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ARTICLE SIXIÈME. — REMARQUES SUR LE SQUELETTE

et des doigts. Cela a lieu meme, dans les oiseaux, dont les doigts sont enveloppés dans une peau recouverte de plumes, et dans les cétacés, où toute l’extrémité antérieure est réduite à une figure de rame ou de nageoire.

Les parties du scpielette sont généralement disposées d’une manière symétrique ; en sorte que ses deux moitiés sont les contre-épreuves l’une de l’autre. Il n’y a que le genre de poissons nommés pleuronectes, qui comprend les soles, les plies, les turbots, etc., dans lequel la tête est tellement contournée, que les deux yeux et les deux narines sont du même côté; mais la symétrie existe dans le reste du squelette. La tête de plusieurs cétacés a aussi quelque défaut de symétrie, quoique un peu moindre.

Chaque classe et chaque ordre d’animaux ont des caractères particuliers relatifs à leur squelette : ils consistent dans la forme générale du tronc et des extrémités, dans la présence ou l’absence de celles-ci, et dans le nombre et la forme particulière des os qui composent ces différentes parties.

Nous exposerons tout cela en détail dans les leçons suivantes : il convient seulement de remarquer ici, que lorsqu’un animal d’une classe a quelque ressemblance avec ceux d’une autre classe par la forme de ses parties et par l’usage qu’il en fait, cette ressemblance n’est qu’extérieure et n’affecte le squelette que dans la proportion, mais non pas dans le nombre ni dans l'arrangement des os. Ainsi, quoique les chauves-souris paraissent avoir des espèces d’ailes, ce sont de véritables mains, dont les doigts sont seulement un peu plus alongés. De même, quoique les dauphins et les autres cétacés paraissent avoir des nageoires tout d’une pièce, on trouve sous la peau tous les os qui composent l’extrémité antérieure des autres mammifères, raccourcis et rendus presque immobiles. Les ailes des manchots qui ressemblent aussi à des nageoires d’une seule pièce, contiennent également à l’intérieur les mêmes os que celles des autres oiseaux.

Ces faits qui s’étendent à une multitude d’autres parlies, sont connus depuis les premiers moments où l’on s’est occupé d’anatomie comparée. Ceux qui ont annoncé dans ces derniers temps une doctrine nouvelle sous le titre d’unité de composition, n ont fait autre chose que de convertir en erreur des propositions vraies, en les généralisant trop.

On voit déjà sur le peu que nous venons de dire, et on verra de plus en plus dans la suite, que toutes ces parties du squelette, dans leurs rapports mutuels et dans leurs proportions et même dans leur nombre, sont admirablement adaptées à la nature de chaque animal, et qu’elles concourent toutes à en faire ce qu’il est : c’est là, selon nous, la \éri table loi qui a présidé à leur disposition.

Mais d’uulrcs naturalistes, sur certaines ressemblances qui s’observent en effet entre des parties différentes du même squelette, par exemple, entre les vertèbres, entre l’extrémité antérieure et la postérieure, portant encore la généralisation bien au-delà des faits, ont prétendu établir une loi de répétition que quelques-uns ont poussée jusqu’à soutenir que toutes les parties ne sont que des répétitions les unes des autres.

Ainsi, l’un d’eux a commencé par voir dans le crâne, que l’on se représentait comme composé de trois vertèbres, une répétition de l’épine du dos, et dans la face une répétition du tronc, où le nez représenterait la poitrine; la bouche, le ventre; et les deux mâchoires, les bras et les jambes.

Un second, allant plus loin, a considéré l’hyoïde comme une troisième paire d’extrémités, et il a fallu retrouver dans la face les trois paires, ce qui, au moyen d’un autre arrangement et d’autres dénominations, n’a pas souffert grande difficullé.

Il n’y en a pas eu davantage pour un troisième qui, après avoir regardé les côtes et les rayons des nageoires des poissons comme parties intégrantes des vertèbres dont chacune serait composée de neuf pièces, a trouvé dans la tête, la face comprise, assez de pièces pour y disposer sept vertèbres, à la vérité assez disjointes, et impossibles à retrouver même aussi imparfaitement dans beaucoup d’animaux; celui-là n’y admet point de représentation des extrémités.

Un quatrième enfin ne voit que vertèbres partout; non-seulement la tête et le tronc forment une série de vertèbres de trois ordres, savoir : les primaires (les côtes ou leurs équivalents dans la face), les secondaires (les parties annulaires et le crâne), et les tertiaires (les corps); mais les extrémités elles-mêmes sont des suites de vertèbres excentriques ou rayonnantes; la vertèbre est tellement de l’essence de l’animal, qu’il commence à y en avoir une, à la vérité non encore percée, dès l’instant où il se forme un animal microscopique, encore globuleux et sans bouche, un volvox ou une monade; et c’est de la répétition, du groupement de ces vertèbres que résultent les animaux les plus élevés; comme les cristaux et toutes leurs formes résultent du groupement des molécules *.

Pour nous, après avoir étudié tous ces systèmes avec l’attention que réclamaient les noms de leurs auteurs, mais après avoir étudié avec plus d’attention encore la nature, il nous a été démontré jusqu à 1 évidence, que l’on n’y est arrivé que par des abstractions tout-à-lait arbitraires et presque lou-

Ce système a beaucoup d'analogie avec celui de M. Dugès qui pense que les animaux se composent d’elcments simples qu’il nomme zoonites , et dont la fusion ou la coaction plus ou moins complète déterminerait le plus ou moins de perfection de l’animal.

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TROISIÈME LEÇON. — DES OS ET DES MUSCLES DU TRONC

jours incomplètes dans leurs cléments , et par conséquent inexactes dans leur expression; que même en beaucoup de cas on ne s’est fait illusion à soi-même que par des emplois de mots dans des acceptions non-seulement détournées, mais prises alternativement dans un sens ou dans un autre; permis sansdoutc à qui le voudra de changer la dénomination d’os, ou même celle d’enveloppe dans son sens le plus général, en celle de vertèbre; permis de restreindre cclle-ci h tel ou tel assemblage de pièces osseuses que l’on aura voulu choisir; mais alors qu’aura-t-on gagné à dire que la tête ou le bras sont des composés de vertèbres? rien du tout : puisque l’on n’entendra plus ce mot dans son sens primitif, et qu’il faudra s’en faire, pour chaque système, une définition nouvelle. On étend tellement cette définition, qu’elle ne laissera plus dans l’esprit qu’une idée vague et incomplète. Il est même évident que l’on aura beaucoup perdu, si, comme nous verrons qu’il n’est arrivé que trop souvent, pour éviter ou cacher les exceptions à ces propositions, on se dissimule une partie des faits; mais admettons même qu’il n’y ait point d’erreur de ce genre, qu’aura-t-on encore gagné à faire abstraction des différences des choses, quand il ne résulte de cette abstraction aucune

propriété générale, aucune loi générale pour les choses qu’elle réunit et confond? bien loin d’avancerla science, c’est la faire reculer; car plus les sciences sont voisines de leur naissance, plus elles s’en tiennent aux idées générales; comme les enfants, elles n’ont alors que des genres et non des espèces. C’est, de plus, fermer les yeux, dans l’étude des êtres, sur ce qui en fait le plus grand charme, en même temps que c’en est la seule véritable base; ces admirables coïncidences, toutes ces concordances si compliquées et si parfaites, qui donnent à chacun ses conditions d’existence et de durée.

On a prétendu donner par privilège à ces systèmes le titre de philosophiques, ou d’autres épithètes encore plus élevées, mais nous qui ne reconnaissons de véritable philosophie que dans la vérité, nous n’avons pu que regretter amèrement de voir tant d’efiorts d’esprit employés pour ramener l’anatomie à peu près à l’état où était la géologie avant que les l’allas, les de Saussure et les AVcrner l’aient retirée de ses langes, et lorsque chacun imaginait des hypothèses pour rendre compte de faits qu’il ne s’était pas donné la peine de constater dans leur généralité.

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