BES SENSATIONS QBE LE TOUCHER NOUS PROCURE
Le sens du toucher semble nous mettre dans une communication plus intime avec les corps extérieurs que ceux de la vue et de l’ouïe, parce qu’il n’y a point d’intermédiaire entre ces corps et nous lorsqu’ils affectent ce sens : aussi quoiqu’il ne soit point exempt d’erreurs, il y est moins sujet que les autres sens, et il sert à en vérifier et à en compléter les impressions, surtout celles de la vue. C’est par le toucher seul que nous recevons l’idce des trois dimensions des corps, et par conséquent de leur figure, comme solides. C’est par la pression plus ou moins forte, plus ou moins directe, que les diverses parties d’un corps exercent sur notre peau, lorsque nous l’y appliquons, que nous reconnaissons si ce corps est plat, ou arrondi, ou diversement anguleux ; c est par 1 égalité ou 1 inégalité de cette pression, et par la force du frottement, lorsquenous passons quelque partie de notre peau sur la surface d’un corps, que nous jugeons si cette surface est lisse, ou rude, ou raboteuse. Les degrés de résistance que les corps opposent à la pression du nôtre, en tout ou en partie, nous font juger s'ils sont mobiles ou immobiles, durs, mous, liquides ou fluides; la pression ou la percussion qu’ils exccrcent eux- mêmes sur nous, lorsqu’ils se meuvent ou qu’ils tendent à se mouvoir, nous font connaître les forces dont ils sont animés cl la direction de ces forces.
Toutes ces actions des corps extérieurs sur le nôtre sont purement mécaniques, et les sensations qu’elles produisent eu nous ne pourraient elre occasionnées par un changement chimique de notre système nerveux qu’autant que la simple compression pourrait former ou détruire quelquesunes des combinaisons qui entrent dans ce système; ce qui, au reste, n’aurait rien de contraire à l’analogie : car on sait que la combinaison du feu avec l’eau, par exemple, qui produit la vapeur, Peut être détruite par cc moyen-là.
Mais le sens du loucher nous procure aussi des
sensations d’un autre genre, et qui paraissent dues à une pénétration plus intime d’un des éléments ambiants dans notre propre corps : je veux parler du chaud et du froid .
La sensation de la chaleur ou du froiddépendde la proportion qui exisle entre la quantité de calorique que nous gagnons ou que nous perdons dans un instant donné, et celle que nous gagnions ou que nous perdions dans l’instant précédent; mais elle n’est point en rapport direct avec la chaleur absolue des corps, ni même avec la proportion entre leur chaleur et celle du nôtre.
Toutes choses égales d’ailleurs, les corps qui sont à un degré de température plus élevé que le nôtre nous paraissent chauds; ceux qui sont moins élevés nous paraissent froids. Cependant lorsque nous venons de loucher un corps très-froid, si nous en touchons un qui l’est moins, nous le trouvons chaud, quoiqu’il le soit encore beaucoup moins que notre propre corps : c’est ainsi que les caves et l’eau de source paraissent chaude- en hiver, parce qu’elles ont conservé leur température ordinaire lorsque les autres corps en ont changé.
Lorsque nous louchons successivement deux corps de densité, ou, pour parler encore plus exactement, de capacité différente pour le calorique, celui qui a le plus de celle capacité nous parait le plus froid, quoique tous deux soient au même degré de température, parce qu'il nous enlève plus de calorique que l’autre dans un temps donné : c’est pourquoi le marbre, les métaux paraissent toujours froids; l’eau parait plus froide que l’ail-, et l’air que l’on trouvait froid avant d’entrer dans l’eau froide paraît chaud lorsqu’on en sort, etc.
Les corps qui sont bons conducteurs du calorique, ou qui lo transmettent rapidement, paraissent plus froids par la même raison : c’est pourquoi, à épaisseur égale, la soie et la laine sont plus chaudes que la toile.
Cette partie du sens du loucher est sujette à beaucoup plus d’erreurs que celle qui a rapport à la figure et à la pression des corps, parce que notre jugement y entre pour beaucoup plus.
L’organe général du toucher est la peau qui re-
yUAÎORZIÈME LEÇON. - SENS DU TOUCHER.
couvre tout notre corps, ou plutôt ce sont les extrémités des nerfs qui se terminent à cette peau.
Cet organe est susceptible d’une sensibilité plus ou moins grande, selon que les nerfs y sont plus nombreux, plus à nu, cl moins embarrassés dans des parties insensibles, ou recouverts par ces parties. La chaleur des corps, leur résistance générale et leurs mouvements se font sentir d’autant plus parfaitement que cette sensibilité générale est plus délicate.
Lorsqu’il s’agit des mouvements, de la résistance et de la chaleur d’un liquide ou d’un 'fluide, et surtout si le corps qui doit les sentir y est plongé, la force de la sensation dépend encore de la grandeur de la surface que le corps sensible présente à ce liquide ou à ce fluide ; mais lorsqu’il s’agit de reconnaître les formes des solides, et surtout des plus petits, il faut qr - que chose de plus; il faut qu’une peau très-sensible soit étendue sur plusieurs parties menues, divisées et mobiles, qui puissent embrasser le solide par ses différentes faces, en palper les plus légères inégalités et en saisir les parties les plus déliées.
Ainsi la perfection totale du sens du toucher dépend de la finesse de la peau , de l’abondance de ses nerfs, de l’étendue de sa surface, de l’absence des parties insensibles qui la recouvrent, du nombre, de la mobilité et de la délicatesse des appendices par lesquels l’animal peut examiner les corps.
Comme le toucher est le plus important de tous les sens, ses degrés de perfection ont une influence prodigieuse sur la nature des divers animaux. D’après l’examen que nous en allons faire, on verra que l’homme est de tous les animaux vertébrés celui qui a le toucher le plus parfait; mais, parmi les animaux sans vertèbres, ce sens se perfectionne d’autant plus que les autres se dégradent, et ceux qui n’ont point d’autre sens que celui-là l’ont si exquis, que quelques-uns d’entre eux semblent même palper la lumière.
Indépendamment des sensations dont nous venons de parler, et qui ont un rapport direct avec les qualités des corps extérieurs, nous en éprouvons d’autres à la peau, surtout aux endroits où elle est le plus mince et le plus abondante en nerfs, qui sont plutôt relatives à l’irritation prodttile sur les nerfs par certains mouvements de ces corps, qu’à leur nature et à leurs qualités, et qui appartiennent plutôt à l’ordre des sensalions internes qu’à celui des externes. Tels sont les chatouillements, les picotements et les démangeaisons.
(i) C’est la division reproduite récemment par MM. Brcschet et Roussel de Vauzème ( Recherches anat. et physiol. sur les appareils tegumenlaircs des animaux. Paris, in-8o, |834 )• Pour eux, l'épiderme est le produit de divers appareils spéciaux et sécrétoires contenus
Enfin, la peau remplit une fonction différente de celle du loucher, et qui consiste dans la transpiration et dans l’absorption, c’est-à-dire dans l’exhalation d’une partie des éléments de nos fluides, et dans l’inhalation d’une partie des fluides qui nous environnent.
Cette seconde espèce de fonction n’appartenant point aux sensations, nous aurons à en traiter ailleurs.
ARTICLE 11