ARTICLE TROISIÈME. — DU PANNICULE CHARNU
très-évidente, à l’aide de certaines préparations, et particulièrement en la faisant macérer dans l’eau. Ils ont démontré que son tissu est un composé de fibres d’une substance gélatineuse, qui se croisent en tous sens, et qui sont tellement entremêlées qu’on ne peut les comparer qu’à une étoffe feutrée. Parmi ces fibres, on a reconnu un grand nombre de fines ramifications de nerfs et de vaisseaux artériels, veineux et lymphatiques, sur lesquels nous reviendrons dans un article particulier.
Cette organisation du cuir est telle, que les fibres qui le composent sont susceptibles de s’allonger et de s’étendre en tous sens. Son extensibilité était nécessaire pour donner à la surface de l’animal la faculté de résister à l’action physique des corps.
On a profité, dans l’ économie, de celte même propriété de la peau, en lui donnant certaines préparations, pour l'employer aux divers usages dans lesquels il faut de la force et de la souplesse, et où il y a un grand frottement à éprouver : c’est ce qui constitue l’art du corroyeur. On en a rapproché les fibres, ou on les a écartées pour appliquer le cuir à d’autres usages, et c’est ce qui a produit les arts du tanneur, du mégissier, du parcheminier, du maroquinier, etc.
Dans l’homme, le cuir est épais de deux à trois millimètres dans certaines parties du corps, comme dans la région du dos et des lombes; mais il n’a guère qu’un demi-millimètre sur les bras et sur le ventre. Par la macération et la préparation de l’art du mégissier, on voit que les fibres qui entrent dans sa composition sont longues, fines, très-solides, mais réunies d’une manière lâche.
Dans les mammifères en général, le cuir est aussi plus épais dans la région du dos, et beaucoup plus mince dans celle du ventre. [Il est plus épais dans les animaux qui ne sont pas recouverts de parties dures ou cornées. Celui du porc-épic est d’une mollesse remarquable. ]
Dans les oiseaux, le cuir est beaucoup moins épais que dans les mammifères : cependant il a beaucoup de consistance dans quelques familles, particulièrement dans celles des oiseaux de proie et des palmipèdes. Il est excessivement mince, même proportionnellement, dans quelques espèces de mésanges et de becs fins.
Les reptiles dont le corps n’est point, ou n’est qu’en partie couvert d' écailles, ont une peau très-serrée et très -dense. Nous en avons un exemple dans les tortues , les salamandres , les gre* no ailles et les crapauds. Dans ces deux derniers genres en particulier, le cuir est très-remarquable,
(t)Ponr beaucoup d’anatomistes, ce n’est pas leeorps
muqueux, c’est le derme même qui prendrait la texture calcaire dans le test des crustacés, ou la texture cornee dans celui des insectes, et dans ces animaux eu effet la peau est assez différente de celle des animaux supérieurs
en ce qu’il n’adhère pas au corps dans tous ses points, comme dans les autres animaux chez lesquels il est intimement uni avec le tissu cellulaire; il n’adhère là qu’au pourtour de la bouche dans la ligne médiane du corps sur les aisselles et sur les aines. Dans toutes les autres parties, le corps est libre dans son cuir, où il est. contenu comme dans un sac.
Les lézards et les serpents sont dans le même cas que les poissons.
On retrouve dans cette dernière classe d’animaux un derme, ou cuir fort tenace au-dessous des écailles; mais il est intimement adhérent aux muscles, cl même d’une manière beaucoup plus serrée que dans les autres classes; il est très-épais dans l'esturgeon, quelques squales, les raies, l’o«guille, etc.; il est mince, au contraire, dans les poissons qui ont les écailles larges, comme les cyprins, les spares. -
Parmi les animaux nou vertébrés, nous n’avons reconnu de véritable cuir que dans les seiches et autres céphalopodes. 11 est appliqué immédiatement sur les muscles à l’aide d’un tissu cellulaire très-dense ; il est lui- même très-coriace cl difficile à déchirer; ses fibrilles sont très-ténue.
Dans tous les autres ordres, on ne retrouve aucune partie qu’on puisse comparer au cuir : il y a bien une pellicule au-dessous du test des crustacés; mais elle est fine, transparente, et elle a très-peu de consistance. Dans les insectes sous l’état de larve, la peau qui s’enlève par couche, dans le temps de la mue, est de même nature et de même épaisseur qqe celle qui se trouve dessous et qui doit lui succéder. L’enveloppe même des chrysalides coaretées, telles que celles des lépidoptères et des diptères, ne peut être regardée comme le cuir : c’est plutôt une espèce d’épiderme corné. Enfin, sons l'état parfait, on ne retrouve dans les téguments des insectes aucune partie qui puisse être comparée au cuir. Les vers et les zoophytes sont absolument dans le même cas (1).
ARTICLE III