ARTICLE SEPTIÈME. - DU MÉAT AUDITIF EXTERNE
membranes ou des ligaments, la partie tubuleuse du cartilage de l’oreille externe, qui ne fait quelquefois qu’une seule pièce avec la conque, mais qui en est aussi quelquefois séparée.
Les cétacés soûl les seuls mammifères qui n’aient point de méat osseux ; leur méat externe est un canal cartilagineux, très-mince, qui commence à la surface do la peau (où il admettrait à peine une épingle dans le dauphin ), et qui s’enfonce en serpentant dans le lard qui est sous la peau, pour pénétrer jusqu’au tympan.
Dans tous les autres genres, il y a un canal osseux plus ou moins long, du moins lorsqu’ils sont adultes; car ce canal est plus longtemps à s’ossifier que la plupart des autres os de l’oreille. Le cadre du tympan seul est ossifié dès la première enfance, et conserve sa grandeur pendant que le reste de l’os temporal prend de l’accroissement.
Le méat externe osseux de l 'homme est court, droit, et se porte presque horizontalement en dedans et un peu en avant; sa coupe est un ovale dont le grand axe descend d’avant en arrière ; son diamètre reste à peu près le même dans toute sa longueur.
Il est un peu pins long et plus étroit à proportion, dans les singes de l’ancien continent, il y descend un peu, mais il s’y porte moins en avant que dans l’homme. Il est très-court, très-grand et circulaire dans les singes du nouveau continent et les chauves-souris.
Dans les carnassiers, en général, il se dirige, comme dans l’homme, à peu près horizontalement; il va droit en dedans, sans se diriger en avant ni en arrière, dans les chiens, les chats , le blaireau. Il se dirige un peu en avant dans le coati. 11 se dirige en arrière dans la loutre , le putois; et, en général, dans le genre mustela. [Dans le midaus, il est évasé, et représente en petit une conque. ]
La taupe a un canal externe fort singulier ; en restant très-plat dans le sens vertical, il va en s’élargissant dans le sens horizontal , et le grand tympan circulaire lui sert de plafond, comme il sert de plancher à la caisse.
Ce canal se dirige fortement en bas dans certains rongeurs, surtout dans les lièvres, les gerboises, l'hélamys, le chinchilla; il se porte aussi en avant dans ces genres et dans la marmotte; il va directement en dedans et en bas dans le castor, et il se porte en arrière dans le porc-épic.
Les cabiais, les agoutis et les tatous l’ont court, se portant droit en dedans. Sous son bord inférieur est un trou qui pénètre dans la caisse, et fini, dans quelques espèces, s’unit avec le méat même par une fente.
Vayc-aye, les écureuils , les paresseux, les pangolins, les fourmiliers ont le méat externe trèscourt, large et circulaire. [ Il est énorme dans le
chinchilla, et forme comme une seconde caisse audessus de la véritable.]
II est grand, long, et se dirige très-peu en bas et en arrière dans l’ éléphant. Il descend de 45 degrés dans le rhinocéros et dans l'hippopotame, sans se diriger ni en avant ni en arrière. Dans le babiroussa, son inclinaison est la même ; mais il se porte un peu en avant. Dans le cochon ordinaire, il va encore plus en descendant, et se porte aussi en avant. Tous ces animaux l’ont très long et trèsétroit. 11 est plus court dans le choral ; il y descend un peu moins rapidement, et il s’y porte un peu en arrière.
Enfin, dans les ruminants, il va directement en dedans, mais en remontant un peu.
2° Le méat externe cartilagineux et la conque.
Les cétacés exceptés, il y a très-peu de mammifères qui n’aient point à l'orifice du méat auditif externe cette espèce d’évasement ou de pavillon cartilagineux que l’on a nommé conque.
Ceux qui en sont privés sont, parmi les carnassiers, la taupe et quelques musaraignes; parmi les rongeurs, le zemni et quelques rats-taupes ; parmi les édentés, les pangolins; parmi les amphibies, le morse et plusieurs espèces de phoques.
[Le méat et la conque sont destinés à faciliter l’audition, non-seulement en rassemblant sur le tympan les vibrations de l’air qu’ils recueillent, maisaussi en transmettant à celle membrane leurs propres vibrations (1). ]
Dans les animaux qui sont pourvus d’une conque ou d’une oreille externe, elle varie à l’infini par sa grandeur, sa direction, sa figure, ses éminences intérieures, la composition de son tube, et enfin par ses muscles.
a. La grandeur. Les animaux qui se font remarquer par la grandeur de l’oreille sont presque tous timides ou nocturnes, et par conséquent ont besoin de bien entendre : les ruminants faibles, gazelles, cerfs, l'âne, les lièvres et quelques petits rougeurs, et surtout les chauves-souris.
11 y eu a beaucoup, parmi ces dernières, qui ont l’oreille plus grande que toute la tête, et une espèce, l 'oreillard, qui l’a presque aussi grande que le corps.
[ Quelques espèces de carnassiers voisines du renard, le megalolis et le fennec, sont remarquables aussi par la grandeur de leurs oreilles. ]
L'éléphant d’Aj'rique est aussi remarquable par sou énorme oreille, plate, ouverte, serrée contre le corps, et par conséquent peu propre à remplir les fonctions de cornet acoustique. L'éléphant des Indes l’a semblable, mais beaucoup plus petite.
(i) Voy. Savart. Mém. cit.
[Parmi les quadrumanes, Vorang-outang se fait remarquer par la petitesse de son oreille ; dans le chimpanzé , au contraire, elle est plus grande que dans aucun autre singe.]
b. La direction. Les naturalistes ont remarqué que l’ouverture de la conque se dirige plus souvent en avant dans les animaux qui chassent, et en arrière dans ceux qui fuient. Mais ce mouvement tient à leur besoin du moment, et non b une disposition anatomique ; car tons les animaux qui ont des oreilles un peu longues peuvent les diriger à volonté, excepté celles des especes de chauvessouris dont les deux grandes oreilles sont réunies par leur bord interne, et par conséquent très-peu mobiles, telles que les molosses, les mégadermes, les rhinopomes et les oreillards.
Les oreilles dont la partie supérieure de la conque est pendante, sont un signe d’esclavage : les chiens, les moutons, les chèvres, les cochons, en ont de telles dans quelques-unes de leurs variétés domestiques. L 'éléphant a l’oreille pendante, mais par la partie postérieure et inférieure de la conque, et non à la manière des précédents.
c. La figure. La conque de l'orcillc de l’homme a pour contour un demi-ovale, dont la partie inférieure, plus étroite, se termine par un lobule rempli de graisse. Le bord antérieur est adhérent au reste de la peau, et presque rectiligne, sauf les éminences dont nous parlerons ; le supérieur et le postérieur sont libres et saillants.
Dans les quadrumanes, le lobule diminue, la partie libre devient plus considérable, et elle demeure encore ronde dans les orangs, les gibbons, quelques guenons, telles que la mono , le malbrouck, Vascagne, les atèles et les sapajous; daus d’autres guenons, et dans les macaques et les cynocéphales, la conque devient un peu pointue vers le haut. Dans les sagouins, elle est même écliancrée en arrière par une sinuosité. Dans les autres genres, l’oreille varie en figure, sans rapport direct avec les ordres auxquels ils appartiennent. Elle est en général d’autant plus elliptique qu’elle est plus grande. Les petites variations de ses contours étant entièrement extérieures, sont du ressort de l’histoire naturelle ordinaire; il suffit de.renvoyer nos lecteurs aux gravures qui représentent les quadrupèdes.
d. Les éminences. Les éminences de l’oreille humaine sont, 1° ce repli de son bord supérieur et postérieur, nommé l'hélix : il rentre en dedans au bas de sa partie antérieure, et se termine au dessus et en arrière du trou auditif ; 2° cette saillie aiguë, presque parallèle h l'hélix, en arrière, qui traverse ensuite l’oreille obliquement, et qu’on nomme Vanthélix ; 5° l’éminenoe située au-devant
ORGANE DE L’OUIE
du trou auditif et nommée tragus ; 4° celle qui est située derrière, et qui termine l’anthélix par en bas, et qu’on nomme antitragus.
Le repli qui forme Y hélix diminue dans les singes, et disparaît presque complètement dans le plus grand nombre des autres animaux : presque tous ont les bords supérieurs et postérieurs de l’oreille tranchants. Vanthélix s’aplanit, ou est remplacé par une éminence transverse située trèsprofondément.
Le tragus , qui se voit encore dans le chien, se réduit dans les lièvres, les chevaux, etc., à une légère avance du bord supérieur de la conque sur l’inférieur.
C’est surtout dans les chauves-souris que le tragus est développé et qu’il prend des formes singulières.
Voreillard l’a si grand, qu’on a supposé à cet animal une conque double; il est fourchu dans le Vesp. spasma; dentelé dans le y. leporinus et dans le y. crenatus; ovale, arrondi, pointa, etc., dans d’autres espèces. 11 peut servir à empêcher l’irruption trop violente de l’air dans l’oreille lorsque l’animal vole. L’antilragus des chauves-souris est généralement arrondi ; il se prolonge quelquefois eo avant par delà le tragus, jusqu’au coin de la bouche : cela est ainsi dans le y. molossus.
Dans quelques musaraignes, c’est l’antitragus qui sert d’opercule à l’oreille ; il la ferme trèsexactement dans la musaraigne aquatique de Daubenton ainsi que dans plusieurs chauves-souris.
[ En même temps que quelques-unes des éminences internes s'effacent dans certains animaux, ou prennent dans d’autres uh plus grand développement, la fosse naviculaire située entre la branche inférieure de l’anlhélix et la racine transverse de l’hélix, et la fosse innommée ou ovale située entre les deux branches supérieures de l'anthclix, augmentent de profondeur ; l’échancrure comprise entre le tragus et l’antitragus s’allonge, ou se raccourcit ; et toutes ces parties, très-séparées chez l’homme, les quadrumanes, et un certain nombre de carnassiers et de rongeurs, se rapprochent et s’enfoncent au fond de la conque ehefc ceux dont les oreilles sont longues, en sorte qu’il est très-difficile de les apercevoir ; mais on y reconnaît encore les divisions principales de l’oreille humaine, plus ou moins développées ou réunies entre elles.]
e. La composition. L'oreille externe de l’homme n’est faite que d’une pièce ; le pavillon devient tubuleux, et se continue ainsi jusqu’au méat osseux auquel il se soude ; seulement on remarque une fente ou incision irrégulière [située entre l’antilragus et la terminaison de l’hélix. Le lobule n’élant formé que de peau et de tissu graisseux, le cartilage d’une oreille humaine ressemble beaucoup à l’oreille d’un singe. ]