‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 268 sur 367 · ARTICLE SIXIÈME. — DE LA CHOROÏDE · texte numérisé non relu

ARTICLE SIXIÈME. — DE LA CHOROÏDE

sclérotique est double, et embrasse celui de la cornée comme une pince : cela est ainsi dans le lièvre [ et dans le phoque. Dans l'aigle, la portion de la sclérotique qui s’étend sur la cornée y forme une sorte de ligament annulaire, auquel on a attribué une action sur la convexité de la cornée.

Dans les reptiles, l’union de la cornée se fait également en dedans de la sclérotique.]

C’est surtout dans le squàle-milandre qu’on voit bien la séparation de la cornée d’avec la sclérotique ; elles forment un biseau, mais tel que c’est la sclérotique qui s’amincit derrière la cornée, et non celle-ci, comme à l’ordinaire. La sclérotique est blanchâtre ; la cornée jaunâtre, et il y a de plus cuire denx un tissu cellulaire serré, mais très visible, qui semble être une production de la conjonctive qui pénètre dans l’œil pour aller s’unir au ligament ciliaire et à l’iris.

[D’autres poissons ont la lame la plus interne de la cornée teinte en jaune ou en vert, comme dans la perche (1).

La cornée de V unàbleps offre cetlc particularité, qu’elle est partagée ou deux par une bride ligamenteuse, qui devient, opaque avitc l’âge, et qui met la cornée en contact avec l’iris et le cristallin. Chacune des deux parties de la cornée a une convexité différente, et la supérieure est plus grande que l’inférieure.]

La conjonctive est cette partie de la peau qui, après s’èlre reployée pour doubler la face interne de la paupière en prenant un tissu plus fin et des vaisseaux plus nombreux, se reploie en sens contraire, et devient plus fine encore pour couvrir le devant de l’œil, auquel elle adhère trèsfortement, surtout à la cornée, dont on ne peut la séparer que par la macération. La partie de la conjonctive qui recouvre la cornée est transparente. Celle qui est sur la sclérotique forme ce qu’on nomme le blanc de 1 œil, et est, en effet, de cette couleur lorsque ses vaisseaux sanguins ne sont point gonflés et rendus trop visibles par 1 inflammation.

Cette description, prise de l’homme, convient à tous les animaux qui ont des paupières, à l’exception de la couleur de la partie analogue au blanc de l’œil; qui varie quelquefois; mais dans les espèces qui u’onl point de paupières, comme la plupart des poissons, la peau passe directement au-devant de l'œil, sans former aucun repli ; quel quefois même elle n’y adhère pas très-fortement : c’est ce qu’on voit surtout dans l'anguille, qui se peut écorcher sans qu’il reste de trou à (endroit

(i) [Quelques auteurs regardent la lame la plus interne de la cornée comme formant une lame distincte, qui diffère des autres par une structure plus élastique, et qu’il faut distinguer aussi de la membrane propre que l’on a attribuée à l’humeur aqueuse. ]

de l’œil; la peau y a seulement un espace arrondi et transparent. 11 en est de même dans les serpents.

Dans le poisson co ff're (ostracion), la conjonctive est si semblable au reste de la peau qu’on y voit des lignes qui y forment les mêmes compartiments que sur tout le corps de cc poisson.

Nous trouvons, parmi les mammifères, une espèce de rat. dans laquelle la peau u’est pas même transparente à l’endroit de l’œil; mais elle y est recouverte de poil comme ailleurs; et l’œil, qui au reste a à peine la grosseur d un grain de pavot, est parfaitement inutile. Ce rat est le Ztnnni ( mus lijphlus ). Une anguille ( murena cœcilia ), et la rnyxinc (gastrohranchus cœcus) sont aveugles de la même manière, par le défaut de transparence de la conjonctive.

ARTICLE VI

DE LA SECONDE TONIQUE DE l’œïL, OU DF. LA CHOROÏDE ET DE SES ANNEXES.

A. Dans l’homme.

La choroïde tapisse intérieurement foute la sclérotique, dans la concavité de laquelle elle se moule ; elle ne s’y colle dans la plus grande partie de son étendue que par un tissu cellulaire trèslâche ; mais ces deux membranes sont liées par des nerfs et des vaisseaux qui percent la sclérotique pour se rendre à la choroïde, ou pour la traverser elle-même. Leur partie antérieure, celle qui est voisine de la cornée, est unie plus intimement par un cercle d’un tissu cellulaire comme cotonneux, abreuvé d’une mucosité blanchâtre, que l’on a nommé le ligament ou le cercle ciliaire. Il est plus épais et plus serré en avant; il s’amincit et disparaît en arrière. A la face opposée à ce ligament, c’est-à-dire à la face concave, tout autour du bord antérieur de la choroïde, ou voit sa lame interne former des plis très-fins et disposés en rayons; ils représentent en quelque sorte le disque d’uue fleur radiée, et leur ensemble se nomme corps ciliaire (2). Les lames saillantes qui résultent de ces plis portent leur extrémité antérieure un peu vers l’axe de l’œil, en s’écartant de la eor- ' née, en sorte que toutes les extrémités de ces lames interceptent un espace circulaire, dans lequel est précisément placé le cristallin; il parait même que

(a) [Le canal que l’on a décrit sous le nom de canal de Fontana, et comme existant entre le cercle ciliaire et la sclérotique, paraît bien n'étre que le résultat de la déchirure du tissu cellulaire qui unit ces parties.]

DOUZIÈME LEÇON. - ORGANE DE LA VUE

ces extrémités, que l’on nomme les procès ciliaires, s’attachent au-devant de tout le bord aigu de la capsule du cristallin, et contribuent à la fixer. Les lames qui composent le corps ciliaire s’impriment en creux sur la face antérieure du vitré, qui remplit toute la partie de l’oeil située derrière eux.

Après avoir produit par ses plis ou lames saillantes en dedans et par leurs prolongements la belle couronne que nous venons de décrire, la choroïde se continue pour former un voile annulaire, placé entre la cornée et le cristallin, et qui porte le nom d’urée/ ii est percé dans son milieu d’un trou qui porte le nom de pupille , et recouvert par sa face antérieure d’une membrane également annulaire, que l’on voit au travers de la cornée et qui se nomme l’tm. Nous en parlerons dans l’article suivant.

Cette partie de la seconde tunique, qui est située au-devant du cristallin, est presque plane dans l’homme; elle a quelquefois de la convexité dans les animaux, mais toujours moins que le reste de la tunique, qui a absolument la même courbure que la sclérotique.

C’est entre cet aplatissement de la seconde tunique et la convexité au contraire plus grande de la cornée qu’est située la première chambre de l’œil que remplit l’humeur aqueuse.

La substance de la choroïde est très-mince et très-délicate. Les bonnes injections font voirqu’elle est presque entièrement composée d’un triple tissu vasculaire. Ses artères forment d’abord le tissu extérieur. La plupart pénètrent au travers de la sclérotique, très-près du nerf optique, et se répandent sur toute la choroïde en se divisant par des angles très-aigus : on les nomme artères ciliaires courtes, pour les distinguer de deux troncs qui vont presque jusqu’à l’iris sans sc bifurquer, et qui se nomment ciliaires longues. Le tissu intérieur est formé par les extrémités de ces mêmes artères, qui, ayant percé la choroïde, forment à sa face interne un réseau uniforme et si fin qu’on n’en distingue les mailles qu’avec une forte loupe. Le troisième tissu est intermédiaire; il est formé par les veines. Leur marche est singulière; elle représente des arcs irréguliers qui aboutissent à certains centres, et forment des espèces de tourbillons. Ce sont ces vaisseaux-là qtt’on voit le mieux sans injection.

La face interne de la choroïde est tapissée dans l’homme d’une mucosité noirâtre, ou même absolument noire et terne, qui peut se détacher ou s’absterger avec le doigt ou avec un pinceau, et qui sert à empêcher que des rayons réfléchis par les parois internes de l’œil ne troublent la vision qui se fait par les rayons directs. C’est par la même raison qu’on noircit l’intérieur de Ions les instruments de dioptrique. On voit à la loupe un léger velouté lorsqu’on a enlevé ce vernis. La lame

interne de la choroïde semble d’un tissu plus ferme que le reste de son épaisseur, et porte en particulier le nom de ruisekienne.

Les procès ciliaires et l’uvée ont les mêmes vaisseaux, le même duvet et le même vernis noir que le reste de la choroïde. Les procès ciliaires laissent même une empreinte remarquable de ce vernis sur le devant du corps vitré lorsqu’on les en sépare, ce que le reste de la membrane ne peut pas faire à cause de la rétine qui est entre deux.

[C’est cette zone noirâtre, marquée par des sillons et des saillies rayonnantes, correspondant à celles des procès ciliaires, qu'un grand nombre d’anatomistes décrivent comme constituant une partie distincte de l’œil, sous le nom de zone de Z vin.]

B. Dans les animaux.

La choroïde existe dans tous les animaux dont on connaît bien les yeux; elle est toujours vasculeuse et enduite, au moins en partie, à sa face concave d’une mucosité particulière. [Dans beaucoup de poissons la choroïde est séparée de la sclérotique par un tissu cellulaire de nature graisseuse, qui forme quelquefois une couche épaisse, comme dans le maigre; ou bien différents lobes au pourtour du globe de l’œil, comme dans la perche. Cette couche celluleuse manque dans la morue. Entre elle et la choroïde proprement dite, il y a une membrane très-mince, très-peu consistante, et qui ne semble qu’un enduit de couleur argentée ou dorée. Cette membrane enveloppe toutes les parties plus antérieures, et revêt tout le devant de l’iris, de manière à lui donner cet éclat métallique si remarquable dans les poissons (1). C’est en dedans de celle membrane qu’est la véritable choroïde, avec ses deux lames dont l’externe, vasculense, est assez épaisse, et dont la plus interne, plus mince, plus simple, est la ruischienne. ] La choroïde varie dans les animaux par les procès ciliaires, par la couleur et le tissu de son fond, par la séparation plus ou moins facile de la ruischienne, et par la disposition de ses vaisseaux.

1° Des procès ciliaires.

Les mammifères et les oiseaux ont tous des procès ciliaires : on eu trouve dans quelques reptiles et même dans les seiches; mais ils manquent à presque tous les poissons.

Dans l’homme, chacune des lames des procès ciliaires représente un triangle scalène très-allongé; un côté, celui par lequel la lame tient au l’este de la choroïde, est convexe; le bord qui touche au vitré concave, et celui qui est voisin de

(x) Cuvier, IJist. nat. des poiss., 1. 1, p. 455.

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