DE L’ORGANISATION DG SYSTEME NERVEUX EN GENERAL
Les nerfs, et le tronc commun auquel ils aboutissent tous, c’est-à-dire la moelle de l’épine et l’encéphale, sont l’organe commun et intérieur des sensations et de la volonté.
[Us ont aussi sous leur dépendance l’action intime des organes pour la nutrition et pour les fonctions qui s’y rapportent.
Les sensations ont pour agents un certain nombre de nerfs spécialement conducteurs de la sensibilité, et doués d’une action qui va de la circonférence au centre. La volonté transmet ses déterminations par un certain nombre de nerfs spécialement conducteurs du mouvement, et doués d’une action qui va du centre à la circonférence. Les appareils de la vie végétative sont pourvus de nerfs également spéciaux qui, en tant que conducteurs de mouvement, ne sont pas soumis à l’empire de la volonté, et en tant que conducteurs de sensibilité ne transmettent de sensation au centre des perceptions que dans des circonstances particulières.
Ces trois ordres de nerfs sont unis entre eux de la manière que nous indiquerons dans la suite.]
Quelque action que les corps extérieurs exercent sur le nôtre, nous n’en avons le sentiment qu’autant que les nerfs qui se terminent à la partie qui reçoit cette action remontent librement jusqu’à la moelle de l’épine, et par suite au cerveau.
Si on lie ces nerfs, ou qu’on les coupe, toutes les parties auxquelles ils se rendent deviennent insensibles, quelque voisine que soit du cerveau la ligature ou la section.
Ainsi, si on lie ou qu’on coupe la moelle ellemême dans le cou, tout le corps devient paralytique et insensible, quoique les viscères puissent conserver quelque temps leurs mouvements , à cause qu’ils reçoivent une grande partie de leurs
nerfs immédiatement du cerveau ; enfin une compression générale du cerveau supprime sur-lechamp toute espèce de sensation.
Ces observations ont fait naître l’idée du sensorium commun, ou d’un centre auquel aboutissent les impressions de tous les nerfs, et qu’on suppose dans le cerveau.
Mais il y a plusieurs animaux dans lesquels cette union d’une branche de nerfs avec leur tronc commun n’est pas nécessaire pour produire le sentiment : on peut, par exemple, enlever entièrement le cerveau d'une tortue, d’une grenouille, sans que ces animaux cessent de montrer par leurs mouvements qu’ils ont encore des sensations et une volonté.
[Cependant, d’après les belles expériences de M. Flourens, pour que la vie se conserve un peu longtemps dans le corps des animaux décapités, il faut que le nerf pneumo-gastrique ait été conservé dans le tronc de la moelle épinière, car c’cst à l’origine de la huitième paire qu’est situé le nœud de la vie animale. D’ailleurs quelques auteurs ne pensent pas que, dans ce cas, l’animal ait véritablement conscience de l’action des corps extérieurs, et que les mouvements qui suivent celte action soient commandés par la volonté. Ils se fondent sur l’existence de deux ordres de nerfs doués de fonctions distinctes, et sur l’exemple de beaucoup de mouvements qui ont lieu dans un animal sain à la suite de certaines impressions sensitives et sans aucune intervention de sa volonté, et ils admettent dans l’économie animale un certain ordre de mouvements qui s'opèrent en vertu d’une relation nécessaire, d’une sorte de té flexion de l’action nerveuse, établie entre le nerf sensitif qui a reçu l’irritation, et le nerf moteur qui détermine le mouvement. C’est ce que l’on a appelé les mouvements réflcctifs (.1). On remarque, en effet, que les reptiles privés de leur cerveau demeurent immobiles, et que les mouvements d’ensemble qu’on ob-
[i) Vrochaska. - — Marshal Hall,-— J, Muller.
NEUVIÈME LEÇON. — CERVEAU DES ANIMAUX VERTÉBRÉS
serve encore en eux ne se produisent plus qu’à la suite d'irritations extérieures. ]
II y a des animaux invertébrés qui, étant coupés en deux ou en plusieurs morceaux, forment à l’instant même deux ou plusieurs individus qui ont chacun leur système de sensation et leur volonté propre : ce n’est que dans des animaux plus parfaits que l’assemblage des diverses parties du système nerveux, et surtout la présence de ses parties centrales, est absolument nécessaire pour que les fonctions de ce système aient lieu.
Cette nécessité est d’autant plus grande que les parties centrales sont plus volumineuses, proportionnellement aux ramifications : plus la masse de matière médullaire est également répartie, moins le rôle des parties centrales est essentiel. Les animaux dans lesquels la partie centrale disparaît peuvent être divisés, pour ainsi dire, à l’infini, et chacun de leurs fragments devient un individu doué de son moi particulier.
On pourrait penser, d’après cela, qu’au fond toutes les parties du système nerveux sont homogènes , et susceptibles d’un certain nombre de fonctions semblables, à peu près comme les fragments d’un grand aimant que l’on brise deviennent chacun un aimant plus petit qui a ses pôles et son courant [et tel semble être le cas de ces animaux inférieurs dont lions venons de parler. Mais dans les animaux très-élevés on ne peut plus admettre qu’il en soit ainsi, et que ce soient des circonstances accessoires seulement, et la complication des fonctions que ces parties ont à remplir, qui rendent leur concours nécessaire, et qui fassent que chacune d’elles a une destination particulière.
En effet, il est bien vrai que pour certains nerfs qui ne nous procurent que des sensations déterminées, comme celles du tact et du goût, cela est dû à la nature des organes extérieurs dans lesquels ils se terminent, plutôt qu’à leur nature intime ; mais il est également vrai que pour les nerfs des sensations de la vue, de l’odorat, de l’ouïe, et pour les fonctions particulières de certains autres, comme ceux qui conduisent le mouvement ou la sensibilité, ni la structure de l’organe où ils aboutissent, ni la quantité de vaisseaux sanguins qu’ils reçoivent, ni d’autres circonstances accessoires ne rendent compte des phénomènes, et on doit en chercher la raison dans la nature intime des nerfs.]
Il faut néanmoins examiner d'une manière générale la distribution du système nerveux, sa texture et sa substance.
A. Distribution.
Quant à la distribution, on remarque que dans tous les animaux qui ont des nerfs distincts, ces
nerfs naissent d’une masse commune, qui, le plus
souvent, se prolonge en une espèce de queue, nommée moelle épinière. L’extrémité antérieure de cette queue est toujours plus ou moins renflée en plusieurs tubercules ou éminences qui, dans les animaux à vertèbres, sont situés dans la tête, et portent le nom commun d 'encéphale.
Il y a des animaux (les mollusques et certains zoophytes) dans lesquels il n’y a qu’une masse sans prolongement.
Parmi les autres animaux sans vertèbres, il n’y a que les articulés qui aient une espèce de moelle épinière ; elle est formée d’un double cordon médullaire réuni d’espace en espace par des ganglions; on pourrait peut-être la regarder plutôt comme un nerf grand sympathique (1).
Les nerfs naissent par paires de ce tronc commun ou de la masse qui en lient lieu, et ils se ramifient comme les branches d’un arbre pour se rendre aux parties qu’ils doivent animer.
Quelques-uns de ces nerfs ont une origine simple; mais la plupart naissent ou sortent du tronc par plusieurs filets, qui se réunissent ensuite pour former un faisceau commun.
Les branches principales de nerfs ne vont pas toujours en se subdivisant : il arrive au contraire très-souvent que plusieurs branches, soit du même nerf, soit de nerfs Irès-dilférents, se réunissent et se séparent de différentes manières pour former des plexus d’où naissent de nouveaux troncs de nerfs.
[Quand il n’y a pas réunion de plusieurs branches, mais simplement une communication du rameau d’un nerf avec un rameau d’un autre nerf, on nomme cela une anastomose.
Dans ces deux cas, on se demande si les filets partis des différents troncs nerveux s’entremêlent sans se confondre, ou bien s’il y a entre eux une union plus intime, une confusion de leur matière médullaire même. Scarpa (2) inclinait vers cette dernière opinion. Bichat (5) croyait pouvoir établir, sous ce rapport, une différence entre les plexus du système nerveux animal et ceux du système organique. Dans les premiers, selon lui, il y a juxtaposition, et on peut suivre jusqu’à sa sortie un filet nerveux que l’on prend à son entrée dans le plexus ; dans les seconds, il y a confusion, nonseulement du névrilème, mais de la matière nerveuse médullaire. Quand on examine à l’œil nu la distribution des filets nerveux dans les plexus, on les voit se diviser et se subdiviser , passer d’une maille à l’autre du réseau, s’entrelacer d’une façon inextricable, et arriver à un degré de ténuité qui ne permet plus de suivre leur trajet. Mais en appli-
(x) Voyez sur cette question la xi" leçon.
(a) Scarpa, De nervorum gangliis et plexubus. Mutina,
(3) Bichat, Anatomie générale.