‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 276 sur 367 · C. L’humeur aqueuse · texte numérisé non relu

C. L’humeur aqueuse

Est une liqueur limpide, simplement épanchée dans toute la partie de l’œil qui est au-devant du cristallin; sa plus grande partie est au-devant de l’iris. On a beaucoup disputé sur la quantité qui s’en trouve derrière cette membrane : il est constant que cette quantité est très-petite. On prétend que dans l’homme l’humeur aqueuse est un peu plus légère que l’eau distillée, comme 975 : 1000. Elle n’a point d’odeur ; sa saveur est légèrement salée; [elle est composée presque entièrement d’eau et de sels de soude ; sur 100 parties, elle en contient 98,10 d’eau, et 1,15 de muriate de soude.] Elle ne devient point opaque par l’esprit-de-vin; elle s’exhale au travers des porcs de la cornée, et c’est sa déperdition qui rend cette membrane flasque après la mort. [Quelques anatomistes la regardent comme contenue datis une membrane qui lui est propre, et qui tapisse la face interne de la cornée, dont elle formerait la lame la plus interne, et dont elle différerait par la structure : ils lui donnent le nom de membrane de Demours, ou de Descemet ; mais ils ne s’accordent pas sur son trajet, les uns lui faisant revêtir l’iris, et les autres, au contraire, la faisant passer en dehors de sa grande circonférence, entre l’iris et la cornée.] Toutes ces choses sont communes à tous les animaux vertébrés. [II n’j' a de variation que pour l’élenduede la chambre antérieure, qui est quelquefois fort petite en raison de la suillicdu cristallin par le trou de l’iris, et de l’aplatissement de la cornée. Il n’y a plus de chambre postérieure quand le cristallin vient faire saillie dans la chambre antérieure. Dans Vanableps, où la bride ligamenteuse qui partage la cornée s’appuie aussi sur le cristallin avec l’iris, il semble y avoir deux chambres pour l’humeur aqueuse, une supérieure et une inférieure.]

ARTICLE X

DE LA SUSPENSION DU GLOBE DE l’oEIL ET DE SES MUSCLES.

Dans tous les animaux vertébrés, l’œil est placé dans une cavité de la face, nommée orbite, dont

nous avons décrit les formes et les compositions dans divers articles de la V1I1= leçon. Il peut s’y mouvoir plus ou moins, et il s’y appuie sur des corps de nature différente.

L’orbite étant le plus souvent conique ou oblong, il reste derrière le globe un espace qu’il ne peut remplir.

Dans tous les animaux à sang chaud, cet espace est rempli de graisse; elle y forme une espèce de coussinet sur lequel le globe de l’oeil s’appuie et se meut sans se blesser. C’est la diminution de cette graisse, dans les vieillards, qui fait que leur œil s’enfonce dans l’orbite.

L’orbite des oiseaux étant beaucoup moins profond à proportion que celui des mammifères, leur coussinet de graisse est moins épais, et leur œil a moins de jeu : aussi en aperçoit-on à peine les mouvements.

Les raies et les squales ont une disposition particulière, Leur œil est articulé sur l’extrémité d’une tige cartilagineuse, qui s’articule elle-même dans le fond de l’orbite. De cette manière les muscles agissent sur un long levier, et ont beaucoup plus de force pour mouvoir l’œil.

Dans les autres poissons, l’œil repose sur une masse plus ou moins étendue d’une substance gélatineuse contenue dans un tissu cellulaire lâche. Cette masse tremblante et élastique donne à l’œil un appui qui se prête à tous ses mouvements.

Les muscles de l’œil de l’homme sont au nombre de six; il y en a quatre droits, qui s’attachent aux bords du trou optique, et viennent coller leurs tendons à la partie antérieure du globe, où ils épaississent la sclérotique, et parviennent ainsi jusqu’aux bords de la cornée.

Les deux autres sont nommés obliques. l'oblique supérieur ou irochléateur vient aussi du fond de l’orbite; il passe son tendon dans une poulie cartilagineuse, située à la voûte de cette cavité, et le porte en rebroussant en arrière et en dehors pour l’attacher à la sclérotique sous le droit externe ou abducteur. L 'oblique inférieur vient de la paroi interne de l’orbite, et passe sous l’œil pour s’insérer à son côté externe.

Les singes ont les mêmes muscles que l’homme et en mente nombre. [Cependant Sœmmering le fils n’attribue cette ressemblance avec l’honlme qu’aux orange, et il réunit le reste des singes à tous les autres mammifères qui ont au moins un muscle de plus que l’homme.]

C’est celui qu’on nomme suspenseur ou muscle choanoïde, c’est-à-dire en forme d’entonnoir ; dans les ruminants et les chevaux, il forme, en effet, un entonnoir ou un cône allongé, dont la pointe est fixée au bord du trou optique, et qui s’étend dans tout l’intervalle qui est entre les quatre muscles droits. Son insertion est un peu plus en arrière

ARTICLE ONZIÈME

que les leurs. [Dans les singes, il est très-mince, et se compose d’un très-petit nombre de fibres. C’est la sixième paire de nerf qui lui donneun filet.] Plusieurs espèces, comme la plupart des carnassiers et les cétacés, ont le muscle partagé en quatre, en sorte qu’ils ont huit muscles droits.

Dans le rhinocéros, il ne se divise qu’en deux.

Les muscles obliques ne présentent point de différence dans les mammifères.

Les oiseaux et les poissons ont tons six muscles seulement : quatre droits, qui viennent, comme dans l’homme, des bords du trou optique ; et deux obliques, qui viennent l’un et l’autre de la paroi antérieure de l’orbite; ils ont leur attache très-près l’un de l’autre, et vont s’insérer, l’un au-dessus, l’autre au-dessous du globe, sans que le supérieur passe par une poulie, comme dans les mammifères.

Dans les oiseaux, tous ces muscles s’attachent à la partie molle de la sclérotique, cl on ne peut, sans les déchirer, suivre leur tendon jusqu’à sa partie osseuse. Ils sont beaucoup plus courts à proportion que dans les autres classes.

Dans la tortue, on trouve les six muscles ordinaires disposés comme dans les poissons, et de plus quatre petits qui embrassent de près le nerf optique, et s’épanouissent sur la portion convexe de la sclérotique, après avoir été comme bridés par le muscle de la troisième paupière, dont nous parlerons par la suite.

11 en est absolument de même dans le crocodile. Dans les grenouilles et les crapauds, il y a un grand muscle en entonnoir qui embrasse le nerf optique et ne se divise qu’en trois portions. Ses fibres inférieures avancent davantage vers le bord de l’œil que les supérieures.

Il y a de plus un seul muscle droit à la partie inférieure, par conséquent un abaisseur, et un seul très-court muscle optique, qui s’attache à la paroi antérieure de l’orbite, et s’insère directement dans la partie voisine du globe. Le muscle de la troisième paupière bride tellement la partie inférieure de celui en entonnoir, qu’il est tiraillé lorsque ce dernier se gonfle, et voilà pourquoi la troisième paupière s’élève lorsque l’œil s’abaisse, comme nous le verrons mieux par la suite.

ARTICLE XI

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