ARTICLE PREMIER. - ORGANISATION 1)U SYSTÈME NERVEUX
quant à ce point d’anatomie les connaissances que le microscope nous donne sur la texture des nerfs, on a tout lieu de penser qu’il n'y a dans les anastomoses et dans Ie6 plexus qu’un enlrelacemenl, un échange de filets entre différents troncs ner-
veux, sans interruption dans leur continuité, et par conséquent sans mélange de la substance nerveuse qu’ils contiennent; de sorte que, de leur origine à leur terminaison, Ic6 fibres nerveuses peuvent être considérées comme isolées et indépendantes (1).
Les expériences sur les animaux vivants confirment celte induction. L’énergie motrice du nerf d’un muscle est la même avant ou après sa réunion avec les racines postérieures qui président à la sensibilité, et les nerfs conservent à leur sortie des plexus les propriétés spéciales dont ils étaient doués à leur sortie de la moelle épinière (2). il y a donc lieu de croire que les réseaux nerveux sont destinés, soit h amener et à concentrer en plus grande abondance le fluide nerveux sur une partie chargée d’un travail considérable, mais discontinu, comme l’estomac, soit à mêler intimement des nerfs d’origine différente, et à faciliter ainsi l’harmonie et la coordination des mouvements dans une partie où s’exécutent des mouvements délicats et compliqués, comme la face.]
Les rameaux des nerfs ne vont pas toujours en diminuant de grosseur ù mesure qu’ils se divisent; très-souvent un rameau se trouve plus gros que la branche dont il part.
Il est même facile de voir que les nerfs doivent aller en grossissant vers les extrémités;carlapcau, qui est sensible partout, et qui a par conséquent des nerfs partout, est plusieurs centaines de fois plus grande en surface que toutes les racines des nerfs prises ensemble.
U y a des cordons nerveux qui établissent une communication entre une multitude de nerfs trèsdifférents, en se rendant de l’un à l’autre. Presque toujours il y a à l’endroit de ces communications un renflement, ou une petite masse de matière médullaire, qui semble n’être qu’un plexus plus res- ®erré, et qu’on nomme ganglion.
[La nature différente des filets qui entrent dans leur composition doit y faire établir plusieurs elasses.] Tantôt des filets venant de plusieurs nerfs se réunissent dans un pareil ganglion, comme on e voit pour l’ophlhalmique, le spbénopalatin, etc., ef d en sort d’autres filets qui vont se rendre à diverses parties. [Il y a dans ces ganglions une U tple origine, c’est-à-dire des filets moteurs, des ®ts sensitifs et des filets du grand sympathique.]
Tantôt
un nerf simple se renfle pour former un
Sanglion, et se rétrécit ensuite. [C’est ce qui se voit
aux racines postérieures des nerfs de la moelle épinière; et il paraît que ce renflement d’un nerf simple avant son union avec d’autres est un caractère particulier des nerfs de la sensibilité.]
D’après cette description sommaire, on voit que la comparaison du système nerveux à un tronc et à des branches n’est pas parfaitement exacte. On doit plutôt le considérer comme un réseau compliqué, dont la plupart des fils communiquent les uns avec les autres, et où se trouvent en différents endroits des masses ou des renflements plus ou moins marqués, qui peuvent être regardés comme les centres de ces communications.
Cependant la partie moyenne de ce réseau conserve toujours une grandeur plus considérable, une connexion plus immédiate et une influence plus forte sur toutes les autres parties.
Mais les degrés de celle influence varient autant que ceux de sa grandeur proportionnelle.
Dans les animaux d’un ordre élevé, la moelle épinière est incomparablement plus grosse que les nerfs qui en sortent, et l’encéphale surpasse encore beaucoup la moelle epiuière en grosseur. Ces deux circonstances sont plus remarquables dans l’homme que dans tout autre animal. Son cerveau est le plus gros de tous à proportion du reste du système nerveux. Dans les autres animaux à sang chaud, le cerveau diminue de volume à proportion que la moelle allongée et épinière grossit. Dans les animaux à sang froid, et surtout dans quelques poissons, l’encéphale surpasse à peine la moelle allongée en grosseur. Dans les mollusques, il n’yaqu’unccrveau,d’oùles nerfs partent comme des rayons pour aller souvent formerdes ganglions épars presque aussi gros que le cerveau lui-même. Dans les insectes, le cerveau n’est guère plus gros que chacun des nombreux renflements de la moelle épinière, et il produit ses nerfs de la même manière que ces renflements produisent les leurs. A mesure que l’on descend dans l’échelle des animaux, on trouve donc la substance médullaire moins concentrée dans une régiop particulière du système, et plus également distribuée entre toutes ses parties.
B. Texture.
La texture du système nerveux peut être considérée dans le cerveau , dans la moelle allongée et épinière, dans les nerfs et dans les ganglions.
Le cerveau des animaux à sang rouge et à vertèbres présente une masse plus ou moins épaisse, plus ou moins molle, facile à couper et à écraser, légèrement gluante, et dans laquelle on remarque deux substances principales, la corticale et la mé-
(i)Ccst aussi l’opinion de M. J. Muller, Phys, du sjst. nciv., t, I.
( a) Yan Deen, De dif/'erentia et nexti inter nervos vitic animalis et -viue organicce. Lugduni Batav., 1834.
NEUVIÈME LEÇON. — CERVEAU DES ANIMAUX VERTÉBRÉS
dullaire, et trois autres moindres en étendue, la jaune, la molle et la noire. Le cerveau des animaux à sang froid est plus mou que celui des animaux à sang chaud : il y a des poissons qui l’ont presque fluide.
La substance corticale est rougeâtre et demitransparente; elle paraît homogène à l’œil. Cependant les injections y pénètrent jusqu’à un certain point, et montrent qu’elle est en grande partie composée de vaisseaux sanguins. Sa position, relativement à la substance médullaire, varie selon les divers endroits du cerveau ; mais, dans le pourtour des hémisphères et du cervelet, elle est à l’extérieur : de là son nom. La limite entre ces deux substances est tranchée : elles ne se changent point par degrés l’une dans l’autre [mais elles sont séparées en plusieurs endroits par la substance jaune : quelquefois même certaines circonvolutions antérieures laissent voir trois ou quatre couches de substance grise et jaune, emboîtées les unes dans les autres, mais la plus externe est toujours grise.] La substance corticale n’a point de sensibilité; sa quantité proportionnelle va en diminuant dans les animaux à sang froid : il y en a plus à proportion dans l’homme que dans les autres animaux.
La substance médullaire est blanche, opaque, plus ferme que la corticale; elle paraît à l’œil composée de fibres très-fines dont les directions varient. On n’y distingue que peu de vaisseaux, et les injections ne pénètrent point dans son tissu intime. Elle occupe la plus grande partie de l’intérieur du cerveau, et la moelle allongée et épinière en est le prolongement. Leur texture est toute semblable à celle de la partie médullaire du cerveau. On y remarque de même des apparences de fibres, et il s’y mêle dans l’intérieur quelque peu de substance grise.
[Mais la quantité de cette substance n’est pas égale partout, et quelques auteurs ont décrit et représenté avec beaucoup de détail les figures que donne la coupe de la matière cendrée dans l’axe de la moelle eu différents points de son trajet. Ainsi, au-dessous des pyramides antérieures elle représente un fer à cheval ; aux endroits d’où sortent les nerfs des extrémités, deux demi-lunes adossées; dans la région dorsale, une espèce de croix, etc. La distribution de celte substance grise autour et dans l’intérieur du cerveau et de la moelle épinière, ainsi que ses rapports avec la substance blanche, a surtout de l'importance lorsqu’on la considère comme l’élément producteur des nerfs (1).]
(i) C’est ce que Gall avait tenté d’établir au commencement de ce siècle; c’est ce que MM. Waliacb et Stilhng cherchent à démontrer de nouveau par de récentes recherches. ( Unlersuclmngen Hier die tcxlur des rückenmarkes, Leipzig, 1842, in-4° avec planches )
La substance molle est grisâtre, demi-transparente, presque fluide; elle tapisse en quelques endroits la surface du cerveau. La substance noire ou noirâtre teint la substance médullaire en deux endroits. [Elle serait composée, selon Purkinje, de corpuscules particuliers, renfles au centre, et se terminant par un ou plusieurs prolongements irréguliers.
Quant à la masse générale du cerveau, des globules agglutinés et disposés en séries linéaires étaient regardés, il y a quelques années, comme formant la structure intime de ses deux substances; mais de nouvelles recherches microscopiques tendent à faire prévaloir l’opinion que le système nerveux est en grande partie composé de fibres. 1! n’est point dans notre plan d’entrer dans de nombreux détails à cc sujet ; d’ailleurs , malheureusement, dans les travaux de cette nature, l’observation, si savante qu’elle soit, laisse trop de prise au doute ; et les découvertes de M. Ehrenberg (2), qui ont jeté une lumière si nouvelle sur la structure du système nerveux, n’ont point toutes été accueillies sans contestation. Pour nous, ce que nous croyons pouvoir admettre, après avoir multiplié les expériences microscopiques, c’est la nature fibreuse de la substance médullaire cérébrale.
Nous avons retrouvé celte structure dans toutes les parties de la substance blanche que nous avons examinées, et nous l’avons vue d’autant plus apparente que cette substance était déjà formée en cordons plus distincts ; ainsi dans les rayons qui traversent le corps strié et dans les cordons de la moelle épinière. Nous avons aussi observé cette apparence noueuse ou variqueuse des fibres cérébrales, décrite pour la première fois par M. Ehrenberg ; mais ces renflements ou ces nodosités des fibres ne sc sont jamais présentées à nous avec cette régularité et celle uniformité que sembleraient indiquer les figures qui en ont été données. Presque constamment nous avons rencontré à la fois des fibres parfaitement rectilignes, d’autres à bords légèrement ondulés, d’autres où les renflements variqueux étaient assez réguliers, d’autres où ils étaient à des distances inégales , d’autres enfin où le renflement n’existait que d’un côté, tandis que l’autre côté était parfaitement droit : de sorte qu’il n’est pas certain que ces renflements ne tiennent pas, ainsi que plusieurs auteurs l’ont pensé, soit à l’inégale rétraction de la gaine de la fibre, soit à l’effet de la compression que subit la substance cérébrale dans la préparation même qui en démontre la structure.
Entre ces fibres, et surtout à l’extrémité et autour de celles qui sont rompues, on distingue des corpuscules irréguliers, tantôt isolés, tantôt réunis
(2) Beobachlung einer aujjalknden structur der seelenorgans, Berlin, i836.
ARTICLE PREMIER. - ORGANISATION Dü SYSTÈME NERVEUX.
dans une masse grumeleuse, et que l’on considère avec raison comme provenant de l’intérieur des fibres cérébrales. Nous ne pouvons donc aujourd’hui regarder comme suffisamment démontrés que ces deux points, savoir : que la substance blanche du cerveau et de la moelle est composée de fibres excessivement ténues, percées d’un canal à leur centre, et dont la paroi est fortement rétractile, et que leur canal contient une substance transparente, qui s’épanche facilement par la rupture do la gaine fibreuse, et se coagule aussitôt.
Quant à la substance corticale, nous n’y avons pas reconnu une véritable structure fibreuse; le microscope n’y montre qu’une substance d’un aspect granulé, mêlée de corpuscules de formes très-variables et traversée par de nombreux vaisseaux sanguins. On y aperçoit aussi quelques fragments isolés de fibres de la substance blanche. D’après Valentin , les fibres blanches se termineraient en anses dans la substance grise (1).
On sait le rôle que l’on a généralement attribué aux deux substances du cerveau. Aux yeux du grand nombre des anatomistes, la quantité d’ar- •ères qui se rendent dans la matière grise ne peut guère avoir d’objet qu’une sécrétion abondante, et on s’est presque toujours accordé à la regarder comme un organe sécrétoire, et les fibres de la matière médullaire comme des organes excréleurs de la substance que la première sépare (2). La structure que le microscope démontre, dans chacune de ces substances, semblerait justifier cette ancienne opinion des anatomistes et des physiologistes; et l’on comprendrait, eu effet, que les fibres nerveuses, pleines d’une matière fluide et transparente, vinssent la recueillir dans cette masse parenchymateuse où elle serait séparée.]
Les substances médullaire et corticale des animaux autres que les vertébrés ne présentent point de différence dans leur couleur, et on a même assez de peine à eu observer dans leur consistance.
[Il faut cependant en excepter plusieurs genres de mollusques, où la substance nerveuse a des aspects tout particuliers. Ainsi, dans le tloris lacera, la masse du cerveau est composée de petits globules brunâtres; dans Vaplysie, le cerveau et tous les ganglions sont d’une substance rougeâtre et
(i) Les auteurs qui ont écrit sur la structure microscopique du cerveau ont encore décrit sous les noms de globes, globules, cellules, etc., des apparences qui se produisent, avec une certaine constance dans les diverses préparations de la substance cérébrale, mais cependant qnt n’ont rien d’assez défini pour que nous puissions les regarder comme indiquant des éléments essentiels de la substance du cerveau. Nos doutes à cet égard se sont tiouvcs confirmés par les travaux de MM. Wallacli et Stilling ( ouvr. cit.), qui nient l’existence de globules ganglionnaires dans la substance grise des moelles al-
grenue, très-différente de celle des nerfs qui est blanche et homogène; la même chose s’observe dans le bulime des marais et d’autres gastéropodes; dans Vonchidie, les tubercules du cerveau sont d’un brun jaune (5).]
La texture des nerfs doit être considérée dans leur cours, à leur extrémité cérébrale ou à leur origine, et à leur terminaison dans les parties.
Le nerf n’est pas seulement enveloppé par des membranes qui paraissent être la continuation de celles qui entourent le cerveau ; ces membranes, auxquelles les modernes ont donné le nom de nivrilùme , pénètrent aussi dans l’intérieur, et y forment des cloisons qui séparent les filets médullaires les uns d’avec les autres. On peut dissoudre la substance médullaire par des lessives alcalines : il ne reste alors qne les tuyaux formés par le névrilème. On peut dissoudre celui-ci par les acides : alors restent les filets médullaires : on voit qu’ils sont mêlés et anastomosés ensemble de plusieurs manières.
[Cependant ces préparations ne donnent pas à l’œil nu une idée suffisamment exacte delà véritable texture d’un nerf. Si on en détache un filet aussi ténu qu’il soit possible de l’obtenir, et qu’on le place sous un microscope, on reconnaît que ce filet, que notre œil pouvait à peine apercevoir, se subdivise lui-même en une quantité innombrable de filets plus fins. Ou ne peut mieux comparer l’aspect de ce filet nerveux qu’à celui d’un épais écheveau de lin, et l’on comprend qu’avec cette subdivision, pour ainsi dire infinie d’un nerf, il n’y ail aucune partie de l’organe auquel ce nerf est destiné qui ne puisse être pourvue de son filet. Si l'on augmente le grossissement, on aperçoit des fibres tubuleuses, remplies d’uue matière claire, incolore, qui, en s’échappant de leur cavité, prend une apparence grumeleuse; mais ces tubes nous ont toujours paru moins faciles à isoler, et les varicosités moins apparentes et moins régulières que dans la substance du cerveau, sans doute à cause de la présence du névrilème. On a annoncé que, dans les nerfs moteurs, les fibres sont à parois droites, et que, dans les nerfs sensibles, elles sont à parois variqueuses. Nous n’avons pu constater
lougce et épinière, et nous les conservons, quoique ces auteurs aient depuis annoncé dans un autre travail (über die Textur und F miction der Medulla oblongata. Erlangen, i84H) avoir reconnu qu’il existe dans la moelle des globules, mais d’une espèce particulière et différents de ceux qu’on y avait décrits.
(a) Voy, Cuvier, Rapport à la classe des sciences physiques sur un mémoire de MM. Gull et Spurzheu/i relatij il l’anatomie du cerveau , iu-4°, 1 808.
(3) Cuvier, Anatomie des mollusques, in-40, 18:7.
NEUVIÈME LEÇON. — CERVEAU DES ANIMAUX VERTÉBRÉS
avec certitude une différence si curieuse et si importante (1).]
Les nerfs reçoivent beaucoup de sang, qui est transmis à leur substance par les vaisseaux du ncvrilème, comme le sang du cerveau lui arrive par les vaisseaux que la pie-mère lui fournit.
On donne le nom d'origino des nerfs à leur partie la plus voisine du cerveau ou de la moelle de l’épine, lorsqu’ils ne sont point encore entrés dans l’étui que leur fournit la dure-mère.
Quelques nerfs paraissent tirer les fibres médullaires qui les composent de la surface de quelqu’une des parties du cerveau : tels sont notamment les nerfs olfactif et optique dans tous les animaux vertébrés. D’autres semblent sortir de l’intérieur même de sa substance, où on peut en suivre les racines, comme celles d’un arbre dans la terre. Tel est surtout le nerf de la troisième paire dans les mammifères ; mais la plupart des nerfs naissent par plusieurs filets qui tiennent à la moelle allongée ou épinière, et qui se rapprochent pour former les troncs nerveux : cela est du moins ainsi dans tous les animaux vertébrés pour les nerfs qui suivent l’acoustique, c’est-à-dire à compter de la paire vague.
Il est probable que tous les nerfs pénètrent dans la substance du cerveau et de la moelle, plus profondément que les yeux ne peuvent les y suivre. On a même cru qu’ils s'y croisent, de manière que ceux qui s’y rendent du côté gauche du corps viennent du côté droit du cerveau, et réciproquement. Il est certain que des blessures faites à un côté du cerveau ont souvent produit une paralysie au côté opposé du corps. On voit aussi clairement la croisure des nerfs optiques des poissons, et on la conclut dans les autres animaux, de ce que l’un des deux est souvent plus petit au-dessus et au-dessous de l’endroit où ils se confondent en se croisant. Les fibres qui composent la moelle de l’épine semblent aussi se croiser dans le sillon qui la divise.
Dans les animaux sans vertèbres, les nerfs sortent simples du cerveau ou des autres ganglions qui leur donnent naissance; mais ils ne sortent jamais immédiatement de Ja moelle de l’épine.
[A l’aide du microscope et d’une faible compression, on reconnaît, dans les cordons de communication de la chaîne ganglionnaire et dans les nerfs latéraux des ganglions , une apparence fibreuse ; mais nous n’y avons trouvé aucune apparence de fibres variqueuses. On distingue bien aussi, dans l’épaisseur du ganglion, les trousseaux fibreux
transversaux qui vont former les nerfs latéraux; mais on ne voit pas les fibres des cordons de communication se diriger obliquement dans l’épaisseur du ganglion pour venir former ou contribuer à former les filets latéraux.]
La terminaison des nerfs est différente selon les parties auxquelles ils se rendent. Ceux qui se distribuent dans l’intérieur sont accompagnés par le névrilème jusqu'à leurs extrémités les plus imperceptibles. Le nerf optique se termine par une expansion nerveuse qui tapisse l’intérieur de l’œil; l’aooustique, par des filets qui nagent dans une pulpe gélatineuse. Les nerfs du goût se dilatent dans les papilles de la langue, ceux du toucher se terminent dans celles de la peau, etc.
[Dans la peau et dans les muscles, les filets nerveux ne se terminent pas en s’épanouissant, ou en se perdant par un amincissement continu; mais les rameaux, après s’être subdivisés en ramuscules nombreux, se réunissent les uns aux autres pour former de grands plexus terminaux, d’où les fibres primitives se détachent, viennent former une anse terminale, et regagnent à travers le plexus le tronc qui les a fournies (2).] »
Les ganglions des animaux vertébrés ne paraissent oifférer des plexus nerveux que parce que les filets qui les composent sont plus serrés et plus intimement unis ; même les ganglions simples, c’està-dire formés par un seul nerf, se résolvent dans la macération en plusieurs filets qui s’anastomosent ensemble.
II parait qu’il en est de même dans les mollusques; mais dans les crustacés, les insectes et les annélides, les ganglions ne sont que des renflements homogènes du cordon médullaire auquel ils tiennent.
La nature chimique de la substance médullaire du cerveau n’est pas encore entièrement connue. Cependant on voit déjà qu’elle diffère essentiellement des autres matières animales. [Son caractère particulier est de renfermer, dans deux substances grasses spéciales, du phosphore qui n’y est ni à l’état de sel, ni à l’état d’acide, mais comme un des éléments de la matière animale, On trouve à l’analyse (5) :
®au » centièmes.
Matière grasse blanche (stéarine
cérébrale de M. Berzélius). . 4, 53
Matière grasse rougeâtre (oléine cérébrale de M. Berzélius). . „ -0
M On décrit encore dans les nerfs dos fibres grises, (2) Voy. Prévost et Dumas, Journal de Phys, expér.
distinctes des blanches parleur aspect plus transparent de Magendie, t. III, Paris, i823; Valentin, liber den et par une ténuité plus grande. Elles seraient les fibres yerlauf der lelzten Enden der N en en. 133g’ Ern. Burpropres du système ganglionnaire. Remak, Observ. dach, Ann. des scienc. nat. i838. anat. et microsc. desyst.nerv. structurd, i838. Muller, (3) Vauqueliu, Annales du Muséum, t. XVIII, p. a3i Physiologie .
ARTICLE DEUXIÈME. - SYSTÈME NERVEUX CONSIDÉRÉ EN ACTION
Albumine. 1 *
Osmazôme 12
Phosphore. . . . , . , , ï» So
Phosphates de potasse, de chaux,
de magnésie, sel marin, soufre. 5» i5
La matière blanche grasse est concrète ; elle a un toucher gras et glulineux, un aspect brillant et satiné; elle tache les papiers à la manière des huiles ; elle ne se dissout pas dans la potasse comme les graisses ordinaires, elle prend en fondant une couleur foncée, et elle est combinée avec du phosphore, qui se dissout en même temps qu’elle dans l’alcool.
La matière grasse rougeâtre paraît, dans son essence, fort semblable à la précédente; elle a une consistance moins grande, une odeur semblable à celle du cerveau , mais plus forte ; sa saveur est celle d’une graisse rance ; elle contient une matière animale putrescible, et est également combinée avec du phosphore.
D’après des recherches plus récentes et qui ont eu pour résultat de mieux séparer, dans ces matières grasses, les principes immédiats du cerveau, cet organe contiendrait : 1» de l’acide cérébrique, blanc, cristallin, et qui se gonfle comme l’amidon dans l’eau bouillante; 2“ de la cholestérine; 3» un acide gras particulier, appelé oléo-phosphorique ; 4° de l’oléine cérébrale, un peu d’acide oléique et d’acide margarique.
La moelle allongée et la moelle épinière contiennent plus de matière grasse, et moins d’albumine, d’osmazôme et d’eau que le cerveau, ce qui leur donne une consistance plus grande. Les nerfs, au contraire, contiennent beaucoup moins de matière grasse et beaucoup plus d’albumine, et en outre de la graisse ordinaire.]
ARTICLE II
BU SYSTÈME NERVEUX CONSIDÉRÉ EN ACTION
Le système nerveux est susceptible d’une action relative à notre faculté sensitive, et d’une autre qui ne concerne que nos fonctions vitales et végétatives. A la première de ces actions se rapportent les sensations et les mouvements volontaires ; à la seconde tient l'influence des nerfs sur la digestion, la circulation et les sécrétions. Les sympathies et les changements physiques, qui sont la suite de certaines idées ou de certaines passions, semblent participer de ces deux espèces d’actions.
Les sensations se divisent en externes, internes et spontanées. Les premières sont produites par les
corps extérieurs qui viennent frapper nos sens ; les secondes, par des changements d’état qui arrivent dans les parties intérieures du corps où les nerfs se rendent. Les troisièmes ressemblent aux unes et aux autres quant à l’effet, mais elles ont pour cause un changement qui arrive dans les nerfs ou dans le cerveau même, sans être provoqué extérieurement. Les sensations que nous avons dans les songes ressemblent absolument à celles que produisent les corps extérieurs : cependant elles ne doivent leur origine qu’à des mouvements qui naissent dans le cerveau par des causes intérieures, et elles peuvent être excitées ou calmées par certains médicaments.
Des hommes qui ont perdu les yeux rêvent souvent qu’ils voient; ceux qui ont perdu le bras croient quelquefois, même étant éveillés, y ressentir des douleurs, etc.
Ces sortes de sensations contribuent à éclaircir la marche des autres; elles confirment ce que les sections et les ligatures des nerfs avaient déjà appris, que ce n’est pas dans les organes extérieurs que nous sentons, mais seulement dans le centre du système nerveux, et que les organes extérieurs ne servent qu’à recevoir l’action des corps et à la transmettre aux nerfs qui la propagent plus loin.
Elles nous montrent de plus que cette propagation n’est pas due à quelque substance ou à quelque ébranlement que les corps extérieurs pourraient seuls communiquer, mais à un changement d’étal qui peut naître de causes internes.
Ce changement peut aussi être produit par des causes externes toutes différentes de celles qui l’occasionnent ordinairement. Un coup sur l’œil, le contact de deux métaux différents, dont on place l’un sous la lèvre supérieure, l’autre sous la langue, nous font voir un éclair, tout comme si la lumière avait vraiment frappé notre œil. Cela ne peut s’être fait qu’en établissant dans le nerf optique un changement semblable à celui que produit la lumière.
D’autres phénomènes fournissent quelques notions de plus sur la nature de ce changement d’état. Il semble, par exemple, que la faculté de sentir se consomme ou s’épuise, non-seulement en général dans un corps fatigué de sensations trop vives et trop soutenues, mais aussi dans chaque organe en particulier. Des sensations faibles ne se font presque pas apercevoir lorsqu’elles succèdent à des sensations beaucoup plus fortes. La même sensation s’affaiblit par la durée, quoique les corps extérieurs qui la causent restent les mêmes. Par exemple si, après avoir regardé fixement le ciel lors du crépuscule, dans un point où quelque corps obscur se projette sur le fond bleu, on détourne la vue sur une autre partie du ciel, on verra toujours la figure de ce corps obscur ; mais elle sera plus éclairée que le reste du ciel. C’est
NEUVIÈME LEÇON. — CERVEAU DES ANIMAUX VERTÉBRÉS
que la partie de la rétine sur laquelle l’ombre tombait sent plus vivement la lumière que le reste de cette membrane, qui était déjà exposé à la lumière lorsque cette partie-là se reposait. C’est la raison contraire qui fait que les yeux qui ont fixé un corps très-lumineux voient pendant quelque temps une tache obscure de même contour que ce corps, qui les suit partout où ils se portent.
Les autres sens présentent des exemples pareils, mais un peu moins évidents, parce qu’on a l’avantage de comparer ici deux parties d'un même organe également frappées, mais dont l’une l’est depuis plus longtemps que l’autre.
Cette expérience montre que les nerfs ne servent pas simplement d’une manière passive dans les sensations; qu’ils ne sont pas seulement les conducteurs d’une matière fournie par les corps extérieurs, ni même les réservoirs d'une matière qui ne serait qu’ébranlée par ces corps, mais que la substance qui produit les sensations est sujette à se consommer ou à perdre de son activité par l’usage.
J1 y a des phénomènes qui montrent que la susceptibilité générale des nerfs pour les sensations peut varier par des causes extérieures aux nerfs eux-mêmes, qui ne peuvent guère agir qu’en altérant leur substance. Certains remèdes affaiblissent ou raniment cette susceptibilité; une inflammation l’exalte souvent à un point excessif; est-ce en augmentant la sécrétion de celle matière nerveuse? Le changement le plus remarquable qui arrive dans celte susceptibilité, c’est le sommeil. On est porté à penser qu’il est dû à l’épuisement momentané de la substance essentiellement sensitive. Mais comment dépend-il jusqu’à un certain point delà volonté? et comment les réveils arrivent-ils subitement, ou par des causes qui ne paraissent point propres à faire renaître celte substance? Pourquoi le froid produit-il le sommeil? Cet état ne serait-il pas plutôt, d’après ces observations, un changement dans la nature chimique de la substance nerveuse?
Au reste, qu’une substance quelconque, contenue dans les nerfs, soit consommée par les sensations, ou qu’elle reçoive seulement quelque altération dans son mélange chimique, et soit, pour ainsi dire, neutralisée, il faut toujours qu’elle soit retenue dans le nerf tout le long de son cours, sans pouvoir en sortir qu’à ses deux extrémités. Elle
(1) Les recherches les pins récentes démontrent que les nerfs sont tubuleux, et qu’ils contiennent une substance particulière. Mais ces observations anatomiques n’ont point éclairci la question qui s’agite ici, et eette substance nerveuse contenue dans les tubes n’est peutêtre elle-même que conductrice delà véritable cause d’action du nerf, c’est-à-dire du principe nerveux.
(2) On pourrait peut-être, en s’appuyant des décou-
n’y est pas retenue, elle ne s’y meut pas comme le sang dans les vaisseaux. Rien ne prouve que les nerfs soient tubuleux (1) ; aucun phénomène n’indique qu’ils se vident lorsqu’ils sont coupés; d’ailleurs , quels vaisseaux auraient les parois assez compactes pour retenir un fluide aussi subtil que doit l’être celui-là? Il est bien plus vraisemblable qu’elle est retenue dans les nerfs, comme la matière électrique l’est dans les corps électriques par communication et isolés, et que le système nerveux est son seul conducteur, tandis que toutes les autres parties du corps animal sont pour elle des corps cohibanls (2).
De quelque manière que se transmette l’action reçue, il faut, du moins dans les animaux trèsélevés, qu'elle se propage jusqu’au cerveau. Mais quelle est la partie du cerveau qui est particulièrement destinée à en recevoir l’impression? On a perdu dans des blessures de grandes portions de ce viscère, sans éprouver d’affaiblissement dans la faculté sensitive. Lorsque les blessures ont pénétré plus avant, elles ont causé des douleurs et des convulsions qui altéraient trop le résultat de l’expérience ; ces moyens ne sont donc pas propres à résoudre la question. On a cherché à établir des conjectures fondées sur la structure des parlies; on a cru que ce sensorium commun devait se trouver dans quelque partie centrale à laquelle on pourrait supposer que tous les nerfs aboutissent. Les uns ont choisi la glande pinéale; d’autres le corps calleux; mais ce dernier ne se trouve que dans les mammifères, la glande pinéale que dans les animaux vertébrés ; encore n’est-elle pas trèsvisible dans tous les poissons. Le cervelet est la seule partie de l’encéphale qui existe constamment dans tous lés animaux : à ce titre il avait des droits. Mais M. Sœmmering a pensé qu’une partie solide n’était point assez mobile, ni assez promptement altérable pour admettre les impressions des nerfs avec la rapidité que l'on observe en effet. Ayant remarqué en outre que les nerfs paraissent aboutir médiatement ou immédiatement aux parois des ventricules, et que ces ventricules contiennent toujours une certaine quantité d’humeur, il a prétendu que c’est précisément cette humeur qui satisfait a toutes les conditions du problème, et que c’est elle qui doit être regardée comme le centre des sensations.
L’anatomiste aura rempli sa tâche lorsqu’il aura
vertes modernes sur la distribution et la terminaison des filets nerveux, pousser encore plus loin cette comparaison entre les propriétés du fluide nerveux et celles du fluide électrique, et aller jusqu’à attribuer la sensation à la polarisation du fluide nerveux par les agents extérieurs, et le mouvement à sa neutralisation dans les muscles.
ARTICLE DEUXIÈME. - SYSTÈME NERVEUX CONSIDÉRÉ EN ACTION
conduit l’ébranlement nerveux jusqu’à son centre, et lorsqu’il sera venu à bout d’établir avec certitude ce que nous n’avons avancé jusqu’ici que comme des conjectures plus ou moins probables.
[Cette tâche a clé poursuivie avec une infatigable ardeur depuis la première publication de cet article; et si la solution du problème n’a pas été entièrement obtenue, on peut dire qu’au moins l’on a découvert quelques-unes des lois qui y conduisent.
Il est certain, aujourd’hui, que la masse nerveuse centrale n'est pas partout uniformément chargée des mêmes fonctions; mais qu’au contraire ses différentes parties ont chacune une action propre ou spéciale. Ainsi, il y en a une qui reçoit et transmet exclusivement les impressions sensitives : ce sont les cordons postérieurs de la moelle épinière et de la moelle allongée ; une autre qui excite exclusivement la contraction musculaire : ce sont les cordons antérieurs ; dans une autre partie sont perçues les impressions sensitives, et siègent la mémoire, le jugement, la volonté : ce sont les lobes ou hémisphères cérébraux; une quatrième partie est exclusivement chargée de régler les mouvements de locomotion, et de les coordonner de manière à faire accomplir aux organes l’action prescrite par la volonté : c’est le cervelet. On peut, sans compromettre immédiatement la vie, abolir séparément, par lu section ou l’ablation de la substance cérébrale, l’une ou l’autre de ces facultés; priver un animal, soit du mouvement, soit de la sensibilité, soit de la volonté, soit de l’équilibre de scs mouvements; et on les abolit d’autant plus complètement qu'on se rapproche davantage du liant de la moelle allongée, vers l’endroit où les tubercules quadrijumeaux lui adhèrent. C’est là que cesse la faculté de produire des irritations sur le système musculaire; que s’arrête ia sensation des excitations portées sur le système nerveux ; c’est là au moins que doivent arriver les sensations pour être perçues, c’est de là au moins que doivent partir les ordres de la volonté (1).
Mais ce n’est pas tout, et il y a entre ces diverses parties, chargées chacune d’une action spéciale, une autre différence, quant à la direction selon laquelle cette action a lieu, c’est-à-dire que tantôt cette action s’exerce sur les organes situés du même côté que la partie agissante du système nerveux, et tantôt sur le côté opposé; c’est ce qu’on appelle dans le premier cas action directe, dans le second, action croisée du centre nerveux. Dans la moelle épinière, l’action est directe ; dans la partie antérieure de la moelle allongée, dans le cervelet, et dans les hémisphères, l’action est croisée.]
(i) Voyez, pour ce qui concerne la moelle épinière, les travaux des expérimentateurs depuis Charles Bell; et pour l’encéphale, les observations de JVI- Flourens
Mais comment, à l’instant même du changement arrivé dans le système nerveux, par l’action d’une sensation, se forme-t-il en nous une idée, une image dont nous avons la conscience? Comment ces idées s’accumulent-elles dans notre mémoire? Comment pouvons-nous les reproduire par notre imagination, les combiner par notre jugement, en tirer des conclusions, en abstraire les points communs? Les effets de l’habitude, ceux de l’attention ; ce sont là les objets que la métaphysique peut établir historiquement , mais que la physiologie ne peut expliquer.
Cependant la physiologie nous montre qu’il y a un certain ordre de mouvements corporels qui correspond exactement à ces mouvements, à ces combinaisons d’idées. Une méditation trop prolongée proditil dans le cerveau un sentiment de fatigue; certains états maladifs changent l’ordre naturel des idées, en suppriment ou eu présentent sans cesse d’un certain genre, les brouillent, les confondent; l’âge les affaiblit; le vin, l’opium, y produisent des changements fort considérables. D’autres aliments on d’autres remèdes y en produisent de moindres , chacun selon son espèce et selon la disposition du sujet. D’ailleurs l’imagination et la volonté ont des effets physiques sur le corps, qui semblent pour ainsi dire une répercussion des effels que les changements physiques du corps ont sur elles.
Ces effets de la volonté et de l’imagination constituent deux autres ordres d'actions animales du système nerveux. L’ordre qui comprend les mouvements volontaires a déjà été exposé précédemment, en traitant de la fibre musculaire. Nous y avons vu qu’il est certain que les nerfs sont l’organe par lequel la volonté conlracle les muscles, et qu’il est probable que celle contraction a lien par un changement chimique que le nerf occasionne dans la fibre. Mais lu matière qui produit ce changement est-elle la même que celle qui nous donne des sensations, et est-elle transmise par la même portion du nerf? Comment, dans certaines maladies, conservons-nous le libre mouvement de nos membres, en y perdant tout sentiment? Cela arrive-t-il par une altération qui n’affecte qtte l’organe extérieur du toucher et non le nerf? Pourquoi, dans le cauchemar, la forte volonté que nous avons d’échapper à l’être imaginaire qui nous oppresse reste-t-elle sans effet, et ne peut-elle mouvoir le moins du monde notre corps? Pourquoi, lorsqu’un nerf est coupé el ensuite ressoudé, ne rétablit-il que les mouvements et non les sensations ?
[A plusieurs de ces questions, toutes également
dans ses Recherches expérimentales sur les propriétés et les Jonctions du système nerveux dans les animaux vertébrés, in-So, Paris, 1842.