‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 266 sur 367 · DE LA SCLÉROTIQUE. S · texte numérisé non relu

DE LA SCLÉROTIQUE. S

la même structure que celle de la baleine. Celle des quadrupèdes proprement dits ne s’écarte eii rien d’essentiel de celle de l’homme.

[Dans le lynx , elle prend une épaisseur trèsgrande auprès du cercle de la cornée, ce qui a fait comparer cet épaississement an cercle osseux de la sclérotique des oiseaux. Dans l 'éléphant, c’csl surtout en arrière que la sclérotique est épaisse, et montre des fibres blanches tendineuses très-fortes. L’épaisseur diminue en avant, au point d’insertion des muscles droits.]

Dans le phoque , la sclérotique est épaisse par devant et encore plus par derrière ; mais la zone moyenne est mince et flexible. [Le loup et le raton montrent la même disposition.]

La sclérotique des oiseaux est mince, flexible et assez élastique par derrière. Elle y a un aspect bleuâtre, assez brillant; on n’y aperçoit point de fibres distinctes. Elle ne reçoit pas le nerf optique par un simple trou, mais par un canal qui perce obliquement son épaisseur. Sa partie antérieure se divise en deux lames, dans l’intervalle desquelles est reçu un cercle de pièces osseuses, minces, dures, oblongues, qui empiètent les unes sur les autres comme des tuiles, et qui donnent à cette partie antérieure une grande fermeté cl une forme constante. Ces osselets sont presque plats dans la plupart des oiseaux, où ils ne forment qu’un disque annulaire peu bombé ; ils sont légèrement arqués et concaves en dehors daus les hiboux, où ils forment un tube, dont la figure est celle rl’un cône tronqué assez long : on en compte ordinairement une vingtaine.

La tortue a, à la partie antérieure de la sclérotique, les mêmes lames osseuses que les oiseaux. Ces lames sont enfermées dans cette membrane, sans être continues à sa substance : elles s’en séparent nettement par un léger effort. [Elles sont au nombre de dix ou onze.]

11 y en a aussi à la sclérotique des crocodiles, du caméléon , à celle du monitor, et de plusieurs autres lézards. [De plus, la sclérotique de plusieurs espèces, notamment des tortues, se sépare en deux lames. La plus externe, fibreuse, et partout d’égale épaisseur, semble la continuation de la gaine du nerf optique; l’interne, cartilagineuse, plus épaisse au fond de l’œil qu’en avant, et qu’autour de l’inserlion du nerf optique, est percée de trous vasculaires.]

Dans les poissons, la sclérotique est homogène, demi-lransparenle, élastique et assez ferme pour conserver sa forme par elle-même, quoique fort mince dans certaines espèces. [Cela est dû, dans la plupart des poissons osseux, à deux pièces cartilagineuses, intercalées dans son tissu, et qui s’ossifient plus ou moins dans les grandes espèces.] Le saumon , par exemple, a la sclérotique d’une ligne d’épaisseur en arrière, et d’une dureté presque

DOUZIÈME LEÇON. — ORGANE DE LA VUE

osseuse en avant. Cette dureté, de la portion antérieure se retrouve dans beaucoup d’autres espèces, comme dans le thon, etc. [Quelquefois même, comme dans l 'espadon et la baudroye, les deux pièces forment une sphère entièrement osseuse, et percée seulement de deux ouvertures pour le nerf optique et la cornée. Les poissons cartilagineux n’ont pas les deux pièces de la sclérotique des poissons osseux ; cette membrane est uniformément cartilagineuse.] Dans les squales et les raies, elle est renflée en arrière en un tubercule, par lequel l’œil s’articule avec une tige particulière dont nous parlerons. [11 y a aussi quelque chose de semblable dans plusieurs poissons ordinaires.] La sclérotique de V esturgeon est plus épaisse que la cavité de l’œil. Elle représente, pour ainsi dire, une sphère cartilagineuse dans une partie de laquelle serait creusée une petitecavité tapissée par les autres membranes.

Dans toutes les espèces la sclérotique est doublée en dedans d’une membrane très-mince, ordinairement noirâtre, qui lui adhère fortement et que l’on croit un prolongement de la pie-mère (1). Dans le lion , il nous a été facile de la suivre jusque sous la cornée, où elle devient ferme et transparente, et dont elle se détache assez facilement.

La sclérotique est non-seulement le point d’insertion des muscles droits et obliques de l’œil; elle donne encore attache à ceux de la troisième paupière dans les oiseaux et dans beaucoup de reptiles. Dans toutes les classes elle transmet, par des trous dont elle est. percée, le nerf optique, les nerfs ciliaires et les vaisseaux de l’intérieur de l’œil.

On croit que sa flexibilité dans i’bomme et dans les quadrupèdes permet aux muscles de la comprimer, et en poussant ainsi les humeurs en avant, de gonfler la cornée pour rendre l’œil capable de distinguer dis objets très-proches; mais elle ne peut avoir celte utilité dans les animaux où elle est inflexible en tout ou en partie, comme les cétacés, les oiseaux et les poissons, et cependant les limites de leur vision distincte sont, du moins dans beaucoup d’espèces, plus grandes que celles de l’homme.

ARTICLE V

Page 1