SEINS DU TOUCHER
du menton, et y produisent des rides très-remarquables.
Il y a bien encore quelques fibres musculaires sous la peau des bourses génitales de l’homme, qu’on nomme le dartos ; mais ces fibres sont trèsgrêles; elles varient beaucoup, et ne constituent pas un muscle proprement dit : elles sont destinées à froncer la peau de ces parties.
Dans tous les mammifères, onrelrouveles mêmes muscles peaussiers. Ceux delà tête sont ordinairement moins prononcés; mais aussi celui du col est plus fort, et il y en a un particulier qui, de toute la peau du ventre, du dos, et même des cuisses, vient le plus ordinairement s’insérer à l’humérus.
[11 y a cependant à cet égard de nombreuses exceptions, qui dépendent du plus ou moins de mobilité des diverses parties de la peau, et du rôle que remplit l’euveloppecutande dans le genre de vie et de défense des animaux. Le peaussier peut donc êlre appelé plus parliculièreraentdu nom de peaussier scapulaire, ou dorsal, ou latéral, ou ventral, selon qu’il s’étend sur l’une de ccs parties du corps, ou bien prendre en même temps plusieurs de ces noms lorsqu’il s’étend sur plusieurs de ces parties à la fois.]
Dans les singes et dans les chiens, il y a un occipito-fromal : il estaussi très mince ; maisses fibres charnues sont proportionnellemenl plus longues.
En outre, on trouve sous la peau de la face des fibres charnues qui lui communiquent le mouvement qui fait froncer dans ccs animaux la partie latérale des joues et du uez.
Le peaussier du col, dans les singes, tient à la peau par un tissu cellulaire très-serré ; il se prolonge sur la face et va s’unir avec les fibres que nous venons de faire connaître. [Dans le magot et les cynocéphales, il enveloppe l’épaule et s'étend en haut ou en arrière du cou beaucoup plus que dans l’homme.] Dans les chiens, nous n’avons vu que des fibres charnues très-grêles sur le col. [Elles y ont deux directions croisées : l’une de la mâchoire vers le haut du cou, l’autre du slernum vers l’occiput.
Dans d’autres carnassiers, le peaussier du cou est bien marqué ; dans la hyène ce sont des faisceaux de fibres espacés, parallèles et obliques de bas en haut, et d’avant en arrière. C’est la même chose dans [e blaireau , dans la loutre et dans la ycnette mais les fibres sont plus serrées; dans la panthère et dans l 'ours, le paussier ressemble à celui du chien. Dans le phoque, les fibres parties de la mâchoire se partagent en deux languettes ; l’une va ;
vers le haut du cou, l’autre vers le sternum.]
Le peaussier du venlre et du dos, dans ces animaux, est aussi fort adhérent à la peau ; ses fibres recouvrent à des degrés différents la poitrine, le dos, les flancs de d'abdomen ; elles viennent Imites se réunir sous l’aisselle, où elles s'attachent par un ou deux tendons au-dessous de la tête de l’humérus
ARTICLE TROISIÈME.
avec le tendon du grand pectoral. Ce peaussier a, dans presque tous les mammifères dont nous venons de parler, la même insertion, de sorte qu’il sert aux mouvements du bras, et qu’on pourrait le nommer dermo-humérien. [Dans la genelle il y a trois attaches pour le peaussier dorso-ventral. Le tendon qui réunit les fibres supérieures vient se joindre au quatrième extenseur du coude; le tendon des fibres latérales va à l'humérus en se joignant au bord inférieur de la portion profonde du grand pectoral ; le tendon des libres ventrales va se coller près du bras à une autre portion du grand pectoral. Dans le phoque , il n’y a que le peaussier ventral qui aille à l’humérus. Le dorsal va s’insérer le long de l’épaule et le long de la face exlerne-du bras et de l’avant-bras. Dans la taupe, des deux tendons du peaussier du ventre, l’un va se joindre à la grande portion oblique du grand pectoral-, l’autre à sa portion transverse.]
Dans les quadrumanes, les chéiroptères et les carnassiers males, on trouve aussi des fibres musculaires dans la peau des bourses génitales; elles sont même, proportion gardée, plus visibles dans les chauves-souris que dans l’homme. Dans presque tous les mammifères, le peaussier se glisse sous la peau des parties génitales mâles, surtout dans ceux qui lancent leurs urines par bonds.
Dans le raton, \c peaussier du ventre est en même temps un réti-acteur très-puissant du prépuce; il forme un faisceau de fibres, d’environ deux doigts de largeur, qui vient s’attacher au prépuce en décrivant un ovale avec celui du côté opposé. Le reste du muscle qui recouvre le ventre est mince. En devant, le muscle s’attache à l’humérus par deux languettes distinctes. [Ou retrouve dans la hyène, dans le chien, dans l 'ours, le même trousseau rétracteur du prépuce.
Dans les kanguroos, les phalangers et les sarigues, le peaussier du ventre se eouduit pour ses attaches comme dans les carnassiers en général ; niais dans les deux premiers genres il entoure de ses fibres la poche abdominale, tandis que dans les sarigues, il ne s’approche pas de la bourse, et ne contribue pas à en former les bords (1),]
Dans la marmotte, le peaussier du col est à peu près comme dans l’homme : mais au-dessous de celui-là ou en retrouve un autre plus épais, qui en forme comme la doublure, mais qui monte plus haut vers la télé, où il se termine sous les parties latérales de la tête, et même sur la face et le museau. [La partie inférieure du peaussier du col forme une longue bande fibreuse qui descend de la mâchoire inférieure jusqu’au coude.]
Celui du corps occupe tout le dos, depuis l’origine de la queue jusqu’à la pointe postérieure du trapèze. Sur le ventre, il vient du pubis, des aines
(r) Cuvier, dessins inédits.
DD PANNICDLE CHARNÜ. 60l
et des fesses : toutes les fibres se réunissent sous l’aisselle, où elles forment deux tendons, l’un qui s’insère avec ceux du grand dorsal et grand rond réunis, et l’autre avec celui du grand pectoral.
[Dans le castor, où le muscle esta peu près le meme, il donne en outre des fibres superficielles, qui s’insèrent le long de l’omoplate et du bras, et forment une sorte de peaussier huméral. Dans le porc-épic les fibres s’étendent depuis l’épaule et le bras jusqu’à la queue. Elles se partagent en deux parties ; la supérieure et latérale est de beaucoup la plus grande : elle couvre le dos et les flancs comme d'un manteau, enveloppe la face externe de la cuisse, et s’insère par un fort faisceau de chaque côté de la queue. La partie inférieure, étroite, se rend obliquement du bras à la ligne médiane ventrale. Celte disposition du peaussier explique le mouvement du porc-épic , lorsque, s’appuyant sur les pieds de devant, il agite et fait résonner par une contraction brusque et énergique le bouquet de piquants qui garnissent sa queue.
Dans le cahiai et le cochon d’Inde, outre le trousseau profond du peaussier du corps, qui va, comme à l’ordinaire, s’attacher à l’humérus, les fibres superficielles prennent deux directions. Les unes vont de la ligne ventrale médiane vers la face externe du bras, les autres du même point vers la face externe de la cuisse. Cette distribution du peaussier explique pourquoi ces animaux ont toujours dans leurs mouvements les membres rapprochés du corps. Par une disposition inverse, nue partie du peaussier est fort détachée du tronc dans les animaux où la peau des flancs s’étend entre les deux paires de membres, de manière à leur permettre de se soutenir en l’air durant quelques instants. Dans le polutouchc , par exemple, le peaussier du cou, après avoir embrassé de ses fibres la mâchoire inférieure, les rassemble en un long filet qui suit, dans l’épaisseur de la membrane latérale, le bord antérieur du bras et de l’avant-bras jusqu’au poignet. Le peaussier du dos, étendu dans la même membrane latérale, se termine par une sorte de lisière ou de ruban de fibres qui règne depuis le poignet, le long du bord interne de l’avant-bras, jusqu’au talon. Le peaussier du ventre va se joindre, comme à l’ordinaire, à la portion profonde du grand pectoral.
Dans I \êlêphant, le peaussier du cou est surtout apparent à la partie inférieure du cou et sur la mâchoire inférieure jusqu’au-dessous de l’oreille : celui du dos et du ventre, composé de fibres parallèles, se partage en avant en trois faisceaux. Le supérieur vient s’attacher le long de l’omoplate • le second en dedans de l'humérus, c’est le dermohumérien proprement dit ; le troisième va obliquement de la cuisse s’attacher à la ligne médiane ventrale jusqu’au sternum. C’est à peu près la
QUATORZIÈME LEÇON. — SENS OU TOUCHER
même chose dans le tapir , .ainsi que dans ies ruminants. ]
On retrouve un muscle peaussier, même dans le dauphin ; [ et le dorsal est très-distinct du ventral. Une ligne droite qui règne tout le long du flanc marque leur séparation : le premier occupe toute la partie supérieure du corps ; il se compose de fibres obliques parallèles; le second, composé de fibres plus courtes, également parallèles et obliques d’arrière en avant, vient se confondre près de l’épaule avec le grand pectoral qui est dessous. Sous la mâchoire, le bord antérieur du peaussier du cou se confond avec le mylo-byoïdien.
Comme le hérisson d’Europe présente une organisation plus compliquée et très-curieuse des muscles peaussiers, nous allons eu donner une description abrégée. [ Nous y ajouterons aussi celle de quelques animaux, tels quelVyefèreù tache blanche [mus capensis ), le tcnrec et l’ omithorhynque , qui, sans avoir un pannicule charnu aussi compliqué que le hérisson, l’ont cependant assez différent du commun des animaux. ]
Il faut d’abord se rappeler que les muscles du hérisson , étant attachés à la peau , changent de position avec elle, de sorte qu’ils n'ont de constant que leurs attaches : nous allons donc supposer l’animal dans certaines positions, pour que l’on puisse retrouver plus facilement les parties décrites.
Le hérisson supposé roulé sur lui-même, comme lorsqu’il veut se défendre, tout son corps se trouve enveloppé sous la peau par un sac de fibres charnues et concentriques, de forme ovale.
Toutes ces fibres sont intimement adhérentes à la peau et même à la base des épines dont elle est hérissée, et dont, on a peine à les détacher avec les instruments. La bourse charnue qu’elles forment est plus épaisse au pourtour de son ouverture qui répond au ventre : elle forme lit une espèce de sphincter ou de muscle à fibres orbiculaires,
Lorsque le hérisson est allongé, comme lorsqu’il court ou qu’il est sur ses pattes, le muscle que nous venons de faire connaître est tout à fait changé de figure; il forme sur le dos un ovale, dont la partie moyenne est très-mince, et dont le pourtour, beaucoup plus épais, est plus élevé. Aux différents points de ce pourtour s’attachent plusieurs muscles accessoires.
Du côté de la tête, ou à la pointe antérieure de 1 ovale, on en voit deux paires : l’une s’attache dans la ligne moyenne et s’insère sur les os du nez ; 1 autre, plus extérieure, semble confondre ses fibres entre les orbiculaires externes, et s’insère en avant sur les parties latérales du nez et sur les os incisifs.
A l’extrémité postérieure de l’ovale s’attache une autre paire de muscles larges et de forme pyramidale, qui se continuent aussi avec les fibres orbiculaires externes : leur pointe tendineuse
s’insère aux parties latérales- de la queue, vers son extrémité.
11 y a encore quelques autres muscles situés sous la peau du côté du venlre, ou plus profondément sous le grand muscle orbiculaire.
L’animal écorché, et supposé vu par le ventre, on y distingue au premier aperçu trois portions charnues.
La première est située sous la gorge, et correspond au peaussier du col; elle vient de l’origine de la poitrine sous la peau, et va s’insérer sur les parties latérales de la tête vers les oreilles. Celle d’un côté s’unit à l’autre par une intersection médiane ou ligne graisseuse.
La seconde vient de la ligne moyenne du sternum, et se porte obliquement en s’épaississant ef diminuant de largeur au-dessus des épaules pour aller se joindre au bord du grand muscle orbiculaire.
La troisième portion ventrale est encore plus mince que les deux autres ; elle est étendue sur toute la surface de l’abdomen; elle vient du pourtour de l’anus, des parties latérales de la queue, de l’origine des cuisses. Arrivée sur les côtes, elle se partage en deux portions : l’une interne, plus large, se glisse sous l’aisselle, et s’insère à la partie supérieure interne de l’os du bras ; l’autre exlerne, se prolonge sur les parties latérales pour s unir au grand peaussier orbiculaire vers le col.
Tels sont les muscles que l’on aperçoit à la couche superficielle ; il y en a quelques autres encore qui en sont des appendices et qui se trouvent couchés sous ceux du dos.
L un vient de la tête, où il est attaché sur le bord postérieur du conduit auditif de l’un et de l’autre côté ; il se perd en arrière dans l’épaisseur de la pointe antérieure de l’orbiculaire.
Un autre petit trousseau charnu vient des dernières apophyses cervicales en se perdant dans le muscle peaussier du dos.
Enfin, au-dessous de ce grand peaussier orbiculaire du dos, on remarque des fibres transversales qui forment un plan très-mince, dont les antérieures s’attachent h la partie supérieure interne de l humérus, et les postérieures au trousseau externe de la troisième portion ventrale.
Etudions maintenant l’usage de ces muscles.
L’animal supposé roulé en boule, est enveloppé par le muscle orbiculaire. S’il veut conserver celte position, il lui suffit de faire contracter les fibres du pourtour qui sout très-fortes, et qui font, pour cacher le ventre en fermant la bourse, l’effet d’un sphincter.
L’animal veut-il se dérouler, les fibres du milieu de l’ovale se contractent; les externes se relâchent d’abord, et laissent sortir le venlre et les pattes; puis toutes les fibres circulaires se contractent ensemble et se rapprochent sur le dos.