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RÉSUMÉ SUR L’OSTEOLOGIE DE X.X TETE

[Si nous cherchons à résumer les nombreux détails qui précèdent, nous nous trouverons conduits à quelques propositions générales , résultant du simple rapprochement des faits , et par cela même d’une évidence certaine, quelque peu en harmonie qu’elles soient d’ailleurs avec des doctrines ou des théories récentes.

En général , ce qui frappe dans l’ostéologie de la tête, c’est la fécondité avec laquelle la nature multiplie les formes et les combinaisons accessoires autour d’une partie quelcohque qui ne varie pas dans ce qu’elle a d’essentiel. La région de l’orbite, et celle de la tempe peuvent nous en donner des exemples. Ainsi il y a toujours sur le côté du crâne un enfoncement ou une cavité qui loge l’organe de la vue ; mais cette cavité peut être fermée de toute part de parois osseuses (l'homme et les singes), ou bien elle se confond plus ou moins complètement avec la fosse zygomatique (les autres mammifères)', mais alors elle a un cadre tantôt largement ouvert et lantôL complètement fermé; la même chose a lieu pour les oiseaux, la même chose pour les reptiles; puis , dans les poissons, ce cercle se trouve également complet , mais par l’apparition d’un appareil spécial.

Les variations sont plus notables encore pour la fosse temporale. Celle-ci consiste, pour ce qu’elle a d’essentiel, en un espace plus ou moins marqué sur le côté du crâne, où viennent s’attacher des muscles delà mâchoire inférieure ; or cette fosse, qui dans l'homme et dans la plupart des mammifères est fermée en dehors par une bride osseuse, nommée l’arcade zygomatique, peut n’être point fermée du tout, comme dans les tenrecs, les édentés, et certains reptiles ; ou bien elle n’est pas fermée en dehors , mais clic est recouverte en arrière, près de la face occipitale, par une bride osseuse formée par le mastoïdien et le pariétal, comme dans la tortue matamala ; tantôt elle est fermée en dehors par deux brides osseuses au lieu d’une, c’cst-à-dire , l’arcade zygomatique ordinaire, et au-dessus une autre arcade résultant de l’union du mastoïdien avec le frontal postérieur; c’est le cas des crocodiles. Tantôt il y a une bride en dehors , ou l’arcade ordinaire, et une bride en arrière semblable à celle de la matamala ; cette disposition est celle du plus grand nombre des lézards. Enfin, la fosse zygomatique peut être aussi recouverte de grandes expansions des os, qui forment au-dessus d’elle comme un loiL; soit seulement en avant, comme dans Ycmys expansa, soit dans toute son étendue, comme

dans les ché louées , certains Msartls, ln cécilio, et une espèce tic grenouilla.

II y a des têtes dont la forme étrange ne nous est point expliquée (la matamata, le pipa)-, d’autres fois il y a unerelation évidente entre la forme de la tête et quelque fonction spéciale qu’elle a 5 remplir, cl il en résulte alors, sous ce rapport, une grande ressemblance entre des animaux d’ailleurs fort éloignés l’un de l’autre par l’ensemble de leur organisation. Ainsi 1 espalax, qui est un rongeur, a un crâne qui ressemble beaucoup à celui de la chrysochlore , qui est un insectivore, parce que tous deux se servant de la tête pour fouir, ont tous deux une face occipitale également grande et inclinée pour multiplier les attaches des muscles, etc., etc.

Nous avons décrit les différentes formes de. la tête. Nous l’avons vue globuleuse dans l'homme et dans certains singes, allongée dans le plus grand nombre des animaux vertébrés , aplatie en forme de planche dans la matamata , le pipa, le rémora, symétrique dans presque tous les animaux , irrégulière danslesp/eMrouec/eSj-mais, quelle que soit la variété de leurs formes, on retrouve dans toutes les têtes un plan commun sur lequel elles ont été contruites. Cela est vrai de la tète comme de l’ensemble de l’organisation , et c’est ce qu’ont exprimé les zoologistes quand ils ont réuni les animaux où l’on rencontre ce plan commun eu un grand embranchement du règne animal, sous le nom de vertébrés.

La ressemblance entre les diverses parties de la tète va même plus loin qu’on ne pourrait le supposer au premier abord. On sait en effet que les os de la tête des fœtus de mammifères sont partagés en pièces plus nombreuses que dans la tête des adultes et des jeunes, et la comparaison de la tête de l’homme, dans cet état de division plus grande , avec les têtes d’animaux où les os sont plus nombreux, a permis de saisir les véritables analogies des pièces qui entrent dans leur composition (1). A l’aide de cette idée féconde, l’on est arrivé à des déterminations dont, sans elle, on se serait difficilement douté.

Outre ce moyen de comparaison direct avec l’homme et les animaux élevés , on s’aide encore, pour reconnaître les os dans les classes plus éloignées, de la place qu’ils occupent, de leurs connexions, de leurs fonctions, c’est-à-dire de la part qu’ils prennent à certaines cavités, des attaches qu’ils offrent aux muscles, du passage qu’ils donnent aux troncs des nerfs , etc.

Cependant les ressemblances des os entre eux , quelque loin qu’on ait cherché à les conduire, ne vont pas jusque-là, que l’on retrouve dans toutes

(i) [A'. Geoffroy, Ann. du Mus,, t. X, p. 34a, et Cuvier, même ouvr. t. XIX, p. t23.]

les classes, ou dans les différents ordres d’une même classe , les os en même nombre ; ni que les os puissent changer complètement de relations et de fonctions. Tout cela n’a lieu que dans de certaines limites, et quand les moyens de rapprochement que nous venons d’indiquer viennent à manquer, il faut admettre que la nature développe pour des fonctions nouvelles des appareils nouveaux.

C’est d’après ces principes qu’ont éLé fondées les déterminations que nous avons données dans le cours de cette leçon, et qui vont nous servir dans les détails de notre résumé. Celui-ci se partagera en deux parties : l’une comprenant l’hisloire particulière des os et les propositions générales qui en résultent , l’autre quelques généralités sur l’ensemble du crâne et de la face.]

§ 1. Sur les os de la tête en particulier.

A. Nombre des os.

[ Le nombre des os de la tête comparé entre les animaux adultes où il y en a le moins (les mammifères et les oiseaux), et ceux où il y en a le plus (les reptiles et les poissons), est d’autant moins différent, qu’on examine les premiers à une époque plus voisine de leur naissance ou de leur formation.

Cependant, même avec cette condition, nonseulement le nombre des os de la tête n’est pas le même dans les quatre classes d’animaux vertébrés comparées entre elles , mais même ce nombre varie entre les ordres d’une même classe. Les différences deviennent énormes entre les adultes. Plusieurs causes font ainsi varier le nombre des os.

1° 11 y a des variations dans l’ordre de réunion des parties. Certaines pièces se réunissent plus vite entre elles qu’avec les pièces voisines. Exemple : les diverses pièces du sphénoïde, les deux parties du frontal, dans l'homme.

2° Le nombre des pièces diminue en général d’autant plus que l’animal est plus âgé. Exemple : les os de la tête des oiseaux , le frontal de l'homme qui est double dans le jeune et simple dans l’adulte.

Z° La subdivision persistante de certains os, ordinairement simples dans l’homme. Exemple: le sphénoïde dans les mammifères, le frontal et l’occipital dans les reptiles et les poissons.

4° L’apparition d’un ou plusieurs os nouveaux, chargés dans certaines classes, ou dans certains genres, d’une fonction spéciale, Exemple: l’os columelle des reptiles, les os operculaires des poissons.

Le nombre des noyaux osseux augmentant à mesure que l’on remonte vers la formation des

ARTICLE SIXIÈME. — RÉSUMÉ

fœtus, et la réunion s’en faisant à des époques variées du développement, pour comparer les nombres des os de la tête, nous les prendrons à une époque commune de la vie des animaux, c’est-àdire au moment du développement complet det ceux-ci ou à leur état adulte; il y a néanmoins une exception à faire pour les oiseaux, chez lesquels la réunion des os s’effectue si vite que , pour en avoir le nombre, il faut remonter à une époque fort rapprochée de la naissance.

Avec ces conditions, les nombres sont les suivants:

L'homme adulte, pris pour type ou pour point de départ, a 8 os du crâne : 1 frontal, 2 pariétaux, 2 temporaux, 1 occipital, 1 sphénoïde et 1 ethmoïde.

Et 15 os de la face, en n’y comprenant pas le maxillaire inférieur, c’est-à-dire 2 nasaux, 2 lacrymaux, 2 jugaux, 2 maxillaires, 2 palatins, 2 cornets, 1 vomer. Total, 21 os.

Ce nombre peut varier en plus, par la persistance de la division du frontal, la subdivision du jugal; en moins, par la soudure précoce du sphénoïde au basilaire.

Les mammifères ont en général : 1 ethmoïde , 2 frontaux, 2 pariétaux, 1 inter- pariétal, 2 temporaux, 1 occipital, 1 sphénoïde postérieur, 1 sphénoïde antérieur, 2 ptérygoïdiens, 2 inter-maxillaires, 2 maxillaires, 2 nasaux, 2 lacrymaux, 2jugaux, 2 palatins, 2 cornets, 1 vomer. Total, 28 os.

Ce nombre peut varier en plus, par la division persistante du temporal et de l’occipital en plusieurs pièces; en moins, par l’absence. de certains os, telle que celle du lacrymal (les dauphins), du jugal (les tenrecs ), ou par la soudure très-prompte du ptérygoïdien au sphénoïde, de l’inter-pariélal aux pariétaux, etc.

Le crâne desoiseencra 16 os, savoir: 2 frontaux,

2 pariétaux, 1 sphénoïde, 2 grandes ailes, 2 temporaux, 4 occipitaux, 2 rochers, 1 ethmoïde. Et leur face, sans compter l’ethmoide ni les cornets, en a aussi 16: 1 inter-maxillaire, 2 maxillaires,

2 jugaux , 2 palatins , 2 ptérygoïdiens , 1 vomer ,

2 tympaniques; 2 nasaux, 2 lacrymaux, Total, 52 os.

Ce nombre peut varier en plus, par la division du jugal (['autruche) et par celle du vomer ( le nandou) ; dans l’état adulte, ce nombre est beaucoup moindre, comme nous l’avons dit.

Les quaLre ordres des reptiles sont trop différents les uns des autres pour qu’on puisse ne donner qu’une série de nombres pour toute la classe.

Il faut le faire pour chaque ordre.

Les tortues ont : 2 frontaux principaux, 2 frontaux antérieurs, 2 frontaux postérieurs, 2 pariétaux, 1 basilaire, 1 occipital supérieur, 2 occipitaux latéraux, 2 occipitaux externes, 2 temporaux

écailleux, 2 rochers, 2 mastoïdiens , 2 tympaniques,! sphénoïde, 2 ailes temporales, 2 ptérygoïdiens, 2 palatins, 2 maxillaires, 2 inter-maxillaires, 2 jugaux, 1 vomer. Total, 56 os.

Ce nombre peut varier en moins par l’absence du temporal écailleux et des ailes du sphénoïde (la matamata).

Les sauriens et la première famille des ophidiens (les anguis ), ont en général: 2 frontaux principaux^ antérieurs , 2 postérieurs, 2 pariétaux, 4 occipitaux , 2 temporaux écailleux , 2 rochers, 2 mastoïdiens, 2 tympaniques, 1 sphénoïde postérieur, 2 ptérygoïdiens , 2 transverses , 2 palatins , 2 maxillaires , 1 inter-maxillaire , 2 nasaux, 2 iacrymaux , 2 jugaux , 2 vomers. Total , 58 os, sans compter les cornets , très-apparents dans les monitors , ni les noyaux osseux du cartilage interorbitaire.

Ce nombre peut varier en plus par la subdivision de certains os, telle que celle du frontal postérieur ( dans les iguanes, les scinques ) ; par la présence des ailes temporales ( les crocodiles ); ou d’un os particulier , l’os columelle (la plupart des lézards)-, et il peut varier en moins par la prompte soudure de quelques os (les frontaux, les pariétaux , les nasaux entre eux).

Les serpents ont : 2 frontaux principaux, 2 antérieurs, 2 postérieurs, 1 pariétal , 1 basilaire,

1 occipital supérieur , 2 occipitaux latéraux, 2 rochers, 2 mastoïdiens, 2 tympaniques, 1 sphénoïde postérieur, 2 ptérygoïdiens, 2 transverses , 2 palatins, 2 maxillaires, 1 inter-maxillaire, 2 nasaux , 2 vomers. Total : 51 os , sans compter les cornets.

Ce nombre peut varier en plus par l’existence des sur-orbitaires (les pythons , etc. ); eu moins par l’absence des frontaux postérieurs (les tortryx) ou des frontaux postérieurs et des transverses (les amphisbènes ).

Les batraciens ont en général : 2 frontaux antérieurs, 2 frontaux postérieurs, 2 pariétaux,

2 occipitaux latéraux, 2 rochers, 2 tympaniques,

1 sphénoïde, 2 ptérygoïdiens, 1 ethmoïde (l’os en ceinture), 2 palatins, 2 maxillaires, 2 intermaxillaires, 2 nasaux ( en vestiges ) , 2 jugaux ,

2 vomers. Total, 28 os.

Les nombres sont encore plus variables dans cet ordre qu’en aucun des précédents, à cause de l’hétérogénéité des genres qui y entrent. Ainsi, les frontaux principaux, qui n’existent pas dans les grenouilles , se retrouvent dans le pipa , dans les salamandres ; les maxillaires n’existent, qu’en vestige dans la syrène, etc. Nous avons suflisammentfait connaître toutes ces différences.

Les poissons ordinaires ont en général : 2 frontaux principaux, 2 frontaux antérieurs, 2 frontaux postérieurs, 2 pariétaux , 1 inter-pariétal,

I basilaire, 2 occipitaux latéraux, 2 occipitaux

externes, 2 rochers, 2 mastoïdiens , 1 sphénoïde postérieur, 1 sphénoïde antérieur, 2 grandes ailes , 2 ailes orbitaires, lclhmoïdc, 1 vomer, 2 inter-maxillaires, 2 maxillaires , 2 nasaux, 2 palatins, 2 ptérygoïdiens, 2 transverses, 2 jugaux, 2tympanaux, 2 temporaux, 2 symplectiques , 8 pièces operculaires, 12 pièces sous-orbitaires. Total : GC os.

Ce nombre peut varier en plus, par la subdivision de certains os, tels que le maxillaire ( les liions , les brochets), l’elhmoïde (le lépisoslèe), etc. En moins, par. la non existence des rochers (la carpe), des frontaux anterieurs, et dcplusieurs des pièces de l’arcade palatine ( les anguilles) , ou de la chaîne sous-orbitaire ( les baudroyes) , etc. , et aussi par la prompte soudure de plusieurs pièces en uneseule (le congre , l 'asprèda, etc.)]

B. Connexions des os.

[Il y a entre les os de la tête des connexions de différents ordres : 1° les connexions constantes, ou de premier ordre; 2° les connexions secondaires; et parmi celles-ci il y en a qu’on peut appeler des connexions exceptionnelles.

Les premières sont de l’essence de la lêLe ; elles se rencontrent dans tous les vertébrés , et elles servent souvent à reconnaître les os dont la détermination pourrait être rendue douteuse par quelque modification dans la forme ou dans la fonction. Par exemple , le corps du sphénoïde est toujours, de V homme au protée , en avant et en bas de l’occipital : les pariétaux sont toujours en avant des occipitaux , les frontaux en avant des pariétaux, etc.

Les secondes résultent des modes d’union variés des os avec ceux qui les entourent. Ainsi le sphénoïde est toujours en avant du basilaire ; mais il peut toucher par ses côtés au temporal, au frontal, au jugal, au pariétal, au palatin, etc. , etc., suivant dés combinaisons très-variées. Ces connexions secondaires se rencontrent surtout là où il y a ce qu’on pourrait appeler un confluent de plusieurs os, et par exemple, dans les mammifères, au fond de la fosse orbito-temporale ; au point de réunion des osdela face à ceux du crâne vers l’angle interne de l’œil, etc. Ainsi il y a dans la fosse temporale de l’homme un point où l’aile lemporale du sphénoïde louche au frontal , au pariétal, au temporal et au jugal. Dans le chimpansé, clic ne touche plus au pariélal et au frontal, parce <juc le jugal vient s’unir au-dessus d’elle au tem-

(i) [Il ne faut pas perdre de vue que dans ce résumé nous sommes obligés d’adopter l’une des déterminations qui sont possibles pour certains os, et qui sont données comme douteuses dans le texte; mais pour nous prononcer ici dans un sens ou dans un autre, nous n enlevons

poral : dans d’autres singes, ce n’est pas le jugal, c’est le frontal qui vient s’unir au temporal ; dans d’autres singes encore , ce n’est plus au temporal que vient toucher le jugal, c’est au pariétal. Dans les animaux où l’orbite et la tempe se confondent, l’aile orbitaire et le palatin ajoutent encore au nombre de combinaisons ou de connexions secondaires qui peuvent résulter du rapprochement de tant de pièces. On en tire de bons caractères ostéologiques pour la distinction des espèces, des genres, et quelquefois des familles.

Les connexions exceptionnelles sont celles qui ont lieu entre des os d’ordinaire très-éloignés l’un de l’autre. On les rencontre quelquefois dans des genres entiers, qu’elles servent alors à caractériser, mais le plus souvent dans des espèces seulement. Par exemple, la jonction du sphénoïde au maxillaire dans quelques rongeurs; l’intervention du lacrymal dans le cadre de l’anneau pré-orbitaire dans quelques autres; l’apparition de l’clhmoïde en avant des nasaux dans le phoque à trompe; la disposition des ptérygoïdiens dans les fourmiliers ; la position de l’inter-pariélal entre les frontaux et les pariétaux, et non entre les pariélaux et les occipitaux dans les tétrodons. Il faut noter que des connexions exceptionnelles dans une classe peuvent devenir le cas le plus ordinaire dans une autre classe. Ainsi l’ethmoïdc, apparaissant au dehors en avant des nasaux dans le phoque à trompe, est une exception; c’est la règle ordinaire dans les poissons.]

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