‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 269 sur 367 · ARTICLE SIXIÈME. - DE LA CHOROÏDE · texte numérisé non relu

ARTICLE SIXIÈME. - DE LA CHOROÏDE

l’iris est beaucoup plus court que les deux autres. L’angle qui tourbe la capsule est arrondi : tous les bords libres sont légèrement dentelés. Celte dentelure est bien plus sensible et se change en véritable frange dans les grands animaux, comme le bœuf, le cheval et le rhinocéros : cela est aussi dans la baleine , où l’angle qui retient la capsule se prolonge beaucoup plus en pointe que dans les précédenls. Dans les carnassiers, notamment dans le lion , les lames ont le côté de leur base moins long, à proportion des autres côtés, que dans les animaux précédents, de façon que l’angle opposé est plus saillant : on n’aperçoit sur les bords aucune dentelure. Dans toutes ees espèces, il y a une lame sur deux ou sur trois, plus courte que les autres, maissans aucun ordre absolument régulier.

[Il y a de grandes variations dans les rapports du plan d’origine de la couronue ciliaire avec le plan d’union des deux faces du cristallin, ou, en d’autres termes, tantôt les procès ciliaires naissent fort en arrière, et alors la couronne ciliaire est très-large et en entonnoir, tantôt ils naissent très en avant, et alors la couronne ciliaire est étroite, et presque dans un plan vertical comme l’iris, La. première disposition s’observe surtout dans les carnassiers, et est très-remarquable dans les chats; la seconde s’observe dans les herbivores plus particulièrement, et est très-notable dans le chamois, où les procès ciliaires sont accolés à l’iris dans plus de la moitié de leur longueur. Les coupes horizontales de l’œil font bien apprécier ces différences.

Dans les chats, cl en général dans les animaux nocturnes, le pigment qui recouvre les procès ciliaires est peu épais.]

Les oiseaux ont leurs lames ciliaires peu saillantes ; ce ne sont presque que des stries serrées et peu ondoyantes. Il y a cependant des différences entre les espèces.

Dans le hibou, elles sont plus fines, plus serrées et plus nombreuses; dans l’autruche, elles sont plus grosses et plus lâches ; mais dans tous les oiseaux, leur extrémité tient très-fermement à la capsule du cristallin.

[Comme dans les mammifères, la zone ciliaire naît plus ou moins loin en arrière, et est par conséquent plus ou moins large; sa grandeur est en l’apport avec l’étendue de la portion cylindrique, placée entre les concavités antérieure et postérieure du bulbe oculaire : cela explique la grande largeur de la couronne ciliaire dans le grand duc. Dans les oiseaux de proie, les procès ciliaires, au lieu de s’allonger en pointe, se terminent par une surface plane, et quelquefois même creusée eu gouttière, qui s’applique tout autour du rebord de la capsule cristalline, qu’ils embrassent ainsi comme dans un anneau cannelé. C’est le contraire de ce que nous verrons dans la seiche,]

Dans la tortue, les procès ciliaires sont si peu saillants, qu’on les reconnaîtrait à peine pour tels sans la belle empreinte qu’ils laissent sur le vitré; mais dans le crocodile , ces procès sont très-beaux et très-prononcés : ils se terminent chacun par un angle rectiligne presque droit. J’ai vu des procès en forme de fils allongés, mais en petit nombre, dans une grande rainette étrangère. Il y en a aussi de tels, mais peu marqués, dans le crapaud. Je n’en ai point aperçu dans les lézards ordinaires, ni dans les serpents. [11 y en a cependant, mais de très-courts, dans les premiers. Dons les seconds, la couronne ciliaire est lisse , sans replis et sans procès, et se confond directement avec Cuvée.]

Il y a un corps et des procès ciliaires très-marqués dans le squale-milandre. Les lames en sont presque aussi saillantes que dans les oiseaux; et après avoir formé une très-courte pointe qui touche à la capsule du cristallin, elles se continuent avec les stries de Cuvée.

Je n’ai pu voir la même structure dans la raie; mais il est certain qu’il n’y a rien d’approchant dans les poissons osseux ; leur uvée se continue sans interruption avec leur ruischiennc, et forme avec elle une tunique uniforme, sans aucune partie saillante en dedans.

On ne voit nulle part si distinctement l’usage des procès ciliaires pour retenir le cristallin que dans l’œil des seiches et des poulpes , où il s’enfonce dans un sillon creusé tout autour du cristallin, comme nous le dirons plus loin.

2° De la ruischienne,

La ruischienne se laisse à peine distinguer de la choroïde dans l’homme, les singes, les petits mammifères et les oiseaux ; mais dans les grands mammifères, quoiqu’on ne puisse la séparer sans endommager l’une ou l’autre, on la distingue par son tissu plus fin, serré et comme homogène. La coupe de la choroïde ne présente au microscope que les ouvertures béantes des petits vaisseaux qui la composent; celle de la ruischienne est solide et ressemble à celle d’une simple membrane, de l’épiderme, par exemple : c’est ce qu’on voit surtout très-bien dans l’œil de la baleine , où les ouvertures des vaisseaux sont sensibles à l’œil nu, et où l’on en reconnaît aisément les trois couches.

[ Dans les grands yeux des poissons, on voit la ruischienne former, à la face interne de l’uvée, un cercle de plis rayonnants, très-fins, mais qui diffèrent des véritables procès ciliaires, en ce qu’ils n’atteignent pas jusqu’à la capsule du cristallin. Ils adhèrent avec force an corps vitré.]

Les parties latérales et antérieures de la ruischienne sont toujours, comme nous l’avons dit, enduites d’un vernis muqueux plus ou moins noir : il est d’un rouge pourpre dans le calmar,

DOUZIÈME LEÇON. — ORGANE DE LA VÜE

qui est probablement, avec les autres seiches, la seule exception à celte rèple. Quelques oiseaux l’ont seulement d’un brun roux foncé. Ce vernis vient quelquefois à manquer dans certaines espèces, par l’effet d’une maladie qui leur blanchit aussi les poils. Les lapins blancs, les nègres blancs, les souris blanches sont dans ce cas. Leur ruischienne est alors transparente, et toutes les parties de la choroïde sont d’un blanc que les nombreux vaisseaux qui rampent dans cette membrane font paraître rose.

5° Vu tapis.

Le fond de la ruischienne n’est enduit que d’une çouçhe souvent très-légère de ce vernis, au travers de laquelle on aperçoit sa couleur, qui varie singulièrement selon les espèces. L’homme et les singes l’ont brune ou noirâtre; les lièvres, les lapins , les cochons, d’un brun de chocolat; mais les carnassiers, les ruminants, les pachydermes, les solipèdes et les cétacés ont des couleurs vives et brillantes à cette partie. Le bœuf l’a d’un beau vert doré, changeant en bleu céleste; le cheval, le bouc, le bubale , le cerf, d’un bleu argente changeant en violet; le mouton, d’un vert doré pâle, quelquefois bleuâtre; le lion, le chat , [ours, le dauphin , l’ont d’un jaune doré pâle; le chien, le loup et le blaireau, d’un blanc pur, bordé de bleu. On nomme celte partie colorée de la ruischienne le tapis. Elle n’occupe pas tout le fond de l’œil, mais seulement un côté, celui dans lequel le nerf optique ne perce point.

11 est difficile de soupçonner l’usage d’une tache si éclatante dans un lieu si peu visible. Monro, et d’autres avant lui, ont cru que le tapis du bœuf est vert, pour lui représenter plus vivement la couleur de son aliment naturel ; mais cette explication ne convient pas aux autres espèces.

[C’est la réflexion de la lumière extérieure par le lapis qui, dans les lieux peu éclairés ou la nuit, donne aux yeux de certains animaux cet éclat lumineux, si remarquable dans les chats, et que quelques auteurs sont disposés à regarder comme étant de nature phosphorique (1).]

Les oiseaux et les poissons n’ont aucun tapis. I.eur ruischienne est uniformément noirâtre et enduite partout de mucosité : il y en a même beaucoup plus sur son fond qu’ailleurs dans les poissons, La raie fait une exception apparente à çette règle ; elle a le fond de l’œil d’une belle con-

(t) On peut à ce sujet consulter les expériences rapportées dans une bonne dissertation de M. Fr. Hassenstein, intitulée : Commentatio de luce ex quorurndam animalium oculis prodeunte > algue de tapeto lucido. Teuse, i836, in-4°.

(a) Cuvier, ouv. oit., p. i56.

leur d’argent, produite par la transparence de sa ruischienne, qui laisse voir la couleur de sa choroïde. [La même chose se voit dans le crocodile, parmi les reptiles.]

4» De la glande choroïdienne, ou du bourrelet chorotdien des poissons.

Entre la choroïde et la membrane de couleur métallique qui l’enveloppe (2), est un corps, que les uns ont nommé glande, les autres muscles, dont la nature est difficile h déterminer, et qui mérite d’étre décrit. Sa couleur est pour l’ordinaire d’un rouge vif; sa substance est molle, et plutôt glanduleuse que musculeuse, du moins n’y distingue-t-on point de fibres, quoique des vaisseaux sanguins forment des lignes plus foncées et presque parallèles à sa surface. Il en sort des vaisseaux, souvent très-tortueux, toujours trèsramifiés, et qui forment dans l’épaisseur de la choroïde un réseau fort serré. Sa forme est ordinairement celle d’un cylindre mince ou d’un bourrelet, qu’on aurait contourné autour du nerf optique, comme un anneau ; l’anneau n’est cependant pas complet : il en manque toujours un segment plus ou moins long, à sa partie inférieure. Quelquefois, comme dans le perça labra.v, il est composé de deux pièces, une de chaque côté du nerf optique ; d’autres fois, il n’est pas roulé en cercle ; mais sa courbure est irrégulière : c’est ce qui a lieu dans le saumon, dans le poisson-lune (letraodon-mola) et dans la morue; mais les carpes et la plupart des autres poissons l’ont d’une figure très-approchante ducerole.

Ceux qui pensent que l'œildoit changer de fîgnre selon la distance des objets qu’il veut voir croient que le corps dont nous parlons est un muscle destiné à produire cet effet en contractant la choroïde.

[ Mais les stries rouges que l’on voit sont vasculaires et non fibreuses. Sa nature glanduleuse n’a rien non plus de certain, car il ne paraît en sortir que des vaisseaux sanguins. Peut-être est-ce un tissu érectile, analogue à celui du corps caverneux, et qui a quelque influence pour accommoder la forme de l’œil aux distances et à la •densité des milieux (3).]

Haller a fait des vaisseaux qui sortent de ce corps une troisième lame particulière, qu’il a nommée vasculaire. Le corps lui-même reçoit beaucoup de vaisseanx et de nerfs qui viennent de l’ophthalmique, et dont le tronc marche quel-

(3) M. Cuvier, dans la première édition, regardait l’appareil dont nous parlons « comme une glande destinée à séparer quelques-unes des humeurs de l’œil. Mais il a plus tard combattu cette idée dans son Hist. nat. des poiss., 1. 1 , p. 456, et il y a substitué l’opinion que nous reproduisons ici.

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