ARTICLE QUATRIÈME. — DES GLANDES DE LA PEAU
sans parler de la sueur. Un suc huileux très-subtil transsude au travers des pores de toute la peau, et empêche pendant quelque temps l’eau pute de s’étendre dessus. Ce suc enduit aussi les cheveux et tous les poils, et finit par les rendre gras lorsqu’on ne les nettoie point assez souvent. Une espèce d’onguent est produit dans certains endroits, et notamment entre les cheveux, aux aisselles, aux genoux, etc., par de petits follicules visibles à l’œil ; il s’attache à la peau en se durcissant, et y produit des espèces d’éeailles que le frottement et l’eau en détachent ; enfin, des glandes, dont les ouvertures sont très-visibles en certains endroits, fournissent une matière ecrumineuse, concrète, et qui s’en laisse exprimer en forme de petits vers : il y en a de telles aux côtés du nez, derrière les oreilles, sous les paupières, autour du boulon du sein, au périnée, dans le pli de l’aine, et on en trouve presque partout d’épars, hors peut-être à la paume de la main et h la plante du pied.
On pourrait aussi rapporter icil’espcce de pommade fétide qui s’accumule en grumeaux entre le gland et le prépuce, et sous les nymphes, et celle qui enduit les bords de l’anus.
On ne connaît point les organes qui produisent le suc de la première espèce. 11 est possible qu’il soit une simple exhalaison de la graisse, qui est toujours plus ou moins abondante sous la peau.
Les follicules qui produisent l’onguent de la seconde espèce sont très-petits, arrondis ou oblongs, Leurs canaux excréteurs sont grêles et tortueux.
La troisième sorte d’onguent est produite par des glandes que l’on a nommées sébacées, et qui sont quelquefois composées.
[Ces follicules et ces glandes, que l’on peut considérer comme étant de même nature, et comme ne différant que pour leur volume, occupent les couches superficielles de la peau, ce qui les distingue des glandes de la sueur et des follicules des poils qui s’enfoncent profondément dans le derme et pénètrent même souvent jusque dans le tissu graisseux sous cutané.
Il y a pour la sueur un petit appareil de glandes et de conduits plus ou moins tordus en spirale, dont il sera plus particulièrement question à l’article de la transpiration.]
La peau des mammifères est enduite de substances semblables aux nôtres. Quelques-uns ont de grands amas sur certaines parties de leur corps, par exemple dans les aines.-Les glandes ou follicules particuliers nous ont paru peu sensibles dans la peau des cétacés; mais, en revanche, elle transsude partout un suc huileux si abondant, qu’elle est partout lisse et glissante.
Dans les oiseaux, les glandes sébacées sont peu visibles, et situées plus profondément sous la peau ; ils ont sur le croupion une glande conglomérée d’une structure particulière, dont ils expriment
une huile qui leur sert à imbiber leurs plumes. Nous en parlerons en traitant des sécrétions excrémcntitielles. C’est aussi là que nous parlerons de plusieurs autres glandes propres à certaines espèces de quadrupèdes, comme celles qui produisent le musc, la civette , le caito réuni, etc.
Les glandes cutanées sont plus visibles dans les animaux à sang froid qne dans les précédents.
Les salamandres en ont plusieurs rangées le long du dos, qui font des saillies ou des verrues à la peau.
Les crapauds en ont d’éparses irrégulièrement sur toute la surface de leur corps; et on leur en voit surtout deux grosses derrière les oreilles, qui s’ouvrent par plusieurs petits trous. Ces glandes produisent une humeur âcre, qui est uu poison pour les animaux très-faibles.
Dans les lézards , on voit sous chaque cuisse une rangée très-régulière de petits pores, d’où sort aussi une humeur visqueuse.
Mais on ne voit nulle part les pores qui transmettent la viscosité de la peau, ni les sources qui la produisent, 'aussi bien que dans les raies et les squales.
Le dessus et le dessous du corps de ces poissons présentent des pores multipliés et très-gros, qui sont les orifices d’autant de vaisseaux excréteurs transparents. Dans les grands squales, ces vaisseaux ont la grosseur d’un tuyau de plume. Us partent tous par faisceaux, et sans se diviser en branches, de certains centres, plus ou moins nombreux selon les espèces, où paraît se former l’humeur absolument gélatineuse qui les gonfle. Ces centres n’ont cependant point l’apparence glanduleuse ; on n’y distingue qu’une ccllulosité remplie elle-même de cette humeur, et à laquelle se distribuent surtout un très-grand nombre de nerfs. Il y en a, dans la raie, deux principaux, situés vers les côtés de la bouche. Le squale milandre n’en a qu’un dans l’épaisseur du museau. Nous reviendrons sur cet objet à l’article des sécrétions.
Dans les poissons osseux, la liqueur visqueuse sort principalement par les trous situés le long de ce sillon qui parcourt longitudinalement chaque côté de leur corps, et qu’on nomme ligne latérale. Ces trous appartiennent à autant de petits tuyaux qui viennent d’un plus grand situé derrière ce sillon dans toute sa longueur. Ce grand vaisseau, arrivé à la tête, s’y divise en plusieurs branches, qui se répandent sur les deux mâchoires, et dont deux s’unissent vers le haut du museau. Les raies et les squales ont aussi ces grands vaisseaux visqueux de la tête, indépendammenlde cesnombreux petits que nous venons de décrite, et qui leur sont propres.
On voit ces vaisseaux et les pores où s’ouvrent leurs petites branches sur la léte de la chimiera monstrosa, mieux que sur tous les autres poissons.
Les pores sont encore très-visibles sur le brochet {esox lucius ) et sur V orphie ( esoxbelono ).
2° Du tissu adipeux.
Une cellnlosité plus ou moins lâche réunit la peau aux chairs qu’elle recouvre. Cette cellulosilé ne manque guère que dans les grenouilles et les crapauds, où la plus grande partie de la peau, quelques endroits exceptés, n’adhère aux chairs que par les vaisseaux et les nerfs.
On trouve aussi dans les oiseaux, et principalement sous les aisselles, de grands espaces où la peau n’adhère que d’une manière très-lâche, et laisse introduire de l’air dans l’intervalle.
Si 1 on en croit Sparrmann, le ratel, ou blaireau mangeur de miel du Cap, présente une disposition semblable.
La cellnlosité subculanée est ordinairement remplie d’une graisse dont la fluidité et l’épaisseur varient selon les espèces et selon l’état de chaque individu. Tout le monde sait que, parmi les mammifères quadrupèdes, le cochon est celui qui l’a plus épaisse et plus uniforme, et qu’elle y porte le nom de lard.
Les cétacés ont un lard encore plus épais que celui du cochon, et dont la graisse est si liquide qu’elle s’écoule sous forme d’huile, sans avoir besoin d’être exprimée. t
Les animaux dans lesquels la graisse subcutanée est très-abondante éprouvent une grande diminution dans la sensibilité de la peau.
Dans les animaux à sang froid, il n’y a point de graisse subcutanée proprement dite; quelquefois seulement le dessous de la peau est imbibé, comme le reste du corps, d’un suc oléagineux : c est ce qu’on voit, par exemple, dans le saumon et les autres truites. D’autres fois on y trouve des substances d’une nature différente : le poisson-lune par exemple, a sous sa peau une couche de deux ou trois travers de doigt d’une substance blanche, semblable à du lard, mais qui présente tous les caractères chimiques de l’albumine.
L’usage de ces diverses substances placées sous la peau parait être d’amortir les coups et les autres chocs venant du dehors, et de diminuer leur effet sur les chairs; mais la graisse, en général, a plusieurs autres usages, comme de donner du jeu à toutes les parties entre lesquelles elle s’interpose; [d empêcher dans les cétacés, par sa propriété d etre mauvaise conductrice du calorique, la déperdition de leur chaleur propre;] et surtout d être eu quelque sorte un magasin de substance nutritive, propre à être repompée et portée dans le sang pour le renouveler.
Cela se remarque surtout dans les animaux qui passent une partie de l’année sans manger, comme ceux qui dorment l’hiver, les chenilles, lorsqu’elles