, en uneseule pièce, où l’on ne voit de reste de la division que trois fissures ; l’une vers l’endroit qui s’aiguisera pour devenirl’anglelambdoïde; les deux autres aux endroits où finit de chaque cillé la suture lambdoïde. Ces trois fissures, si elles étaient prolongées, se réuniraient à peu près où est l’épine occipitale (1). Mais dans l’homme, toutes ces parties sont soudées avant que le fœtus ait trois mois de conception. Un foetus de trois mois a déjà son occipital supérieur d’une seule pièce; de plus, tant que la direction des fibres est sensible dans les os du crâne, on voit que celles de l’occipital partent d’un seul centre qui est à l’endroit de l’épine. On est donc disposé à croire que les séparations que l’on obtient à des époques si reculées dépendent du peu d’adhérence que les fibres ont contractée, plutôt que de la multiplicité des centres d’ossification. Enfin, ce qui semble exclure toute idée d’analogie, c’est que dans tous les animaux qui la possèdent, sans aucune exception, l’interpariétal s’unit de bonne heure avec les pariétaux pour former avec eux un os impair longtemps avant que cet os s’unisse à l’occipital (2). Il ne tronque d'ailleurs pas toujours la pointe de l’occipital ; dans le cheval, par exemple, cette pointe entre dans une échancrure de l’inter-pariétal ; dans le lièvre, elle avance entre deux très-petits in ter-pariétaux.

Il s’en faut de beaucoup que cet os soit particulier aux rongeurs et aux ruminanls; ainsi le rapport indiqué par M. Meckel, dans la note déjà citée, entre les dents do ces animaux et celles des fœtus humains, rapport en lui-même fort douteux, ne serait nullement renforcé par cette circonstance.

L’iuter-pariétal n’existe pas plus dans les singes que dans l’homme, bien qu’ils aient quelquelois comme lui des os vormiensu l’une ou à 1 autre extrémité de la suture sagittale. Il n’y en a pas

(i) V. Meckel, Matériaux pour l’anatomie comparée, i, 2e cahier, p. 36 et suiv. J’ai vérifié ce que j’avance dans le texte, mais je n’ai pu reconnaître d’une manière constante les pièces latérales que M. Meckel a encore trouvées à l’occipital supérieur du fœtus de i4 » i6 seinaiues de conceptiou. V ’. aussi Kerkring. Osteol. Jcetuum, pi. 36, fig. 2. Cette figure représente bien le résultat de mes observations.

non plus dans les makis. J’en trouve un trèsgrand, rond et simple, dans la jeune roussette 7 et un encore plus grand et double dans le noctilion ; j’ai cru en apercevoir des traces dans d’autres chauves-souris. Le galéopithôque jeune a un grand inter-pariétal allant transversalement d’un temporalà l’autre derrière les deux pariétaux, comme dans les souris, et un petit en avant de la suture sagittale. Les deux pariétaux, et les deux interpariélaux s’unissent promptement en un seul os. Il n’y en a point dans la iaupe7 ni dans les muscaraignesj ni clans le scalope , ni datas les desmans 7 ni dans les tenrecs 7 ni dans le hénsson (il est vrai que je n’ai pas observé ce dernier très-jeune). Il n’y en a ni dans les chiens 7 ni dans les ours7 ni dans les ratons 7 ni dans les grisons 7 ni dans les blaireaux . ni dans les coatis 7 ni dans les martes ? ni dans les mouffettes 7 ni dans les loutres 7 ni dans les genettesj ni dans les civettes 7 ni dans les mangoustes 7 ni dans les hyènes. Le genre des chats se distingue des autres carnivores par un petit interpariétal triangulaire qui se soucie bientôt aux deux pariétaux, en sorte que la suture sagittale disparait promptement en arrière. Je n’en trouve pas dans les phoques. Il n’y en a poin^ claus les sarigues proprement dits ou d’Amérique; mais l’occipital supérieur, qui se porte bien en avant de la crête, pourrait avoir fait illusion à des observateurs peu attentifs (3). Je n’en trouve pas non plus dans les dasyures .

Les péramèles en ont un en forme de chevron élargi aux deux bouts , et qui est comme une épiphyse de la crête occipitale. Les phalangcrs l’ont assez grand et triangulaire, ou demi-circulaire, allant souvent d’un temporal à l’autre. Le phalanger nain l’a en rectangle comme le rat et la souris. Dans les kanguroos 7 il est petit et en forme clc chevron. Il n’atteint pas les temporaux. Je ne .le retrouve pas dans le kanguroo-rat. Le phascolo me l’a petit, et s’unissaut de bonne heure aux pariétaux qui ne conservent ainsi pendant quelque temps de suture qu’en avant.

Cette propriété de l’iiiter-pariélal de faire réunir de bonne heure les pariétaux en un seul os entre eux et avec lui-même, se remarque surtout dans les rongeurs 7 les ruminants et les solipèdes. Tous ces animaux out l’intcr-pariétal et souvent ils l’ont double, et dans tous, il n’y a bientôt qu’une pièce entre les frontaux et l’occipital. Cepen-

(2) M. Wiedemann dit à la vérité qu’il se soade plus ou moins vite à l’occipital, Arch. de zool t. I, p. 5o; mais c’est une erreur. M. Wiedemann dit lui-même le contraire de celui du cheval dans une note sur sa. trad. d’Harwood , p. r o.

(3) C’est ainsi que j’explique ce qUe M. Meckel dit de celui des didelphes sans distinctions. Trad. de mes leçons d’anat. comp., II, p. 2 5.

ARTICLE SIXIÈME. — RÉSUMÉ

dont celte réunion prompte des pariétaux se fait aussi sans cetle circonstance , par exemple , dans Yoryclêrope, dans les cochons, etc. Je dis que les rongeurs ont généralement l’inler-pariétal, mais c’est dans leur jeunesse; il y disparaît par son union avec les pariétaux; on aurait peine à le voir dans des marmottes , des lièvres , ^etc., t ge moyen (1). Les porcs-épics l’ont, et meme grand, quoiqu’on le leur ail contesté (2). Vurson jeune l’a non-seulement très-grand, mais double. Je le trouve double aussi dans de jeunes castors, dans des fœtus de pacas et d’autres sous-genres. L’oyeaye l’a comme les rongeurs ordinaires; c’est dans les rats, les rats d’eau, etc., qu’il est le plus grand.

Je remarque dans plusieurs espèces qu’il diminue de grandeur avant de disparaître par sa soudure avec les pariétaux. Le spalax d’Orient est le seul rongeur où je n’aie pu voir de trace d’inter-parictal , mais on le découvrirait peut-être dans le fœtus. Le lièvre proprement dit, où il disparaît extrêmement vite, l’a cependant, à l’état de foetus, divisé en deux pièces très-petites. Je ne le trouve dans aucun édenté, bien que M. Wiedemann l’ait attribué aux paresseux, mais à tort. Cependant je ne voudrais pas répondre qu’il n’existât dans le jeune âge de Voryctérope. Parmi les pachydermes, l’inter-pariétal manque à l'éléphant, à l'hippopotame, au cochon. Il existe dans le daman, le rhinocéros et le cheval; dans ce dernier , il est d’abord double. L’analogie me le fait admettre dans le tapir ; mais je n’ai observé que des individus ou il avait disparu.

On peut regarder comme certain que tous les ruminants ont, à une certaine époque , un interpariétal double, échaucrant en demi-cercle le bord postérieur des pariétaux; mais dans plusieurs espèces, telles que le chameau et le taureau, il disparait avant la naissance. Dans toutes il disparaît de bonne heure après, et dans plusieurs chaque moitié de l’inter-pariétal s’unit au pariétal de sou côté, avant que les quatre os n’en fassent qu’un seul. Je trouve aussi un inter-panetal dans tous les fœtus de cétacés ; mais il paraît que, dans ces animaux, il s’efface de bonne heure.

[L’inter-pariétal n’existe pas dans les oiseaux, ni dans les reptiles. L’absence de cet os dans ces deux classes serait peut-être une raison pour le regarder comme manquant également aux poissons, et, dans ce cas, l’os auquel nous avons donné ce nom serait l’occipital supérieur, auquel il ressemble souvent beaucoup. Mais il faut considérer que, le plus souvent aussi, cet os séparé entièrement les pariétaux l’un de l’autre, et qu’il s’avance même entre les frontaux *, et qu il

(1) C’est mal à propos que M. Meekel dit qu il subsiste toute la vie daus les rongeurs. Loc cit.» p. 24 et 25.

(2) C’est ce qu’a lait M. Meekel , Loc. cit. p. 25.

y a même des poissons où il a tout à fait abandonné les occipitaux, et se trouve en avant entre les frontaux et les pariétaux 5 endn qu’il y a toute une famille (les silures) où il s’unit de très-bonne heure en une seule pièce avec les pariétaux.]

o. V inter-maxillaire.

[On a vu que cet os ne se distingue du maxillaire dans l’âomflie que par une petite fissure mais qu’il n’en est jamais entièrement séparé. Il l’est au contraire presque toujours dans le plus grand nombre des vertébrés, et il J pi cm i ans certaines classes une importance plus grande que celle du maxillaire lui-même. On le trouve dans tous les mammifères, sauf peut-être quelques chauves-souris, et il porte, quand il y en a, les dents incisives : il est double dans toute cette classe. Bans les oisoaux, il acquiert un développement considérable aux dépens du maxillaire, puisqu’i fait la plus grande partie de l’os du bec. Il s articule d’ailleurs au frontd’une manière particulière, que nous avons indiquée. Dans les'reptiles , où il est moins développé, il reprend sa place accoutumée au bout du museau, tantôt armé, tantôt dépourvu de dénis ; il est souvent simple, et souvent aussi il existe seul,. le maxillaire ayant disparu. Dans les poissons cartilagineux, il suit le sort du maxillaire; mais dans les osseux, il prend une plus grande importance., puisqu’il y forme souvent presque tout entier le bord du museau, qu’il y est doué d’un mouvement indépendant, et qu il y est communément le seul des deux os qui soit armé de dents.]

4» Os spéciaux ou particuliers à certaines classes ou même à certains genres.

[Dans les mammifères. — On ne trouve guère , appartenant à cette catégorie, que l’os du groin des sangliers, et l’os inter-nasal de l'unau, dont nous avons parle page 523.

Dans les oiseaux. — Il y a : le sourcilier, des oiseaux de proie diurnes. On peut aussi ranger dans cette classe l’os de la nugue du cormoran , qui s’articule par ginglyme sur un tubercule de l’occipital. .

Dans les reptiles et dans les poissons. — Il y a : l’os transverse, et le sourcilier. Le premier est un os important, qui unit en général l’arcade palatinoptérygoïdicnne aux côtés du crâne ou du museau, et qu’on peut aussi regarder comme l’analogue soit de l’apophyse ptérygoïde externe du sphénoïde, soit d’une portion du palatin. Cet os manque dans les tortues et dans les batraciens , mais il existe dans les autres sauriens , dans les ophidiens , et dans les poissons , où il entre dans la composition de l’appareil palatin et ptéiygo-tym-

panique. Le sourcilier se rencontre dans des sauriens, dans des serpents et dans des poissons.

Dans les reptiles seulement. — On trouve l’os columelle de la plupart des sauriens, que nous avons décrit à l’article de ces animaux , et qui manque dans les crocodiles, dans les caméléons, et dans tons les autres reptiles.

Dans les poissons seulement. — On trouve, appartenant à celte catégorie : les os sous-orbitaires, que nous avons décrits ci-dessus, page 597 ; les os sur-temporaux, que nous avons décrits à la meme page; les os opère ulaires , que nous avons décrits page 399 ; le symplectique , pièce de l’appareil ptérygotympanique , et qui se trouve décrit à la page 598.]

§ 2. Généralités sur Vensemble de la tête .

A. Le crâne est-il une vertèbre ou un composé de trois ou quatre vertèbres ?

La base du crâne est constamment formée dans l’embryon de deux os impairs placés à la suite l’un de l’autre, savoir, en commençant par l’arrière : le basilaire et le corps du sphénoïde postérieur. Chacun de ces os en a sur ses côtés deux autres qu’on pourrait appeler ses ailes.

Celles du basilaire sont les os condyloïdiens ; ils présentent chacun le condyle pour l’articulation avec l’atlas, et remontent pour entourer la moelle et se toucher l’un l’autre au-dessus d’elle. L’analogie de ces trois pièces , le basilaire et les deux condyloïdiens, avec les trois pièces de l’atlas, son corps et les deux moitiés de sa partie annulaire , est très -sensible. Le basilaire et le corps de l’atlas servent également à supporter la moelle épinière; les condyloïdiens et les deux moitiés de l’anneau de l’atlas à la couvrir. Les condyles sont représentés par les facettes articulaires, au moyen desquelles l’atlas s’unit à l’axis. Le trou condylien, qui laisse passer les nerfs de la neuvième paire, a quelque rapport avec le trou de l’atlas qui laisse passer le premier nerf cervical, et la première courbure de l’artère vertébrale. On a aussi trouvé quelque rapport entre l’apophyse raastoïde qui , dans la plupart des animaux, appartient à l’occipital, et l’apophyse transverse de l’allas et des autres vertèbres; sur quoi il faut remarquer que ces rapports sont moindres dans l’homme à certains égards que dans les quadrupèdes, puisque l’atlas n’y a ordinairement qu’une échancrure pour le passage de l’artère et que l’apophyse mastoïde y appartient entièrement au rocher.

Ces ressemblances étaient naturelles à attendre dans la partie de la tête placée à l’extrémité de la colonne vertébrale, et dont les fonctions sont en effet analogues à celles des vertèbres, puisqu’elle laisse passer comme elles le grand tronc médul-

laire. Ainsi, il est très-vrai que le basilaire et les deux condyloïdiens forment ensemble un anneau adhérent à la tête qu’il supporte , et ressemblant en général aux autres pièces de la colonne vertébrale. On pourrait même comparer l’occipital supérieur aux apophyses épineuses qui, dans certains animaux, naissent par des points d’ossification particuliers , et restent quelque temps distincts du reste de la vertèbre; cependant il y aurait déjà ici une grande différence de structure et de fonction.

Mais de ce que la tête s’articule à l’épine par des pièces qui ressemblent à celles qui forment l’épine elle-même, ce n’est pas une raison de dire que la tête tout entière peut être considérée comme une vertèbre développée. Aucune des autres parties de la tête ne pourrait se trouver même en vestige ou en germe dans aucune vertèbre.

En avant du basilaire se trouve le corps du sphénoïde postérieur, aux côtés duquel adhèrent les deux ailes temporales ou grandes ailes. On a aussi cherché à représenter ces trois pièces comme formant une vertèbre avec les deux pariétaux (1). Il reste en effet encore quelque analogie , mais beaucoup plus faible, tandis queles différences deviennent plus fortes. Le corps du sphénoïde a bien l’air d’une répétition du basilaire, mais ayant une autre fonction, il prend aussi une autre forme, surtout eu dessus, au moyen des apophyses clinoïdes postérieures ; et dans les premiers temps du fœtus il n’est pas composé d'un seul noyau , mais de deux, qui ont longtemps entre eux de simples cartilages (2). Ses ailes diffèrent beaucoup plus encore et des deux coudyliens, et des deux pièces qui forment la partie annulaire des vertèbres. A la vérité, le trou ovale n’est quelquefois qu’une échancrure ; mais le plus souvent il est entouré d’os , et par conséquent un vrai trou. Il en est de même du trou rond toutes les fois qu’il est distinct du sphéno-orbilaire ; or lesverlèhres proprement dites ne laissent passer les nerfs que par les intervalles qui existent entre elles et les autres vertèbres, et non par des trous particuliers. Dans tous les cas, on ne pourrait regarder cette vertèbre comme annulaire, ni supposer que les pariétaux en forment le complément; d’une part, ce serait une composition différente de celle des autres vertèbres, puisque l'anneau serait formé de cinq pièces et même de six , en comptant l’interpariétal ; de l’autre , il arrive dans plusieurs animaux que les ailes temporales du sphénoïde n’atteignent pas au pariétal , parce que le temporal va toucher au-dessus d’elles , soit au frontal, soit au sphénoïde antérieur. Ainsi les pariétaux sont

(i) Oken.

(a) Voj. Kcrkriug, Osteog. fœtuum., pl. 34, fig. 3 et 4-

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tics pièces indépendantes du sphénoïde postérieur, des pièces particulières qui ont une destination particulière, celle de servir de bouclier à la partie moyenne et postérieure des hémisphères, tout comme les grandes ailes ont celle de servir de support aux lobes moyens dans lesquels ces hémisphères se terminent vers le bas.

Les apophyses pléryfloïdes externes qui, dans tous les mammifères où elles existent, font partie des grandes ailes, ne pourraient , dans le système qui fait une vertèbre du sphénoïde, être comparées qu’aux apophyses transverses; mais ici les resles d’analogie que présentaient encore les apophyses mastoïdes, quand elles sont dans l’occipital, échappent entièrement. Il n’y a nul rapport entre les muscles qui s’attachent aux apophyses ptérygoïdes, et ceux qui unissent entre elles les diverses parties de l’épine. Quant aux apophyses ptérygoïdes internes , ce sont fort souvent des os séparés qui appartiennent à la face et non pas au. crâne; toutefois, il est des animaux où ces apophyses ne sc distinguent, à aucune époque, du corps de l’os.

En avant du sphénoïde postérieur est le sphénoïde antérieur qui porte la commissure des nerfs optiques et leur fournit à chacun un trou pour sortir du crâne : entre lui et le sphénoïde postérieur est toujours une fente ou un trou commun aux deux os, le sphéno-orbitaire, par lequel passent les nerfs de la 5° , de la 4e et de la 0e paire, la première branche de la 5°, et très-souvent la 2° quand le trou rond se confond avec lui. L’on a voulu aussi considérer le sphénoïde antérieur comme une vertèbre dont les frontaux compléteraient la partie annulaire, et où la position du trou

sphéno-orbitaire entre les deux sphénoïdes répondrait assez aux trous inter-vertébraux ordinaires. Mais la composition du sphénoïde antérieur luimême est toute différente de celle des deux os, dont nous avons parlé avant lui , et de celle d aucune vertèbre. Il n’est jamais , dans les mammifères, formé de trois pièces, mais seulement de deux; ce sont proprement des anneaux osseux pour les nerfs optiques , qui par suite dii temps se rapprochent et se soudent entre eux; la suture est toujours au milieu, et tant que l’ossification n’est pas complète, il n’y a entre les deux anneaux que du cartilage, dans lequel il ne se forme pas de troisième noyau (1).

Ce que j’ai dit des pariétaux s’applique aux frontaux considérés comme complément du sphénoïde antérieur; leur fonction est relative à toute autre chose, à la protection des lobes antérieurs du cerveau et à l’enchâssement de l’elhmoîde; et quoique le sphénoïde antérieur n’en soit jamais séparé dans les mammifères comme le postérieur l’est souvent des pariétaux, il lest presque toujours dans les autres classes , en sorte qu’alors l’anneau vertébral serait aussi interrompu (2).

B. Résumé sur le plus ou moins de fixité de la face dans les vertébrés à poumons.

Dans tous les mammifères terrestres, sans exception, toutes les parties de la face, c’est-à-dire les nasaux, les inter-maxillaires, les maxillaires supérieurs, le vomer, les palatins, les ptérygoïdiens, les caisses, sont attachés au crâne par des sutures fixes, et ne peuvent être mus ni par des muscles , ni par une action extérieure. Dans les cétacés , la

(i) Voyez, Kerkring, Osteogen. fœtuum. , pi. 35, fig. 2.

(a) Les rapports de la cavité du crâne avec celte de l’épine ont été indiqués en passant par P. Frank, devertebralis columnœ in morbis dignitale oralio acadetmca. Pavie, 1 791 , in-8°.

M. Kielmeyer, dont les idées ingénieuses, toujours communiquées verbalement malgré les prières de ses amis, et le plus souvent exagérées par ses élèves, ont donné lieu à la plupart des spéculations dont se compose en Allemagne la philosophie de la nature, a souvent annoncé que dans une vertèbre on pourrait reconnaître comme une tête entière.

M. Burdiu, Cours d'études médicales, Paris, iSo3, t. i, p. 16, a considéré la vertèbre comme le fondement et l’archetype de tout le squelette, et la tête, comme la plus élevée des vertebres.

M. Auteurieth a regardé la tête comme le pôle opposé au bassin et comme une répétition de 1 abdomen et dn thorax.

M. Oken, Programme sur la signification des os du crâne , Jcnn, 1 807 , a établi que le crâne se compose

essentiellement de trois vertèbres , à laquelle il faut en ajouter une quatrième qui est le vomer.

M. Duméril, dans un mémoire IuàTInstitut en 1808, ( N a gaz. encyclop. 1808, t. 3, p. iî5), a montré les rapports de l’articulation de la tète sur l'atlas avec l’articulation des vertèbres entre elles, et ceux des muscles proprès à la tête avec les muscles qui unissent entre elles les parties de l'épine; il en conclut que la tête peut être considérée comme une vertèbre.

[M. de Blainville partage le crâne en quatre vertèbres, qu’il rattache à l’organisation du cerveau et qu’il considère comme affectées chacune à l’exercice d’an sens. La vertèbre gustative se compose du basilaire et des ocefpitaux; la vertèbre acoustique du sphénoïde postérieur et des pariétaux ; la vertèbre optique du sphénoïde antérieur et des frontaux; la vertèbre olfactive du vomer, de l’ethmoïde et des nasaux.

Plusieurs auteurs allemands, et M. Geoffroy, ont aussi publié de nombreux travaux sur la division du crâne en vertèbres. M. Cuvier en a déjà donné, dans le 1er vol . de Vllist. nat. des poissons , un extrait détaillé et auquel il a joint des remarques et des observations. ]

caisse unie au rocher forme une pièce détachée du crâne, et suspendue sous une voûte formée par les os voisins. Cette pièce ne s’unit, même jamais au temporal écailleux, auquel la caisse et le rocher se sondent d’assez bonne heure dans les antres mammifères. Les crocodiles et les tortues présentent la meme fixité dans toutes les parties delà face; leur caisse est enchâssée entre les autres os, comme toutes les pièces dans lesquelles se démembre le temporal ; leurs palatins et leurs ptérygoïdiens sont fixés autant que dans aucun mammifère. Dans les lézards et les orvets, la fixité a lieu pour les maxillaires , les ptérygoïdiens et tout l’appareil de la mâchoire supérieure, bien que les ptérygoïdiens ne soient pas, comme dans les crocodiles et les tortues, enchâssés et inhérents à la masse du crâne; les caisses seulement n’étant retenues, dans le haut au temporal, au mastoïdien et à l’occipital latéral, et dans le bas du côté interne à l’extrémité du ptérygoïdien, que par des articulations plates et des ligaments lâches, seraient susceptibles de quelque mobilité, mais qui n’influerait, point sur celle de la face. Les serpents doubles marcheurs ou à face fixe ne diffèrent point des lézards à cet égard. La cécilie a même toutes les parties de la face plus complètement fixées entre elles et avec le crâne qu’aucun autre vertébré. Dans les batraciens, le tympanique, bien que grêle, est encore mieux fixé que celui des lézards parla manière dont il s’articule avec le ptérygoïdien, et dans les grenouilles avec le jugal. La syrène, à la vérité, manque de ces deux os; mais sou tympauique est engrené avec les os du crâne par une suture dentée, en sorte qu’il n’a point de mobilité propre; le reste de la face , les inter-maxillaires , et palatins , est entièmcnl fixe.

Dans les oiseaux, le plus ou moins de mobilité dépend de la manière dont les inter-maxillaires et nasaux se joignent avec le frontal. Toute la partie postérieure et inférieure du bec s’appuie

extérieurement par les os maxillaires supérieurs et les jugaux, et intérieurement par les palatins et les ptérygoïdiens sur l’os tympanique, qui luimême s’articule d’une manière parfaitement mobile dans une fossette à laquelle prennent part le temporal, le sphénoïde, la grande aile et le rocher. Ainsi, quand l’articulation des nasaux et de l’intcr-maxillaire avec le frontal est un ginglyme, comme dans le perroquet, la mobilité de haut en bas est parfaite. Elle l’est moins quand U n’y a que l’élasticité des lames articulaires qui s’y prête, comme dans les gallinacés. Il n’y a jamais de mouvement latéral.

Dans les serpents proprement dits non venimeux, la longueur des mastoïdiens et leur mobilité sont extrêmes, ainsi que celle des tympaniques; les maxillaires et les palatinset ptérygoïdiens ne s’articulent que par an point d'une manière lâche aux frontaux antérieurs ; les ptérygoïdiens gjissent comme dans les oiseaux contre une facette du corps du sphénoïde, en sorte qu’il y a dans toutes les parties de la mâchoire et du palais , l’inter-maxillaire impair excepté : 1<> un mouvement horizontal d’arrière en avant, et d’avant en arrière; 2° un mouvement horizontal de droite à gauche, qui écarte ou rapproche les extrémités antérieures des maxillaires; 5“ un mouvement de bascule de haut en bas, plus libre que celui des oiseaux. Les frontaux antérieurs, les nasaux, les vomers restent fixes.

Ces mouvements, et surtout celui de bascule, sont beaucoup plus marqués dans les serpents venimeux ; toutes les parties de la mâchoire peuvent s’y écarter en divers sens et d’une manière très-frappante. C’est ainsi que l’on est conduit au double mouvement qui a lieu dans les poissons : balancement de dehors en dedans , et de dedans en dehors pour l’arcade palatine, ptérygoïdienne et tympanique, et mouvement de bascule et de prôtraction pour les inter-maxillaires et les maxillaires.

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