III. Comparaison de la composition organique du
SANG AVEC CELUI DU FCETUS , AVEC LE SANG DES ANIMAUX INFÉRIEURS, AVEC LE CHYLE ET LA LYMPHE.
Pour compléter l'idée qu'on doit se faire des parties organiques du sang, dans l'état actuel de nos connaissances, il faut les comparer telles que nous venons de les décrire dans l'animal vertébré qui a respiré :
1 •* Avec celles qu'on observe dans les fœtus des mêmes animaux ;
vl* Avec celles des animaux des types inférieurs ;
3*" Avec le chyle et la lymphe, qui ont un commencement de cette organisation du sang , mais que leur mélange avec le fluide nourricier doit rendre plus parfaite.
Les globules sanguins n'ont pas de forme déterminée dans les embryons des vertébrés, surtout quand on les observe dans les premiers temps de la gestation ou de l'incubation.
Ainsi Heivson (i) les a trouvés fonds et plus gros que ceux de l'adulte, dans l'embryon d'une vipère et dans un poulet, après cinq jours d'incubation.
Prévost a vu ceux d'un fœtus de chèvre elliptiques.
En général , on peut dire qu'ils varient de forme et de grandeur dans les embryons, suivant les époques de la vie fœtale.
M. Schultz les a trouvés de diflférentes formes et grosseurs dans la pouUy durant les trois premiers jours de rincubation.
Hewson avait déjà annoncé qu'ils étaient rond^ et plus gros que ceux de l'adulte.
Le plastique se forme dans le sang avant les vésicules.
Celles-ci ne contiennent pas de noyau dans les embryons des reptiles amphibies y et elles ne renferment pas de matière colorante.
(i) De rubrarujn sang. part, fabrica» L. B., 3785, cap. i, t. 1.
ART. in. SANG DES VEllTEBRÉS. 31
Sous ce double rapport on peut dire que les embryons des vertébrés se rapprochent des types inférieurs.
Ainsi, dans V huître , \ix paludine vivipare , parmi les mollusques, la membrane des vésicules est granulée, mais elle ne paraît pas renfermer de matière colorante; elle n*a d'ailleurs pas de noyau..
Quant aux transformations successives du chyle et de la lymphe pour prendre Torganisation du sang, voici ridée qu'on peut s'en faire d'après les différences que nous avons déjà indiquées dans la composition organique et chimique de ces trois fluides.
Les molécules graisseuses qui abondent dans le chyle et le rendent laiteux , suivant MM. Tiedmann et Gmelin , diminuent à mesure que le chyle s'organise. Elles sont en proportion inverse de la fibrine. Ainsi le chyle limpide (la lymphe) des chevaux à jeun a fourni plus de coagulum fluide ou sec (1,00 à 1,7,5 pour 100), que le chyle laiteux des chevaux qui avaient mangé ; il n'en avait que 0,19 à 0,78 pour 100.
Le chyle du canal thoracique estrougeâtre ; celui des vaisseaux de la rate est aussi rougeâtre ; cette couleur fait supposer l'existence des vésicules complètement organisées , avec leur enveloppe , leur noyau et leur matière colorante.
Dans le liquide du canal thoracique d'un lapin on a observé des globules lymphatiques transparents (le noyau des globules complets ) ; des globules granuleux (commençant à se revêtir d'une enveloppe); des vésicules colorées, dont la forme et la couleur étaient variables , preuve qu'elles n'étaient pas comi>lètement organisées.
3â XXV*" LEÇON. DU FLUIDE NOUllRIClER, ETC.
L'hypothèse que la rate contrihue à ce travail organisateur, ainsi que les glandes lymphatiques, est fon-^ dée sur l'observation que le chyle des vaisseaux efférents de la rate et celui des mêmes vaisseaux efférents des glandes lymphatiques, ainsi que celui qui est recueilli à la fm du canal thoracique, a une teinte rosée.]
L'extrême pâleur des personnes atteintes de maladies organiques de la rate , durant lesquelles les fonctions normales de ce viscère sont empêchées , viendrait encore à Tappui de cette opinion.
lY. Fonctions des parties organiques du sang.
[Les physiologistes ont admis plusieurs hypothèses sur les deux parties organiques du sang , les vésicules et le plastique,
Haller^ qui avait observé que la température du sang des animaux est en proportion de la partie colorante du sang, lui attribuait pour usage, la production de la chaleur; tandis que le plastique devait servir à la nutrition (i).
M. Dutrocliet considère chaque vésicule comme un appareil ékctrique composé de matière colorante électropositive et d'une matière électro-négative (le noyau).
M. Scliultz regarde les vésicules comme des organes de respiration. Il pense qu'elles renferment un fluide élastique , et fonde son hypothèse sur ce qu'elles sont
(1) Primai Linccc physiologlco, S CLii. Ruber cruor calon gencrando imprimi^ inservirc vidctur, cura in cadcm rationc cum ipso sanguinis calorc sit. ' Et ? OLin : ? vum coagulabilc imprimis Rutritioni partiura dçsliuatur,
Sr.CT. I. ATIT. IV. PARirF.S oRGAMQrr.S Dr SAXC. 1>J
plus nombreuses chez les animaux qui respirent beaucoup, et moins nombreuses chez ceux qui respirent peu {X^fè reptiles amphibies) . 11 cite encore, à l'appui, une observation de Poli qui mériterait bien d'être répétée, dans laquelle cet observateur a vu les vésicules du sang; des mollusques affamés, ou qui ne pouvaient respirer, s'affaisser et se flétrir ; elles se gonflaient dès que ces animaux pouvaient respirer.
Quant au plastique, nul doute qu'il ne serve essentiellement à la composition des organes , à leur renouvellement, en un mot, à leur nutrition. Toute espèce de sang se compose de plastique ; c'est lui qui paraît le premier dans les fœtus des animaux supérieurs. C'est donc la partie essentiellement nutritive du fluide nourricier. ]
B. Propriétés plijsiques et composition cliimiqae du sang.
On sait que, dans Hiomme, le sang est un fluide d'un beau rouge, d'une saveur douceâtre, ]iq peu salée, d'une odeur fade et particulière , dont la consistance, un peu visqueuse, varie beaucoup, ainsi que l'intensité de sa couleur.
Constamment agité dans les vaisseaux qui le renferment, et soumis à une température de 5o à 7)2 degrés, il conserve sa liquidité ; mais nous verrons lout à l'heure qu'il lu perd bientôt par le repos et le refroidissement, ainsi que par une plus forte chaleur.
Aussitôt que ce liquide est extrait des veines et cesse d'être agité, il se sépare en deux parties distinctes, dont la proportion varie beaucoup, suivant l'état de vie (k 3
34 XXV' LEÇON. DU FLUIDE NOURHICIElî, ETC.
des différents individus. L'une, appelée sérum, est liquide , jaunâtre, d'une saveur un peu salée, et se compose particulièrement d'eau et d'albumine dissoute au moyen d'une certaine quantité de soude ; elle contient encore des sels , tels que des muriates de soude et de potasse, des phosphates de soude et de chaux, mais dans une beaucoup moindre quantité ; elle forme au moins le f 5 plus souvent les y de la totalité du sang.
L'autre partie du sang, son caillot, est elle-même un composé de deux substances bien distinctes; on les obtient séparément par le lavage à l'eau froide. Celle qui se dissout dans l'eau et la colore en rouge est formée des molécules dont nous avons parlé plus haut. C'est, suivant les dernières découvertes de M. Fourcroy et Vauquelin, un composé de phosphate de fer sur oxidé (1), de soude, qui anime ce sel neutre, d'albumine et de gélatine, et de beaucoup d'eau. L'autre portion du caillot qui reste non dissoute, a tous les caractères de la fd^rine, qui se trouve en plus grande proportion dans les muscles. Sa quantité moyenne n'est, dans les mammifères, suivant le même auteur, que 0,0028. Cependant elle n'entre pas moins essentiellement dans la composition du sang.
M. Homberg l'a trouvée dans celui des mollusques, et elle existe probablement dans le fluide nourricier des classes inférieures, toutes les fois que ce lluide doit nourrir des muscles distincts.
[L'état actuel de nos connaissances, résultat d'analyses plus parfaites, de recherches multipliées, nous
jfl) Pliif? tard raaqaetîn a reconnu J'i'rnnir de rcs |)nMTi}«'i"CS observations.
SECiT. T. ART. IV. PAmiES ORGANIQUES ni: SANC. 3f)
oblige d'ajouter un supplément important à ce qu on savait sur la composition chimique c^q sang en i8o4, époque de la rédaction de cet article, dans notre première édition.
La couleur, la température, le poids spécifique du sang varient plus ou moins sui\i|nt qu'il est tiré des yeines ou des artères, ou de tel ou tel animal.
Le sang artériel est d'un rouge vermeil; celui des veines est brun, dans les animaux à double circulation et à respiration complète ; m^is cette différence est moindre dans les reptiles^ chez lesquels le sang qui a respiré se mêle dans le cœur avec le sang qui n'a pas respiré.
Dans Vliomme la température du sang artériel est de 7)2 degrés R.^ celle du sang veineux de 3i degrés. Dans les mammifères la température peut être un peu plus basse ou un peu plus élevée.
Son poids spécifique a été trouvé
, ( i,o55 chaud 1 ^ .
''M ,,o55 froid {parJunne;
^e j ' r^ { P^i" Berzélius à i5 degrés de température.
Ce poids serait pour le sang artériel et le sangveineux
de 1,000 et de i,o54 d'après Davy;
de i,o55 et de i,o56 suivant Scudamore;
j r-.A r/ ? suivant Schultz, pour le
de 1 ,o5o et de i ,o54 > j u i ^
^ S '^^"8>" "^ cheval.
Ces expériences ont été faites sur le sang du chien, de la brebis et du cheval.
Le sang paraît d'ailleurs avoirune odeur particulière, qui diffère suivant les espèces d'animaux, et peut-être les sexes, les âges eties époques de rut, de gestation, etc.
3f) XX^' LEÇON, Dl: FLLIDE NOL'RKICIEK. iiT€.
•Nous donnerons d'abord Tanalyse du sangde l'homme faite par M. LeCanu (i), on observant que l'acétate de soude et le lactate de soude paraissent aussi devoir se trouver dans le sérum, mais que la recherche des sels par l'incinération doit les décomposer. Il y aurait d'aildc l'hydrochlorate et du phosphate de soude dans le sang-, ainsi que du phosphate de fer.