ART. III. SANG DES VERTEBRES
la foudre ne se coagule pas; qu'il en est de même de celui des animaux tués par l'acide hydro-cyaniqUe, qui devient visqueux, onctueux, et prend une couleur foncée ; que le repos favorise la coagulation du sang; voilà pourquoi la syncope arrête les hémorrhagies, en favorisant par la suspension momentanée du mouvement du sang, la formation d'un caillot, dans le vaisseau ouvert. Depuis long-temps J. Hunier et Hewson avaient observé qu'une température élevée de quelques degrés au dessus de celle du sang de l'animal, en favorise la coagulation; que le froid au contraire la retarde. Le contact de l'air, et, mieux encore, celui de Toxigène, sont de même favorables à la solidification du sang, quoiqu'elle puisse avoir lieu dans le vide. On pourra voir dans l'ouvrage cité de M. Schultz, et dans la Monographie de M. Nasie^ tous les détails connus sur les agents physiques ou chimiques, ou sur les circonstances physiologiques ou pathologiques, qui favorisent ou entravent la coagulation du sang.
Ils donneront la conviction qu'elle provient d'une propriété vitale du sang, dont le degré d'énergie peut varier beaucoup suivant les circonstances de santé, de maladie ou de mort qui ont précédé la manifestation de ce phénomène.
La solidification du plastique est bientôt suivie d'un autre changement. La partie solide se contracte , s'entoure d'un liquide (le sérum) , dont la proportion augmente peu à peu, à mesure que la partie solide (le caillot) diminue de volume. Lorsqu'on n'a pas séparé les globules du plastique, la plus grande partie se trouve com-
prise, avec la fibrine, dans la partie solide ou le caillot di^ sang.
La séparation du caillot et du sérum n'est guère complète qu'après vingt-quatre heures. "•
Lorsqu'on en sépare les globules avant la coagulation du plastique^ le caillot de celui-ci n'est que de la librine, et le sérum une dissolution albumineuse avec un peu de graisse et des sels.
La fibrine est la partie organisée du plastique, ou, si l'on veut, celle qui est le plus animalisée.
Nous ne nous arrêterons pas à donner les proportions du caillot rouge et du sérum ; le premier étant encore trop composé , puisqu'il renferme les vésicules et la fibrine. Sous ce rapport, les tableaux publiés sur les proportions d'eau, de particules et d'albumine du sang, sont imparfaits en ce qu'ils ne donnent pas une véritable analyse des éléments organiques du sang, les globules et le plastique, qui se décomposent; les premiers en vésicules, en noyaux et en matière colorante , et le dernier en fibrine et en sérum albumineux.
Cp sont là les véritables éléments organiques du sang dont nous voudrions pouvoir donner des tables proportlorweUes dans les différens animaux vertébrés ; mais les données manquent pour en dresser de tant soit peu complètes. Nous nous contenterons d'indiquer successivement les proportions de fibrine et de sérum que le plastique produit lorsqu'il se sépare en ces deux éléments organiques.
De même que les vésicules, la fibrine se reconnaît à sa forme déterminée. Ce sont les deux seules parties du sang dont l'organisation paraît évidente. La fibrine extraite du sang artériel paraît en petit? morceaux comme
ART. m. SANG DKS VEnTÉBRÉS. §7
brisés ; elle est plus compacte dans le sang veineux. Sa forme organique est une preuve, suivant M. Schultz, que l'apparition de cette substance n'est pas le résultat de la précipitation du sérum liquide dans lequel elle aurait été chimiquement dissoute ; mais qu'elle y aurait été organiquement combinée. Cependant le phénomène de la ci*istallisation des substances minérales nous parait toul-à-fait analogue.
Le tableau ci-après donne les résultats de quelques observations sur la quantité de fibrine qu'on a pu séparer du sang. Cette quantité paraît dépendre de l'organisation du sang ; plus celui-ci est parfait, plus il y a de fibrine de produite dans la coagulation du plastique; le sang artériel en contient plus que le sang veineux (i).
PROPORTïOffS DE LA FIBRINE CONTENUE DANS LE SAWG.
Espèce d* san^
Mammifères.
Oiseaux,
Reptile».
Pois&ons.
Fibrine sécha. Okiervat»
Csnt parties de sang contiennent.
f Minimum \ r 0,1560 ")
SangUum. Moyenne > de 22 ob5.| 0,4298 ) LeGanu(2).
Maximum) <v 0,7285 )
Chat. 0,470 Berthold.
Cheval fîî^y'""'^^'^ i'S^M Schultx.
l Moyenne âe 3 obs. 0,690 )
Chevreau. 0,400
, Agnean. 0,500
VVeau. ' . . 0,570
Bœuf. 0,740
\ Pigeon i,670
] Grenouille 0,600
I Carpe 1,160
(1) M. J. Millier, mémoire cite; Annales des Seiêncss natur.., 1" série, t. 1, p. 552.
(2) Nouvelles rechercher sur le san^'; par M. L. R. Le Canu. Transact, médicales ^ t. VI, p. 92. Paris, 1831.
Le sérum est la partie liquide du plastique, laquelle n'est pas organisée. Sa proportion, dans le sang, est en raison inverse des yésicules. C'est une dissolution aqueuse d'alb^:mine cl d'un peu de graisse, au moyen des alkalis et des sels qui sont mêlés à cette dissolution. Ainsi le sérum se compose de parties solides , Talbubumine, la graisse et les alcalis ou les sels, et de parties liquides ou d'eau.
Sur dix parties solides, huit sont de l'albumine avec un peu de graisse, et deux se composent d alkalis ou de sels.
La table ci-après donne les proportions des parties solides avec l'eau, d'après les expériences de MM. Prcvost et Dumas.
Le sérum pur est visqueux, jaunâtre, limpide; son poids spécifique est de 1,027 à 1,029; sa saveur est légèrement alkaline.
Cent parties contiennent :
Espèce de sang.
Parties solides
Sang humain. . . 10 Singe callitriche. . 9,2
Chien 7,4
Chat 9,6
Lapin 10,0
Cheval 9,1
Veau 9,1
Brebis ..... 8,5 Chèvre* .- . , . 9,0
Eau.
AKT. TU, SAîHG DES YERTÉBREa.
Espèce de sang.
Parties solides.
Marsouin. . , . 10,0
Vautour 6,6
Corbeau 6,6
Canard. . , , , 9,9
Coq 7,5
Pigeon. . . , , 5,5
Tortue. , . ^ , 9,6
Grenouille. . , , 5,o
Truite. . » . . 7,7
Lote 6,9
Anguille. ♦ . . . 10,0
Eau.
Le sang, dans 1 état de vie, paraît être composé d'un fluide odorant, qui distinguerait chaque espèce d'animal, si on pouvait en exprimer les différences, et dont les propriétés odorantes se manifestent surtout à l'époque du rut.