‹ Leçons d'anatomie comparée [electronic resource]Chapitre 41 sur 174 · ET DES MUSCLES 1)U TRONC · texte numérisé non relu

ET DES MUSCLES 1)U TRONC

c’est que celle du sternum des oiseaux est de deux sortes très différentes. Une famille (les gallinacés) l’a d'abord composé de cinq ôs ; un impair auquel appartient la crête, et dont l’ossification marche à la fois vers l’avant et vers l’arrière ; deux pairs antérieurs de forme triangulaire, auxquels s’articulent les côtes et dont l’ossification va de dehors en dedans, etdcux pairs postérieurs en forme de lourehe dont les deux branches s’ossifient d’avant en arrière. Ce n’est qu’assez tard que ces cinq pièces se soudent en une seule, qui conserve toujours de chaque côté deux larges et profondes échancrures. Dans les autres oiseaux, le sternum n’a le plus souvent que deux pièces dont l’ossification commence vers les angles latéraux antérieurs et s’avance vers le milieu et vers l’arrière, gagne la crête, l’occupe, et va entourer les trous ou les échancrures du bord postérieur, lorsqu’il doit y en avoir. Dans quelques-uns cependant, il y a aussi une troisièmepièce impaire qui commence à la base de la quille; je l’ai observée dans les geais, les pies.

Il faut remarquer que dans tous les oiseaux le sternum a déjà en cartilage toutes les formes, les trous et les échancrures qu’il doit conserver après son ossification. Il y en a même, tels que les cygnes, les canards, où il demeure entièrement cartilagineux assez long-temps après la naissance, et où les deux centres d’ossification ne se montrent que tard et ne l’envahissent que lentement; l’ossification y contourne par degrés les trous Voisins des angles postérieurs sans y former jamais plusieurs noyaux. Pour retrouver lepréteudu nombre normal de neuf pièces, et en supposant que celui de cinq existe toujours, ou a voulu compter l’épisternal pour deux, et on a pris pour les deux autres deux petites productions cartilagineuses du bord postérieur dans le pic; mais ces petites productions qui existent sous d’autres formes dans beaucoup d’oiseaux, s’y ossifient par continuation; c’est aussi ce que fait toujours l’épisternal qui, d’ailleurs, bien que souvent fourchu, n’est jamais divisé en deux.

La largeur du sternum, la saillie de sa crête surtout en avant, l’absence de trous et d’échancrures en arrière correspondent à une grande puissance de vol : les circonstances contraires, peu de largeur, de grandeséchancrures, une crête peu marquée ou nulle, marquent aussi des qualités contraires. On avait cru un moment que les caractères de celte pièce pourraient être en rapport avec les familles naturelles des oiseaux : cela ne s’est pas vérifié, et néanmoins dans certains cas ils donnent des indications utiles sur les affinités des genres. C’est ce que l’on peut voir en détail dans la dissertation de M. Lherminier, rédigée en partie sur les collections quej’a vais préparées depuis long-temps pour le présent article.

ARTICLE TROISIÈME. — DE LA CAVITÉ DU TRONC

Les oiseaux do proie diurnes ont le sternum

!jrraml, la crête saillante, l’épisternal petit. Tous ces caractères se remarquent surtout dans nos aigles, qui de plus ont l’épislernal tronqué, et le bord postérieur plein et sans trou, si ce n’est dans la jeunesse, où l’on en voit de petits; le lœmmergeyer a le sternum plus court et plus large ; mais également plein ; sa crête est moins saillante. Elle l’est encore moins dans les vautours, et leur sternum, très grand, conserve à tout âge de grands trous ovales près des angles postérieurs, hes faucons, les autours et éperviers ont aussi ces trous, mais plus petits, et leur épislernal est pointu ; leur crête est fort saillante.

Je ne vois point de trous à la bondrêo. Us sont très petits et s’effacent même promptement dans les milans. Les buses et les busards en ont; leur épisternal est un peu tronqué. Dans 1 a secrétaire, le sternum csl entier et se termine un peu en pointe en arrière. Sa quille s’évase en s’unissant au corps; elle est fort saillante ; la fourchette s’articule au milieu de son bord antérieur par une lame comprimée. Il n’y a point d’épisternal.

Tous les oiseaux de proie nocturnes , très différents en cela des diurnes, ont au bord postérieur quatre échancrures obtuses qui entament d’un tiers ou d’un quart la longueur du sternum; leur épisternal est ti'ès court.

Dans les passereaux ordinaires, pies-grièches , merles, bec-fins, moineaux , corbeaux, oiseaux de paradis et genres intermédiaires, le sternum a en arrière, près de chaque angle, une échancrure triangulaire plus ou moins grande et qui subsiste toujours, et son apophyse épisternale est fourchue. hes grimpereaux et souïmangas on Lies mêmes caractères.

Le martinet n’a ni échancrure, ni épisternal; certains engoulevents (Vamericanus , Wils.) sont de même : mais la plupart ont une échancrure peu profonde. Tous manquent d’épisternal. Les oiseaux mouches etles colibris ont aussiun sternum plein, rétréci en avant, arrondi en arrière et sans épisternal. Leur carène est extrêmement saillante.

Les huppes et promérops ont les échancrures des passereaux; mais leur épisternal est comprimé et pointu.

Le voilier a le même épislernal que les huppes, mais son sternum est plus large et «a en arrière quatre échancrures, comme les chouettes.

Il en est de même dans les todiers, les martinspêcheurs, les guêpiers, à quelques différences près dans les proportions; l’échancrure externe est la plus grande.

Les calaos n’ont qu’un feston rentrant, ou échancrure obtuse, peu profonde, et à peine une crête légère pour épisternal.

Les différences sont plus grandes encore parmi 1rs grimpeurs.

Dans les pics, le sternum, un peu rétréci en avant, a en arrière quatre grandes échancrures dont les internes sonl les plus longues; en avant le bord antérieur de sa crête est assez saillant pour se confondre avec l’épisternal, dont la fourche se trouve ainsi dirigée en arrière et sans pédicule. On a fait grand état d’un disque cartilagineux, demi-circulaire, qui demeure toujours au bord postérieur de ce sternum entre les deux échancrures, et on l’a considéré comme donnant une paire de pièces de plus; mais il n’y a jamais de noyau osseux, et au fond ce n’est que l’analogue des portions cartilagineuses qui se IrouvenL plus ou moins long-temps dans tous les oiseaux.

Le toucan a la crête avancée du pic, mais sans fourche, en sorte qu’il ne lui paraît point d’épisternal; en arrière il a quatre échancrures dont les externes un peu plus longues.

Le couroucou a aussi quatre échancrures, a un sternum très élargi en arrière; son épisternal petit et comprimé se bifurque un peu du côté interne.

Le coucou n’a que deux échancrures, son épisternal a deux pointes, mais l’une derrière l’autre, c’est-à-dire l’une en avant, l’autre en arrière de l’articulation des coracoïdiens. Je trouve dans un coua quatre échancrures et une seule pointe épisternale; il en est de même dans les malcohas.

L 'ani n’a aussi que deux échancrures médiocres; son épisternal est petit et tronqué.

Le sternum d etouraco, remarquablement petit, a quatre échancrures presque égales; un épisternal comprimé comme celui des gallinacés, mais sa crête sternale se porte aussi avant que dans les autres oiseaux.

Le sternum des perroquets n’a qu’un trou ovale en arrière près de l’angle, qui s’oblitère dans plusieurs avec l’âge; la crête prolonge son bord antérieur, en dessus, c’est-à-dire vers l’intérieur, et il y est tronqué ; il n’y a point d’autre épisternal.

Dans les gallinacés ordinaires, les cinq pièces qui composent originairement le sternum, finissent par y laisser deux échancrures extrêmement profondes de chaque côté, qui prennent plus des trois quarts de sa surface; l’externe entre les deux branches de la pièce enfourche; l’interne entre la branche interne de la pièce impaire ou de la quille : cette quille, loin de s’avanccnjusque entre les coracoïdiens, n’est indiquée en avant que par deux arêtes qui se réunissent en crête en se rapprochant vers le tiers antérieur.

Dans les coqs, les faisans, les paons, les cryptonyx, les tétras, perdrix, cailles, c’est l’échancrure interne qui se porte le plus avant.

Dans les pintades, les dindons, elles sont à peu près égales.

Dans les lioccos, l’interne avance moins que l'externe, leur crête est moins reculée. Tous ces

TROISIÈME LEÇON. — DES OS ET DES MUSCLES DU TRONC

oiseaux ont une grande apophyse épisternalc, comprimée, mais non fourchue : la branche interne de leur sternum est élargie au bout en fer de hache.

Les mégapodes *, les pigeons, les gcnigas, ont quatre échancrures dont l’interne est beaucoup moins profonde et moins avancée que l’externe; dans les pigeons elle se réduit quelquefois à un trou. Le mégapodv et le pigeon couronne, ont la branche osseuse externe extrêmement dilatée en fer de hache. La crête de ces trois genres est très saillante; rectiligne en avant dans le gangn, et courbe concave dans les deux autres genres. L’épisternal des mégapodes est comprimé; celui du ganga et des pigeons a deux pointes l’une devant l’autre; la postérieure tronquée ou même un peu échancréc. Le genre le plus singulier de celte famille, c’est le tinamou, dont le sternum a deux échancrures qui prennent les cinq sixièmes de sa longueur et le divisent en trois lanières étroites dont la mitoyenne porte la crête. Celle-ci est assez saillante, rectiligne en avant; le bord antérieur du sternum est échancré, et en dessus de l’échancrure a une apophyse épisternale assez grande, ronde et tronquée.

En combinant ces formes de sternum avec ce que nous dirons au chapitre suivant de celles de la fourchette, on voit comment elles se dégradent parmi les oiseaux terrestres depuis les forts voiliers, soit grands, soit petits, jusqu’à ceux qui ne volent presque point; et nous verrons aussi comment les diverses dispositions sont en accord constant avec la longueur et la force de l’aile.

Les contrastes à cet égard ne sont pas moins remarquables parmi les échassiers et les oiseaux nageurs. Us sont surtout excessifs dans les premiers : il y en a d’abord dont l’aile est si petite qu’ils ne peuvent quitter la terre, les autruches, touyous et casoars; leur sternum n’est qu’un large bouclier bombé, sans aucune quille; il commence constamment par deux points d’ossification aux angles latéraux qui s’étendent jusqu’à se toucher, et alors se confondent. Nous verrons que leur fourchette n’est pas moins singulière. Le sternum de l'autruche est aussi large que long, et chacun de ses angles postérieurs se prolonge en une production étroite et obtuse; celui du casoar de la Nouvelle-Hollande est presque circulaire; celui du casoar commun est arrondi en arrière et deux fois aussi long que large. Cette ossification par deux points, aussi manifeste dans l’autruche, parait commune à toutes les familles qui vont suivre, aussi bien qu’aux oiseaux de proie.

‘D’après mes nouvelles observations, le mégapode, que dans mon règne animal je place parmi les échassiers , doit plutôt être rapproché des gangas ou attagens.

Les sternums d’échassiers les plus vigoureux, les plus opposés aux précédents, sont ceux des grues, hérons et cigognes. Ils sont très grands ; leur crête est très saillante; leur bord posléricur,entierdans les grues, n’a qu’un feston rentrant dans les hérons, les bihoreaux et les cigognes. Ces derniers, y compris les bec-ouverts, les jabirus, algalas, etc., ont, le sternum fort large; il est plus étroit dans les hérons, encore plus dans les grues et surtout dans l'agami ; plusieurs espèces de grues ont en outre cela de remarquable, que leur trachée-artère pénètre dans l’épaisseur de la quille et s’y replie diversement selon les espèces, comme nous le dirons plus au long lorsque nous traiterons des organes de la voix. Dans presque tout le grand genre ardea de Linnæus, la fourchette vient articuler sa pointe à celle de la quille du sternum, souvent même elle s’y soude entièrement : c’est ce qu’on voit dans la grue et la demoiselle de Numidie ; la grue couronnée, ou oiseau royal, fait exception : sa fourchette reste libre du côté du sternum.

Les outardes, les pluviers, les vanneaux, les huitriers, les spatules, les ibis, les courlis, les barges, les maubèches, les sanderlings, les phalaropes, les tourne pierres, les chevaliers, les échasses, les avocetles , ont quatre échancrures au bord postérieur de leur sternum, l’interne est d’ordinaire plus courte, et quelquefois fort petite; elle disparait avec l’àge dans les œdicnemes, et n’existe point dans les bécasses et les combattants. Ces sternums sont de largeur médiocre; mais leurs quilles sont assez saillantes. Leur épisternal n’est qu’une petite lame comprimée.

Dans les foulques, les poules sultanes, les râles, les jacanas, le sternum est fort étroit, et c’est ce qui donne à leur corps cette forme comprimée qui les distingue. Il n’a que deux échancrures, mais fort larges et fort profondes, ce qui se rapporte à leur vol faible.

Les palmipèdes ne différant pas moins par le vol que les échassiers, semblaient devoir offrir d’aussi grandes différences à leurs sternums; il n’en est pas tout-à-fait ainsi, parce que dans la plupart il a ce caractère général de se porter beaucoup en arrière; non point à cause de leur vol, mais probablement pour protéger leur abdomen pendant leur continuelle natation. C’est ainsi qu’il est très long et assez large dans le genre entier des cygnes , des oies et des canards, où il a en arrière deux échancrures souvent fermées et changées ainsi en trous.

Parmi ces espèces du grand genre anas de Linnæus, on doit remarquer le cygne chanteur, qui loge, comme les grues, un repli de sa trachée-artère dans l'épaisseur de la quille de son sternum, mais avec cette différence que la trachée ne passe point, pour entrer dans cette quille ni pour en

ARTICLE TROISIÈME. — DE LA CAVITÉ DU TRONC

sortir, entre les branches de la fourchette , celleci se contournant en arrière autour de ce repli qu’elle forme.

Ce qui me semble confirmer ce rapport de la longueur du sternum uvec la natation, c’est qu’il est encore plus long à proportion dans les palmipèdes à ailes courtes quisonL presque toujours sur l’eau. Les plongeons, pingouins, macareux et guille m ois, l’ont terminé en arrière par une extension demi-circulaire entre deux échancrures médiocres; quelquefois il y est percé de deux trous entre les échancrures.

Dans les manchots, le lobe intermédiaire est au contraire deux fois moins long que les branches en dehors des échancrures; dans les grèbes, où il est plus court et plus large que dans les précédents, les branches s’écartent et se courbent en dehors des échancrures, et le lobe intermédiaire est lui-même un peu fourchu.

Tous ces oiseaux, et même les pingouins et les manchots, qui ne peuvent nullement voler, ne laissent pas que d’avoir à leur sternum une crête assez saillante. On a supposé que leurs pectoraux s’emploient pour la natation, leurs très petites ailes leur servant cependant de nageoires. Mais dans les palmipèdes à grandes ailes on retrouve en plein les conditions d’un vol vigoureux; on doit remarquer même que l 'oiseau de tempête, dont le transport jusque sur les plus hautes mers est si étonnant, a lesternumenlier, comme les aigles, les martinets et les colibris : il est aussi très large et aune crête très saillante , derrière la pointe de laquelle vient s’articuler l’angle de la fourchette. Il en est de même dans les autres pétrels, qui ont cependant quatre petites échancrures au bord postérieur; tous ont l’épisternal à lame comprimée; albatros a le sternum d’une largeur extrême et simplement festonné en arrière; son épisternal est tronqué.

Les mouettes, le paille en queue, ont quatre petites échancrures et l’épislernal comprimé comme les pétrels ordinaires, mais leur sternum un peu plus oblong. Les quatre échancrures des hirondelles de mer sont encore plus petites; du reste, leur sternum est fort semblable à celui des mouettes. Les stercoraires en diffèrent en ce que les échancrures internes sont beaucoup plus petites que les externes; elles se changent même eu trous dans le po marin .

Dans les pélicans, les fous, les frégates, ces puissants voiliers, le sternum est de nouveau large et entier, son bord postérieur n’est que légèrement festonné. Les fous l’ontalongé, surtout de l’avant; il l’est moins dans les cormorans , et il parait que dans les frégates il est plus large que long; la fourchette s’articule dans tous à la pointe de la quille, et dans la Irégate et les pélicans elle s’y soude tout à fait comme dans les grues.

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