ARTICLE DEUXIÈME. — DE LA PEAU
C’esi dans cotte dernière familledes mammifères que le tissu muqueux a le plus d’épaisseur ; car, dans le dauphin et le marsouin , il a près d’un demi-millimètre sur les parties du dos et de la tête qui sont colorées en noir. On 11e peut mieux le comparer, pour la consistance et la couleur, qu’au noir que produit la graisse des essieux.
Le tissu muqueux est peu distinct dans les oiseaux et presque toujours blanchâtre dans toutes les parties que recouvrent les plumes; mais sa couleur sur les pattes, les cires et les caroncules de la tête est très sujette à varier.
Sur les tarses et les doigts, elle est souvent noire, comme dans les corbeaux, les dindons , quelques canards , les cygnes , etc.; grise, comme dans les poules, les paons; bleue, comme dans quelques mésanges; verte, comme dans la poule d'eau; jaune, comme dans V aigle ; orangée, comme dans la cigogne; rouge, comme dans le chevalier, etc.
Le corps muqueux est noir dans la caroncule des cygnes ; gris, dans lacii’e du bec de beaucoup de perroquets ; blanc, dans les joues de l'ara bleu ; vert, dans la cire du bec de Vépervier; jaune, dans celle de la plupart des oiseaux de proie diurnes; rouge, sur le col et les joues du roi des vautours, etc.; en général, il est adhérent à la peau; il, s’enlève même difficilement par la macération, et la dessiccation le décolore complètement.
C’est aussi à la présence du tissu muqueux que sont dues les couleurs des reptiles.
[ Les substances écailleuses qui les revêtent fréquemment sont tantôt colorées par le corps muqueux qui reste dessous, et tantôt il est pétri dans leur substance.]
Dans les tortues, par exemple, non-seulement la peau qui revêt les pattes et le cou est diversement colorée par le tissu muqueux, mais c’est à ce même tissu que sont dues les taches symétriques qu’on remarque sur les écailles : ç’esl ce qu’on reconnaît par la dissection. En effet, la peau du corps s’amincit beaucoup en s’approchant du plastron et de la carapace ; elle passe sous les écailles qui recouvrent ces parties, et qui sont elles-mêmes recouvertes par l’épiderme; et le tissu muqueux, dont la couleur varie, forme les taches qu’on voit au travers de leur transparence.
Il en est de même des salamandres et des grenouilles. Le tissu muqueux varie encore ici davantage pour les couleurs : il est noir, brun, gris, blanc, vert, jaune, aurore, carmin, etc.
On retrouve aussi un corps muqueux sous les écailles des lézards et des serpents, [ou plutôt à la Surface des replis du derme qui en prennent l’apparence. Sur une peau de serpent convenablement macérée, le corps muqueux a l’aspect d’une .pâte en partie adhérente au derme, et en partie à l’épiderme,] et ses couleurs sont extrêmement variées.
Les poissons sont cependant ceux de tous les animaux à vertèbres dont le tissu muqueux est le plus remarquable par les couleurs éclatantes et métalliques dont il brille. On y retrouve celles de l’or, de l’argent, du cuivre, de l’étain, du plomb, et même toutes celles que peuvent prendre ces métaux par leurs divers degrés d’oxydation. Les couleurs étant du ressort de l’histoire naturelle proprement dite, nous voulons seulement indiquer ici qu’elles proviennent du corps muqueux qui adhère fortement à la face interne des écailles, avec lesquelles on l’enlève souvent.
La plupart des mollusques ont un tissu muqueux au-dessous de leur épiderme.
Dans les céphalopodes, il est le plus souvent coloré en bleu ou en rouge ; mais il forme une couche très-mince.
Celui des gastéropodes varie beaucoup, ainsi qu’on en a un exemple frappant dans les limaces. 11 est épais, visqueux, mais il se dissout complètement dans l’eau.
Peut-être, et nous sommes très-porté à le croire, la substance même de la coquille est-elle vraiment analogue au corps muqueux, quoique ce nom de muqueux ne lui convienne plus.
En effet, le test calcaire se trouve immédiatement au-dessous de l’épiderme ; il se renouvelle lorsqu’on en a enlevé quelques parties. C’est un enduit sans organisation apparente, et non une membrane ; il est produit par couches successives; enfin il est coloré, et ses nuances varient à l’infini.
Dans les crustacés, le corps muqueux se trouve aussi représenté par le test calcaire situé au-dessous de l'épiderme. Sa couleur est ordinairement vert sombre, quelquefois rouge, blanche ou noire. L’alcool, les acides, et surtout l’action du feu font passer la couleur verte à une nuance rouge souvent très-éelatante : c’est ce que nous voyons tous les jours sur nos tables dans les écrevisses.
Dans les insectes qui sont encore sous la forme de larves, on voit entre l’épiderme et les muscles une couche de substance muqueuse dont les couleurs varient à l'infini dans les diverses espèces. C’est surtout dans les chenilles et dans les larves de quelques hyménoptères qu’elle est remarquable par les couleurs; elle donne à leurs corps les teintes les plus pures et les plus vives, dont les nuances et la symétrie sont admirables. Le blanc, le pourpre, le violet, le bleu, le vert, le jaune, l’aurore, le noir, etc,, s’y trouvent distribués de la manière la plus régulière et la plus éclatante.
Nous croyons aussi que c’est au tissu muqueux desséchée! mélangé avec la substance cornée qu’on doit attribuer les couleurs dont brillent les insectes parfaits; car, lorsque les lépidoptères sont dans leur chrysalide, les petites écailles colorées qui doivent orner leurs ailes sont alors sous un état
QUATORZIÈME LEÇON. — SENS DU TOUCHER
de mucosité assez semblable à celle qu’on trouve sous la peau des chenilles. Les couleurs des araignées sont aussi dues à cette mucosité; on la trouve sous leur peau; elle a l’apparence de petits points glanduleux dont les nuances varient beaucoup. Mais, dans les coléoptères et dans plusieurs autres ordres, les couleurs de la peau sont fondues dans son tissu corné, à peu près comme celles des testacés le sont dans leurs coquilles calcaires.
Parmi les soophytes, il n’est qu’un petit nombre d’espèces dans lesquelles on puisse distinguer le tissu muqueux ; il est même si mince alors qu’on ne peut le séparer de la peau : c’est ce qui a lieu dans quelques astéries. [Dans les actinies, le tissu muqueux velouté et diversement coloré qui les recouvre se dissout promptement par. la macération, et laisse à nu le derme.] Le tissu muqueux parait se confondre avec le test calcaire qui sert de demeure à plusieurs autres zoophytes : c’est ce qu’on observe dans plusieurs espèces d'oursins, de coralines, dans les cératophytes et dans beaucoup de lithophyles,
5° Du tissu papillaire.
Les anatomistes ont désigné sous ce nom la partie de la peau qui se trouve entre le cuir et le corps muqueux. [C’est la partie superficielle du derme, différente des parties profondes. ] Ce n’est point une couche membraneuse comme l’épiderme, mais une surface produite par l’agrégation et le rapprochement d’une infinité de petits tubercules de formes diverses , qu’on croit être produits par les dernières extrémités des nerfs cutanés : aussi les nomme-t-on mamelons ou papilles nerveuses, [Mais ils paraissent formés, outre les filets nerveux, par les ramifications excessivement ténues et déliées des vaisseaux artériels et veineux de la peau. La membrane du corps muqueux et l’épiderme, en se moulant sur eux et en pénétrant dans leurs intervalles, leur forment des étuis ou des gaines qui tempèrent l’action des corps extérieurs.]
Quoique ces tubercules soient de figures trèsdifférentes, leur structure est à peu près la même. On la développe assez facilement par la macération dans l’eau, continuée pendant quelques jours ; on voit alors que chacun d’eux est formé par le rapprochement de fibrilles réunies par leur base à peu près comme les poils d’un pinceau. Tantôt les fibrilles du centre sont plus longues que celles de la circonférence, alors la papille est de figure conique ; tantôt elles sont à peu près de même longueur, et alors le mamelon est aplati.
C’est principalement dans ces papilles que réside le sens dp toucher : aussi les voit-on en plus grand nombre et beaucoup plus prononcées surla langue, sur les lèvres et sur les extrémités des doigts.
Dans l’homme, les mamelons sont surtout re-
marquables sous la plante des pieds et à la paume des mains; ils sont très-serrés et très-rapprochés les uns des autres, distribués sur des lignes qui correspondent à celles que l’on voit à l’extérieur, et dont nous avons déjà parlé en traitant de l’épiderme. Ceux qui se trouvent sous les ongles forment une surface veloutée, dont les fibrilles très-serrées sont toutes obliquement dirigées vers l’extrémité du doigt. Les fibrilles des lèvres sont disposées de la même manière; mais elles sont encore plus déliées, pluslongues et plus serrées entre elles.
Il en est à peu près de même dans tous les mammifères ; mais les mamelons se développent d’autant plus que les parties auxquelles ils correspondent servent davantage au tact. Dans la taupe, la musaraigne et le cochon, les mamelons nerveux sont très-visibles sur le museau; ils forment des houppes dont les fibres sont très-serrées; on les retrouve sur la trompe de l 'éléphant, et nous les avons très-distinctement observés sur la queue du sarigue-crabier[e t sur celle des sajous et du cooïta,] Il est probable qu’il en est de même dans tous les mammifères à queue préhensile : nous n’en avons pas remarqué sur la peau du dauphin et du marsouin.
Les oiseaux n’ont de papilles distinctes que sous la plante des pieds et sous les doigts. Elles forment des mamelons très-rapprochés et disposés par lignes parallèles : on les démontre facilement dans les pattes de volailles, dont on enlève l’épiderme par l’action du feu : on les voit aussi sur la membrane qui réunit les doigts des oiseaux palmipèdes.
Les reptiles sont dans le même cas que les oiseaux. Ou ne voit guère de papilles que sous leurs pattes; elles sont très-grosses et mamelonnées dans plusieurs espèces de lézards, et notamment dans le caméléon. On n'en distingue pas du tout dans les tortues de mer, dont les pattes prennent la forme de nageoire. 11 n’y en a pas du tout dans les serpents, ou bien elles n’ont pas la forme dcmamelons.
Nous n’avons rien observé sous la peau des animaux invertébrés qui puisse être regardé comme des papilles nerveuses ; cependant, dans les mollusques céphalopodes, ou voit parvenir quelques filets nerveux dans de petits globules qui nous ont paru glanduleux, et dont la peau est hérissée. Dans tous les autres mollusques, on suit bien quelques filaments nerveux jusque dans la substance de la peau ; mais nous ne les avons pas vus y former de papilles.
4° Du cuir ou derme.
On nomme ainsi la dernière couche de la peau ou la plus profonde. Les anatomistes sont parvenus à développer sa structure d’une manière