SECTION !<*. ARTICLE SEPTIÈME. — DES CARTILAGES DU NEZ
au septum, longue et étroite; l’autre placée dans l’aile extérieure du nez, courte et presque carrée. Tout le reste de cette aile extérieure n’est qu’un repli de la peau, qui forme d’abord un cul-de-sac, dont la convexité est sensible en dehors et qu’on nomme fausse narine; une fente longue et étroite de la paroi interne conduit dans la narine vraie. Un muscle principal agit sur cette fausse narine pour la dilater : c’est le pyramidal des hippotomistes : il naît de l’os maxillaire près l’origine de l’arcade zygomatique par un tendon étroit. Sa partie charnue se dilate et se perd sur la convexité de la fausse narine et dans l’orbiculairc des lèvres. Un autre muscle, situé au-dessus du premier et venant de l’os maxillaire près de l’échancrure des narines osseuses, pénètre dans le repli situé entre l’os et la fausse narine, et va s’insérer à une production cartilagineuse du cornet inférieur.
Le cartilage semi-lunaire est rapproché du septum, et le naseau dilaté par un muscle commun aux deux narines, et nommé transverse par Bourgclat. Ses fibres sont parallèles à celles de l’orbiculaire des lèvres, et aucune séparation ne les en distingue. Au dessus sont des fibres qui viennent de l’os nasal et s’insèrent sur la convexité supérieure de la fausse narine. Elles forment le muscle court de Bourgelat.
Le muscle maxillaire de ce même auteur vient de tout le devant du chanfrein, se porte obliquement de côté et en bas, et se bifurque; la branche externe passe sur le pyramidal, et va à la commissure des lèvres. L’interne passe sous le pyramidal, et se mêle avec lui pour s’insérer à la convexité externe de la fausse narine ; enfin le releveur de la lèvre supérieure peut être considéré comme un muscle des naseaux sur lesquels il agit puissamment. C’est un muscle long, qui vient de l’os lacrymal, produit un tendon fort qui s’unit à son correspondant sur le bout des os propres du nez, et forme avec lui une aponévrose qui s’insère à la lèvre supérieure.
Les muscles du nez des ruminants sont beaucoup moins compliqués. Leurs cartilages ne consistent qu’en un dédoublement du septum, qui se continue dans l’aile externe du nez par une production pointue et arquée. Les naseaux sont moins écartés et regardent plus en avant que dans le cheval. [Il y a cependant quelques espèces, comme Y'élan parmi les cerfs, et le saïga et le gnou parmi les antilopes, qui ont un muffle cartilagineux trèsproéminent. ]
Il y a deux muscles de chaque côté, qui viennent de la partie inférieure de l’os maxillaire au-
(i) La description qui se trouvait dans la là” leçon de la ire édition était, extraite des mémoires de l’Académie; mais M. Cuvier ayaut eu, dans l’intervalle qui s’écoula entre la publication des t. Il et V, l’occasion de
dessus des molaires antérieures. Le supérieur se divise en deux tendons , dont l’un va au bord supérieur et l’antre à l’angle postérieur de la narine; l’inférieur, en trois autres portions qui vont tontes à sou bord inférieur : il y a aussi un abaisseur; il est placé en avant.
Nous terminerons celle description des cartilages du nez et de leurs muscles, dans les mammifères, par celle de la trompe de l’éléphant (I).
On sait que le milieu de la trompe est percé de deux longs canaux qtd sont les prolongations des narines; ils ne sont séparés l’un de l’autre que par une substance graisseuse d’environ un centimètre d’épaisseur. Us vont parallèlement à l’axe de la trompe, depuis le bout de cet organe jusque vis-àvis de la partie moyenne de l’os intermaxillaire, c’esl-à dire de celui dans lequel les défenses sont implantées. Dans toute celle longueur ces canaux sont plus voisins de la partie antérieure de la trompe que de la postérieure, et ils conservent à peu près partout le même diamètre; mais arrivés à l’endroit que je viens de dire, ils se recourbent subitement pour se rapprocher de la surface antérieure de cet os intermaxillaire et décrire une courbe demi-circulaire dont la convexité est dirigée en avant. Ils sont si étroits dans cet endroit, que, à moins d'une action musculaire de la part de l'animal pour les dilater, les liqueurs qu’il aspire ne montent point au delà ; il n’y a point d’autres valvules que ce rétrécissement même, et les cartilages du nez, auxquels Perrault a attribué la fonction d’arrêter l’ascension des liqueurs, n’y contribuent point du tout. Au-dessus de celte courbure, le canal de chaque narine se dilate pour se rétrécir une seconde fois; cette dilatation a lieu au devant de la partie supérieure de l’os intermaxillaire, et le rétrécissement à l’endroit où le canal se courbe en arrière pour déboucher vers la narine osseuse. Celte seconde courbure est protégée en avant par le cartilage du nez, qui a la forme d’un bouclier ovale, très-convexe dans le mâle que nous avons disséqué, mais beaucoup plus plat dans la femelle; différence qui était très-sensible à l’extérieur, et qui faisait distinguer nos deux éléphants au premier coup d’œil, mais qui, ne tenant qu’à ce cartilage, ne subsiste plus dans le squelette.
D’ailleurs il s’eu faut bien que cette différence extérieure caractérise toujours le sexe des éléphants. Le mâle des Indes à longues dents que l’on a eu ensuite au Muséum, et que nous avons aussi disséqué, n’a point cette saillie de la base de la trompe. La membrane qui revêt tout l’intérieur de ces canaux est assez sèche, légèrement
disséquer deux éléphants, il publia dans les additions du 5r volume une description de la trompe de l’éléphant plus complète et plus exacte, d’après ses propres observations : c’est celle que l’on trouve ici.
QUINZIÈME LEÇON. - ORGANE DE L’ODORAT
mais régulièrement sillonnée de rides fines et serrées, formant des losanges ; sa couleur est d’un jaune verdâtre : on y remarque quelques rameaux veineux peu serrés, et, en général, sa texture ressemble si peu à celle de la membrane pituitaire, que nous ne croyons pas du tout qu’elle soit, comme quelques auteurs l’ont prétendu, une prolongation du siège de l’odorat. L’usage que l’animal fait de ce même canal pour pomper sa boisson ne nous paraît pas avoir permis à cette membrane interne d’avoir le tissu délicat nécessaire à l’exercice de ce sens, parce qu’alors elle aurait été affectée douloureusement par les liquides, comme l’est notre membrane pituitaire, lorsque notre boisson entre dans le nez. C’est une raison semblable qui fait que le sens de l’odorat n’existe point du tout dans les narines de la plupart des cétacés, parce qu’elles servent de passage continuel à l’eau de la mer, que ces animaux font jaillir en jet d’eau. L’odorat est doue, selou nous, restreint, dans l’éléphant, à la partie des narines renfermée dans les os de la tête.
Les muscles de la trompe n’ont d’autre destination que de faire prendre au double canal que nous venons de décrire toutes les inflexions que l’animal juge à propos de lui donner. Quoique ces muscles soient extraordinairement nombreux, ils peuvent cependant être réduits à deux ordres principaux, savoir, ceux qui forment le corps ou la partie intérieure de l’organe, et ceux qui l’enveloppent. Ces derniers sont tous plus ou moins lougituîlinaux, c’est à-dire qu’ils partent du pourtour de la base, et se prolongent plus ou moins directement jusque vers la pointe; les autres sont tous transversaux, et coupent l’axe dans diverses directions.
Les muscles longitudinaux doivent se diviser en antérieurs, en postérieurs et en latéraux. Les premiers ont leur attache fixe à la face antérieure de l’os frontal, au-dessus des cartilages et des os propres du nez, par une grande ligne demi-circulaire qui descend de chaque côté jusqu’au-devaut des orbites; ils forment une multitude innombrable de faisceaux qui descendent tous parallèlement les uns aux autres, et qui se rétrécissent alternativement par des intersections tendineuses, distantes de quelques centimètres seulement. Les seconds naissent de la face postérieure et du bord inférieur des os inlermaxillaires; ils forment deux couches divisées l’une et l'autre en une multitude de petits faisceaux dont la direction est oblique ; la couche externe dirige ces faisceaux du haut en bas, et du dedans en dehors ; la couche interne les dirige en sens contraire, c’est-à-dire du dehors eu dedans, et les faisceaux des deux côtés forment, par leur rencontre, une ligue moyenne qui règne tout le long du milieu du dessous de la trompe. Les muscles latéraux, enfin, forment deux paires , dont l’une
est, en quelque sorte, une continuation de l’orbiculairo des lèvres, oU, si l’on veut, c’est l’analogue du muscle nasal de la lèvre supérieure ; elle vient de la commissure des lèvres, et descend entre les muscles antérieurs et les postérieurs jusque vers le milieu de la trompe : elle se divise eu beaucoup de languettes qui s’insèrent obliquement entre les faisceaux latéraux des muscles inférieurs. Le deuxième muscle latéral est l’analogue du releveur de la lèvre supérieure; il a sou attache au bord antérieur de l’orbite, et vu, en s’élargissant, s’épanouir sur la racine du précédent.
Blair a considéré le muscle zygomatique comme une continuation du premier de ces muscles latéraux; et parce que le sterno-inastoïdien s'attache aussi à l’areade zygomatique, faute d’apophyse mastoïde, il a pensé que ces trois muscles n’en faisaient qu’un seul et a prétendu, en conséquence, que les muscles abaissetirs de la trompe venaient du sternum. Le même auteur fait venir les releveurs de l’occiput par dessus le sommet du crâne, erreur plus difficile à expliquer que la première, mais non moins réelle, ainsi que l’a très-bien observé Camper.
Nous n’avons pas besoin d’expliquer longuement l’efFet de ces différents muscles longitudinaux : il est clair qu’en agissant tous ensemble, ils doivent raccourcir la totalité de la trompe, et que, lorsque ceux d’un côté seulement agissent, ils doivent la fléchir de ce côté-là; mais on voit encore que leur division et les intersections tendineuses des antérieurs doivent servir à raccourcir ou à fléchir, au gré de l’animal, certaines portions de la trompe seulement, tandis que les autres resteront allongées, ou bien se fléchiront même en sens contraire. Par conséquent il n’est aucune sorte de courbure que l’animal ne puisse donner à sa trompe par leur moyen.
Perrault a supposé que les muscles intérieurs ou transversaux de la trompe sont tous dirigés , comme des rayons, du pourtour des deux canaux perpendiculairement à l’enveloppe extérieure. Celte assertion n’est pas entièrement exacte ; un coup d'œil sur une coupe transversale de la trompe montre qu’ils ont plusieurs autres directions; ceux de la partie antérieure vont, à peu près comme des rayons, du centre à la circonférence ; dans la région de l’axe, derrière les deux canaux, il y en a qui se portent directement de droite à gauche ; ceux-ci sont entourés par d’autres qui vont plus ou moins obliquement à la circonférence. On voit facilement que les premiers et les derniers tendent bien à diminuer le diamètre de l’enveloppe extérieure, sans diminuer pour cela le diamètre des Canaux, ainsi que Perrault l’a très-bien observé; mais on voit aussi que ceux qui occupent la région de l’axe doivent, lorsqu’ils se contractent, rétrécir à la fois et les canaux et l’enveloppe extérieure :
SECTION Ire. — ARTICLE SEPTIÈME. — DES CARTILAGES Dü NEZ.
ce sont ceux que Perrault ne paraît pas avoir connus, Stukeley n’en parle poinlnon plus, qnoiquesa figure les exprime assez bien. Au reste leur action ne peut jamais aller jusqu’à fermer les narines.
Tous ces petits muscles qui forment le corps de la trompe sont bien distincts les uns des autres, et se terminent tous par des tendons grêles, dont les uns traversent les couches des muscles longitudinaux, pour gagner l’enveloppe extérieure, et dont les autres vont s’implanter à la membrane des canaux. Tous ces petits muscles sont comme plongés dans un tissu cellulaire, uniformément rempli d’une graisse blanche et homogène. On conçoit aisément qu’ils sont les antagonistes des muscles longitudinaux, et qu’en rétrécissant la trompe, ils la forcent de s’allonger en tout ou en partie ; car leurs séparations permettent à l’animal de ne les faire agir qu’aux endroits et dans les limites qu’il veut. 11 n’est pas difficile de compter le nombre des petits muscles qu’offre une coupe transversale de la trompe j et comme ils n’ont pas une ligne d’épaisseur, il est aisé de calculer combien il y en a dans la totalité de cet organe. Si l’on veut ensuite considérer les différents faisceaux des muscles longitudinaux comme autant de muscles particuliers, car ils peuvent en effet aussi agir séparément, on ne trouvera pas que le nombre total des muscles dont une trompe se compose soit bien au-dessous de 50 à 40,000 ; et Ton sera moins étonné de la variété admirable des mouvements et de la force prodigieuse de ce bel organe.
Tous ces muscles sont animés par une énorme branche du nerf sous-orbitaire, qui pénètre de chaque côté entre le muscle latéral et l’inférieur, et qui se ramifie dans toute la trompe.
[ Une coupe horizontale de la trompe d’un éléphant d’Asie femelle, faite à 22 centimètres de distance des alvéoles, présentait une figure ovale dont le diamètre transverse avait 235 millimètres, et le diamètre antéro-postérieur 225 ; l’épaisseur de la couche du muscle antérieur ou élévateur était de 37 millimètres ; celle des muscles postérieurs ou abaisseurs, de 32 millimètres. Le plus grand diamètre des canaux avait 44 millimètres, le plus petit 40, et ils étaient éloignés l’un de l’autre de 15 millimètres.]
La trompe du tapir, que nous avons disséquée nous-même aussi sur un fœtus, ^ressemble, à quelques égards, à celle de l’éléphant, quoique beaucoup plus courte ; elle est composée de même de deux tuyaux membraneux, garnis de beaucoup de lacunes muqueuses, et renfermés dans une masse charnue que la peau enveloppe. Les fibres longitudinales ne sont divisées qu’eu deux faisceaux qui viennent de dessous l’œil ; les fibres transverses vont, comme dans l’éléphant, de la membrane des tuyaux à celle qui est sous la peau ; mais le tapir a de plus un muscle tout semblable au releveur de
la lèvre supérieure du cheval, venant de même des environs de l’œil, et se réunissant en un tendon commun avec son congénère au-dessus des naseaux. L’occipito-frontal donne aussi un tendon qui s’insère à la base de la trompe et la relève.