‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 312 sur 367 · SENS DU TOUCHER · texte numérisé non relu

SENS DU TOUCHER

passent à l’étal de chrysalides, etc. Ces animaux ne tombent dans Ces espèces de léthargies qu’après avoir accumulé une grande quantité de graisse, qui se trouve consommée à leur réveil.

Ils ont pour elle des réservoirs particuliers, que nous décrirons dans les ours, les loirs, les marmottes, les chenilles, etc., à l’article de la nutrition.

ARTICLE V

DES DOIGTS ET DE IEÜE DISPOSITION RELATIVEMENT Atl SENS DU TOUCHER.

Nous avons fait connaître, dans la quatrième et dans la cinquième leçon, le nombre, la forme et l’usage des os et des muscles des membres et des doigts par rapport à leurs mouvements. Nous allons considérer ici ces appendices sons un autre aspect, et comme appartenant à l’organe, du toucher.

Les doigts sont surtout destinés à nous faire connaître les formes des corps.

Deux circonstances perfectionnent ou affaiblissent celte partie du tact. Premièrement, la division de la main et du pied en doigls plus ou moins nombreux, longs, distincts , mobiles; secondement, la forme de ces doigts et la nature des téguments qui les recouvrent, les arment ou les protègent : voilà le sujet de cet article.

Plus la main est divisée en doigts distincts et mobiles, plus l’organe du loucher est parfait : aussi 1 homme possède-t-il ce sens dans un trèshaut degré. Les singes ont, à la vérité, la main organisée comme celle de l’homme ; mais, comme nous l’avons dit en traitant des muscles, pag. 158 et suiv., ils ne peuvent mouvoir les doigts séparément, puisqu’il n’y a ni extenseur, ni fléchisseur propre. En outre, le pouce est plus court et ne peut être oppose aussi aisément aux autres doigts; [il y a même quelques genres, comme les ululas, où le ponce n’est pas du tout apparent] : or c est dans celle opposition des doigts que réside la faculté de saisir les objets les plus minces et de distinguer leurs plus petites éminences. Au reste, si la main des singes est moins parfaite sous ce rapport, ils ont plus d’avantage dans l’organisation de leurs pieds, dont les doigls sont beaucoup plus longs et plus mobiles.

Dans l’homme et dans le plus grand nombre des quadrumanes, les doigts sont minces, arrondis, couverts par une peau serrée, sur laquelle les papilles nerveuses sont en grand nombre, et disposées d’une manière très-régulière. Leur extrémité n’est recouverte d’un ongle qu’en dessus. Cet ongle est plat ou senti cylindrique; [il manque quel-

cor

ARTICLE CINQUIÈME. - DIVISION DES MEMBRES

quefois au pouce, comme dans le charnels, ] . Les ouistitis seuls ( simia rosalia, jacchus, etc., Lin.) ont l’extrémité du doigt enfermée dans un ongle corné et pointu comme celui des carnassiers, [il n’y a d’exception que pour l’ongle du pouce de derrière. Les makis ont aussi les quatre pouècs opposables. Mais il n’y a que le premier doigt du pied de derrière qui porte un ongle pointu et relevé. Les lignes de papilles sont moins uniformément répandues sur les faces pianlaire et palmaire : elles occupent principalement des pelotes saillantes qui correspondent à la tète des os métacarpiens et métatarsiens, et à la dernière phalange du pouce et des doigts : dans les intervalles, la peau est enfoncée et son épiderme écailleux. ]

Les chéiroptères n'ont point les doigts de la main susceptibles de saisir les corps solides, puisqu’ils sont tous renfermés entre deux fines membranes : aussi n’ont-ils pas à un haut degré cette partie du sens du loucher qui se rapporte aux formes de ces corps ; mais, en revanche, la grande étendue que ces membranes présentent à l’air les rend si propres à en reconnaître la résistance, les mouvements et la température, qu’on s’est cru obligé de supposer un sixième sens à ces animaux.

Spallanzani avait observé que des chauves- so uns aveugles, et abandonnées à elles-mêmes, s’envolaient malgré celte cécité, enfilaient les souterrains sans se heurter contre les murs; que même elles y tournaient exactement, selon que l’exigeaient les inflexions les plus compliquées ; qu’elles discernaient les trous dans lesquels étaient leurs nids, et savaient éviter les cordages, les filets et les autres obstacles que l’on avait mis sur leur passage.

Il chercha alors à déterminer par quel sens étaient dirigés ces animaux.

Ce n’était pas la vue, puisqu’on les avait privés de cet organe ; ce n’était pas l’ouïe, car on avait de plus bouché très-exactement les oreilles à quelques individus ; ce n’était pas l'odorat, puisque dans d’autres on avait ajouté la précaution de leur obstruer exactement l’onverlure des narines.

11 en conclut que les chauves-souris ont un sixième sens, dont nous n’avons aucune idée. Jurine a fait d’autres expériences, qui tendent à prouver que c’est par l’ouïe qu’elles se dirigent; mais il nous paraît que les opérations qu’il a fait subir aux individus qu’il a privés de la faculté de se diriger ont été trop cruelles, et qu’elles ont plus fait que de les empêcher d’entendre. 11 nous semble qu’il suffit de leur organe du toucher ponr expliquer tous les phénomènes que les chauvessouris présentent.

En effet, les os du métacarpe et les phalanges des quatre doigts qui suivent le pouce, sont excessivement allongés. La membrane qui les unit présente à l’air une énorme surface. Les nerfs qui s’y distribuent sont nombreux et irès-dmsés ; ils

forment un réseau admirable par sa finesse et le nombre de ses anastomoses. Il est probable que, dans l’action du vol, l’air, frappé par l’aile on par cette main si sensible, imprime à cet organe une sensation de chaleur, de froid, de mobilité, de résistance, qui indique à l’animal les obstacles et la facilité qu’il rencontre dans sa route. C’est ainsi que les hommes aveugles discernent avec les mains, et même par le visage, l’approche d’un mur, d’une porte de maison, d’une rue, avant de les toucher, et par la seule sensation du choc différent de l’air.

Le pouce et les doigts des pattes postérieures, dans les chauves-souris, sont semblables, par leur disposition, h ceux des autres carnassiers.

Dans les plantigrades, dont les doigls sont trèscourts et peu mobiles, le plus généralement au nombre de cinq, la sensation du toucher doit cependant être un peu plus parfaite que dans les carnassiers digitigrades ; car la plante entière de leurs pieds est privée de poils; et comme le contact avec les corps qu'ils touchent est plus immédiat, la sensation doit être plus vive, mieux perçue. [ D’ailleurs les pelotes ou callosités plantaires et palmaires sont grandes et forment un relief considérable, et qui doit donner plus d’étendue au toucher. Aux pattes de devant il y a une callosité carpienne cubitale, médiocre dans le blaireau , plus grande dans le coati et le galera ; les callosités métacarpiennes se touchent et ne sont séparées que par des sillons plus on moins profonds; enfin les callosités digitales, qui occupent le dessous de la seconde phalange, puisque la première est enveloppée par l’ongle, sont fortes et rapprochées des métacarpiennes : aux pieds de derrière il y a deux fortes callosités tarsiennes, qui quelquefois se confondent avec les métatarsiennes, lesquelles sont h leur tour très-rapprochées des digitales. Dans la musaraigne, les callosités aux mains et aux pieds sont petites et fort écartées les unes des autres.]

La taupe , le condylure (sorex cristatus) et le scalope ( sorex nquaticus ), ont les mains extrêmement élargies, et tous les doigls réunis jusqu’à l’ongle.

[ Dans la chrysochlore, c’est au contraire le pied de derrière qui est élargi ; mais dans ces animaux, dont les membres sont principalement destinés à fouir, la peau est rugueuse, et la saillie des callosités est à peine distincte.]

Les sarigues, que l’on appelle aussi pédimanes, viennent naturellement après les plantigrades par la perfection présumée du toucher, puisque leur gros orteil est écarté des antres doigts : ce qui fait de leur pied de derrière une espèce de main. Ce doigt est proportionnellement fort gros, allongé, très-mobile, privé entièrement d'ongle, et élargi à son extrémité libre.

Ces pédimanes sont, avec les pbaiangers, ies

seuis animaux à pouce de derrière séparé qui n’y aient poinl d’ongle. [On avait cru que l 'orangoutang était dans le même cas, mais c’était une observation erronée, L'orang et le chimpanzé ont un ongle au pouce de derrière.

Les callosités des pattes des sarigues sont moins rapprochées que daus les plantigrades, et la peau qui les sépare est rude ; mais à leur surface les lignes de papilles forment des tourbillons concentriques aussi serrés que dans les singes.]

Les carnassiers, qui ne marchent que sur l’extrémité des doigts qui sont courts et tous dirigés dans le même sens, sont par là même beaucoup moins favorisés quant au sens du toucher : ce dont ils sont en général compensés par celui de l’odorat. Le plus grand nombre a la dernière phalange enfermée dans un ongle tranchant. Dans h: genre des chats, des civettes et des genettes , cotte phalange se recourbe en arrière et ne sert plus du tout au toucher pendant tout le temps que l'animal marche. [Cependant tous les digitigrades n’ont pas, comme le putois , les chiens, etc., les callosités des pieds de devant et de derrière très-écartées l’une de l’autre, peu volumineuses, et séparées par une peau velue : plusieurs, tels que les genettes, le sibeth, la civette, le suricate , etc., ont les callosités métacarpiennes cl métatarsiennes réunies en une grosse pelote saillante, et quelques-uns, comme le parado.xurc pougouné et la moufette , ont toutes les callosités des pattes aussi étendues et aussi saillantes que les plantigrades. ]

Parmi les rongeurs, les lièvres, les écureuils et les rats, qui marchent sur les quatre pattes, mais sur l’extrémité des doigts, dont les dernières phalanges seules sont séparées les unes des autres, ont un ongle allongé, conique, qui enveloppe toute la partie du doigt qui est libre. [Les callosités sont quelquefois bien saillantes, comme dans les loirs, ] Quelques cabiais et le porc-épic ont presque tous les doigts enfermés dans des sabots, comme ceux des cochons , [et les callosités larges, plates et écailleuses, comme on le voit dans le coût, Vurson, le coendou.] Vaye-aye (sciurus madagascuricnsis, Lin.) est surtout remarquable par la division des doigts des pattes de devant. Toutes les phalanges sont excessivement allongées, surtout celles du doigt du milieu, à l’aide duquel il va saisir les insectes sous l’écorce des arbres. Cet animal est aussi le seul qui, parmi les rongeurs, ail le gros orteil séparé des autres et opposable.

Enfin, les kanguroos et les gerboises , qui ne marchent que sur les pieds de derrière, ont les pattes de devant divisées comme celles des rats, et armées d ongles pointus ; mais les pieds de derrière ont les doigts enveloppés dans des sabots.

Les édentés ont généralement les doigts réunis parla peau jusqu’aux ongles. Quelques-uns même, comme les paresseux, nemarchent que sur la con-

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