ARTICLE DEUXIÈME. — DE LA SUBSTANCE DES OS
pics ceux dont les parties ossiûées se soudent dès lu jeunesse, comme les vertèbres, 1 os occipital, le frontal, etc., tandis qu’on regarde comme des os distincts ceux qui ne se soudent avec les os voisins que dans un âge très avancé, et on leur donne des noms particuliers. Ainsi le frontal, qui demeure quelquefois séparé des pariétaux jusque dans la dernière vieillesse, est regardé comme un os distinct; mais en même temps on le regarde comme un os simple, quoique les deux parties qui le composent toujours dans les premières années, restent souvent séparées jusqu’à trente ou quarante ans : le sphénoïde et l’occipital se soudant dans un âge avancé, quelques anatomistes n’en font qu’un os qu’ils nomment sphéno-occipilal ; mais ces distinctions sont arbitraires, et pour avoir le véritable nombre des os de chaque espèce, il faut remonter jusqu’aux premiers noyaux osseux tels qu’ils se montrent dans le fœtus. Cette étude a pris de l’inlérêt dans ces derniers temps, à cause des différents points de vue sous lesquels on l’a considérée : d’une part on a pensé qu’en remontant ainsi au premier point d’ossification, on arriverait à un nombre d’os qui serait le même dans tous les vertébrés, lesquels ne différeraient que par le plus ou le moins de rapidité de la soudure de ces os; idée ingénieuse qui s’est réalisée pour plusieurs cas, mais qui est fort éloignée de s’être élevée, comme on Je voulait, au rang d’une règle générale : nous verrons qu’elle subit des exceptions extrêmement nombreuses; d’autre part, on avait cru aussi pouvoir assigner à l’ostéogénie diverses lois relatives aux nombres des noyaux osseux et à leurs rapports avec les formes et la position des os. Comme, en général, l’ossification commence au crâne, au thorax, par les os latéraux, on avait jugé que les os impairs situés au milieu devaient tous être formés de deux noyaux, un de chaque côté; on avait pensé qu’à l’exemple des trous inter-vertébraux, tous les trous des os devaient être entourés au moins de deux noyaux; qu’à l’exemple du canal vertébral, tous les os tubuleux devraient avoir leur tube entouré au moins de deux pièces, etc. Aucune de ces règles ne s’est trouvée constante; l’ossification se faisant toujours par un dépôt de molécules terreuses dans un cartilage préexistant à l’os, et qui a déjà d’avance la forme que cet os doit prendre, l’ordre et le nombre des noyaux osseux n’avaient pas d’importance et n’ont dépendu que de l’insertion des artères; les os longs commencent vraiment par des anneaux et non par des pièces latérales; plusieurs os im*pairs commencent par un seul noyau, ou par beaucoup de grains déposés dans tous les points de leurs carlilages ; la matière osseuse envahit par degrés les bords de plusieurs trous en les circonvenant, et sans cLre obligée de s’y déposer d abord par plusieurs points : c’cst ce dont nous
verrons des preuves nombreuses dans la suite. 11 ne faut pas même croire que cette duplication, si elle ne s’observe pas dans les os, doive au moins avoir lieu pour les cartilages, puisque l’embryon se forme des replis d’une membrane; d’abord l’épine ne se forme point ainsi : quant aux corps des vertèbres cL quant au sternum, c’est par un prolongement du repli antérieur et non des replis latéraux qu’il est formé, comme nous le verrons en traitant du fœtus.
L’ossification ne se fait pas avec la même rapidité dans tous les animaux, ni dans tous les os du même animal. Ainsi nous voyons que, dans l’homme et dans les autres mammifères, les os que renferme l’oreille interne sont non seulement ossifiés avant tous les autres, mais encore qu’ils les surpassent tous par leur densité, et par la quantité proportionnelle de phosphate de chaux qu’ils contiennent. L’os de la caisse du tympan, dans les cétacés, et surtout dans la baleine et le cachalot, devient d’une densité et d’une dureté supérieures à celles du marbre. Sa coupe parait aussi homogène et lie laisse apercevoir aucun vestige ni de fibres, ni de tissu cellulaire, ni de vaisseaux. Il est au contraire d’autres os qui ne prennent qu’assez tard la consistance qu’ils doivent avoir : les épiphyses, par exemple, ne s’ossifient qu’assez long-temps après le corps des os auxquels elles appartiennent. 11 y a enfin des cartilages qui , dans certaines classes d’animaux, n’admettent jamais assez de phosphate calcaire pour obtenir une consistance entièrement osseuse; tels sont ceux des côtes et du larynx : en sorte que, malgré la propension qu’a en général la gélatine à recevoir la substance calcaire, comme on le voit par l’exemple des tendons et des autres organes blancs qui s’ossifient plus aisément que les autres, et quoiqu’il n’y ait aucun os qui n’ait été auparavant à l’état de cartilage, il y a plusieurs cartilages qui ne se changent jamais en os.
Indépendamment de la rapidité de l’ossification et des proportions entre les parties constituantes des os, les animaux diffèrent entre eux par le tissu de ces os et par les cavités de différente nature qu’on y observe. L’homme a un tissu intérieur très fin; les lames de sa spongiosité sont minces et rapprochées; les endroits où ce tissu approche davantage de l’apparence d’un réseau présentent des fibres longues et déliées.
Les quadrupèdes ont généralement ce tissu plus grossier; les cétacés l’ont plus lâche; leurs cellules sont plus grandes, les lames qui les forment, plus larges; et il est facile de distinguer les fibres de la partie extérieure, qui, dans les mâchoires et les côtes des baleines et des cachalots, deviennent, par la macération, aussi distinctes que celles d’un bois à demi pourri, quoiqu’elles ne suivent pas à beaucoup près, pour la grandeur, la
Si
DEUXIÈME LEÇON. — ORGANES DU MOUVEMENT
proportion îles animaux auxquels elles appartiennent; la fibre osseuse ayant, en général, ainsi que la musculaire, îles dimensions qui paraissent dépendre plulOt de son mélange chimique que d’autres circonstances.
Les os des oiseaux sont d’une substance mince, ferme, élastique, et qui semblent formés de lames collées les unes sur les autres. Les reptiles et les poissons montrent en [jénéral plus d’homogénéité : la matière calcaire semble plus uniformément répandue dans la gélatineuse, et cela devient d’autant plus marqué qu’on s’approche davantage des poissons cartilagineux, dans lesquels la gélatine prend le dessus et semble masquer les parcelles de pbospbate qui s’y mêlent.
Plusieurs animaux n’ont point de grandes cavités médullaires, même dans leurs os longs. On n’en trouve aucunes dans ceux des cétacés et des phoques. Caldesi avait remarqué cela, il y a longtemps, à l’égard de la tortue; et je l’ai observé comme lui : cependant le crocodile en a de très marquées.
Il se développe encore dans certains os d’autres cavités qui ne contiennent point de moelle, et qui portent le nom de sinus; elles communiquent j >1 us ou moins immédiatement avec l’extérieur. L’homme en a dans l’os frontal, dans le sphénoïde, dans les os maxillaires qui communiquent avec la cavité nasale.
Dans plusieurs mammifères, ces sinus s’étendent beaucoup plus loin; ils pénètrent dans une grande partielle l’épaisseur du crâne; ils vont jusqu’à l’occiput dans le cochon; et ces ont eux qui gonflent si singulièrement le crâne de l’éléphant.Ils pénètrent jusque dans l’épaisseur des os îles cornes dans les bœufs, les boucs et les moutons. Les gazelles ont seules, parmi les animaux à cornes creuses, le noyau de leur corne solide ou spongieux sans grande cavité.
Nous avons d’autres sinus dans l’os temporal, qui communiquent avec la caisse du tympan. C’est surtout dans les oiseaux que ceux-ci s'étendent; ils y occupent autant de place que le sinus du nez dans les quadrupèdes; ils ont sur le crâne de la choueLte le même effet que les autres sur celui de l’éléphant.
Les oiseaux ont, à cet égard, une structure fort particulière : tous leurs os, presque sans exception, sont villes à l’intérieur; mais leurs cavités ne contiennent que de l’air, et jamais de moelle. Ce sont de véritables sinus dans leur genre, qui, au lieu de se borner à la tête, comme ceux îles quadrupèdes, s’étendent à tout le squelette, et qui sont en communication directe avec les poumons ; l’air qu’on pousse dans la trachée-artère, sortant par un trou fait à un os quelconque, et réciproquement. Cette organisation réunit dans I cnrs os la légèreté et la force dont ils avaient be-
soin pour le genre de mouvement qui leur avait été assigné; et elle les éloigne des vertébrés à sang froid, dans les os desquels les cavités quelconques sont rares ou peu considérables, tandis que d’un autre cêlé, par le nombre et les connexions de ces mêmes os, du moins à la tête, les oiseaux leur ressemblent plus qu’aux mammifères.
Parmi les phénomènes les plus singuliers de l 'ostéogénie, ou du développement de la substance osseuse, l’anatomie comparée nous présente surtout la formation du bois du cerf.
Ce bois, dans son état parfait, est un véritable os, et par son tissu, et par ses éléments : sa partie extérieure est dure, compacte, fibreuse; l’interne esl spongieuse, très solide, sans grands vides, sans cavité médullaire et sans sinus. On sait assez quellessont ses formes extérieures, soit dans les différentes espèces, telles que l’élan, le renne, le daim, le cerf, le chevreuil, etc., soit aux différents âges d’une même espèce. Ces objets appartiennent à l’histoire naturelle proprement dite. Sa base adhère et fait corps avec l’os frontal, de manière qu’à certaines époques on ne pourrait point déterminer dans leur tissu intérieur de limite entre l’un et l’autre : mais la peau qui recouvre le front ne va point au-delà : un bourrelet osseux et denLelé l’arrête; et il n’y a sur ce bourrelet et sur le reste du bois ni peau ni périoste. On y voit seulement dessillons plus ou moins profonds qui sonL des vestiges des vaisseaux qui rampaient à sa surface lorsqu’il était encore mou. Ce bois, ainsi dur et nu, ne demeure jamais qu’une année sur la tète du cerf : l’époque de sa chute varie selon les espèces; mais lorsqu’elle esL prochaine, on voit, en le sciant longitudinalement, une marque de séparation rougeâtre entre lui et la proéminence de l’os frontal qui le porte. Celle marque devient de plus en plus forte; et les particules osseuses qui se trouvent en cet endroit finissent par perdre leur adhérence. A celte époque, un choc, souvent léger, fait tomber l’un et l’autre de ces bois, à deux ou trois jours de distance au plus.
La proéminence de l’os frontal ressemble alors à un os rompu ou scié eu travers, sur lequel on aperçoit à nu le tissu spongieux. La peau du front ne tarde pas à la recouvrir; cL lorsque le bois doit repousser, on voit s’élever un tubercule, qui est et qui demeure couvert par une production de celte peau, jusqu’à ce qu’il ait acquis son parfait accroissement. Pendant tout ce temps, ce tubercule est mou et cartilagineux : sous sa peau est un véritable périoste sur lequel rampent des vaisseaux, souvent gros comme le petit doigt, qui pénètrent dans fous les sens la masse du cartilage. Celle-ci s’ossifie petit à petit comme tout autre os; elle passe par les mêmes états qu’un os de fœtus