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ARTICLE SIXIÈME. — DU VOL

La vitesscque l’oiseau acquiert ainsi pour monter est graduellement diminuée par l’effet de la pesanteur, comme celle de tout autre projectile, et il arrive un instant où cette vitesse est nulle, et où l’oiseau ne tend ni à monter ni à descendre. S’il prend précisément cet instant pour donner un nouveau coup d’aile, il acquerra une nouvelle vitesse ascendante, qui le portera aussi loin que la première , et en continuant ainsi il montera d’une manière uniforme.

S’il donne le second coup d’aile avant d’arriver au point où la vitesse acquise par le premier est anéantie, il ajoutera la nouvelle vitesse à celle qu’il avait encore, et en continuant ainsi il montera d’un mouvement accéléré.

S’il ne vibre pas à l’instant où sa vitesse ascendante est anéantie , il commencera à redescendre avec une vitesse accélérée. S’il se laissait retomber jusqu’à la hauteur du point de départ, il ne pourrait remonter aussi haut que la première fois, à moins d’une vibration d’ailes beaucoup plus forte ; mais en saisissant dans sa cliu le un point tel, que la vitesse acquise pour descendre et le moindre espace qu’il y a à redescendre se compensent réciproquement, il pourra, par une suite de vibrations égales, se maintenir toujours à la même hauteur.

S’il veut descendre, il n’a qu’à répéter moins souvent ses vibrations, ou même les supprimer tout à fait. Dans ce dernier cas, il tombe avec toute l’accélération des corps graves : c’est ce qu’on nomme fondre ou descente foudroyante.

L’oiseau qui descend ainsi peut retarder subitement sa chute en étendant ses ailes, à cause de la résistance de l’air qui augmente comme le carré de la vitesse; cL il peut, en y ajoutant quelques vibrations, se mettre de nouveau en état de s’élever. C’est ce qu’on nomme une ressource.

Nous avons jusqu’ici considéré le vol comme simplement vertical , sans avoir égard à ses autres directions. Il ne peut être tel que dans les oiseaux dont, les ailes sont entièrement horizontales , et il est probable qu’elles le sont dans les alouettes , les cailles et les autres oiseaux que nous voyons s’élever verticalement ; mais dans la plupart des autres, l’aile est toujours plus ou moins inclinée, et regarde en arrière. La cause en esl surtout dans la longueur des pennes, qui présentent plus (l’avantage à la résistance de l’air qui agi L sur leur extrémité, et qui en sont plus élevées à cause que leur point fixe est à leur racine. Il parait cependant que celte inclinaison peut varier jusqu’à un certain point par la volonté de l’oiseau.

Quoi qu il en soit, on doil considérer les mouvements obliques comme composés d’un mouvement vertical sur lequel seul peut agir la pesanteur, et d’un mouvement horizontal qu’elle ne peut altérer.

Ainsi, lorsque l’oiseau veut voler horizontalement en avant, il faut qu’il s’élève par une direction oblique , et qu’il donne son second coup d’aile lorsqu’il est près de retomber à la hauteur dont il est parti. Il ne volera point dans une ligne droite : mais il décrira une suite de courbes d’autant plus surbaissées, que son mouvement horizontal l’emportera davantage sur le vertical.

S’il veut monter obliquement, il faudra qu’il vibre plus tôt; s’il veut descendre obliquement, il vibrera plus tard ; mais ces deux mouvements se feront également par une suite de courbes.

Il parait qu’il y a des oiseaux qui ne sont pas maîtres de diminuer autant qu’ils veulent l’obliquité de leurs ailes, et dans lesquels le mouvement horizontal est toujours très-considérable. Si ce mouvement vient encore à être favorisé par le vent, ces sortes d’oiseaux ne pourront monter que par une ligne très -inclinée. C’est pourquoi les oiseaux de proie , appelés nollcs par les fauconniers , sont obligés de voler contre le vent , lorsqu’ils veulent s’élever perpendiculairement; autrement ils seraient emportés à de grandes distances. Ces oiseaux ont un mouvement horizontal plus grand à proportion , parce que les pennes antérieures de leurs ailes sont fort longues , et que les extrémités en sont serrées les unes contre les autres. Dans les oiseaux ignobles, au contraire, les pennes du bout de l’aile ont leurs extrémités écartées et laissant passer l’air entre elles : ce qui lui donne moins de prise pour rendre l’aile oblique.

Les inflexions du vol, à droite ou à gauche, se font principalement par l’inégalité des vibrations des ailes. Pour tourner à droite, l’aile gauche vibre plus souvent ou avec plus de force; le côté gauche est alors tnu plus vite, et il faut bien que le corps tourne : l’aile droite fait de mêmetourner à gauche. Plus le vol est rapide en avant, plus il est difficile à une aile de surpasser l’autre en vitesse , et moins les inflexions sont brusques. Voilà pourquoi les oiseaux à vol rapide ne tournent que par de grands circuits.

La queue, en s’étalant, contribue à soutenir la partie postérieure du corps; en s’abaissant lorsque l’oiseau a acquisune vitesse en avant, elle produit un retardement qui fait relever la partie postérieure du corps, et abaisse l’antérieure. Elle produit un effet contraire en se relevant. Certains oiseaux l’inclinent de côte, pour s’en aider comme d’un gouvernail , lorsqu’ils veulent changer leur direction horizontale.

Le premier élan que l’oiseau se donne est produit par un saut ordinaire des pieds. Ceux qui ont les pieds très-courts et les ailes très-longues, comme les martinets , les fous , etc. , ne peuvent sauter assez haut pour avoir l’espace nécessaire au développement de ces ailes : aussi , lorsqu’ils

SEPTIEME LEÇON. — DES MOUVEMENTS

sont à terre, ils ne prennent leur vol qu’avec beaucoup de peine.

Il est à peine besoin de dire que la résistance de l’air est d'autant plus grande que la masse frappée à la lois est plus considérable, et que c’est pour cela que les oiseaux à ailes courtes sont obligés d’en répéter si souvent les vibrations, qu’ils se fatiguent vile et ne peuvent voler longtemps.

Tels sont les mouvements qui constituent le vol des oiseaux. Voyons comment ces êtres ont été rendus capables de les exécuter.

Leur tronc est un ovale plus large par devant, plus étroit par derrière; leur épine est à peu près inflexible et plus courte à proportion que dans les mammifères : ce qui fatigue moins les muscles de l’épine, et rend plus facile le changement de position du centre de gravité, qui devait être suspendu entre les ailes dans le vol et sur les pieds dans la station. Leur tête est généralement petite, et le bec acéré en pointe , forme commode pour fendre l’air. Leur cou est plus long, beaucoupplus flexible que celui des mammifères , pour suppléer au défaut des bras et à l’inflexibilité du tronc, et pour changer, suivant le besoin, la position du centre de gravité, en portant la tête en avant ou en la retirant en arrière.

Il fallait que ce centre de gravité fût constamment dans la partie inférieure du corps ; autrement l’oiseau n’aurait pu s’empêcher de tomber sur le dos. C’est ce que produisent la grandeur des muscles pectoraux abaisseurs de l’aile, et la position des releveurs, qui sont situés sous le thorax et non dessus, comme dans les quadrupèdes.

La légèreté du corps des oiseaux leur donne aussi plus de facilité pour s’élever. Elle est produite par les vides de leurs os, qui les allègent sans les affaiblir; un cylindre creux étant plus robuste qu’un plein de même poids et de même longueur, et encore mieux par les grandes cellules aériennes qui occupent plusieurs parLies de leurs corps, et qui sont toutes en communication avec le poumon. L’air que les oiseaux respirent les gonfle de toutes parts, sourtout à cause de la dilatation qu’il reçoit par la grande chaleur de leur corps. Nous décrirons toutes ccs cellules en traitant des organes de la respiration.

Enfin, le tissu des plumes, et surtout celui des pennes, et leur fermeté élastique, contribuent puissamment au vol par la légèreté et la grande étendue qu’elles donnent aux ailes. Nous les décrirons en détail , en traitant des téguments de ces animaux. Mais ce ne sont pas seulement leurs plumes’ qui servent à agrandir l’aile; l’angle compris entre l’humérus cl l’avant-bras, et celui qui est entre l’humérus et le tronc, sont garnis d’une expansion de la peau, qui est tendue par des muscles particuliers que nous décrirons en traitant du pannicule charnu.

Il y a des oiseaux qui ne volent point du tout : ce sont les autruches et les casoars, parmi les terrestres, et les piugoitis et les manchots, parmi les aquatiques. Leurs ailes sont si petites qu’elles paraissent n’êtrc là que pour ne pas faire d’exception trop marquée aux règles de ressemblance des classes.

En revanche, il y a des mammifères qui volent assez bien, quoique sans avoir d’ailes. Ce sont les chauves-souris; leurs bras, leurs avant-bras, et surtout leurs quatre doigts, sont excessivement allongés, et interceptent un grand espace, qui est rempli par une membrane fine, qui s’étend encore jusqu’aux pattes, et des deux côtés de la queue. Elle forme une surface assez étendue et assez ferme pour élever dans l’air l’animal auquel elle appartient. Les chauves-souris ont d’ailleurs des muscles pectoraux très-puissants , un corps court , étroit et grêle en arrière, de manière que le centre de gravité est sous les ailes; mais cette disposition de leur corps, qui les rend propres au vol, fait aussi qu’elles ne peuvent que ramper, parce que leurs jambes de derrière ne peuvent pas les soutenir seules.

D’autres mammifères, savoir, les galéopothèques , les polatouches ou écureuils volants, et les phalangers volants, ont des membranes entre les pattes, mais sans allongement des doigts; elles ne peuvent servir à les élever, mais elles les soutiennent assez bien en l’air pendant quelque temps, et les mettent à même de faire de très -grands sauts en descendant, auxquels on ne peut point donner le nom de vol.

Le dragon est un petit lézard des Indes orientales, qui se soutient aussi en l’air pendant quelques instants, au moyen d’une membrane soutenue comme un éventail [par le prolongement en ligne droite de ses six premières fausses côtes].

Les ailes des poissons volants sont assez analogues, pour la structure, à celles du dragon; mais elles sont formées par l’extension des nageoires pectorales ou de quelques rayons situés au-dessous de ces nageoires. Elles ne fournissent pas non plus à un vol continu.

[La théorie du vol des oiseaux pourrait s’appliquer à celui de ces animaux, en supposant que lors de l’élévation de leurs nageoires ils en rapprochent les rayons et les écartent au moment de leur abaissement, et elle s’appliquerait également aux insectes qui ont les ailes plissées en éventail, mais non plus à ceux en grand nombre dont les ailes sont d’une seule pièce, et conservent toujours la même étendue *].

* [Les grandes diversités que présente l’appareil du vol dans les insectes , et celles que l’on observe également dans l’exercice de cette fonction parmi les oiseaux, font qu’on ne saurait appliquer à tous les cas la théorie

article septième.

ARTICLE VII

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