DES PARTIES DURES QUI TIENNENT LIEU D’OS AUX ANIMAUX NON VERTÉBRÉS
Les coquilles sont des enveloppes d’une substance calcaire, d’un tissu tantôt feuilleté, et. tantôt aussi dense el aussi dur que le marbre : elles servent d’enveloppe à un grand nombre d’animaux de la classe des mollusques; et chacun sait que la variété de leurs formes, les nuances plus ou moins tranchées de leurs couleurs, et l’éclat de leur nacre, en font un des plus beaux ornements des cabinets des curieux. L’histoire naturelle fait suffisamment connaître leurs formes elles rapports de ces formes avec les ordres et les genres des animaux qui les habitent! iln’estquestion ici quelle leur texture, de leur accroissement, et de la manière dont elles sont liées au reste du corps.
Elles sont composées, comme les os, d’une matière calcaire intimement unie à une substance gélatineuse, et qu’on peut également en séparer par le moyen des acides : mais elles sont un produit de la peau déposé sous l’épiderme, ou même quelquefois dans l’épaisseur du derme. On distiu-
DEUXIÈME LEÇOif. — ORGANES DU MOUVEMENT.
gue, dans quelques espèces, des couches assez faciles à séparer et collées les unes sur les autres, comme les feuilles de papier qui forment un carton. L’observation a appris que ces couches sont moins nombreuses dans les jeunes animaux quo dans les adultes; il n’y a que les plus extérieures, qui sont en même temps les plus petites. Amesure que l’individu avance en âge, il se forme à la face interne de la coquille une couche nouvelle, sécrétée par la partie des téguments que l’on nomme le manteau et qui déborde toutes les couehesprécédentes; en sortequeccttecoquilleprend à chaque fois un accroissement en longueur et en largeur, comme en épaisseur. Voilà des faits certains : il suffit, pour s’en assurer, de comparer des coquilles de même espèce qui aient appartenu à des individus de différents âges; on verra toujours moins de couches à celles qui proviennent d’individus plus jeunes. Les jeunes moules, qu’on peut observer avant même qu’elles aient quitté la matrice de leur mère, n’ontalors qu’une seule couche à leur coquille, et cette coquille n’est pas pour cela molle ou gélatineuse : clic a la même rigidité que la coquille adulte, et si elle est beaucoup plus fragile, c’est qu’elle est beaucoup plus mince.
Mais ces couches qui doivent successivement venir en augmenter l’épaisseur, sont-elles produites par développement, ou par simple juxtà-posi lion? Des vaisseaux nourriciers vont-ils déposer le suc calcaire dans les divers points de leur épaisseur, ou Iranssudent-elles seulement au travers de la peau de l’animal pour se coller aux couches précédentes? Voilà des questions sur lesquelles les physiologistes ne sont d’accord que depuis peu de temps.
Le corps des limaçons ne parait adhérer à la coquille qu'aux surfaces d’attache des muscles seulement; et Réaumur ayant placé, entre ce corps et les endroits de la coquille qu’il avait cassée exprès, des pellicules minces, ces cassures ne se sont point réparées, tandis que celles où aucun obstacle n’arrêtait les sues qui pouvaient y arriver de la surface de la peau, se remplissaient promptement.
Ces faits prouvaient en faveurtlela simple juxtaposition d’une matière transsudée; cependant, comme on avait vu, d’un autre cùlé, que l’huître et la moule adhèrent à la coquille, non seulement par les muscles, mais encore par lout le bord de leur manteau, et que de plus l’Iiuitre a toujours dans l’épaisseur de sa valve convexe, entre la charnière et le muscle transverse, un ou plusieurs des vides remplis d’une eau fétide cl amère, quelques naturalistes avaient cru que les vaisseaux artériels et absorbants pénétraient dans l’intérieur des couches, en déterminaient la position et en enlevaient de temps en temps les molécules.
[ Mais ces vides, que l’on a cru s’opposer à la
formation des couches juxtà-posées, s’expliquent parfaitement en supposant que le manteau n’adhère à la surface de la coquille que par quelques points ou peut-être même par quelques lignes concentriques, et que dans les parties où il n’y a point d’adhérence, les nouvelles couches ne s’appliquent point sur les précédentes, et laissent des vides qui sont remplis d’eau. La structure du reste de la coquille est tout-à-fait semblable ; elle se compose, au moins dans son milieu, sous le muscle, de plusieurs lames d’émail qui s’écartent et se rapprochent; mais les intervalles, au lieu d’être remplis d’eau, le sont par une substance crétacée tendre et très feuilletée. ]
Quelques observations semblent prouver qu’il y a des testacés qui se dépouillent entièrement de leurs coquilles à certaines époques, pour eu produire de nouvelles; mais cette reproduction pourrait bien aussi se faire par développement, comme celle des bois de cerf. Quant au mécanisme du développement des couches des coquilles qui ne tombent point, on peut le comparer à celui qui produit les ongles, les couches intérieures des cornes creuses des bœufs, des moulons et de tant d’autres mammifères ruminants, et même à celui qui produit l’épiderme dans tous les animaux; c’est-à-dire que ce sera un dessèchement, une espèce de mort d’une membrane qui semblait avoir une sorte d’organisation tant qu’elle était restée à l’abri du contact de l’élément extérieur, ou qu’elle n’avait pas acquis toute la solidité qui lui convenait.
11 parait que c’est là la manière dont se développent. toutes les parties dures des mollusques.
La sèche ordinaire (sépia officinalis) a, dan3 les chairs de son dos un corps ovale, convexe en avant et en arrière, blanc, ferme, friable, de substance calcaire. Ce corps n’a point d’adhérence avec les chairs dans lesquelles il se trouve, pour ainsi dire, comme un corps ét ranger qui s’y serait introduit : aucun vaisseau, aucun nerf visible ne le pénètre, et il ne donne attache à aucun tendon. Il est composé de lames minces parallèles, qui ne se touchent pas immédiatement, mais dans les intervalles desquelles sont une infinité de petites colonnes creuses qui vont perpendiculairement d’une lame à l’autre, et qui sont disposées en quinconce très régulier. Comme les lames sont planes, et que les deux faces de l’os sont convexes, elles les coupent nécessairement. Les endroits de ces intersections sont marques sur les faces par des stries curvilignes très régulières. Cet os a des espèces d’ailes qui sont d’une nature moins opaque, moins cassante, et plus ressemblante à une corne mince et élastique.
C’est aussi à cette dernière substance que ressemblent les parties qu’on a appelées os dans les calmars; elles sont transparentes, élastiques,