I. Muscles propres de l’épine
A. Dans l’homme.
L’épine de l’homme, dans sa portion lombaire et dorsale, n’a, comme nous l’avons dit, qu’un mouvement obscur de chaque vertèbre en tous sens sur sa voisine, duquel il résulte cependant, au total, des inflexions assez considérables. La portion cervicale est un peu plus mobile. En général, la colonne vertébrale peut aussi se tordre jusqu’à un certain point sur elle-même.
Ses muscles sont nombreux et compliqués. Pour mettre plus de clarté dans leur description, nous croyons devoir parler d’abord des plus profonds. En arrière, il y a :
1° Les inter-épineux : ils sont disposes en deux rangées entre les apophyses épineuses de toutes les vertèbres : lorsqu’ils existent tous, il y eu a vingt-trois de chaque côté; mais ils manquent souvent dans le dos, et quelquefois dans les lombes ; ils peuvent courber l’épine en arrière.
2° Les inter-transversaires, qui ont à peu près la même forme que les précédents : ils sont placés entre une apophyse transverse et celle qui la suit. Dans le cou, ils sont sur une double rangée antérieure et postérieure. Dans le dos, ils sont simples et plus faibles et manquent quelquefois, surtout vers le haut. Dans les lombes ils ont plus de force. Lorsque ceux d’un côté agissent séparément, ils courbent l’épine de ce côté là ; lorsqu’ils agissent ensemble, ils la maintiennent dans l’état de rectitude.
ê° Les épineux transversaires , qui s’étendent obliquement des apophyses transverses inférieures cldcs tubercules du sacrum aux apophyses épineuses supérieures, et forment une masse serrée qui garnit toute l’épine, et remplit le creux qui est entre les apophyses transverses et les épineuses: on eu appelle l’ensemble, le grand muscle épineux transversaire ( multifidus spignœ).
4° Le demi-épineux du cou, qui s’attache aux apophyses transverses des vertèbres dorsales,
depuis la première jusqu’à la sixième et au-delà, de manière à ce que les languettes supérieures recouvrent les inférieures : il s’insère supérieurement aux apophyses épineuses des vertèbres du cou de la deuxième à la cinquième, par des languettes tendineuses distinctes.
5° Le demi-épineux du dos, qui n’est guère que la continuation du précédent, s'attache d’une part aux apophyses transverses du dos, depuis la septième jusqu’à la dixième, et de l’autre il s’insère aux apophyses épineuses îles dernières vertèbres du cou et des cinq premières du dos. Ces demiépineux recouvrent les épineux transversaires et ont à peu près le même emploi.
Sur eux et dans toute la longueur dr l’épine, s’étendent trois muscles qui se confondent dans le bas et y sont recouverts de la même aponévrose tendineuse, et après avoir pris naissance inférieurement par des languettes adhérentes aux vertèbres, sc distribuent, en montant, par d’autres languettes et même par des languettes doubles, aux vertèbres ou aux côtes.
ün les nomme séparément : le plus interne, épineux du dos; l’intermédiaire, long dorsal, et sa partie cervicale grand transversaire ; enfin le plus externe, sacro -lombaire , et sa partie cervicale, cervical descendant ou transversaire grêle : mais l’ensemble pourrait en être appelé d’un nom commun, le sacro-s pinte n.
Lorsqu’on a disséqué les muscles dans toutes leurs languettes etqu’on les écarte vers ledehors, leurs languettes d’origine ont l’air de monter obliquement en dehors, et leurs languettes d’insertion de monter obliquement eu dedans ; en sorte que d.-us les masses intermédiaire et externe, elles se croisent continuellement; mais dans leur position naturelle, clics suivent à peu près la même direction.
L 'épineux du dos nait en partie par des languettes tendineuses attachées aux apophyses épineuses des deux vertèbres supérieures des lombes et aux trois dernières du dos, niais aussi en grande partie sur la portion du tendon commun qui appartient au long dorsal, en sorte qu’on pourrait l’appeler aussi tendino-cpmeux . Il recouvre la partie inférieure du demi-épineux du dos et s’insère aux apophyses épineuses des autres vertèbres du dos, depuis la huitième jusqu’à la deuxième.
Le long dorsal est la bande située en dehors du précédent; il prend naissance avec la masse commune; la portion tendineuse qui lui appartient dans cette masse, s’attache aux apophyses épineuses du sacrum et d’une partie plus ou moins considérable de celles des lombes, quelquefois de toutes, suivant le partage qu’il enl'ait avec l’épineux; il monte ensuite jusqu’à l’apophyse transverse do la septième vertèbre du cou, en donnant une ran-
ARTICLE QUATRIÈME. — MUSCLES QUI MEUVENT LE TRONC , ETC
gée interne de languettes à toutes les apophyses transverses du dos, et une rangée externe aux huit dernières côtes.
he transversaire du cou ou grand transversaire est comme une portion supérieure et intérieure du long dorsal, un peu plus distinct eque le reste de sa masse. On ne fait commencer communément ses languettes d’origine qu’à la sixième vertèbre du dos; mais il y en a au-dessous, et souvent elles commencent où finissent celles du long dorsal. Souvent aussi des faisceaux de fibres vont de l’un à l’autre muscle : la plus élevée est d’ordinaire à la première vertèbre du dos, mais je lui en ai vu plus haut. Ses languettes d'inserlion vont aux apophyses transverses des vertèbres du cou depuis la sixième jusqu’à la deuxième; le grand et le peut complexes s’intercalent entre ces deux muscles et le de mi- épineux.
Le sacro-lombaire, placé en dehors des précédents, se confond inférieurement avec eux et dans la masse commune; toutefois les fibres qui lui sont propres tiennent surtout aux parties latérales du sacrum ou à la partie supérieure et interne de l’os des îles. Il commence à sc distinguer un peu au-dessous de la dernière côte; il monte parallèlement au long dorsal et s’insère par autant de languettes tendineuses à l’angle de toutes les côtes et à l’apophyse transverse de la dernière cervicale.
Enfin, le cervical descendant au transversaire grêle qui est situé entre le long dorsal et le sacrolombaire, esl par rapport à celui-ci, ce que le grand transversaire est par rapport au premier; ses langueLtes d'origine naissent des angles de toutes les côtes eu dedans de celles d’insertion du sacro-lombaire, et en dehors de celles du long dorsal. Il monte entre deux et donne des languettes d’insertion aux apophyses transverses des
quaire vertèbres cervicales qui suivent la troisième.
On conçoit que tous ces muscles, agissant ensemble, doivent redresser l’épine, que ceux d’un côté peuvent la courber dans leur sens, que les anguettes qui s’insèrent peuvent avoir sur elles Une act,on particulière, enfin que l’espèce de séparation du grand transversaire et du transversaire grêle a pour résultat de rendre le redressement du cou, et même sa flexion en arrière, plus indépendante des mouvements de l’épine.
Nous verrons Lout-à-l’heure que les grands muscles qui vont de l’épine à la tète, le pelit et le grand complcxus et le digastrique, qui fait partie e ce dernier, formés d’après le même plan, sont à peu près au grand transversaire, ce que celui-ci est au long dorsal. Quant aux petits muscles de la etc’ c'cist avec les petits muscles profonds del’é- 1 1L qu ils ont quelque analogie. Quoique le splé- UtUS Suit ess entiellemcnt un muscle de la tête, il
agit aussi sur le cou pour le relever ou pour le tourner, puisqu’il insère une languette à l’apophyse transverse de la première vertèbre cervicale et de plusieurs <lans divers mammifères; c’est pourquoi nous le rappelons ici.
Il n y a qu un seul des muscles situés au-devant de l’épine qui agisse exclusivement sur les vertèbres : e’est le long antérieur du cou ( prédorso-atloï dieu), attaché au devant des trois premières vertèbres du dos, et qui, après avoir reçu ou donné des languettes à plusieurs des cervicales, s’insère au tubercule antérieur de l’atlas; il fléchit le cou en avant; mais on peut parler ici du carré des lombes, situé de chaque côté de l’épine, entre le bassin et la dernière côte, et en avant de la portion correspondante des autres muscles; il naît du milieu du bord supérieur et interne de l’os des iles et du ligament qui le joint à la dernière vertèbre lombaire, donne des languettes aux apophyses transverses des quatre dernières de ces vertèbres, et sc termine à la dernière côte, qu’il abaisse un peu, en même temps qu’il fléchit la partie inférieure de l’épine de son côté s’il agit seul, ou en avant quand il agit avec sou semblable.
Nous pouvons encore mentionner ici les psoas, dont nous reparlerons aux muscles du fémur : comme ils vont des vertèbres à la cuisse, quand la cuisse est ferme, ils peuvent fléchir cette partie inférieure de l’épine en avant.
La région de l’épine qui est au-delà du sacrum, et qu. prend tant d’extension dans les animaux, est presque réduite à rien dans l’homme; cependant elle y jouit d’un petit mouvement en arrière et en devant, opéré par deux paires de muscles qu’on nomme : -
Vischio-coccygien ( ischio-caudien ); il s’attache sur 1 épine de l’ischion et s’insère aux parties latérales des os du coccyx. Lorsque ces deux muscles agissent ensemble, ils portent un peu ces os en arrière.
Le sacro-coccygien ( sacro-caudien ) ; il vient de la face interne de l’os sacrum et s’insère à la face interne des os du coccyx, qu’il relève en avant par sa contraction.
B. Dans les mammifères . •
Les os du tronc et particulièrement les os de l’épine des mammifères, ressemblant beaucoup à ceux de 1 homme, il était naturel que la ressemblance s étendit aux muscles de ces parties; en effet, ils s’y trouvent à peu près les mêmes pour toute la partie antérieure au sacrum; les principales différences, outre le nombre de languettes de chacun, déterminé par celui des Vcrlèbres
tiennent à la force qu’exigeaient la longueur du cou et le poids de la tète, et à l’épaisseur que permet-
taient les hautes apophyses des vertèbres du dos; mais la portion de l’épine qui s’étend en arrière du sacrum, c’est-à-dire la queue, était presque une création nouvelle en comparaison du coccyx de l’homme, et elle exigeait des muscles propres, qui aussi lui ont été donnés nombreux et compliqués.
Nous parlerons d’abord des muscles que les mammifères ont en commun avec nous.
Il n’y a point de différence importante dans les singes, car je ne compte pas ce qui tient aux proportions des parties, comme la longueur du carré des lombes. L’épineux y prend plus sensiblement naissance sur l’aponévrose du long dorsal; le grand transversaire s’y unit aussi plus intimement avec ce dernier muscle, mais je n’y vois pas de transversaire grêle; les languettes montantes du sacro-lombaire vont seulement quelquefois aux dernières vertèbres cervicales : il faut excepter toutefois l’orang-outang et le coaïta, qui ont l’un et l’autre avec l’homme d’autres analogies musculaires remarquables.
Le hérisson a un transversaire grêle, mais son sacro-lombaire est extrêmement petit; il ne commence en arrière qu’à la neuvième côte. Je n’ai trouvé ce transversaire grêle dans aucun autre animal, même dans ceux où le sacro-lombaire s’arrête à la première côte ou à la dernière vertèbre cervicale; ce qui a lieu dans les fourmiliers, les tatous, l’éléphant, le pécari, le babiroussa, le cheval. Dans le cochon et le lapin, comme dans beaucoup d’onguiculés, il s’étend aux deux dernières vertèbres cervicales, dans les .ruminants à la dernière seulement.
[Dans tous les autres mammifères, les tendons de l’cpineux prennent naissance à l’extrémité des apophyses épineuses, tandis que les fibres musculaires naissent sur l’aponévrose du long dorsal, et ses languettes d’insertion vont se fixer dans la plus grande partie de la largeur des apophyses épineuses des dernières cervicales. Le long dorsal se confond souvent avec le transversaire, alors il parait s’étendre jusqu’à la troisième et quatrième vertèbre du cou; quelquefois aussi il s’étend réellement jusque-là, et cache entièrement le transversaire. ]
Les mouvements de la queue, dans les mammifères, sont beaucoup plus sensibles que dans l’homme. Gœlhe n’y voit qu’une indication de l’infinité des existences organiques *; pour moi, qui ne me paie pas de phrases métaphysiques, c’est un membre de plus que la nature leur a accordé et qu’elle a accommodé d’une manière merveilleuse aux besoins propres à chaque espèce; car quelques-uns s’en servent pour se suspendre et s’accrocher aux arbres; le plus grand nombre
ET DES MUSCLES DU TRONC
l’emploient comme un fouet pour chasser les insectes parasites ; d’autres, comme les cétacés, la meuvent pour diriger leur corps en nageant. Les castors l’emploient comme une truelle pour construire leurs habitations, etc., etc. On conçoit qu’il a fallu un plus grand nombre de muscles que ceux de l’homme pour opérer ces mouvements divers, et ils existent en effet avec un développement et une complication dignes d’être étudiés et admirés.
La queue des mammifères est susceptible de trois sortes de mouvements : l’un par lequel elle se redresse ou s’élève, un autre par lequel elle se fléchit ou s’abaisse, et un troisième par lequel elle sc porte sur les côtés.
Ces mouvements, par leur combinaison, en produisent encore de secondaires : elle peut se tordre sur son axe, se rouler en spirale dans le même plan, ou en tire-bourre, comme les animaux à queue préhensile.
Trois classes de muscles opèrent ces mouvernents : infiniment plus développés que ceux de l’homme, comme nous allons le voir, ils sont formés sur le même principe que les longs muscles de l’autre partie de l’épine, c’est-à-dire qu’ils ont des languettes d’origine et des languettes d’insertion, mais dirigées en sens contraire, et leurs languettes d’insertion sont tendineuses sur une bien plus grande longueur et serrées coutre les vertèbres par des gaines; le tout afin de ne point trop grossir la queue.
a. Ceux qui relèvent ou redressent la queue : ils sont toujours situés à la face supérieure ou spinale.
I» Le sacro-coccygien supérieur (lombo-sus-catidieu). Il commence sur la base des apophyses articulaires des dernières vertèbres des lombes, et quelquefois des dernières dorsales, sur celles du sacrum et des vertèbres caudales qui ont de ces apophyses, par des languettes charnues qui diminuent insensiblement de largeur. La masse commune doiiue des tendons grêles opposés aux digitations charnues. Le premier de ces tendons est le plus court. Il se porte du côté interne, et s’insère à la base de la première des vertèbres caudales, qui n’ont point d’apophyses articulaires. Le second tendon se porte à la suivante, et ainsi de suite. Le nombre des tendons est déterminé par celui des vertèbres; ils sont reçus chacun dans une gouttière ligamenteuse qui leur sert de gaine. Toutes ces gaines sont réunies par un tissu ligamenteux qui les enveloppe comme dans une espèce d’élui*
Lorsque les deux muscles agissent ensemble, ils doivent relever la queue ou la courber en des-
Morphologie, i , 2e cahier, p. 55,
sus.
ARTICLE QUATRIÈME. — MUSCLES QUI MEUVENT LE TRONC , ETC
2° Les inter-épineux supérieurs (l’épineux oblic[ue ou lombo-sacro-coccygien de Vicq d’Azyr). Ces m«scles sont la continuation des muscles in-
ter-épineux de l’épine; mais comme les apophyses épineuses de la queue sont courtes et souvent remplacées par deux tubercules qui répondent aux apophyses obliques, ils sont eux-mêmes disposés obliquement et sont plus écartés en arrière qu’en
avant.
Les muscles qui abaissent ou plient la queue en dessous.
Ceux-ci prennent tous naissance dans l’intérieur du bassin et se prolongent plus ou moins sous la lace inférieure de la queue. Ils forment quatre
paires ou quatre séries.
I- tho-sous-caudicn ou iléo-coccygien de Vicqd Azyr. 11 vient de la partie interne ou pelvienne de 1 os des îles, forme line portion charnue, alonf;ée dans l’intérieur du bassin et se termine à l’un des os en forme de V placé au-dessous de la queue quelquefois, comme dans le raton, entre le cinquième et le sixième os, quelquefois entre le septième et le huitième, comme dans le sarigue. Ce muscle doit abaisser la queue et l’appliquer fortement contre l’anus.
2° Le sacro-sous- ca uclieu ou sacro-coccygien inférieur de Vicq-d’Azyr. Ce muscle est l’antagoniste du lombo-sus-caudien; il lui ressemble absolument par sa structure. 11 vient de ta face inférieure du sacrum et des apophyses transverses des vertèbres caudales qui en sont pourvues, par une portion charnue qui diminue insensiblement de grosseur et forme aulant de tendons qu’il y a de*vcrtèbres caudales sans apophyses transverses. Ces tendons sont reçus dans des gaines semblables à celles du lombo-sus-caudien, et s’insèrent à la base de chacune des vertèbres en dessous, à commencer ordinairement par la septième.
o» Les sous-caucliens ou inter-épineux inférieurs (inter-coccygiens de Vicq-d’Azyr) sont situés sous a 'gne moyenne inférieure de la queue. Us commencent sous l’union de la première avec la seconde verlèbre caudale, et forment une portion clongée qui s’insère d’abord à l’os en forme de V, Ç es qualrième, cinquième cl sixième vertèbres;
1 s reçoivent en même lemps de petites portions charnues qui vont toujours en diminuant de grosseui , et. qui se portent de plus en plus loin en s’inscrant inférieurement à la base de chaque os de la queue.
4’ Le pubo-sous-caudien ou pubo-coccygien de *cq-çl Azyr. Il est mince, s’attache à tout le cclroit supérieur du bassin, comme une toile ' ' n ue qui se termine eu pointe et va s’insérer ^ üjSOUS de la queue sur les apophyses ou tu- UCU os de la base des quatrième et cinquième
vertèbres; il produit le même effet que l’iléosous-caudien. Ce muscle n’existe pas dans le raton, maisil est très distinct dans le chien et le sarigue.
c. Les muscles qui portent la queue sur les côtés.
II n’y en a que deux, qui sont :
1° Uischio-caudien ( ischio-coccygien externe de Vicq-d’Azyr). 11 s’attache à la face postérieure ou interne de l’ischion, au-dessous et derrière la cavité colyloïde, et il se porte eu arrière sur les apophyses transverses des vertèbres de la queue.
Dans le chien il n’a qu’une languette charnue qui s’insère à la quatrième vertèbre.
Dans le raton, qui n’a pas de pubo-sous-caudien, il s’insère par aulant de digitations charnues aux sept vertèbres caudales qui suivent la troisième.
Dans le sarigue, il se termine aux quatre premières vertèbres de la queue.
2° Les inter- transversaires ( l'inter - transversal de Vicq-d’Azyr). Ces muscles sont étendus en une seule bandelette musculaire et aponévrotique, entre toutes lesapnphyses transverses. Leurs tendons sont plus dislincls à la face supérieure de la queue.
En résultat, il y a donc huit paires ou huit séries de muscles à la queue, deux supérieures, deux latérales, quatre inférieures.
Pour voir ces muscles dans leur parfait développement, il faut les suivre dans les animaux à queue longue et forte, les sapajous, les sarigues, le lion, mais surtout dans le kanguroo et le castor.
Dans ces deux derniers genres, dont l’un emploie sa queue à se soutenir, et l’autre à la nalalion, et peut-être, comme quelques-uns disent, à la construction de sa demeure, les lombo-coccygiens, les iléo-coccygicns, lus sacro-coccygiens, reçoivent de nouvelles languettes charnues d’une grande partie des vertèbres, sur ou sous lesquelles ils passent, en même lemps qu’ils leur en donnent de tendineuses, répétant ainsi en sens inverse ce qui s’observe dans le sacro- lombaire et le long dorsal. Les inter-épineux supérieurs ne se bornent pas tous à aller de vertèbre en vertèbre; ceux de la base de la queue reçoivent des portions charnues des lombes et donnent des languettes à plusieurs des premières vertèbres caudales.
Rien n’est plus curieux que cette infinie complication de cordes tendineuses, collées surplusieurs rangs tout autour de ce chapelet de vertèbres qui forment la queue, et disposées de manière que chaque vertèbre peut être mue dans tous les sens et que la queue peut prendre ainsi toutes les inflexions imaginables. Lorsqu’on les a disséquées et écartées régulièrement, elles présentent à l’œil un lacis tout-à-fait digne d’admiration.
TROISIÈME LEÇON. — DES OS ET DES MUSCLES DU TRONC
Dans les cétacés, où la queue est, comme clans les poissons, l’instrument principal du mouvement progressif, ses muscles ont atteint un volume et un développement infiniment supérieur à celui d’aucun quadrupède; mais comme il n’y a point de bassin, ilsse confondent avec ceux du dos et ne forment avec eux qu’une série.
Le long dorsal étend ses tendons d’origine, adhérents aux apophyses épineuses, jusqu’au bout de la queue, et en avant il sc porte jusqu’au crâne. Le sacro-lombaire vient aussi des apophyses transversesde la cjucue et va de mêmejusqu’au crâne. Ces deux muscles s’y insèrent derrière l’insertion du dcltoïdo et du stcrno-masloïdien ; la portion caudale du sacro-lombaire a son antagoniste en dessous des apophyses transverses des vertèbres. 11 y a de plus en dessus un Iombo-suscaudien, qui naît sous le long dorsal, au-dessus des cinq ou six vertèbres dorsales, sc confond même avec lui en avant, et demeure charnu presque jusqu’au bout de la queue, à laquelle il donne des languettes tendineuses qui s’unissent à celles d’origine du long dorsal.
Il y a en dessous un lombo- sous-caudien rjui naît de la poitrine, est d’une épaisseur énorme, demeure charnu jusqu'au tiers postérieur de la queue, et détache deux ordres de cordes tendineuses, les unes dirigées vers le côté et s’insérant sous les apophyses transverses, les autxcs vers le dedans et s’insérant aux os en V ou apophyses épineuses inférieures.
L’os qui lient lieu de bassin donne encore un muscle assez fort, qui s'insère aux os en V de la moitié inférieure de la queue, marchant entre les deux sous-caudiens. Enfin, deux muscles de l’abdomen, le grand droit et l'oblique ascendant, s'attachent en arrière aux côtés de la base de la queue, et peuvent concourir à son mouvement.
Cet ensemble de muscles est ce qui forme cette énorme masse charnue et tendineuse de la queue des cétacés; mais quelque épaisse, quelque forte qu’elle soit, on voit que sa distribution, sa division en lanières, est conçue d’après le même plan que dans les quadrupèdes : la continuité des muscles du dos avec ceux de la queue, y fait mieux sentir la disposition inverse des uns et des autres.
Dans les quadrupèdes, ce sont deux puissances partant d’un point fixe et commun, la région du sacrum et des lombes, et se dirigeant dans deux sens différents. Dans les cétacés où il n’y a point de sacrum, les muscles antérieurs donnent appui aux postérieurs, et réciproquement.