SENS DU TOUCHER
fonds à peu près circulaires, à six ou à huit pans plus ou moins réguliers, dans chacun desquels sont renfermés une infinité de petits polygones beaucoup plus irréguliers qui rendent la surface de la peau comme chagrinée. Ce même épiderme, détaché de l’animal et vit par sa face interne, offre des lignes très-saillantes à la place des sillons qui déterminent les grands polygones; il en présente aussi d’autres beaucoup plus petites, qui correspondent aux petits polygones. 11 résulte de cette disposition une espèce de treillis en relief, d’un dessin assez régulier, qui ressemble à une dentelle à larges poinls.
Les cétacés ont un épiderme très-lisse, sans aucun pli remarquable, toujours enduit d’une humeur muqueuse et un peu huileuse, qui s’oppose à la macération de l’animal par son séjour dans l’eau. [Dans le stcllère , l’épiderme est rugueux comme l’écorce du chêne surtout sur les côtés du corps; la couche qu’il forme est fort épaisse, si dure qu’on a peine à l’entamer avec la hache, et elle prend, lorsqu’on l’incise, la couleur et le poli de l’ébène ; elle a, en un mot, toute l’apparence d’une substance cornée. Cette couche, dans cet animal, comme dans la haleine , se compose d’une multitude de petits tubes verticalement serrés les uns contre les autres, de sorte que quand on l’enlève, la surface dénudée de la peau a l’apparence d’un réseau. Ces tubes laissent passer l’humeur muqueuse qui se verse abondamment sur certaines parties du corps (2). ]
Dans les oiseaux, l’épiderme du corps est trèsmince et forme des plis qui correspondent aux espèces dequinconces sur lesquels les plumes sont disposées. Celui des pattes est lisse, brillant, et comme formé d’écailles cornées ; il recouvre les différentes plaques polygones qu’on observe sur les pattes des gallinacés et des oiseaux de rivage, et dont nous parlerons à l’article des écailles ; il s’enlève à certaines époques 'de l’année, principalement dans (le temps de la mue.
Chez tons les animaux dont nous venons de parler, à l’exception des cétacés, l'épiderme se détache par petites écailles pellucides qui rendent la surface de leur peau comme farineuse. Dans quelques mammifères, ce renouvellement del’épiderrae a lieu à une certaine époque de l’année, en même
voir nous parait beaucoup plus vraie que l’opinion de MM. Breschet et Roussel (our. cil. ) , qui regardent ces tubes comme n’étant que les gaines des longues papilles nerveuses qu’ils annoncent avoir observées sur la peau delà baleine. L’objection, que la peau de la baleine offre aussi des poils non agglutinés, n’en est pas une, car il y a des poils de différente nature, et rien n’empêche qu’à travers la couche de ceux qui s’agglutinent il en passe d’autres plus longs, qui se montrent à la surface.
ARTICLE DEtmÈSIi'. - DE LA PEAU.
temps qu’ils changent de poils ; dans les autres, i! ne s’opère que petit à petit et en tout temps, Comme dans l’homme.
L’épiderme des tortues n’est bien distinct que sur la peau du col et des membres ; il est analogue à celui des salamandres , que nous décrirons tout à l’heure. Celui qui recouvre les écailles de la carapace et du plastron est extrêmement mince; il s’enlève par plaques transparentes, dont la figure est absolument la même que celle des plaques cornées.
Dans les salamandres et les grenouilles , l’épiderme est une membrane muqueuse qui revêt tout le corps, et qui tombe par lambeaux à plusieurs époques de l’année.
L’épiderme des lézards et des serpents recouvre et enveloppe entièrement les écailles; il s’en détache en une seule pièce et comme un fourreau, à une certaine époque de l’année, et on observe dans ces sortes de dépouilles jusqu’à la portion de sphère qui formait la cornée transparente.
Dans les poissons, l’épiderme qui recouvre tout le corps, les nageoires et autres appendices, parait toujours dans un état de mollesse ; il ressemble quelquefois à une simple mucosité qui envelopperait de toutes parts le corps de l’animal. C’est cet épiderme muqueux qui rend en général le corps des poissons si difficile à saisir : il s’enlève aussi par lambeaux à certaines époques de l’année.
Nous verrons par la suite, en traitant des tuniques intérieures des organes dans lesquels l’air, l’eau ou les aliments pénètrent, que l’épiderme qui s’y prolonge, et qui forme leur couche interne, y devient aussi presque muqueux, et qu’il a beaucoup de rapport avec celui de l’exlérieur des poissons.
On retrouve aussi un épiderme dans les animaux sans vertèbres. Ceux qui vivent dans l’eau l’ont ordinairement muqueux et d’une épaisseur très-variable dans les diverses espèces.
Dans les céphalopodes, il est à peu près comme dans les poissons.
Dans les gastéropodes nus, il a beaucoup de rapports avec celui des salamandres et des grenouilles.
Dans les lestacés, en général, on retrouve l’épiderme à la surface des coquilles. Dans celles de terre, comme les hélices , c’est une pellicule sèche qui se détache très-facilement, lorsqu’après la mort de l’animal son test a été exposé aux intempéries de l’atmosphère, ou lorsqu’on le plonge dans l’eau bouillante. Dans les anodontes, les moules et autres bivalves, on voit un épiderme semblable qui enveloppe extérieurement la coquille. Cet épiderme manque toujours à la surface des parlies saillantes sur lesquelles l’animal traîne sa coquille sur le sable, parce qu’il s’y est usé. Dans quelques espèces de coquilles, l'épiderme est épais et velu,
ce qui l’a fait nommer drap do mer. Il est trèsremarquable dans plusieurs espèces du genre arche de Linnæus ; c’est même pour exprimer cette particularité qu’il en a désigné une sous le nom de relue, pilosa.
Dans lotis les testacés, l’épiderme qui enveloppe la coquille se continue avec la pellicule qui revêt l’.animal ; mais il éprouve le même changement que celui qui, dans les animaux à vertèbres, pénètre dans l’intérieur du corps. Il est mince et comme muqueux sur toutes les parlies qui ne sont pas soumises à l’action du fluide ambiant : aussi, dans les espèces de gastéropodes dont la coquille est cachée sous la peau et ne sert pas de défense, l’épiderme ne change-t-il pas de nature. Nous en avons des exemples dans quelques espèces d'aplysies et de huilées , ainsi que dans l’animal qui produit la coquille nommée, par Linné, hélix halyoioidea ( Lam. : siguret).
Dans les crustacés et dans les insectes, soit sous l’état de larve, soit Sous celui de nymphe on d’insecte parfait, il y a un véritable épiderme; mais comme cette peau, lorsqu’elle est une fois desséchée et durcie, n’est plus susceptible de s’étendre pour se prêter à l'accroissement de l’animal, à mesure que l’insecte augmente de volume, et à des époques déterminées pour chaque espèce, mais sur lesquelles la chaleur atmosphérique parait avoir beaucoup d’influence, l’animal quitte Son épiderme, dont il sort comme d’un fourreau. On nomme mue cette crise, à laquelle l’insecte est souvent plusieurs jours à se préparer, et qui lui est quelquefois mortelle. La plupart des chenilles de papillons et de bombicés changent ainsi sept fois de peau avant de passer à l’étal de chrysalide. I, 'écaille martre ( bombyx caja) quille ainsi près de dix fois sa peau. Au reste, nous avons l’intention de revenir plus particulièrement sur la mue à l’article des métamorphoses, dans la leçon sur la génération.
Il y a un épiderme très-distincl dans les annélides. On le détache facilement de la peau dans les lombrics qui ont été soumis pendant quelques heures à l’action de l’esprit de vin, ou qui ont macéré quelques jours dans l'eau : c’est une pellicule assez solide qui peut s’enlever en une seule pièce. Les sangsues et quelques autres vers articulés ont l’épiderme muqueux comme celui des mollusques gastéropodes.
Il est assez difficile de déterminer la nature de l’épiderme dans les zoophytes, et même de reconnaître dans plusieurs s’il existe. Les étoiles de mer, les oursins et les actinies paraissent en être pourvus. [Dans les sipondes , il peut même se séparer entièrement du corps, et celui-ci semble alors libre et flottant dans son intérieur, comme s’il était renfermé dans un sac : c’est sur cptte apparence qu’on avait formé l’espèce du sipunculus sacca-
QUATORZIÈME LEÇON. - SENS DU TOUCHER
tus (1). II y a bien une pellicule dans les méduses; mais elle est si mince et si transparente, qu’il n’est pas probable qu’elle ait plusieurs couches. Les autres zoophytes, comme les hydres, etc., sont muqueux à leur surface, qui est trop molle pour qu’on puisse y distinguer aucune membrane.
2» Du tissu on de l’ appareil muqueux (2) .
11 se trouve, comme nous l'avons dit, immédiatement entre l’épiderme et le corps papillaire. [C’est une des parties les plus importantes de la peau par l’influence qu’elle a sur la coloration des enveloppes des animaux. Dans l’homme et dans les mammifères, c’est une membrane à la surface de laquelle se dépose fréquemment une matière colorée ou pigment ; mais dans d’autres animaux le pigment ne forme pas une couche distincte, et il semble comme pétri avec l’enduit muqueux épaissi on solidifié.] La couleur du tissu muqueux varie dans les diverses espèces d’animaux, et quelquefois même dans différentes parties de leur peau; et c’est uniquement de la couleur du corps muqueux que dépend celle de la peau de I animal ; car, dans tous ceux dont la peau est colorée, on peut enlever l’épiderme presque pcllucide, et le cuir ne participe jamais de cette couleur.
[Dans les races humaines colorées, dans les nègres, dans la race rouge ou américaine, dans les races de l’Océanie, dans le Kabyle, l’Arabe, le Maure, l’appareil muqueux ou pigmentaire est formé par une membrane continue blanche, appliquée sur les papilles du derme, dont elle suit tous les contours, et présentant à sa face interne des prolongements qui pénètrent dans les follicules des poils : à la surface de celte membrane est déposé un enduit diversement coloré suivant les races,
(1) Cuvier, Règne animal, t. 3, p. 243, 2e édit.
(2) Beaucoup d’anatomistes pensent que ce nom doit disparaître de la science, les uns, parce que, à l’exemple de Chaussier, ils contestent jusqu’à l’existence de l’appareil lui-même, d’autres parce que ce nom ne répond pas à l’idée spéciale que donne l’étude du corps muqueux, bornée à une seule classe d’animaux. 11 nous semble utile de maintenir ce nom précisément à raison de ce qu il a de général, qui permet qu’on s’en serve pour désigner dans les diverses classes d’animaux la partie de 1 enveloppe extérieure correspondante au corps muqueux de l’homme. Par exemple, M. Flourcns, dont les travaux ont fixé avec précision la nature et la structure de cette partie delà peau dans la race humaine, lui donne de préférence le nom d 'appareil pigmentaire, et cependant cette dénomination n’est pas d’une exactitude rigoureuse,
même pour l’homme, car si elle est très-vraie pour les races colorées, elle l’est déjà moins dans la race blanche, où le corps muqueux, hors certains espaces circonscrits, ne montre pas de pigmeût, tant que des circonstances extérieures n’en favorisent pas le développement. D’un
c’est le pigment. La même membrane se voit dans la race blanche; mais elle n’a de pigment que dans certains endroits déterminés, comme l’auréole du mamelon, et aussi lorsque certaines circonstances extérieures onlhàlê la peau (5).]
Il paraît que l’influence des rayons solaires détermine jusqu’à un certain point la coloration de la peau de l’homme ; elle est blanche dans les pays tempérés : elle brunit de plus en plus dans les pays chauds; enfin, elle devient noire dans les contrées brûlantes de l’Afrique et de l’Asie. Ne pourrait-on pas rapporter la cause de ees variétés à la diversité de la lumière qui colore les corps vivants, en icur enlevant l’oxigène, et en développant le carbone et l’hydrogène qu’ils contenaient? En effet, les hommes qui s’exposent au liàle se basanent, au lieu que ceux qui habitent dans les souterrains s’étiolent comme les plantes et deviennent extrêmement blancs.
La couleur du tissu muqueux varie beaucoup dans les mammifères. 11 paraît déterminer, ainsi que nous le verrons par la suite, celle des ongles et des poils, [en s’enfonçant dans les follicules qui produisent ces organes. ] Souvent même il se retrouve coloré dans la cavité des organes où il se prolonge avec la peau, comme sur le palais, la langue, le conduit auditif, la conjonctive et la membrane nasale des singes, des chiens, des ruminants, des solipèdes, des cétacés.
Le corps muqueux des mammifères a très-peu de couleurs vives. Il est bleu sur les joues des mandrills; rouge, violet et carmin sur les fesses et sur le nez de ces mêmes singes, [ rouge sur la lèvre inférieure du drill adulte; il est d’un beau bleu d’outremer sur les bourses de la guenon malhrouclt, vert sur celles de la guenon trentef]; il est d’un beau blanc argenté sur le ventre des cétacés.
autre côté, le corps muqueux, qui existe dans les membranes muqueuses, n’y est pas toujours couvert d’uu pigment. A la vérité, cette objection n’en est pas une pour M. Flourcns, puisqu’il assimile le corps muqueux des membranes muqueuses, non pas à la membrane pigmentaire, mais au second épiderme de la peau. Les recherches mêmes de M. Flourens nous semblent rendre la première assimilation préférable à la seconde, car avec celle-ci on serait conduit à admettre dans les membranes muqueuses colorées en noir l’existence d’une couche de pigment entre les deux épidermes.
(3) Cette membrane pigmentaire et la couche colorée qui la tapisse nous paraissent bien être les deux parties que Gaultier a observées et décrites sous les noms de couche albidc profonde et de gemmules ; mais il n’est pas allé au delà du fait purement anatomique, et n’a pas saisi les rapports physiologiques qui lient l’une à l’autre ces deux parties, et les séparent des autres couches de la peau. C’est ee qu’a fait M. Flourens dans les recherelles que nous avons citées.