DE LA RÉTINE, DE SA NATURE ET DE SES LIMITES
A. Entrée du nerf optique.
Nous avons vu dans la IX° leçon l’origine du nerf optique : nous l’avons suivi dans la X° jusqu’à son entrée dans l’œil. 11 faut dire ici comment il pénètre dans cet organe et de quelle manière il y donne naissance à la rétine.
1° Dans les mammifères.
[ Le nerf optique des mammifères ne pénètre pas dans le bulbe de l’œil, à l’extrémité de son axe,
(i) De membrand pupillari, aliisque oculi membranis pellucentibus, auct. F. G. Henle. Bounæ, x83a, in-4° avec planche.
mais tantôt en dedans, tantôt en dehors de ce point, et le plus souvent aussi un peu au-dessous. Dans l’homme et dans les singes , celte insertion a lieu à deux lignes en dedans de l’axe de l’œil ; c’est aussi en dedans qu’elle se fait dans le raton, le porc-épic , le cheval, etc. ; elle a lieu en dehors de l’axe dans le vespertilion-oreillard, dans le loup), le kanguroo, la marmotte, le chamois, etc. ; enfin elle se fait très-sensiblemeut dans l’axe de l’œil dans le lynx, le phoque, le castor, l’éléphant, la baleine.']
Le nerf optique, arrive à la sclérotique, commence îi diminuer de diamètre; il forme, en traversant celte tunique, un cône tronqué, d’autant plus allongé qu’elle est elle-même plus épaisse; arrivé à la choroïde, il la perce par un trou, rond dans l’homme, les singes et beaucoup d’autres animaux, ou ovoïde, comme dans le cerf et les autres ruminants, et fermé d'une membrane criblée d’une multitude de petits pores, au travers desquels la substance médullaire quia traversé les longs canaux dont ce nerf est composé, semble s’écouler pour se mêler intimement, et former cette expansion nerveuse qui double toute la concavité de la choroïde, et que l’on nomme rétine.
Cette points du nerf optique fait quelquefois une saillie en dedans de l’œil. Dans le lièvre et le lapin, au lieu d’un petit disque rond et criblé, l’extrémité du nerf fait une saillie au-dedans de l’œil, et se dilate en une espèce de cupule ovale, légèrement concave dans son milieu, et des bords de laquelle naît la rétine.
[Dans l’écureuil et dans la marmotte, le nerf optique, au lieu d’être étranglé à sou entrée dans la sclérotique, s’y aplatit et s’y élargit, et pénètre dans l’œil par une fente étroite et à peu près horizontale, et, ce qui est assez rare, au-dessus de l’axe de l’œil. Dans la marmotte, c’estd’une strie blanche longue de cinq lignes, et large d’un quart de ligne, correspondante à la fente de la sclérotique pour l’entrée du nerf, que naît la rétine. ]
Dans la plupart des mammifères, on voit autour du point d’insertion du nerf optique des fibres banchâlres , un peu plus opaques que le reste delà rétine et disposées en rayons.
Dans le lièvre et dans le lapin, ces fibres forment deux longs pinceaux, un à droite, l’autre à gauche; leur finesse et leur blancheur vive, que relève encore le fond brun de la choroïde qui paraît au travers du reste de la rétine, les rendent trèsagréables à la vue.
Dans l’homme, on observe à côté de l’entrée du nerf, à peu près au point qui répond à l’axe de l’œil, un petit pli de la rétine, qui forme une légère convexité lorsqu’on a enlevé les membranes plus extérieures. Au milieu de ce pli est un point transparent, que l’on prend au premier coup d’œil pour un trou. Les bords de ce point sont teints en jaune dans les adultes, mais non dans l’enfant qui vient
DOUZIEME LEÇON. — ORGANE DE LA VUE
de naître. Cette particularité de l’œil de l’homme, qui avait échappé à pi’esque tous les anatomistes, jusqu’à M. Sœmmeriug, ne se retrouve que dans l’œil des singes. Nous l’avons observée dans le cynocéphale, dans la guenon blanc-nez, dans l’orang-outang, etc. Dans le premier, la partie transparente est bien plus large que dans l’homme, et de forme ovale. Il y a quelquefois une tache jaune à côté, mais qui n’est pas coustanle.
Les makis , ceux de tous les mammifères qui approchent le plus des singes, n’ont qu’un léger repli, sans tache, ni point transparent, et les autres espèces n’ont rien d’approchant.
2° Dans les oiseaux.
[Dans tous les oiseaux, le nerf optique s’insère en dehors de l’axe de l’œil.] Arrivé à la sclérotique, il se continue obliquement en une longue queue conique, qui se glisse dans une gaine de même figure, creusée dans l’épaisseur de cette membrane et dirigée en en bas et obliquement en avant. La lame de cette gaine qui touche l’œil est fendue dans toute sa longueur par une ligne étroite qui laisse passer la substance du nerf. Cette fente existe aussi dans la partie correspondante de la choroïde, et même elle y est plus longue, parce que la pointe du nerf conserve son obliquité après avoir percé la sclérotique. Il arrive de là que le nerf optique forme au dedans de l’œil, au lieu d’un disque rond, comme dans les mammifères, une ligne courbe, saillante et étroite, très-blanche, des deux bords et des deux extrémités de laquelle naît la rétine.
Mais ce qui est plus singulier encore, c’est la membrane plissée qui est suspendue à toute la longueur de celte ligne blanche, et que quelquesuns ont nommée la bourse noire, et d’autres le peigne de l’œil des oiseaux.
Cette membrane parait être de la même nature que la choroïde, quoiqu’elle n’y tienne point du tout; elle est de même très-fine, très-vasculeuse et enduite d’un vernis noir. Ses vaisseaux viennent d’une branche particulière de l’artère ophtbalmique, différente des deux qui appartiennent à la
choroïde. Us descendent sur les plis delà membrane
noire, et y forment des arbuscules très-agréables à voir lorsqu’ils sont injectés.
Cette membrane pénètre directement dans l’intérieur du vitré, comme un coin qu’on y aurait enfoncé; elle est dans un plan vertical, oblique-
(ij [Nous y ajouterons le tableau suivant, résultant des observations des deux Sœmmering :
Casoar 4 Faucon 11
Harle vulgaire. 7 Cygne 11
Flammant. . . 9 Oie 12
Perroquet. , . 9etl0 Bécasse 15
ment dirigé en avant. Son angle, le plus voisin de la cornée dans les espèces où elle est très-large, et tout son bord antérieur dans celles où elle est étroite, arrive jusque près du bord inférieur de la capsule du cristallin. Dans quelques espèces, elle s’en approche tellement qu’il est difficile de dire si elle ne s’y attache pas : tel est le cas du vautour, de la cigogne , du dindon , selon Petit. [Dans le grandduc, selon Sœmmering le fils, le peigne, qui est d’une substance assez dure, est manifestement attaché à la capsule du cristallin par un prolongement ligamenteux, transparent comme la membrane hyaloïde.] Mais il est d’autres oiseaux dans lesquels la bourse eu reste à quelque distance, et où elle ne parait s’attacher qu’à quelques-unes des nombreuses lames qui partagent le vitré en cellules.
Dans la cigogne, le héron, le dindon, cette membrane est plus large dans le sens parallèle à la queue du nerf optique que dans le sens contraire. Dans V autruche, le casoar, le hibou, elle a des dimensions opposées ; elle est plissée comme une manchette, dans le sens perpendiculaire à la queue du nerf optique. Les plis sont arrondis dans la plupart des espèces; dans Y autruche et le casoar, ils sont comprimés, tranchants et si hauts perpendiculairement au plan de ta membrane, qu’elle a, au premier aspect, l’air d’une bourse conique, plutôt que d’une seule membraqc. Aussi est-ce dans ces deux espèces que les premiers académiciens de Paris, qui l’ont découverte, l’avaient nommée bourse noire. [Vaulruche est jusqu’à présent le seul animal où le peigne soit partagé dans le sens de sa longueur par une cloison blanche verticale.] Les plis varient ponr le nombre ; il y en a 16 dans la cigogne, 10 ou 1 2 dans le canard et dans le vautour, 15 dans Vautruche, 7 dans le grand-duc (1).
Il est difficile d’assigner le véritable usage de cette membrane. Sa position doit faire tomber sur elle une partie des rayons qui viennent des objets placés aux côtés de l’oiseau. Petit a cru qu’elle était destinée à absorber ces rayons et à empêcher qu’ils ne nuisissent à la vue distincte des objets placés en avant. D’autres ont pensé, et celle opinion a été répétée depuis peu par IM. Home, qu’elle est pourvue d’une force musculaire, et que son usage est de rapprocher le cristallin de la rétine, lorsque l’oiseau veut raccourcir son axe de vision pour mieux voir les objets éloignés. Cependant on n’y voit aucune fibre charnue; et les expériences qui prouvent qu'elle se contracte après la mort ne sont
Foulque. ... 13 Coq 18
Aigle royal. . . 14 Faisan 20
Perdrix 15 Dindon .22
Épervier. ... 16 Mainate. .... 25
Paon 16 Litorne 28
Grue commune. 17