ARTICLE DEUXIÈME. — STRUCTURE DES ORGANES
d’espèces, mâchés et imbibes de liqueurs dissolvantes. De là, ils traversent le canal alimentaire, qui est plus ou moins long, plus ou moins contourné et dilaté, dont les .parois sont composées de plusieurs tuniques continues et analogues à celles qui forment la peau extérieure du corps. Les membranes internes continues à la peau qui tapissent non-seulement l’intestin, mais le poumon, la vessie, lamatrice, etc., portent le nom de muqueuses.
Ces parois agissent d’une manière mécanique sur les substances qu’elles contiennent, par les contractions légères des fibres qui les revêtent, et d’une manière chimique, par les liqueurs qui s’y versent; mais on ne peut douter qu’elles n’aient en outre une action physiologique due à des causes plus cachées.
La première dilatation du canal alimentaire se nomme Vcslomac. 11 est quelquefois multiple, et ses parois produisent un suc qui réduit les aliments en une bouillie homogène pendant le séjour qu’ils y font. Le reste du canal porte plus particulièrement le nom de boyaux ou d 'intestins. Indépendamment des humeurs que leurs parois produisent, il y en a qui sont séparées de la masse du sang, par des organes sécrétoires et qui pénètrent dans l’intestin par des conduits particuliers. Les plus remarquables de ces organes sont le foie et le pancréas. Le premier surtout qui produit la bile, est toujours d’un volume considérable; et indépendamment de l'effet de sa liqueur sur les intestins, il en a un autre très marqué sur le sang lui-même, qu’il débarrasse par là de plusieurs principes.
Le canal intestinal flotte généralement dans une cavité close, et le péritoine ou la membrane dite séreuse, qui tapisse cette cavité, l’embrasse le plus souvent dans un de ses replis, le mésentère. Les cavités qui renferment le cœur ou le poumon sont tapissées de même par une membrane séreuse dont le repli embrasse ces organes (le péricarde et la plèvre). On a cru trop généralement que ces membranes formaient toujours des doubles sacs sans communication avec l’extérieur. Biehat, qui avait établi cette règle, cite lui-même l’exception des trompes de Fallope. Il y en a bien de plus apparentes dans divers poissons, où non-seulement le péritoine, mais le péricarde communiquent avec le dehors.
Dans les animaux inférieurs, l’appareil intestinal est souvent beaucoup plus simple, et se réduit à un sac sans issue où l’entrée des aliments et la sortie des excréments se font par la même ouverture.
C’est dans les intestins que la digestion s’achève, cl que les aliments sont transformés de manière à pouvoir fournir les éléments nécessaires à l’accroissement ou au renouvellement du corps :
l’absorption, où en quelque sorte le choix de ces éléments, est faite, soit par les pores mêmes de ce canal dans les animaux qui n’ont pas de circulation, et dans ceux qui en ont une par des vaisseaux très déliés garnis de valvules qui les portent dans le système général des vaisseaux nourriciers. Ce sont les vaisseaux lymphatiques , qui, très distincts des veines sanguines dans les animaux voisins de l’homme, s’en rapprochent par degrés dans les animaux inférieurs, et ne peuvent plus en être distingués dans ceux dont le sang est blanc.
Les vaisseaux lymphatiques et les veines sanguines ont des parois minces, sans fibres apparentes, et sont souvent garnis à l’intérieur de valvules toutes dirigées dans le sens que doit suivre le fluide qu’ils charrient, c’est-à-dire du côté du cœur. Les artères au contraire sont le plus souvent robustes et munies de fibres annulaires, mais n’ont point de valvules; l’impulsion violente du cœur paraissant suffire pour imprimer au sang une direction constante.
Mais le chyle, tel qu’il est produit par la digestion, n’est point encore en état de ramener le sang veineux à l’état de sang artériel; et pour lui rendre la faculté de nourrir les parties, il faut qu’immédiatement après qu’il s’y est mélangé, l’un et l’autre éprouvent le contact de l’air. C’est ce qui s’opère par la respiration. Les organes de cette fonction consistant en général, dans les animaux qui ont des vaisseaux sanguins, en une ramification de ces vaisseaux, qui multiplient leur surface à tel point, que presque toutes les molécules du fluide ne sont séparées de l’élément ambiant, que par une pellicule assez mince pour ne pas en arrêter l’action. Cette ramification se fait sur les parois de certains feuillets dans les animaux aquatiques, et sur celles de certaines cellules dans les animaux aériens. Dans le premier cas, l’organe se nomme branchie; dans le second, poumon. Lorsqu’il n’y a point de vaisseaux, l’air arrive dans toutes les parties du corps et agit sur le fluide nourricier à l’instant même où il se combine avec les parties du corps qu’il doit nourrir : c’est le cas des insectes où l’air pénètre par les ramifications de vaisseaux élastiques appelés trachées. On sent aisément qu’il doil y avoir des organes musculaires appropriés à chacune de ces espèces de respiration, pour attirer ou chasser le fluide ambiant vers l’endroit où il doit agir sur le sang. C’est l’office des côtes, du diaphragme, des muscles du bas-ventre, des couvercles des branchies, et de plusieurs autres parties, selon les diverses espèces.
L’air n’a pu être employé à la formation de la voix que dans les animaux qui respirent par des poumons cellulaires, parce que ce n’est que chez eux qu’il entre et sort par un tube unique et alongé. A un ou à deux endroits de ce tube se trouvent des
PREMIÈRE LEÇON. — ÉCONOMIE ANIMALE
membranes susceptibles de tension, que l’air fait vibrer en passant contre elles, et qui produisent alors les sons variés que nous appelons voix. Les animaux qui n’ont pas de voix proprement dite, ne sont pas pour cela tous dépourvus de la faculté de produire un son; mais il a lieu chez eux par d’autres moyens.
Le sang, comme nous l’avons dit, éprouve à son passade dans l'organe respiratoire, une espèce tic combustion qui le débarrasse d’une partie de son carbone en l’enlevant sous forme d’acide carbonique, et qui augmente par là la proportion de scs autres éléments. L’effet de cette opération sur l’air respiré est de le priver de son oxigène, qui est le seul des fluides aérifortnes qui puisse servir à la respiration. Son effet sur le sang est moins connu; on lui aLtribue l’entretien de la plus grande partie de la chaleur : on sait aussi que dans les animaux à sang rouge il en rehausse la couleur, et lui donne la faculté de déterminer le cœur à se contracter. Il y a même lieu de croire que c’est cette action de l’air sur le sang qui lui donne le pouvoir d’entretenir et de raviver dans les fibres charnues leur faculté contractile. Mais le sang a besoin de perdre encore d’autres principes : les reins qui en séparent l’urine et qui se trouvent dans tous les animaux à sang rouge, lui en enlèvent plusieurs par cette voie. Les différentes substances qui s’échappent par les pores de la peau, et celles qui coulent continuellement par ceux du canal intestinal, et dont une grande partie passe avec les excréments, le débarrasse des autres. Ces trois sortes d’excrétions se suppléent mutuellement jusqu’à un certain point, et paraissent en cela tendre toutes à un but commun, celui de donner au sang les qualités nécessaires pour fournir à tout ce qui doit en être extrait pour la nutrition et pour les sécrétions.
Tel est l’ensemble des organes qui constituent l’animal considéré individuellement, et qui suffisent à son existence isolée, tant qu’il ne s’agit point de multiplier son espèce; telle est, dis-je, leur ensemble dans les animaux d’un ordre élevé: mais il s’en faut bien qu’ils soient réunis dans tous les animaux. A mesure qu’on descend dans l’échelle des êtres, ils disparaissent successivement, et on finit par ne trouver dans les derniers des animaux, que ce qui est nécessairement lié à l’idée d’animal, c’est-à-dire un sac sensible,. mobile, et capable de digérer.
En examinant bien la manière d’agir de tous ces organes, on s’aperçoit que toutcc qui se passe dans le corps animal s’opère par la combinaison et la décomposition des fluides qui y sont contenus. On donne à l’opération animale par laquelle un fluide est séparé d’un autre, ou estformé d’une partie des éléments de l’un mêlés avec une partie de ceux d’un autre, le nom de sécrétion , et on borne ordinaire-
ment ce nom à ceux de ces changements qui se font dans les diverses espèces de glandes, c’est-à-dire dans des tissus plus ou moins épais, dans lesquels les vaisseauxsanguinsse subdivisentàl’infini,pour laisser transsuder de leurs extrémités , l’humeur que la glande doit séparer du sang et transporter par ces vaisseaux propres au lieu desa destination. Mais l’économie animale nous présente une foule
d’autres transformations ou séparations d’humeurs
qui méritent également ce nom. On ne peut guère concevoir que les nerfs agissent sur les fibres musculaires sans qu’il arrive un changement dans la nature d’un fluide qui serait contenu dans les uns par l’accession de celui qui transmettrait les autres, ni que les objets extérieurs agissent sur les nerfs autrement qu’en produisant un changement du même gem-e : ce fluide contenu dans le système nerveux aura dû être séparé du sang par le cerveau, et en général par tout l’organe médullaire. Le sang lui-même n’arrive à son état parfait qu’après avoir laissé une multitude de substances se séparer de lui dans les poumons, dans les reins, dans le foie, etc., et en avoir reçu d’autres qui elles-mêmes avaient été séparées de la masse alimentaire par les vaisseauxlactés. Cettemassene devient propre à fournir le chyle qu’après avoir reçu elle-même du sang des liqueurs diverses qui en ont été séparées par plusieurs organes, et le sang ne nourrit les parties qu’il arrose, que par les molécules qui se séparent de sa masse aux extrémités des artères, dans le même temps que d’autres molécules se séparent des parties pour retourner à la masse du sang par les radicules des vaisseaux lymphatiques, ou par celles des veines.
En un mot, toutes les fonctions animales et vitales paraissent se réduire à des transformations de fluides ; et c’est dans la manière dont ces transformations s’opèrent, que gitle véritable secret de la vie, commec’est dans leurbon état et leur marche régulière que consiste la santé.
Dans la difficulté jusqu’ici non surmontée de se faire une idée nette de ce grand phénomène; de concevoir comment le foie, par exemple, extraitla bile du sang de la veine porte, comment les reins extraient l’urine du sang artériel, etc., on a employé des expressions figurées, on a supposé dans ces organes quelque faculté semblable à celle qui nous fait choisir nos aliments, par exemple, et c’est ce que l’on a appelé sensibilité organique; l’on a aussi appliqué cette formule aux contractions des muscles involontaires, du cœur, de l’estomac. Mais il ne faut pas que l’on se fasse illusion; ces termes n’expliquent rien, ils impliquent même contradiction : ce serait une sensibilité insensible, comme Bichat est sur le point de l’écrire, sans oser achever*, parce qu’en effet, son bon esprit lui faisait
* Anatomie générale, i p. lxxxii, la contractilité insensible, la sensibilité de même sature.