ARTICLE DEUXIÈME. — STRUCTURE DES ORGANES
naturellement contiguës, n’ait point d'effet sensible clans l’état de santé. Ceux des nerfs par lesquels nous avons la sensation des objetsextérieurs, sont pourvus à leurs extrémités d’organes disposés chacun d’une façon particulière, et qui sont toujours dans un rapport admirable avec la nature des objets que chacun de ces sens doit nous faire connaître.
L’agent direct du mouvement est la Gbre charnue ou musculaire. Cette fibre se contracte en se plissant, en se fronçant par l’empire de la volonté; mais la volonté n’exerce ce pouvoir que par l’intermède du nerf. Il n’est aucune fibre charnue qui ne reçoive un filet nerveux, et l’obéissance de la fibre cesse lorsque la communication de ce filet avec le reste du système nerveux est interrompue. Certains agents extérieurs, immédiatement appliqués sur la fibre, la font aussi se contracter, et ils conservent leur action sur elle-même après la section de son nerf, ou sa séparation totale du corps, pendant un temps plus ou moins long, selon les espèces d’animaux. Cette faculté de la fibre est ce que l’on nomme son irritabilité. Dépend-elle encore, après la séparation, de la portion nerveuse qui est demeurée dans la fibre et qui en fait toujours partie essentielle? ou bien l’action de la volonté elle-même n’est-elle qu’un cas particulier et l’effet d’une action irritante du nerf sur la faculté inhérente à la fibre? Celte dernière opinion est celle de Daller et de son école ; mais chaque jour semble ajouter à la vraisemblance de l’opinion opposée.
Ce qui parait certain, d’après les expériences récentes, c’est que les nerfs ont une portion qui transmet les ordres de la volonté, et qui, dans les animaux supérieurs, n’a pas la même origine que celle qui donne les sensations; il y a aussi des nerfs purement sensitifs que se rendent à des fibres irritables, mais non volontaires. Toutes les parties inferieures du corps soumises ou non à la volonté, qui doivent produire quelque compression sur les substances qu’elles contiennent, ont leurs parois garnies de fibres charnues, et reçoivent des filets nerveux; tels sont les intestins, le cœur, le diaphragme, etc. Beaucoup de phénomènes nous font croire que les fibres et leurs nerfs existent jusque dans le tissu de plusieurs vaisseaux. Néanmoins le principal usage des fibres charnues, c’est d entrer dans la composition des muscles : on nomme ainsi des faisceaux de ces fibres dont une extrémité au moins est attachée à une partie mobile du corps animal; lorsque les fibres qui composent le musclesc raccourcissent, les deux points auxquels il s’insère se rapprochent, et c’est parce seul moyen que sont produits tous les mouvements extérieurs du corps et des membres, même ceux qui sont nécessaires pour transporter le corps, en totalité, d’un lieu à un autre.
Plusieurs animaux n’ont leurs muscles attachés qu’à divers points de leur peau, à laquelle ils impriment par ce moyen les dilatations et les contractions alternatives, seuls mouvements qu’ils puissent employer pour la locomotion. Mais ceux qui se meuvent par des pas, des sauts, des chocs ou des inflexions prononcées, ont leurs muscles attachés à des parties dures, soit intérieures, soit extérieures, qui leur servent comme de leviers, et qui prennent les unes sur les autres des points d’appui que l’on appelle leurs articulations.
Le principal mystère de l’économie animale consiste donc dans l’agent caché qui transmet à la fibre l’excitation nerveuse, et qui est probablement le même qui, dans une autre direction, transmet aux centres nerveux les impressions extérieures : c’est de cette action et de cette réaction que tout dépend dans la machine animale, locomotion, digestion, circulation, les sécréLions mêmes n’en sont pas exemples; mais quel est cet agent? comment se modifie-t-il dans ces diverses actions ? comment modifie-t-il la fibre sur laquelle il agit? Voilà ce qui est encore enseveli dans les plus profondes ténèbres. Quoique les dernières découvertes sur l’électricité nous aient fait connaître un autre agent, également impondérable, qui se manifeste par le seul contact de corps hétérogènes et qui produit les effets physiques et chimiques les plus puissants : ce n’est là qu’une analogie, qu’un indice d’une partie des propriétés que l’agent nerveux pourrait avoir; mais il est évident aussi que ce dernier, non-seulement n’a pas toutes les propriétés de l’autre, mais qu’il en a de fort différentes.
Les parties dures, connues sous le nom d’os et qui n’appartiennent qu’aux animaux supérieurs, sont recouvertes par les muscles: leur ensemble se nomme squelette; mais, dans les autres animaux, ce sont les parties dures qui recouvrent les muscles, et elles prennent les noms de test, de coquille ou A'ccaille, selon leur plus ou moins de consistance. Dans les deux cas, elles renferment toujours les viscères et elles déterminentla forme générale du corps et les proportions de ses diverses parties.
Les faces par lesquelles les parties dures, mobiles, s’articulent les unes sur les autres, ont des saillies ou des creux qui déterminent l’étendue et la direction des mouvements dont elles sont susceptibles, et elles sont pourvues d’autant de muscles qu’il est nécessaire pour ces différents mouvemens : chacun de ces muscles entraînant l’os auquel il s’attache dans sa propre direction, ils peuvent être considérés comme les puissances motrices; leur force, le point de leur insertion, la longueur et le poids des parties attachées au levier qu’ils doivent mouvoir, déterminent la force, la vitesse et la durée du mouvement qu’ils peuvent produire.
PREMIÈRE LEÇON
I)e ces diverses circonstances dépendent la force du saut, l’étendue du vol, la rapidité de la course, l’adresse pour la préhension, qui ont été attribuées aux différentes espèces d’animaux. Mais, comme nous l’avons vu plus haut, tout cet appareil resterait immobile s’il n’était animé par le système nerveux, qui, lui-méme, dans tout ce qu’il a de volontaire, n’est mis enjeu qu’à la suite des sensations.
La substance blanche et molle qui fait l’essence de ce système, est distribuée en fdets qui se rapprochent les uns des autres pour s’unir en faisceaux, qui deviennent toujours plus composés jusqu’à leur union, soit à un axe commun qui porte le nom de moelle épinière, et dont l’extrémité antérieure aboutiL au cerveau, c’est-à-dire à une masse médullaire plus ou moins volumineuse et diversement figurée, selon les espèces : soit à divers renflements qui eux-mêmesont constamment une communication, plus ou moins directe, avec un renflement principal qui tient lieu de cerveau.
Les animaux supérieurs ne s’aperçoivent de l’action des corps extérieurs sur le leur, qu’autant que les nerfs qui en sont affectés communiquent librement avec la moelle épinière, et par elle avec le cerveau, ou bien que leur communication avec le cerveau est immédiate. Une ligature ou une rupture, en interceptant la communication physique, détruisent aussi la sensation; la compression, la destruction du cerveau lui-même produit le même effet, mais à un degré différent, selon les classes. Quant aux animaux inférieurs, cette communication paraît y devenir de moins en moins nécessaire, et il en est dont les tronçons mêmes semblent avoir quelque chose de très-semblable à des sensations et à des volontés.
Le seul sens qui appartienne généralement à tous les animaux, et qui s’exerce dans toute la surface du corps de chacun d’eux, c’est le toucher. II réside dans les extrémités des nerfs qui se distribuent à la peau, et il nous fait connaître la résistance des corps et leur température. Les autres sens semblent n’en être que des modifications plus exaltées, et susceptibles de percevoir des impressions plus délicates. Tout le monde sait que ces sens sont la vue, qui réside dans l’œil; l'ouïe , qui réside dans l’oreille; l'odorat, qui réside dans les membranes du nez, et le goût, dont le siège est sur les téguments de la langue et du gosier : ils sont presque toujours situés à la même partie du corps qui contient le cerveau, et que nous appelons la tète ou le chef.
La lumière, les vibrations de l’air, les émanations volatiles, flottantes dans l’atmosphère, et les parties salines ou dissolubles dans l’eau et dans la salive, sont les substances qui agissent sur ces quatre sens; et les organes qui en transmettent l’action aux nerfs sont appropriés à la
ÉCONOMIE ANIMALE
nature de chacune d’elles. L’œil présente à la lumière des lentilles transparentes qui en brisent les rayons et les concentrent sur la rétine ; l’oreille offre à l’air des membranes et des fluides qui en reçoivent les ébranlements ; le nez aspire l’air qui doit aller aux poumons, ou est frappé par l’eau dans laquelle l’animal nage, et saisit au passage les vapeurs odorantes que les fluides contiennent; enfin, la langue est garnie de papilles spongieuses qui s’imbibent des liqueurs savoureuses qu’elle doit goûter.
C’est par ces moyens que nous avons le sentiment des choses qui se passent autour de nous. Mais le système nerveux nous procure aussi celui d’un grand nombre de phénomènes qui se passent en nous; et indépendamment des douleurs internes qui nous avertissent de quelque désordre dans notre organisation, et de l’état désagréable où nous mettent la faim, la soif et la fatigue ; c’est par lui que nous ressentons les angoisses de la crainte, les émotions de la pitié, les désirs de l’amour. Ces dernières sortes de sensation semblent être les effets de la réaction immédiate du système nerveux sur lui-même sans l’intervention de la volonté ; elle ne paraît entrer pour rien dans le transport où nous met la présence de l’objet aimé, ni dans les larmes que nous arrache l’aspect de la vertu malheureuse: la volonté n’a d’autre pouvoir sur les passions que d’en distraire. Ces effets du système nerveux tiennent aux communications nombreuses que des nerfs particuliers, nommés sympathiques, établissent dans les animaux supérieurs entre divers rameaux du tronc général, et par le moyen desquels les impressions se transmettent plus rapidement que par le cerveau : mais dans les animaux inférieurs les diverses fonctions du système sont plus confondues.
La faculté même de sentir, et celle de se contracter, qui, dans la plupart des animaux, sont exclusivement propres, l’une à la substance nerveuse et l’autre à la fibre charnue, paraissent être confondues et répandues également dans toutes les parties de certains animaux gélatineux, les derniers de tous quant à la complication de leur organisme, et dans lesquelson n’aperçoit ni fibres ni nerfs distincts .
C’est par le moyen de ces deux facultés que les animaux sentent, désirent et se procurent leurs besoins. Le plus irrésistible de tous est celui de la faim, qui rappelle sans cesse à l’animal la nécessité de travailler constamment à accroître sou corps ou à en renouveler la substance en soumettant d’abord à la digestion les matières étrangères qui doivent fournir à cet accroissement et à ce renouvellement.
Cette troisième fonction, la première de celles que nous appelons vitales, commence dans la bouche où les aliments sont pris, et dans beaucoup