‹ Leçons d'anatomie comparée [electronic resource]Chapitre 139 sur 174 · ARTICLE PREMIER. — RE LA STATION · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER. — RE LA STATION

silion verticale, il faut que toutes ses parties soient disposées de manière à être facilement maintenues en équilibre; que les muscles aient la force d’en corriger continuellement les mouvements d’aberration; que la ligne de gravité du corps entier tombe dans les bornes du plan qu’occupent les appuis du corps, ou ses pieds, et enfin que les pieds eux-mêmes soient disposés de manière à saisir, pour ainsi dire, les inégalités du sol, et à s’y cramponner.

L’homme est le seul animal qui réunisse toutes ces conditions au degré nécessaire.

D’abord, quant à la ligne de gravité, il est clair que plus la surface circonscrite par les pieds est large, plus il est difficile que cette ligne en sorte. Or l’homme a les pieds plus larges , et il peut les écarter l’un de l’autre plus que les autres animaux.

L’écartement des pieds de l’homme tient, 1° à la largeur du bassin, qui surpasse proportionnellement celle de tous les animaux, qui auraient d’ailleurs quelqu’une des autres conditions requises pour la station perpendiculaire , comme sont les quadrumanes et les carnassiers; 2° à la longueur et à l’obliquité du col du fémur, qui portent cet os plus en dehors, et le dégagent mieux de son articulation que dans tout autre animal.

La grandeur de la surface du pied de l’homme tient à ce qu’il appuie le tarse, le métatarse et tous les doigts à terre, ce qu’aucun autre animal ne fait aussi parfaitement, les singes et les ours même ayant le bout du calcanéum relevé, tandis que dans l’homme il forme au contraire une saillie en bas comme pour soutenir le pied par derrière. Les didelphes approchent aussi beaucoup de l’homme par leurs pieds de derrière , mais ils manquent de toutes les autres conditions. Les mammifères, qui ont le tarse plus allongé que l’homme, l’ont plus étroit, et ne touchent la terre que du bout des doigts.

L’homme surpasse également les autres quadrupèdes par la forqie avantageuse de son pied, et par son aptitude à se bien affermir sur le sol.

Il est plat en dessous, et ses deux bords appuient également à terre; dans les autres animaux, il est ordinairement convexe, ou bien, comme dans les singes, il est articulé avec le tibia de manière à n’appuyer à terre que par son bord extérieur. Au reste, cette disposition était nécessaire aux singes, pour leur laisser le libre usage de leurs pouces et de leurs longs doigts. Cette même longueur des doigts, qui leur est si commode pour saisir les branches, leur nuit sur un sol plat; car ces organes perdent d’autant plus de leur force qu’ils sont plus longs, lorsqu’ils ne peuvent que presser et non entourer quelque partie arrondie. Ceux de l’homme, au contraire, sont courts et épais; son pouce est très-fort, et plus

long que les autres doigts, ce qui augmente d’autant l’étendue du pied, et ne se retrouve point dans les autres mammifères. Ces doigts n’ont en dessous ni ongle ni corne qui les empêche de se bien appliquer au sol, et d’en discerner les inégalités.

Enfin, le court fléchisseur des doigts est tout entier sous le pied , et prend sa première origine en avant du talon ; il n’a rien de commun avec le muscle appelé mal à propos plantaire grêle, qui sc fixe au calcanéum avec les autres extenseurs du pied; le long fléchisseur passe à côté du calcanéum, en sorte que ni l’un ni l’autre ne sont gênés par le talon, lorsqu’il appuie contre terre.

Dans les autres mammifères, et même en partie dans les singes, le muscle plantaire grêle sert à fléchir les doigts; il passe sur la tête du calcanéum-, et il serait empêché dans son action si cette tête le comprimait en appuyant contre terre.

Le poids du corps tend à fléchir la jambe en avant sur le pied. C’est donc par le moyen des extenseurs du talon qu’elle est maintenue dans l’état où il faut qu’elle soit pour sa station. Ces muscles sont les jumeaux et le soléaire; ils sont plus épais dans l’homme, à proportion, que dans aucun autre mammifère, excepté, peut-être, ceux qui font de grands sauts. C’est pour cela que l’homme seul a de vrais mollets, et que les hommes qui font le plus d’usage de ces muscles , comme les sauteurs, les ont plus épais que les autres.

La cuisse de l’homme se trouve, dans la station, former une même ligne avec le tronc et avec la jambe; dans les quadrupèdes, au contraire, elle est collée contre le flanc, et forme, avec l’épine, un angle souvent aigu. Voilà pourquoi elle est plate dans ces animaux et ronde dans l’homme.

Les extenseurs de la cuisse sont, à proportion, plus forts dans l’homme. C’est le contraire pour les fléchisseurs, qui, de plus, descendent beaucoup plus bas sur la jambe dans les quadrupèdes, et l’empêchent par là de se redresser entièrement sur la cuisse.

Dans ce redressement, la rotule remonte dans une rainure placée au bas et au-devant du fémur, qui s’étend plus haut dans l’homme que dans les autres espèces.

Les mouvements de la cuisse sur le bassin sc font dans toute sorte de sens, mais le poids du corps tend principalement à la faire fléchir en avant. C’est pour cela que scs extenseurs, et surtout le grand fessier, sont si considérables dans l’homme, qui est le seul animal qui ait de véritables fesses, comme il est le seul qui ait de vrais mollets.

Tels sont les moyens par lesquels nos extrémités inférieures nous fournissent une base suffi-

SEPTIÈME LEÇON. — DES MOUVEMENTS

santc et des colonnes solides pour supporter le tronc. Il faut que le tronc lui-même puisse se maintenir en équilibre dans toutes ses parties.

Le premier des avantages de l’homme, à cet égard, est la largeur de son bassin. Elle fait que son tronc est en repos sur une base étendue, et que les muscles de l’abdomen et tous ceux qui viennent du bassin ont sur les parties supérieures une prise suffisante pour en redresser sur-lecbarnp les vacillations. Dans tous les animaux mullidigités, le bassin est si étroit que le tronc représente une pyramide renversée : on sent aisément qu’avec une telle forme sou équilibre serait beaucoup plus difficile à maintenir, si ces animaux voulaient se tenir debout. Les animaux qui approchent un peu de l’homme par la largeur de leur bassin, savoir, les animaux à sabots, ont tant d’autres empêchements, que celte partie de leur organisation leur devient inutile. Il n’y a que les ours et les paresseux dans lesquels la largeur du bassin, qui est cependant bien moins considérable que dans l’homme, ne soit pas entièrement contrariée par la forme des pieds; aussi ces espèces se tiennent- elles plus fréquemment debout que les autres.

Le second avantage de l’homme, c’est la facilité avec laquelle il tient sa tête droite : nous avons vu, en parlant de son articulation, que la cause en est dans la position du trou occipital sous le milieu de la tête , et dans la direction de la bouche et des yeux en avant. Ces deux circonstances nuiraient autant à sa marche sur les quatre membres qu’elles lui sont utiles pour se tenir sur deux seulement. L’homme marchant à quatre ne pourrait regarder devant lui. 11 aurait même de la peine à soulever sa tête, parce qu’elle est très-pesante, que ses muscles sont faibles, et que le ligament cervical lui manque.

On remarque encore dans l’organisation de l’homme quelques circonstances qui , sans l’aider à se tenir debout , l’empêcheraient cependant de se tenir sur ses quatre extrémités. Ses membres postérieurs sont trop longs, à proportion des antérieurs , ce qui oblige même les enfants qui ne peuvent se tenir sur leurs pieds , à cause de leur faiblesse, à ramper sur les genoux -ou à écarter les jambes d’une manière très-gênante et même alors leur tête se remplit tellement de sang , qu’ils sont obligés de chercher un appui pour se redresser, en s’y accrochant.

Les quadrupèdes , qui veulent se tenir uniquement sur leurs pieds de derrière , soit pour employer ceux de devant à la préhension, soit pour (jue leur tête ne soit point trop abaissée, s’assoient, au lieu de se tenir debout , c’est-à-dire qu’ils s’appuient à la fois sur les pieds de derrière jusqu’au talon et sur les fesses : encore faut-il pour cela que leur train de devant soit petit à

proportion, comme dans les singes, les écureuils, les sarigues, etc. ; autrement sa pesanteur l’emporte, et, même étant assis , l’animal est obligé d’appuyer les pieds de devant , comme font les chiens , les chats, etc.

Quelques quadrupèdes s’aident de leur queue comme d’un troisième pied pour élargir la base de leur corps. Lorsqu’elle est robuste, ils peuvent se tenir ainsi pendant quelque temps. C’est ce qu’on voit dans les kanguruos et les gerboises.

B. Station sur deux pieds , à corps non vertical ,

Les oiseaux, dont les extrémités antérieures forment les ailes, ne pouvaient les employer ni à se soutenir, ni à saisir les objets ; il fallait donc qu’en se tenant sur leurs pieds de derrière ils pussent néanmoins porter le bec à terre ; il fallait aussi , à cause du vol , que le centre de gravité de leur corps fût à peu près sous les épaules, pour pouvoir être soutenus par les ailes. Ainsi leur corps devait être plus pesant par devant. Ces deux conditions sont les causes de toutes les particularités que l’on observe dans les proportions de leur squelette.

D’abord, pour que, dans la station, ce même centre vînt à être soutenu parles pieds, il a fallu que ceux-ci se portassent en avant : de là la grande flexion de la cuisse, et celle du tarse sur la jambe. La longueur des doigts antérieurs contribue aussi à étendre par devant la surface sur laquelle peut tomber la ligne de gravité; et, en général, la longueur de ces doigts est telle, que l’oiseau peut très-aisément se tenir sur un seul pied, sans que ses vacillations puissent porter cette ligne en dehors d’une si large base.

Les oiseaux dans lesquels les pieds sont trop en arrière du corps, comme les grèbes et \cs pingouins, sont obligés de se tenir presque verticalement.

La longueur et la flexibilité du cou servent encore beaucoup à faire varier la position du centre de gravité, selon que l’équilibre l’exige. Dans la station, les oiseaux portent la tête relevée, ou ils la reculent même vers le dos, et la placent sous l’aile pour dormir, afin qu’elle charge d’autant le point qui répond au-dessus des pieds. [D’un autre côté, la queue, dont le volume est quelquefois considérable, comme dans le paon, doit servir de contrepoids à la partie antérieure du corps.]

Nous avons déjà vu, au commencement de celte leçon, le -moyen mécanique à l’aide duquel les oiseaux à longs pieds tiennent leur jambe étendue sur le tarse, sans avoir besoin d’imprimer à leurs muscles une contraction volontaire. Borelli avait indiqué, il y a longtemps, celui par lequel les oiseaux qui se perchent serrent les branches sans avoir besoin d’une attention constante, et même

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