‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 193 sur 367 · DD CERVEAU DES REPTILES · texte numérisé non relu

DD CERVEAU DES REPTILES

A. Encéphale.

[Le cerveau des reptiles, en général, ressemble au cerveau des mammifères par la position relative des hémisphères, des tubercules quadrijumeaux et du cervelet à celui des oiseaux par la petitesse des couches optiques ; à celui des poissons par la longueur de leurs lobes olfactifs et la continuité de ces lobes avec la partie antérieure des hémisphères ; mais l'ensemble du cerveau est bien moins volumineux qu’on ne l’a vu dans les oiseaux. Il remplit encore exactement cependant la cavité du crâne.] Toutes les parties du cerveau des reptiles sont lisses et sans circonvolutions.

[La cavité du lobe olfactif est en communication avec le ventricule dont l’hémisphère est creusé. Ccl hémisphère est, comme dans les oiseaux composé d’un noyau on corps strié, dont le volume varie suivant les ordres, et d’une membrane qui ferme le ventricule en haut et en dedans, et vient, par deux piliers, l’un antérieur, l’autre postérieur, embrasser le pédoncule du cerveau dans une anse par où passent les plexus choroïdes. Les couches optiques sont aussi, comme dans les oiseaux, trèspetites, limitant le troisième ventricule J les tubercules quadrijumeaux, placés au-dessus de l’aqueduc, sont arrondis, généralement au nombre de deux, séparant les hémisphères d’avec le cervelet, et creusés, comme dans tous les oiseaux, d’un ventricule qui communique avec le troisième.] On voit aux deux extrémités de celui-ci les commissures antérieure cl postérieure, mais il n’y a point de commissure molle. [ Le cervelet est généralement petit, et quelquefois réduit à une simple lamelle transversale. Il ne recouvre pas tout le quatrième ventricule, qui est terminé, comme à l’ordinaire, en pointe par l’écartement des cordons postérieurs de la moelle.

La face inférieure du cerveau est presque unie, n’y ayant d’autre saillie que celle du chiasma des nerfs optiques et du tuber cinereum, et le pont de Varole n’existant point du tout. Comme dans les oiseaux, une impression vasculaire, qui semble une

(*} Dans la première édition, les déterminations des diverses parties du cerveau des oiseaux étaient appliq“ees aux parties analogues du cerveau des reptiles: ainsi’ MM. Cuvier et Duméril y appelaient couches optiques Ie8 tul)ereu les quadrijumeaux; ils décrivaient

6 Cerve*a des reptiles comme manquant de ces tubercules, et ils méconnaissaient les véritables couches optiques. Hous avons rétablir dans cet article les déterminations, telles que M. Cuvier les avait reconnues et

trace de la scissure de Sylvius, partage l’hémisphère en deux lobes, dont le postérieur est creusé par l’extrémité du ventricule latéral. La glande pinéale et la pituitaire existent dans tous les reptiles. ]

Dans les tortues , les' hémisphère* forment un ovale dont la partie antérieure, séparée de la postérieure par un sillon transverse, représente une espèce de bulbe qui sert comme de racine aux nerfs olfactifs. Ce bulbe est trois fois moindre que l’hémisphère proprement dit.

[Les hémisphères laissent voir, par leur écartement en arrière, la glande pinéale et les couches opliqiiesqni lui donnent naissance. ] Leur intérieur est creusé comme à l’ordinaire par un ventricule, et contient tin corps analogue au cannelé, qui ressemble assez pour la forme à celui des oiseaux. [Mais il est beaucoup moins volumineux, et par conséquent la cavité du ventricule beaucoup moins remplie. Il offre aussi dans sa formation une disposition nouvelle. Les jambes du cerveau, parvenues dans le lobe hémisphérique, ne s’y renflent pas immédialement en un gros noyau, comme dans les mammifères et les oiseaux, mais elles se recourbent d’abord d’avant en arrière, et de bas eu haut, avant de se renfler en un tubercule qui est le corps strié (2). et elles forment ainsi une sorte de circonvolution à l’intérieur du ventricule. Les courbes optiques sont fort petites, et surmontées d’une glande pinéale assez grosse. ]

Les tubercules bijumeatix nesont pas plus grands que les bulbes des nerfs olfactifs. Leur forme est arrondie. [ Mais au lieu d’être seulement distingués l’un de l’autre par un sillon superficiel, comme dans les mammifères, ils sont séparés par un sillon profond, qui descend jusqu’au plafond de l’aqueduc el dans lequel pénètre un repli de la piemère. ]

Le cervelet est à peu près hémisphérique. [C’est une simple lame bombée, d’égale épaisseur dans toute son étendue, el couvrant comme d’une calotte une partie du quatrième ventricule. Le reste de celte cavité est recouvert par un plexus vasculaire, qui s’élève de chaque côté de la moelle allongée en formant une espèce de valve, el complète, en s’unissant au bord du cervelet, le plafond du quatrième ventricule (3).

Ce ventricule est très grand et très-allongé d’a-

adoptées, depuis son rapport sur l’ouvrage de Gall. Cela a nécessairement entraîné la suppression d’une partie notable de la description de la première édition.

(a) Voy. Bojanus, Anat. test, europ pl. 2i,fig. 85, où cette disposition est bien représentée.

(3) Bojanus, loc. cit., a figuré et décrit ce plexus sous le nom de tegmen < vusculosurn > venlriculo quarto super tensum.

NEUVIÈME LEÇON. — CERVEAU DES ANIMAUX VERTÉBRÉS

vant en arrière. Sur son plancher, vers la ligne médiane, les deux cordons antérieurs delà moelle font une saillie marquée en se dirigeant vers les parties antérieures du cerveau.

Les crocodiles et les autres sauriens ont le bulbe olfactif moins rapproché de l’hémisphère que dans les tortues, et le pédicule qui réunit ces deux parties est quelquefois très-tin, comme dans le caïman à museau de brochet ; mais il est toujours creusé d’un canal. Les deux hémisphères réunis ont une forme de cœur plus ou htoins allongé, mais ils ne laissent pas voir en arrière les couches optiques par leur écartement. Le corps strié est plus grand que dans les tortues, et il remplit l’hémisphère presque comme dans les oiseaux. Les tubercules jumeaux sont au nombre de deux, et ceux du caïman sont remarquables, en ce que le sillon qui les sépare n’est pas aussi profond que dans la tortue, et qu’ils t enferment chacun dans leur cavité un tubercule qui est contenu dans l’aqueduc de Sylvius Le cervelet, dans le caïman , est plus saillant que les tubercules bijumeaux. C’est une membrane creusée en forme de cloche, et rabattue d’avant eu arrière sur le quatrième ventricule.

Dans les autres sauriens nous ne retrouvons pas le tubercule contenu dans l’intérieur des bijumeaux : le sillon qui sépare ceux-ci est plus profond. Le cervelet, très-réduit, est une simple petite lame transversale. ]

Dans les serpents, les deux hémisphères forment ensemble une masse plus large que longue. [Le bulbe olfactif qui les précède est quelquefois trèsgrand, comme dans le python. Le corps strié est bien plus petit que dans les sauriens : il est, dans le p) thon, partagé eu deux lobules qu'enveloppe, en formant un large ventricule, la membrane de l’hémisphère, qui se détache en partie de leur face externe ] Les tubercules bijumeaux sont presque globuleux dans beaucoup d’ophidiens, et beaucoup plus petits que les hémisphères, en arrière desquels ils sont situés. [Mais dans le python , ils sont remarquables, en ce qu’ils sont véritablement au nombre de quatre, et très semblables à ce que l’on voit dans les mammifères. ]

Le cervelet, dans les serpents, est extrêmement petit, aplati, et il a la forme, ou d’un segment de cercle, ou d’une lame quadrilatère mince, qui couvre la partie antérieure du quatrième ventricule.

[Dans les grenouilles, les rainettes, les crapauds, les pipas, les hémisphères sont plus allongés et plus étroits que dans les tortues ; le lobe olfactif se continue avec leur extrémité antérieure. A l’in-

(i) M. Fischer ( Amphibiorum nudorum nevrologiœ spccimen prirnum , Beroliui, 1848, in-4°J n’a pas trouvé la quatrième paire dans les salamandres, et croit qu’un filet du rameau nasal du trijumeau en fait les fonctions.

térieur de leur ventricule se voit un corps strié assez petit.

Les tubercules bijumeaux sont plus grands que dans la tortue à proportion des hémisphères. C’est le contraire dans les salamandres et les tritons, dont les tubercules bijumeaux sont petits, et dont les hémisphères sont presque cylindriques, et aussi larges eu avant qu’en arrière.]

Le cervelet de ces deux genres de reptiles est aplati, triangulaire, et couché en arrière sur la moelle allongée, mais sans couvrir la totalité du quatrième ventricule.

B. Origine des nerfs.

Les nerfs ou plutôt les bulbes olfactifs proviennent, comme dans les oiseaux, de l’extrémité antérieure des hémisphères ; [sur le bulbe, quelques traits blancs marquent les racines du nerf. Dans la tortue, il y a deux racines de chaque côté : l’une externe, et qui devient bientôt supérieure, l’autre interne, et qui passe sous la précédente pour gagner les narines. ]

Les nerfs optiques semblent tirer leur origine d’une éminence commune située sous le milieu des hémisphères, [et qui n’est autre chose que te tuber cinereum ; mais en poursuivant leur racine latéralement en arrière du chiasma, on voit que les nerfs opliques sont, comme dans les deux classes précédentes, la terminaison d’un ruban qui descend de la face supérieure des tubercules quadrijumeaux, en croisant les jambes du cerveau.

L’oculo-moieur, le pathétique et l’abducteur ne présentent pas de particularité quant à leur origine; mais dans un cerveau de tortue franche, nous avons pu voir de la manière la plus manifeste un faisceau fibreux qui, parti de la partie inférieure de la moelle allongée et parvenu en avant du point où le corps resliforme constitue le cervelel, se recourbe en haut et en dedans, et s’engage entre le cervelet et les tubercules quadrijumeaux. Cette disposition fait comprendre clairement comment le nerf pathétique, bien que naissant de la portion supérieure du prolongement cérébral, émane cependant de la portion motrice de la moelle (1).

Dans les crapauds et les grenouilles, la sixième paire s’accole dès son origine à la cinquième paire (2).

Le trijumeau parait, dans les tortues, composé d’un grand nombre de filets, aussitôt qu’il se détache de la moelle : dans Te pipa, ce nerf a également deux racines bien distinctes, l’une plus forte que l'autre (3).

(2) M. Fischer, op. cit., croit avoir observé que dans les grenouilles, non-seulement le nerf abducteur s'accole au trijumeau, mais qu’il pénètre dans sou ganglion.

[$) Voy. Fischer, op. cit., pl. Il, lig. i.

ARTICLE HUITIÈME. —

Les rapports des septième et huitième paires sont les mêmes dans les tortues que dans les mammifères. Dans les grenouilles et les salamandres, ces deux nerfs paraissent naitre don tronc commun ; dans 1 epipa, cependant, M. Fischer a trouvé un filet distinct pour le facial. Peu après sa naissance, le facial quitte l’acoustique , et s’accole ou même s’unit au trijumeau (1), avec lequel il sort du crâne.

Le glosso-pliaryngien est bien distinct dans les tortues; dans les batraciens, il parait confondu avec l’origine du pneumo gastrique, et les filets qui le constituent ne se montrent qu’après leur sortie du ganglion du nerf vague. Celui-ci nait par un nombre variable de racines, et il s’accroît, comme dans les deux classes précédentes, d’un nerf accessoire, ou du spinal. Ce nerf nait, dans les reptiles , vers la première ou la seconde paire des nerfs cervicaux , par des racines nombreuses dans les tortues, moins nombreuses dans les crocodiles, dans les iguanes , dans Yamphisbène, dans les lézards où il a été observé (2).

La longueur dû quatrième ventricule, et par conséquent de la moelle allongée, fait que les racines du nerf vague sont loin de la partie postérieure de l’encéphale , ce qui explique comment des reptiles décapités peuvent vivre encore pendant longtemps, parce que la section n’a pas intéressé l’origine de ces nerfs.

L’hypoglosse nait, comme à l’ordinaire, en arrière et au-dessous du nerf vague.]

ARTICLE VIII

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