‹ Leçons d'anatomie comparée de Georges CuvierChapitre 314 sur 367 · ARTICLE SIXIÈME. — DES APPENDICES · texte numérisé non relu

ARTICLE SIXIÈME. — DES APPENDICES

Dans les oiseaux, le membre thoracique n’est pas destiné à palper : aussi, non-seulement il n’est pas divisé extérieurement en doigts on appendices, mais encore il est presque toujours entièrement couvert de plumes longues et serrées. Il n’y adonc que les pieds qui soient doués de la faculté de palper : encore s’y trouve-t-elle très-émoussée parles lames cornées, ou écailles, qui recouvrent les tarses et les doigts, souvent pur les plumes mêmes, et toujours par les cals qui les garnissent en dessous sous la forme de verrues et de durillons.

Nous ayons vu précédemment, p, 188, le nombre et la direction des doigts dans les différents oiseaux. Ils ne sont revêtus, dans aucune espèce, de sabots, mais seulement garnis d’ongles qui les renforcent sans nuire au sens du toucher.

Dans les oiseaux nageurs ou palmipèdes, comme les canards, les doigts antérieurs sont réunis par une membrane qui s’étend jusqu’à leur extrémité. Quelquefois le pouce est aussi réuni aux autres doigts par cette membrane; et cependant les oiseaux chez lesquels cela a lieu sont de tous les palmipèdes ceux qui se servent le plus de leurs pattes pour palper et saisir les corps. Due courte membrane réunit seulement à leur base les doigts de devant dans les oiseaux gallinacés. Les deux doigts externes sont encore ainsi réunis à leur base dans beaucoup d’oiseaux de rivage et de proie.

Les passereaux, en général, ont les deux doigts externes intimement unis par leurs premières phalanges, et, dans quelques genres, comme les martins-pêcheurs , les guêpiers, jusque près de leur extrémité.

Les membranes écailleuses qui bordent les doigts, dans quelques oiseaux de rivage, et leur longueur excessive, ainsique celle des ongles, dans d’autres, sont encore des obstacles au toucher.

Quoique, d’après tout ce que nous venons de dire, ce sens soit très-obtus dans les oiseaux, néanmoins les oiseaux grimpeurs , surtout les perroquets, sont, avec les chouettes, ceux qui l’ont encore le plus parfait et qui en font le plus d’usage.

Le nombre des doigts et leur mobilité varient plus dans les reptiles que dans toutes les autres classes.

Les lézards ordinaires en ont généralement cinq de diverses longueurs, très-propres à embrasser en tout sens les objets. Quelques-uns, comme les crocodiles, les ont palmés, du moins aux pieds de derrière; d’antres, corn me les geckos, les ont revêtus en dessous d’écailles tuilées.

Le caméléon les a réunis par la peau jusqu'aux ongles, en deux parties qui font la pince : la peau de leur surface inférieure est pourvue de papilles très-sensibles. Les lézards très-allongés , nommés seps et chalcide, n’ont que trois doigts très-petits. Les salamandres et les grenouilles les ont nus et sans ongles : aussi jouissent-elles d’un toucher très-délicat; il doit l’être encore plus dans les rai-

nettes, dont l’extrémité des doigts s’élargit en un disque spongieux qui peut adhérer aux corps avec force ; mais, dans les tortues, où ils sont palmés, ce sens est moins parfait. Enfin, les serpents sont absolument privés de pieds et de doigts.

C’est aussi le cas des poissons ; leurs nageoires, uniquement destinées au mouvement, ne sont presque d’aucun usage pour percevoir les formes des corps.

Ce que nous avons dit, dans la VI° leçon, du nombre et de la division des pattes dans les animaux sans vertèbres, nous parait suffire pour qu’on puisse en déduire les divers degrés de perfection que ces parties donnent au tact.

ARTICLE VI

DES APPENDICES QUI SUPPLEENT AUX DOIGTS DANS 1,’KXERCICE DU SENS DU TOUCHER.

Outre les doigts, plusieurs animaux ont reçu diverses parties assez mobiles et assez sensibles pour exercer la faculté de palper. Dans les espèces privées de doigts, ou dont les doigts sont enveloppés de substances insensibles, ces appendices les remplacent.

Les queues dcquelques mammifères, comme les sapajous, les alouattes, les atùles, les didelphes , une espèce de porc-épic, deux du genre fourmilier, etc., sont organisées de manière à pouvoir embrasser les corps et à les saisir comme avec une main. Nousavonsfail connaître, dans la UD leçon, la forme des os et la disposition des muscles qui servent à ces sortes de mouvements. Les nerfs qui s’y distribuent sont en grand nombre; ils proviennent de la terminaison de la moelle épinière, et ils sortent par (es trous intercaudaux. Ces sortes de queues sont ordinairement privées de poils sur la partie de leur face inférieure par laquelje elles saisissent les corps. [Parmi les singes d’Amérique, les alouattes, les atèles, ont la partie prenante de la queue nue, tandis que les sajous l’ont velue. Dans les premiers, la partie nue laisse voir, outre des lignes de papilles serrées, de nombreux plis ou sillons transverses, comme on en voit à l’intérieur des mains, et qui indiquent que cette partie est un organe du tact très-délicat. ]

On trouve des queues prenantes dans quelques reptiles, comme le caméléon, elle corps entier des serpents remplit le même office en s’entortillant autour des corps qu’ils veulent palper : ce qui leur est d’autant plus utile qu’ils sont privés d’ailleurs de doigts et de tout autre appendice propre à leur procurer la sensation du tact.

Dans d’autres espèces de mammifères, dont les doigts peu nombreux sont en outre enveloppés de

QUATORZIÈME LEÇON. — SENS DU TOUCHER

sabots de corne dans toute la partie qui appuie sur les corps, le sens du toucher semble avoir été relégué dans les lèvres, qui sont les parties les plus mobiles. Nous en avons un exemple dans les ruminants et les solipèdes. Nous ne décrirons pas ici les muscles de ces parties : ils trouveront leur place dans la leçon sur la mastication ; mais les lèvres en elles-mêmes ont une organisation toute particulière. Le nerf facial et celui de la cinquième paire s’y subdivisent en une infinité de rameaux. Ils s’anastomosent en formant des plexus nombreux qui donnent à cette partie un sentiment exquis. On sait que c’est elle qui nous procure la plus délicieuse de toutes les sensations du toucher.

Dans beaucoup d’animaux, des glandes nombreuses et serrées forment une couche au-dessous de la peau, qui est mince, tendue et couverte de poils rares, parmi lesquels s’en trouvent quelquesuns de longs, roides, implantés chacun dans une papille mamelonnée et verruqueuse : on leur donne le nom de moustaches.

Ces poils communiquent facilement, à cause de leur roideur, aux nerfs des lèvres les moindres ébranlements qu’ils reçoivent des corps environnants; et, sous ce rapport, ils peuvent, quoique insensibles par eux-mêmes, être rangés parmi les appendices qui servent au toucher.

La lèvre supérieure du rhinocéros se prolonge en un petit appendice, dont cet animal se sert pour palper, empoigner, arracher, etc. : nous n’en connaissons point les muscles.

Les cochons, les taupes, les musaraignes, qui ont un museau mobile, long et pointu, auquel ondonne en particulier le nom de groin , paraissent aussi l’employer au sens du toucher. Souvent il y a dans son épaisseur un petit os particulier , de forme diverse selon les espèces, et maintenu entre les incisifs et les nasaux, auquel on donne le nom d’os du boutoir. Les muscles du groin seront décrits à l’article de l’odorat, afin de réunir là tout ce qui a rapport au nez des animaux.

La trompe de l 'éléphant et celle moins allongée du tapir et de la musaraigne musquée ou desrnan seront aussi décrites dans cette même leçon de l’odorat ; mais puisqu’elles servent à ces animaux comme une véritable main, nous les indiquons ici comme des appendices destinés à l’organe du toucher, [d’autant mieux qu’elles ont à leur extrémité plusieurs rangées de papilles volumineuses qui doivent rendre le tact assez délicat ]

Les crêtes, on parties charnues qui ornent la tête de plusieurs genres d’oiseaux, surtout dans la famille des gallinacés, comme les coqs, les dindons, etc., sont peut-être aussi destinées à la perception du loucher. En effet, ces parties sont dénuées de plumes; elles sont molles et flasques, et les nerfs qu’elles reçoivent, quoiqu’en petit nom-

bre, doivent rapporter à l’animal les impressions des corps extérieurs.

Dans les animaux qui n’ont point do membres à doigts mobiles, destinés à palper les corps, comme les poissons, les appendices sont plus nombreux, plus longs et plus variés. On a donné différents noms à ces prolongements de la peau, qui sont ordinairement de figure conique allongée. On a appelé barbillons ceux qui sont placés aux environs de la bouche ou sur les lèvres ; tentacules , ceux qui sont attachés au-dessus et sur les côtés de la tête. Quant à ceux qui proviennent des parties latérales du corps, on leur a laissé le nom de doigts.

Les barbillons sont ordinairement mollasses; ils reçoivent quelques filets de nerfs qui viennent de la cinquième paire. U n’y en a qu’un seul dans la morue, et d’autres gades ; deux dans les surmulets, etc.; quatre très-courts dans la carpe; quatre dans le barbeau ; six ou huit dans les loches et dans plusieurs silures, où ceux de la mâchoire supérieure sont souvent très-longs. La baudroie, le gadus tau, et d’autres, en ont un grand nombre autour des lèvres.

Les tentacules sont à peu près organisés comme les barbillons. Dans plusieurs espèces du genre baudroie { lophius ), ces appendices sont susceptibles de se mouvoir et de se courber en différents sens à la volonté de l’anitnal ; on prétend même qu’il s’en sert comme d’une amorce pour pêcher les petits poissons. Dans l’espèce appelée histrio, le tentacule antérieur se partage comme un Y, dont les branches se terminent par une masse charnue : les autres sont très-longs et coniques. Plusieurs perce-pierres et scorpènes en ont sur les sourcils.

Les appendices latéraux du corps, que les ichlhyologisles nomment doigts, ont une lige osseuse articulée, et qui est semblable à celle des rayons de la nageoire pectorale, dont ces doigts ne diffèrent que parce qu’ils sont libres et séparés. On en remarque principalement dans les trigles et dans les polynèmes.

Il y a plus de variétés encore pour ces appendices dans les animaux sans vertèbres.

Nous ne parlerons pas ici des bras des céphalopodes, que nous avons déjà décrits à l’article des organes du mouvement.

Nous ne nous arrêterons pas non plus beaucoup aux cornes charnues des gastéropodes. Nous avons décrit celles du limaçon , dans la leçon de l’œil. Celles des autres genres n’en diffèrent guère que parce qu’elles ne peuvent pas se rouler et se dérouler comme un doigt de gant, mais que leurs fibres musculaires peuvent seulement les roidir et les relâcher.

Plusieurs espèces out des appendices semblables tout autour du manteau : telles sont les patelles, les halyotides, etc. Parmi les acéphales, la plupart

ARTICLE SEPTIÈME. — DES PARTIES INSENSIBLES

ont aussi de ces appendices, et même très-nombreux. Dans les espèces où le manteau s’ouvre tout entier, il y a en tout autour, et surtout vers l’anus : telles sont les huîtres, les moules, les anodontes , etc. Dans celles où le manteau ne s’ouvre que par un tube, les appendices sont attachés au pourtour de son orifice : tels sont les venus, les cœurs, etc. Le tube lui-mëme leur fournit un excellent instrument du tact. Les bras charnus et ciliés des lingules et des térébratules ne sont pas moins propres à cet emploi : mais ceux des anatifes doivent être bien inférieurs à cause de leur substance cornée.

On retrouve aussi des barbillons dans plusieurs espèces d’anuclides. Ils paraissent quelquefois formés de différentes articulations, comme les antennes des insectes ; et nous avons vu des nerfs se porter dans ceux de Vaphrodite et des néréides. Il n’y en a pas dans les lombrics et dans les sangsues; mais ces dernières y suppléent par les deux disques qui terminent leurs corps.

Les antennes des insectes paraissent principalement destinées au sens du toucher. Nous avons indiqué les nerfs qui s’y portent. Les entomologistes ont décrit leurs formes, qui sont très-nombreuses; ils en ont même tiré des caractères pour les genres ; il serait donc superflu de s’y arrêter ici.

Quelques larves ont des tentacules rétractiles comme ceux des limaces.

Dans les larves de plusieurs espèces de papillons, comme Je Podaliro, le Machaon, V Apollon, c’est une branche unique qui sort entre l’occiput et le corps, et qui se bifurque à son extrémité comme un Y. Cet appendice parait plutôt un moyen de défense contre la piqûre des ichneumons qu’un organe du toucher : il est enduit d’une liqueur amère et odorante.

Dans le bombyee à queue fourchue ( vinulu ), les appendices rétractiles, comme ceux des limaces, sont situés au-dessus de l’anus à l’extrémité de deux espèces de cornes charnues.

Les bras, les aigrettes, les bouquets de plusieurs xoophyles, les innombrables tentacules des étoiles des oursins , des actinies , les rameaux compliqués des méduses, sont encore d’excellents organes du toucher; mais ils ont été suffisamment décrits par les naturalistes.

ARTICLE VII

oes parties insensibles qui munissent les organes

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