DES VERTEBRES OU OS DE L'ÉPINE EN GENERAL
On nomme épine du dos celte suite d’os qui contiennent dans leur canal l’axe médullaire. On nomme ccs os vertèbres, de vcrterc } tourner : leur série se continue en avant avec lecrâne, cavité qui,
ARTICLE PREMIER. — LES OS DE L’ÉPINE
sous quelques rapports, peut n’êlrc considérée que comme une dilatation de l’épine, mais dilatation autrement entourée; en arrière cette même série se continue souvent en une prolongation appelée coccyx ou queue , dans laquelle l’axe médullaire ne s’étend pas toujours : les vertèbres qui la composent s’appellent caudales ou coccijgicnnes; lorsqu’il y a un bassin attaché à l’épine et faisant la première partie de l’extrémité postérieure, il est rare que les vertèbres auxquelles il s’attache ne s’unissent pas plus fixement entre elles, leur réunion prend le nom d'os sacrum, et les vertèbres ainsi fixées se nomment vertèbres sacrées. Quant aux vertèbres de l’épine proprement dites, celles qui portent des côtesse nomment vertèbres dorsales; celles qui se trouvent entre la tète et les dorsales et qui n’ont point de côtes, formant le cou, se nomment vertèbres cervicales; celles qui sont entre les côtes et le sacrum, mais qui n’ont pas de côtes, se nomment lombaires. Mais ces distinctions n’existent pas toujours, ou bien il y a, soit au cou, soit aux lombes, des rudiments de côtes qui les effacent en partie.
Toute vertèbre a un corps situé du côté ventral ou intérieur, et une partie annulaire située du côté dorsal. Les corps s’articulent de diverses manières pour former l’axe principal de la charpente et des mouvements du corps. Les parties annulaires protègent le canal que parcourt le principal tronc nerveux, la moelle de l’épine, et laissent passer dans leur intervalle les paires de nerfs qui parlent de cette moelle.
Une vertèbre parfaite offre à sa partie annulaire, 1° une proéminence impaire du côté du dos, appelée apophyse épineuse, 2° une proéminence latérale de chaque côté, nommée apophyse transverse, 5° et 4U une proéminence antérieure et une postérieure de chaque côté, dites apophyses articulaires. Souvent il y a aussi une apophyse épineuse inférieure sous le corps; et même dans la queue des poissons, cette apophyse inférieure a souvent à sa naissance une partie annulaire, en sorte que ces sortes de vertèbres ont de doubles anneaux. Dans la queue des autres animaux, l’anneau inférieur est remplacé par un os distinct ployé en chevron. Il s’en faut bien cependant que toutes les vertèbres aient les différentes proéminences que nous venons d’indiquer. Les apophyses inférieures existent rarement; les articulaires manquent souvent ; les transverses manquent quelquefois : ce sonl les épineuses dont l’absence est la plus rare.
Il y a une certaine époque de la vie du fœtus, où la vertèbre, comme tous les autres os, a déjà en cartilage à peu près les formes qu’elle doit conserver après son ossification, et c’est par le dépôt des molécules de phosphate calcaire dans la substance de son cartilage, qu’elle sc change en os.
Les noyaux de son ossification ne sont pas les mêmes dans tous les animaux.
On a écrit qu’en qualité d’os pair, son corps se formait par deux noyaux, un à droite, l’autre à gauche; c’est ce que nous n’avons jamais pu observer. Il y a bien à la face ventrale de la plupart des vertèbres deux trous pour les artères qui y pénètrent; mais dans l’homme et dans les mammifères, à quelque époque que nous les ayons examinées, nous en avons toujours trouvé le corps uniformément occupé par des grains ou des lamelles osseuses qui ne sc divisaient point en deux corps. Celte division serait même impossible dans les poissons cartilagineux où l’ossification du corps de la vertèbre se fait tantôt par des rayons qui vont du centre à la circonférence, tantôt par des lames cylindriques et concentriques séparées par des lames semblables, mais gélatineuses : mais dans la plupart des mammifères il se forme avec l’âge à chacune des faces par lesquelles les vertèbres se joignent, une plaque épiphysaire qui demeure plus ou moins long-temps un os particulier; c’est fort gratuitement qu’on a considéré ccs plaques inter-vertébrales comme des vertèbres avortées. La 2° cervicale a de plus un noyau qui devient son apophyse odontoïde. Les deux côtés delà partie annulaire forment deux autresnoyaux qui paraissent avant celui du corps, et c’est d’eux que partent, de chaque côté, l’apophyse transverse et les deux articulaires du même côté. Ces noyaux latéraux s’unissent en dessus avant de se joindre au corps. Dans l’homme, c’est de leur réunion que s’élève l’apophyse épineuse qui n’en est qu’une prolongation montant dans le carlilage sans avoir son noyau propre; celte production ne devient osseuse qu’après la naissance : mais dans certains quadrupèdes, l’apophyse épineuse a un os particulier qui ne se joint aux deux latéraux qu’avec le temps; on le voit dès le fœtus. 11 y en a même où l’ossiGcation de celte apophyse se fait par plusieurs noyaux différents qui naissent dans le carlilage préexistant, en avant ou au-dessus les uns des autres; nous en avons des exemples dans le cochon et le veau.
Dans certains quadrupèdes, les apophyses trans-' verses de quelques vertèbres, notamment des lombaires, onl aussi dans le fœtus leur noyau à part; dans presque tous, il y a un âge où les sommets des apophyses épineuses et même ceux des transverses et des articulaires ont leur épiphyse.
Ce n’esL guère avant trente ans que les vertèbres de l’homme sont toutes achevées : on comprend que l’époque est différente pour chaque espèce; elle l’est mémo dans chaque espèce pour les différentes parties de l’épine.
Il résulte de ces observations que dans une vertèbre dorsale de mammifère, il y a au moins quatorze os primitifs, le corps, les deux plaques épi-
TROISIEME LEÇON. — DES OS ET DES MUSCLES DU TRONC
physaircs do ses extrémités, les deux moitiés de sa partie annulaire, son apophyse épineuse, les épiphyses de ses huit apophyses; dans plusieurs de ces animaux l’apophyse épineuse cllc-mémc est formée d’abord de 2, 5, 4 et jusqu’à 5 noyaux distincts ; le maximum des pièces irait donc à près de vingt, et cela sans compter les côtes que l’on a voulu considérer comme faisant partie de la vertèbre, et comme répondant à l’anneau et à l’apophyse épineuse inférieure des vertèbres caudales.
On voit combien étaient loin de compte ces prétendues énumérations dont on avait voulu faire le type général du système vertébral. Au reste, notre énumération, pas plus que les autres, n’a rien de général, et il y a beaucoup de vertèbres plus simples dans leur composition que celle que nous venons d’analyser.
ARTICLE II
nu NOMBRE ET DES FORMES DES OS DE L’ÉrlNE DANS LES DIFFÉRENTS ANIMAUX.
A. Dans l’homme.
L’épine de l’homme a les cinq sortes de vertèbres et est divisée par conséquent en cinq régions, savoir : celle de la queue ou coccygiennc ; celle du bassin, sacrée ou pelvienne ; celle des lombes, ou lombaire ; celle du dos, ou dorsale, et enfin celle du cou, cervicale ou trachélienne.
La région coccygiennc a très peu d’étendue; elle est composée de trois ou quatre petits corps sans partie annulaire, articulés les uns avec les autres et suspendus à la pointe du sacrum, avec lequel la première pièce se soude souvent.
La région pelvienne est composée de cinq vertèbres qui se soudent avec l’âge et ne forment qu’un seul os, qu’on nomme le sacrum. Il est parabolique, plat et mince en bas, concave en avant, convexe en arrière. Il s’articule en haut avec le corps delà dernière vertèbre des lombes par une facette ovale, coupée obliquement de devant en arrière, et forme avec les lombes un angle saillant en avant, plus aigu dans la femme. Deux autres facettes dirigées en arrière, servent à sa jonction avec les os des îles. Cet os est percé de quatre paires de trous pour la sortie des nerfs. On aperçoit en arrière des éminences qui correspondent à toutes les apophyses des vertèbres qui ont formé cet os dans le jeune âge. Les apophyses épineuses, surtout, sont très distinctes : les deux dernières sont fourchues. Chacune des vertèbres qui le composent est elle -même subdivisée, d’abord en corps et en parties latérales; et même, dans les
trois supérieures, les apophyses transverses sont séparées delà partie annulaire, en sorte qu’elles ont chacune cinq pièces; les deux suivantes n’en ont que trois. C’est vingt-une pièces en tout pour le sacrum du fœtus.
Il y a cinq vertèbres aux lombes. Leur corps est plus large que haut; leurs apophyses épineuses sont horizontales, comprimées, et comme tronquées à leur pointe. Leurs apothyses articulaires supérieures ont leur facette tournée en dedans; les inférieures l’ont en dehors: en arrière et en dehors des supérieures est une saillie arrondie : enfin les apophytes transverses sont longues, dirigées directement sur les côtés, les supérieures sont aplaties d’avant en arrière, les inférieures un peu plus rondes.
Les vertèbres dorsales, au nombre de douze, vont en diminuant de grosseur depuis la dernière jusqu’à la quatrième ou cinquième, et ensuite en augmentant jusqu’à la première. Leur corps est semblable à celui des vertèbres lombaires. Leurs apophyses épineuses sont plus longues, en prisme triangulaire, et dirigées obliquement en bas; les trois supérieures sont moins inclinées et presque horizontales. Les articulaires supérieures ont leur facette dirigée obliquement en arrière, et les inférieures en avant; les tubercules qui sont en dehors des facettes articulaires supérieures s’alongent et prennent le nom d 'apophyses transverses. Ils ont en avant, c’est-à-dire à la face ventrale, une facette contre laquelle appuie le tubercule de la côte correspondante. Ces facettes regardent obliquement en bas dans les vertèbres supérieures, et en haut dans les inférieures. Il y a, de plus, sur le bord latéralde chaque articulation du corps des vertèbres un petit enfoncement commun aux deux vertèbres, dans lequel est reçue la tête de la côte dont le tubercule tient à l’apophyse transverse de la postérieure des deux.
Toutes cesvertèbres lombaires etdorsales n’ont dans le fœtus que trois noyaux, le corps et les deux demi-anneaux, dont l’union se prolonge en apophyse épineuse; il s’y joint plus tard les plaques épiphysaires des corps et les épiphyses des extrémités des apophyses.
Des sept vertèbres cervicales les cinq inférieures sont fort semblables, quoique plus petites, à celles du dos, la septième surtout qui a au bord postérieur du corps une facette pour la première côte. La face supérieure de leur corps est échancrée et reçoit l’inférieure de la vertèbre précédente. Le plan de ces faces est incliné en avant; leurs apophyses articulaires, ou plutôt leurs facettes articulaires latérales, sont disposées comme dans les vertèbres du dos; et il y a entre elles, sur le côté de la vertèbre, un léger renflement qui répond au tubercule appelé apophyse transverse dans les mêmes vertèbres du dos. Ce que
ARTICLE DEUXIÈME. — DES OS DE L’ÉPINE
CD
clans le cou on nommo apophyses transverses, sont des lames dirigées un peu obliquement en avant et en bas, excavées en demi-canal, et percées d’un trou pour le passage de l'artère vertébrale. Dans le fœtus, le tour de ce trou n’est encore complété en dehors que par une bande de cartilage, qui, avec l’âge, s’ossifie peu à peu : à la septième ce trou est complété par un noyau à part qui est une espèce de vestige de côte, qui en prend meme quelquefois le développement ¥ ; mais je n’ai point vu de noyau semblable dans les vertèbres supérieures. Les épineuses sont fourchues, excepté les deux plus basses.
La seconde vertèbre du cou, nommée axis ou odontoïde, diffère des autres par son apophyse épineuse qui est beaucoup plus longue et plus haute; pur le trou dont est percée son apophyse transverse, qui, au lieu de la perforer verticalement, s’y dirige d’une manière transversale, et force ainsi l’artère vertébrale de prendre une direction oblique ; par une apophyse pointue portant une facette articulaire en devant, qui s’élève de la face supérieure du corps, et forme longtemps, comme nous l’avons dit, un os particulier; enfin, parce que son articulation avec la première vertèbre se fait seulement par deux facettes latérales et aplaties qui correspondent aux apophyses articulaires des autres vertèbres.
La première vertèbre cervicale, qu’on appelle l 'atlas, est un simple anneau qui n’a presque point d’apophyse épineuse, point de corps, mais deux facettes pour l’articulation avec la seconde, et deux autres qui reçoivent les condyles au moyen desquels la tête porte sur elle. Ses apophyses transverses sont très longues et percées d’un trou comme celles des autres cervicales. Dans le fœtus l’atlas ne montre encore que les deux moitiés de sa partie annulaire réunies en avant, au lieu de corps, par une bande de cartilage, qui avec l’âge s’ossifie par un, et plus rarement par deux ou même trois noyaux.
Si l’on considère l’ensemble des protubérances que présente l’épine du dos, on voit qu’elles y forment cinq séries longitudinales ; savoir : une mitoyenne, celle des apophyses épineuses ; deux intermédiaires, celles des tubercules placés en dehors des facettes articulaires supérieures * ** a laquelle appartiennent les apophyses transverses des vertèbres dorsales; et deux externes, celles des apophyses transverses des vertèbres cervicales des côtes, et des apophyses transverses des vertèbres lombaires. Dans cette série extérieure,
* Hunauld , Acad, des Sc. , 1740 , p. 379.
Supérieures par rapporta la vertèbreà laquelle elles appartiennent; mais par rapport à l’articulation, elles sont externes dans les lombes et inferieures dans le reste de l’épine.
les côtes sont en quelque sorte les vraies apophyses transverses, mais très-alongécs, détachées et articulées à articulation mobile. Il faut ajouter que la dernière vertèbre dorsale a en arrière de son tubercule une petite pointe qui réparait, mais bien diminuée dans les deux ou trois premières lombaires, entre le tubercule et l’apophyse transverse, et dont nous verrons des analogues trèsdéveloppés dans divers quadrupèdes.
Ces remarques sont essentielles pour l’étude comparative de ces parties dans les autres animaux.
Dans l’adulte, la longueur du cou est h peu près moitié de celle du dos et les deux tiers de celle des lombes ; mais ces proportions sont différentes aux différents âges du fœtus.
Lorsque l’homme se tient debout, la colonne vertébrale a quatre courbures. La région du sacrum est concave en devant, celle des lombes est convexe; celle du dos est concave, et celle du cou est convexe.
Les vertèbres de l’homme sont susceptibles de divers petits mouvements les unes sur les autres; mais ces mouvements quoique très marqués dans la totalité de l’épine, sont très petits pour chacun des os qui la composent. Chaque vertèbre peut se porter un peu en avant en appuyant sur la partie antérieure de son corps ; en arrière, eu se fléchissant dans les sens des apophyses épineuses; et enfin de côté en glissant un peu sur les apophyses articulaires. Un grand nombre de ligaments affermissent ces articulations; mais les indiquer pour une des vertèbres, c’est à peu près les faire connaître pour la totalité.
Le corps de chacune des vertèbres est revêtu, tant en dessus qu’en dessous, d’une substance cartilagineuse élastique , dont la solidité diminue graduellement du centre à la circonférence. Les apophyses obliques ont aussi chacune leurs capsules articulaires; mais toute la partie antérieure ou ventrale du corps des vertèbres est recouverte d’un surtout large de fibres tendineuses ou ligamenteuses, très solides, qui s’étendent de la première vertèbre à l’os sacrum. Il y a de même en arrière du corps, dans l’intérieur du canal vertébral, une autre toile tendineuse qui s’étend depuis l’apophyse odontoïde jusqu’à l’os sacrum. Chacune des apophyses, tant épineuses que transverses, a aussi un petit ligament qui l’unit à celle qui la précède ou qui la suit. La dernière vertèbre lombaire s unit absolument de la même manière avec l’os sacrum.
B. Dans les mammifères.
L’épine des mammifères peut différer par le nombre des vertèbres, par les proportions respectives du cou, du dos, des lombes, du sacrum et du
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coccyx, par la courbure totale et par la l'orme de chaque vertèbre.
1° Nombre des vorlàbrcs des mammifères.
Les vertèbres cervicales sont toujours au nombre de sepL, excepté dans le paresseux à trois doigts , qui en a neuf*, et le lamantin qui n’en a que six. Les autres célacés dont le cou est excessivement court, et où elles sont très minces, en ont souvent deux ou plusieurs de soudées ensemble : par exemple, les deux premières, dans les dauphins ou marsouins , les six dernières dans les cachalots; mais on en voit toujours les parties. Seulement, il y a alors ankylosé.
Il arrive aussi quelquefois par accident que d’autres vertèbres s’ankylosent. Nous en avons vu un exemple pour celles du cou de l’hyène; et c’est probablement un exemple semblable qui avait fait dire à quelques anciens que cet animal n’a qu’un seul os au cou.
Quant aux autres vertèbres, leurs divers nom-
bres, dans les différentes espèces, n’ont point de rapport constant avec les familles naturelles, ainsi qu’on peut le voir par la table ci-dessous.
Il n’a point de rapport non plus avec la présence ou l’absence des extrémités ou de tout autre organe, puisque l’on trouve des singes h très longue queue qui ont les mêmes organes que des singes h queue très courte, et puisque les célacés qui manquent d’extrémités postérieures, ont souvent moins de vertèbres que le pangolin à longue queue qui possède quatre extrémités bien formées.
Dans les cétacés, il n’y a point de bassin proprement dit, mais seulement des rudiments suspendus dans les chairs, et par conséquent il est difficile d’établir une distinction entre les vertèbres des lombes, celles du sacrum et celles de la queue.
Il n’y a qu’un très petit nombre de mammifères qui n’aient point de vertèbres de la queue. Telle est la roussette.