ARTICLE NEUVIÈME. — DES PARTIES TRANSPARENTES DE L’ŒIL
L’humeur vitrée est gluante comme du blanc d’œuf; un long séjour dans l'esprit-de-vin la rend quelquefois parfaitement concrète : nous conservons des vitrés d’oiseaux durcis de cette manière ; d’autres fois, l’humeur se dissout dans l’alcool, et il ne reste que ses membranes presque vides. Nous ignorons à quoi tient cette différence dans le résultat.
Durci par l’alcool, ou par la gelée, le vitré se partage aisément en une multitude de lames lenticulaires qui ont probablement été moulées dans les cellules qui contiennent celte humeur.
Toutes ces choses sont communes à tous les animaux dont nous avons décrit les yeux.
B. Le cristallin,
La lentille cristalline est enfermée sans adhérence dans une capsule membraneuse, transparente, molle, qui adhère fortement dans un creux de la face antérieure du vitré. Cette capsule paraît simplement cellulaire. Sa moitié antérieure est plus dure que l’autre; elle perd plus difficilement sa transparence que le cristallin même.
Celui-ci est plus dur dans son centre qu’à son extérieur. 11 se durcit et devient absolument opaque par la cuisson et l’alcool ; mais son centre conserve même alors quelque transparence, et ne prend qu’une couleur jaune.
Dans les grands animaux, le cristallin ainsi macéré se divise en une infinité de lames qui s’emboîtent toutes les unes dans les antres : les plus intérieures sont les plus difficiles à séparer.
Ces lames sc divisent elles -mêmes en fibres rayonnantes, extrêmement fines, qui viennent de deux centres situés aux deux extrémités de l’axe, comme les méridiens viennent des deux pôles sur les globes géographiques.
[ Telle est du moins la structure du cristallin des oiseaux et de quelques poissons, comme la morue et l'églefin ; mais dans d’autres animaux la disposition des fibres est différente, et se présente sous quatre formes particulières et principales (I),
La plus simple, après celle que nous venons de faire connaître, consiste en ce qu’à chaque face du cristallin il y a un septum plus ou moins allongé, des différents points duquel partent les fibres qui se rendent au septum opposé, et auquel arrivent •es fibres parties de ce septum. Les plans de ces deux septa se coupent A angle droit. Cette dispo- Sltion se présente dans le lièvre , le lapin, le dau- Pll‘n, le marsouin, parmi les mammifères ; dans le 'Jeclto et le crocodile, parmi les reptiles, et surtout dans un très-grand nombre de poissons, tels que
(•) D. Brewster, On the anatomical and optical structure oj the crystalline lenses of animais, dans Trans.phil., *833 et i836.
;e saumon, la raie, les squales, l'espadon, la tanche, la carpe, l 'esturgeon, la truite, etc. Dans la troisième forme il y a trois septa divergeant de chaque pôle sous des angles de 120", et disposés de telle sorte que ceux de la face postérieure partagent en deux angles égaux les angles formés par les septa de la face antérieure. Cette structure du cristallin se rencontre dans le plus grand nombre des mammifères, et par exemple, dans le papion, l 'entoile, le douroucouli, les makis, les chats, les chiens, la loutre, le coati, le sarigue , l 'écureuil, le rat, le cheval, le bœuf, le cerf, le mouton, etc. Dans l'éléphant, la disposition fondamentale est la même, mais chacun des septa se bifurque à son extrémité.
Dans la quatrième forme il y a quatre septa placés à angles droits, et qui coupent leurs angles, d’une face à l’autre, comme dans la forme précédente ; de telle sorte que si le cristallin était transparent, on aurait la figure d’une étoile à huit rayons séparés par des angles de 45°. Les exemples de cette disposition sont assez rares : on l’observe dans la baleine , dans le phoque et dans Vint rs.
Enfin la cinquième forme se rencontre dans le cristallin de la tortue, et de quelques poissons, comme le brochet de mer / elle consiste en ce qu’il n’y a qu’un septum horizontal à la face antérieure, et qu’il n’y en a pas à la face postérieure, de façon que toutes les fibres parties des différents points du septum se rendent toutes au pôle de la face postérieure.
Les fibres du cristallin, d’après les recherches microscopiques de M. Brewster, seraient le plus ordinairement, et surtout dans les poissons, trèsfortement flexueuses, et unies l’une à l’autre par l’engrenage mutuel des dentelures de leurs flexuosités.]
Quelquefois le cristallin se divise plutôt dans le sens des fibres que dans celui des lames; il forme alors des secteurs ou quartiers : cela arrive ainsi dans les mammifères et les oiseaux, mais beaucoup moins dans les poissons.
Ces fibres, qui se trouvent dans tous les cristallins, ont été regardées par quelques anatomistes comme musculaires, et capables de faire varier la convexité de cette lentille, selon la distance des objets qu’on veut voir distinctement ; mais les yeux dont on a ôté le cristallin n’ont pas de limites plus resserrées que les autres pour la vision distincte.
Entre le cristallin et sa capsule on trouve généralement un peu d’une humeur particulière.
Celte capsule reçoit dans l’homme et dans les mammifères sa nourriture d’une artère qui passe au centre du nerf optique, traverse le vitré, qu’elle nourrit aussi par quelques branches, et vient former à la face postérieure de la capsule un réseau
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très-compliqué, dont les branches s’étendent jusqu’à sa face antérieure.
Dans les oiseaux, elle reçoit ses vaisseaux des artères de la membrane plissée , vulgairement nommée le peigna. Ces vaisseaux viennent euxmêmes de l’artère centrale du nerf optique.
On croit que le cristallin en reçoit quelques branches : certains anatomistes le supposent nourri par imbibition.