ARTICLE DEUXIEME. — DE LA PEAU
en multipliant ies distinctions entre les couches (1); ou bien enfin, en ne séparant pas du derme le tissu mamillaire, réduire à trois les parties essentielles de la peau (2). Mais, quelque division théorique que l’on adopte, il n’en est pas moins nécessaire de décrire et d'étudier séparément, à raison de leur fonction et de leur texture trèsdifférente, une couche fibreuse proprement dite, forte et résistante, qui est le derme; une couche éminemment vasculaire et nerveuse, qui est le tissu mamillaire; une couche qui donne il la peau et aux téguments leur coloration, c'est-à-dire le tissu, ou l 'appareil pigmentaire ou muqueux ; et enfin une couche superficielle, en contact immédiat avec le fluide qui enveloppe l’aniiual, c’est-à-dire Yôpiderme. Cela nous ramène, comme on le voit, aux quatre couches énumérées plus haut. ]
On ne distingue pas aussi facilement toutes ces parties dans les animaux non vertébrés. Quelquesunes de ces couches sont beaucoup mieux prononcées, d’autres le sont moins. 11 y a même des espèces dans lesquelles on ne les retrouve pas toutes : c’est ce que nous indiquerons plus au long en traitant successivement de chacune de ces couches.
1» De l'épiderme.
Ainsi que son nom l’indique, cette couche est la plus superficielle. C’est une pellicule transparente et insensible qui s’oppose au contact immédiat des nerfs de l’animal avec le fluide dans lequel il est plongé; elle pénètre aussi dans toutes les ouvertures du corps, en tapisse l’intérieur pour les préserver du contact de l’air ou de l’eau : ainsi on la retrouve sur l’œil, dans le conduit de l’oreille, les narines, la bouche, l’anus, la vulve, etc. ; mais on la désigne alors sous des noms différents, comme nous l’avons indiqué déjà en traitant de
(i) C’est ce que fout tous les anatomistes qui décrivent séparément la couche des vaisseaux sanguins, celle des vaisseaux lymphatiques, et celle des papilles nerveuses; c’est aussi le résultat des divisions introduites dans l’anatomie de la peau depuis le travail de Gaultier. ( Rech . anatorn. sur le sysl. cutané de l’homme. Thèses de Paris, i8n, in-4°. ) Ce jeune médecin, qui promettait à la science un observateur plein de sagacité, avait très-bien vu entre le derme et l’épiderme de la peau du nègre quatre couches distinctes, mais il nosa pas aller au delà du fait anatomique; il subordonna presque malgré lui son observation à la division classique reçue de son temps, et trouvant toutes ses nouvelles couches situées entre le derme et l’épiderme, c’est-àdire dans l’espace occupé par ce qu’on appelait depuis Malpighi le corps muqueux, il les décrivit comme des subdivisions de ce corps. On peut doue dire que ceux qui sont venus après lui se sont plus attachés, en le citant, à la lettre qu’à l’esprit de son travail. C’est seulement depuis les belles recherches de JVL Flourens sur la
la conjonctive, de la membrane du tympan, et comme nous le dirons par la suite èn traitant des autres organes. '
La consistance de l’épiderme varie suivant le milieu dans lequel l’animal est plongé et obligé de vivre; il est sec et comme corné dans ceux qui vivent à l’air; il est muqueux et plus ou moins visqueux dans les animaux qui habitent dans l’eau.
Dans les animaux qui sont soumis continuellement à l’action desséchante de l’air, l’épiderme paraît plissé diversement, selon les parties de la peau sur lesquelles il adhère. Ce sont des sortes de rides, de mamelons, de cercles, de spires qui correspondent par leurs reliefs et par leurs creux aux éminences et aux enfoncements de la peau, principalement à ceux du tissu muqueux et des écailles, quand celles-ci existent.
En général, l’épiderme est beaucoup plus épais sur les parties qui sont le plus exposées au frottement, comme sous la plante des pieds, dans la paume des mains et dans toutes les autres parties dont les animaux se servent fréquemment, soit pour marcher, soit pour saisir les corps. [Certains animaux ont aussi des plaques épidermiques épaisses sur certaines parties du corps où ils ont coutume de s’appuyer ; plusieurs singes, par exemple, aux tubérosités ischialiques ; les chameaux, à la poitrine, etc. ]
C’est dans l’enfoncement des sillons de l’épiderme que se remarquent les trous par lesquels sortent les poils. Ce sont des espèces d’entonnoirs ou de prolongements coniques qui paraissent avoir été poussés en dehors par les poils auxquels ils servent de gaines.
Dans les animaux qui ont des écailles au lieu de poils, l’épiderme enveloppe ces parties eu tous sens, et s’y colle intimement.
peau que l’on peut juger combien il y avait d’exactitude dans les observations de Gaultier.
(2)C’est la division commune depuis Malpighi; mais M. Flourens lui a donné uue valeur toute nouvelle par la précision qu’il y a introduite, et par la connaissance détaillée qu’il a donnée de la composition et de la texture des trois parties élémentaires de la peau. Ses recherches, publiées à différentes reprises, se trouvent rassemblées dans un grand mémoire accompagné de planches, inséré dans les Archives du Muséum d’hist. nat., sous ce titre ; Anatomie générale de la peau et des membranes muqueuses, r843, iu-4° Voy. aussi Comptes-rendus de l’ Académie des sciences , t. XVII, p. 335. M. Flourens établit dans la peau l’existence de trois appareils principaux ; un profond, qui est le derme, avec les papilles à sa surface externe; un superficiel, qui est l’épiderme, composé do deux couches; un intermédiaire qui est l’appareil pigmentaire, composé d’une membrane continue, laquelle produit à sa surface, dans les races colorées, une légère couche de pigment.
Dans l'homme, l’épiderme [est composé de deux couches : l’exierne, sèche et cornée, ] est généralement très-mince, à l’exception de la partie qui revêt la plante des pieds et la paume des mains. Le frottement, le dessèchement, soit par la chaleur, soit par certains réactifs chimiques, le durcissent considérablement ; ils le changent en une sorte de corne qui émonsse, et fait même perdre totalement la sensation du toucher. Nous en avons des exemples très-remarquables dans les forgerons, les teinturiers, ainsi que dans les hommes qui marchent pieds nus, principalement sur les sables brûlants. [Cette couche externe, incessamment usée par le frottement ou par l’action des corps extérieurs, est reproduite par la seconde couche ou la couche interne, laquelle est plus mince, plus fine que la précédente, et prend par la macération une teinte d’un jaune grisâtre (1).]
Les sillons de l’épiderme tracent des figures à plusieurs angles sur le dos de la main ; des lignes parallèles et allongées dans la paume et sous la plante des pieds ; des arcs, des sinuosités et des spirales très-singulières, symétriques et très-rapprochées au-dessous de l’extrémité des doigtS.
Les mammifères ont l’épiderme à peu près semblable à celui de l’homme; il est d’autant plus mince que les poils qui le recouvrent sont plus serrés. Celui qui revêt les ailes des chauves-souris est aussi très-mince et forme des sillons de figures polygones, à peu près semblables à ceux qu’on remarque sur le dos de la main de l'homme.
Dans le porc-épic , il est mince et peu distinct des autres couches de la peau, qui est comme gélatineuse.
On retrouve l’épiderme, quoique desséché et comme écailleux, sur la queue des animaux qui l’ont préhensile, ainsi que sur celle du castor, des rats, de V ondatra, et sur les écailles qui recouvrent le corps des pangolins et des tatous.
Dans Yêlèphant, le rhinocéros et l 'hippopotame, dont la peau est fort épaisse et profondément sillonnée, l’épiderme, qui est épais, et dont la superficie est hérissée de petites lames qui s’en détachent comme des écailles, s’enfonce dans les différents sillons. Celui de la plante du pied présente une structure tout à fait singulière. 11 est partagé à l’extérieur par des enfoncements pro-
(1) M. Flourens [ouv. cit .) a très-bien fait connaître la nature épidermique de cette partie de l’appareil cutané. Mais il nous paraît qu’elle n’est antre chose que la couche blanche et très-ténue, que Gaultier avait déjà décrite, sous le nom de couche albide superficielle, sans la rattacher «à l’épiderme. ,
(2) M. de Blainville (. Principes d'anatomie comparée , Paris, 1822, {n-8°, p. 69 ) est porté à regarder cette croûte épidermique comme appartenant plutôt aux poils qu’à l'épiderme proprement dit. Cette manière de