Des troncs veineux principaux, en général
Les veines du corps ont la plus grande ressemblance, dans leur distribution principale, avec celles de l'homme. On pourrait même dire qu'elles Varient moins que les artères. Ainsi lorsque l'aorte abdominale, au heu de se diviser en iliaques primitives, ne fournit que les ihaques externes en se bifurquant, tandis que les ihaques internes naissent d'un tronc commun, placé au centre de la bifurcation des deux premières, les veines n'ont pas une distribution semblable , mais se réunissent comme à l'ordinaire.
a ) Pleine-cave antérieure.
Au lieu d'une seule veine cave antérieure , quelques animaux en ont deux, une pour chaque côté, dont la droite a la situation et l'insertion ordinaire; tandis que la gauche gagne le siHon qui sépare la base du cœur
de l'oreillette gauche, et le parcourt jusqu'à l'oreillette droite, dont elle perce la partie supérieure et gauche, de manière que son orifice se voit, dans cette oreillette, tout près de l'embouchure de celle-ci dans le ventricule.
C'est ce que nous avons observé, entre autres, dans le vespertilion murln; dans leporc-épic et la plupart des rongeurs; dans Vélépliant; [c'est ce qui se voit dans Vornitliorhynque (i).
Une particularité bien remarquable d'une des veines affluentes de la veine-cave antérieure, est celle que présente, dans plusieurs mammifères, la jugulaire externe. Elle y reçoit une bonne partie du sang du cerveau par le canal temporal (2), dans lequel se dirige le rameau antérieur du sinus transverse ; etce n'est que la moindre partie du sang du cerveau, qui s'écoule^par le trou jugulaire; la veine vertébrale qui se joint aussi à la veine jugulaire externe, en recevant de même une bonne part.
Cette disposition des veines cérébrales existe dans tous les animaux hybernants (3) ; mais il faut se hâter d'ajouter que beaucoup d'autres mammifères rongeurs (les rats); èdentés ; ruminants; pacliydcrmes [\t cheval); carnassiers , qui ne s'engourdissent pas , l'ont également. Elle paraît tenir plus essentiellement à la situation et à la direction de la tête. C'est donc une différence entre l'iiomme et les mammifères, liée plutôt à
(1) Suivant Mt'cAe/, op. cit., p. 328.
(2) C'est une communication formant un trou , une fente ou un canal situé entre le rocher et le temporal, proprement dit, ou percé entièrement dans ce dernier os au-dessus de l'oreille. Mémoire sur les vaisseaux cèphaliques de quelques animaux qui s' engourdisscnl pendant l'hiver ; par M. OHo, Annales des sciences natur., t. ii, p. 73.— (3) Ibid, p. 105.
ART. II. DES VEINl-S. ^1)7
la stalion sur quatre pieds, pro])re à ces derniers, quïi la eause qui force certains mammifères de s'engourdir par le froid de l'hiver. ]
b ) De la veine-cave postérieure,
[Nous décrirons ici les particularités qu'elle présente dans les mammifères plongeurs. ]
Ld. veine-cave postérieure oiire dans le phoque une structure d'autant plus remarquable, qu'elle paraît tenir à la faculté de plon<;er que possède cet animal à un haut degré. Cette veine est d'un volume ordinaire avant de passer derrière le foie; mais, lorsqu'elle est parvenue à cet endroit, elle forme un sinus volumineux dans lequel viennent se décharger cinq grosses veines hépatiques, et qui s'étend jusqu'au diaphragiue; au-delà de cette cloison, c'est-à-dire dans la poitrine, la même veine n'a pas un développement extraordinaire.
[Le grand sinus hépatique de la veine-cave, dont nous avons signalé le rapport physiologique dans les phoques, que nous avons encore décrit dans les plongeons (i), parmi les oiseaux, a été observé dans tous les mammifères qui vont fréquemment à l'eau; mais dans aucun il n'a la capacité proportionnelle que nous venons d'indiquer. Il commence dans la loutre, lorsque la veine-cave inférieure traverse le lobule droit, puis le lobe droit du foie, et se termine, à l'instant du passage de cette veine à travers le diaphragme.
jNous avons vu une dilatation analogue dans la veine-
Ci) PremiL're édit., t. iv, p. 274.
â38 XXV' LEÇON. SECT. HT. RÉSERVOIRS DU SANG.
cave hépatique du desman des Pyrénées^ déjà signalée par Pallas dans le desman de Russie ; elle existe encore dans le rat-d'eau et le castor, et même dans Vorni-' tliorhynque (i). ]
c) De l'azygos ou du tronc veineux intermédiaire entre les deux veines-caves antérieure et postérieure.
L'insertion de Vazygos , l'existence d'une azygos du côté gauche sont assez variables ; mais on sait que les mêmes circonstances varient dans l'homme. Elles ne méritent pas conséquemment de nous arrêter.
2°. Caractères distinctifs du système veineux des Cétacés^ et particulièrement des plexus des veines afjluentes dans les veines-caves,
[Dans les cétacés, le système veineux présente généralement un développement proportionnel encore plus considérable que le système artériel , et l'on y voit cet arrangement en réseau, ou en plexus, mais d'une manière encore plus marquée, que nous avons déjà fait connaître dans ce dernier système.
Les veines du dauphin et du marsouin (2) , à Texception des troncs principaux, montrent partout, au lieu de simples ramifications, de fréquentes anastomoses entre leurs branches, leurs rameaux et leurs ramuscules, qui forment ainsi de nombreux réseaux.
(1) Mcchcly op. cit.
(2) Sur U Système vasculairc du tnarsouin ; par M. le D' K. E. de Baer, mai 1834. Nova acla Physicc-medlca^ Acad. c. i. nat. Cur^ t. xvii, part, i, p. 395, et pi. xxïx, 1835. Ce mémoire est Irts-remarquable, non-seulement pour la partie analomique, mais encore pour les corollaires de physiologie générale.
Elles paraissent manquer do vahiiles, et kiirs parois sont plus épaisses qu'à l'ordinaire, au contraire de celles des artères, qui sont plus minces (i).
Les réseaux veineux ne répondent pas toujours à des réseaux artériels analoi;ues; les plus considérables n'en ont pas de correspondants parmi ces derniers.
Les fréquentes anastomoses dont nous avons déjà parlé , font que les principales parties du système veineux , la veine-cave antérieure , la veine-cave postérieure, la veine pulmonaire, la veine-porte, ont entre elles de plus fréquentes communications qu*à rordlnaire.
Celles entre les veines-caves antérieure et postérieure sont établies principalement par le moyen des sinus vertébraux (2).
Ce sont deux longs sinus placés sous la moelle épinière, dans le canal vertébral, qui s'ouvrent en arrière dans la veine-cave postérieure. En avant ils se réunissent en un seul, dont le diamètre est le double de celui de la moelle, et qui forme, en très-grande partie, le tronc extrêmement gros d'une très-courte azygos. Ce trono est encore composé, mais pour une plus faible partie, des plexus veineux intercostaux de chaque côté.
Un autre caractère du système veineux des cétacés est le peu de développement, le petit diamètre proportionnel des artères et des veines qui vont à la couche de graisse sous-cutanée et à la peau. Cette couche épaisse de lard, et la nature même de la peau, rendant
(i> IWd. , p. 397.~(2) Ibid. , p. 407.
celle-ci iaipropre à l'espèce de respiration et aux fonctions d'absorption et d'exhalation dont elle est susceptible dans les mammifères chez lesquels son système sanguin est plus développé , expliquent la petite proportion du système sanguin cutané dans les cétacés.
Les veines de la tête composent généralement des plexus très-compliqués ; elles ne se réunissent que fort tard en branches principales , pour affluer dans les deux jugulaires. Les plus remarquables de ces plexus sont le plexus qui entoure l'évent et celui qui répond à la mâchoire inférieure.
Les veines de la queue forment un réseau qui se voit, avec le réseau de l'artère caudale, dans le canal que forment les apophyses épineuses inférieures. C'est le plexus veineux caudal j qui se jette en grande partie dans la branche droite de la veinecave postérieure. Cette veine est encore l'aboutissant du plexus du rectum, remarquable en ce qu'il met la veine-cave en communication avec la veineporte. La région lombaire est occupée par trois autres plexus considérables, de chaque côté, l'un superficiel (i), compris dans le péritoine de cette partie ; l'autre moyen, étendu sur le psoas (2) ; le troisième, recouvert par ce muscle , est situé sous les apophyses transverses des vertèbres lombaires.
Ces nombreux plexus servent, non -seulement à contenir la grande quantité de sang que possèdent les cétacés, mais encore à facihter son mouvement d'un côté, lorsqu'il serait empêché d'un autre côté; tel doit
(1) Ibid., pi. XXIX, L. Pour le plexus péritonéal gauche. — (2) Ibjd. , k, k.
ART. IT. DES VEINES. â4t
être l'offet des nombreuses eoinmunications qu'ils établissent entre toutes les parties du système vasculaire.]
§ III. Des veines pulmonaires^ ou des veines qui se rendent dans le sinus de ce nom.
A. Dans l' homme.
Ces veines sont, après leur sortie des poumons, au nombre de quatre , deux de chaque côté , une supérieure qui descend vers l'oreillette gauche au-devant de la branche artérielle correspondante, Tautre inférieure, qui s'élève à la rencontre de la même oreillette ; celles du côté droit ont un chemin plus long à parcourir pour y arriver que celles du côté gauche. Toutes quatre se réunissent à la partie supérieure de cette cavité. Leur diamètre n'excède pas celui des artères pulmonaires.
B. Dans les Mammifères.
Les veines pulmonaires ne varient que par le nombre des racines qui les forment, nombre qui est en rapport avec celui des lobes de chaque poumon.
§ IV. Veilles des Oiseaux, A. Des veines du corps.
Nous avons peu de chose à dire sur les veines du corps. Les fémorales n'entrent point dans le bassin par l'échancrure ischiatique, et n'accompagnent pas conséquemment les artères de ce nom ; elles suivent le même chemin que dans les mammifères, celui de l'arcade crurale. Arrivées dans le bassin^ elles se -réunis- 6. 16
2iâ XXV' LEÇON. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
sent aux èmulgentes, qui ont rassemblé elles-mêmes les veines du coccyx et de Tintérieur de cette cavité.
Les deux troncs qui en résultent, de chaque côté, se confondent en un seul, vis-à-vi6 de la portion la plus avancée des reins. [C'est là l'origine de la veine-cave postérieure. Elle reçoit immédiatement les veines génitales ouspermatiqueschezlemâle, et celles de l'ovaire dans la femelle.] De là cette veine traverse le lobe droit du foie, reçoit les veines hépatiques qui appartiennent à ce lobe, rencontre, aussitôt qu'elle l'a dépassé, le tronc commun des veines hépatiques du lobe gauche, et se termine dans le sinus commun des veines du corps; c'est du moins ce qui a lieu le plus ordinairement. Mais, dans Yautruche^ toutes les veines hépatiques se rendent dans la veine-cave lorsqu'elle est encore entourée de la substance du foie. Dans les plongeons^ ce n'est qu'après être sortie de ce viscère qu'elle reçoit les deux principales veines hépatiques, une pour chaque lobe, quoique plusieurs de ces veines moins considérables s'y rendent lorsqu'elle en est encore entourée.
Cette veine a d'ailleurs, dans ces derniers oiseaux, un diamètre très-considérable dans toute la portion qui est dans le foie, et forme une espèce de réservoir analogue à celui que nous avons décrit dans le phoque.
[Quoique la description précédente comprenne les circonstances principales concernant l'origine de la veine-cave inférieure, et la désignation des rameaux et des branches qui s'y rendent , nous chercherons à compléter l'idée qu'on doit se faire de cet arbre veineux , en le décrivant très-succinctement dans le coq.
La veine-cave inférieure semble avoir sa première origine , dans le tronc , par deux veines caudales
ART. II. DES VEINES. â43
qui s'avancent , rapprochées Tune de l'autre , de rextrémité du coccyx dans le bassin. Chacune de ces deux veines se joint à une liypo gastrique du même côté, qui réunit les rameaux veineux du cloaque , des parois du bassin et des canaux déférents. Les deux troncs qui résultent de la réunion des coccygiennes aux hypogastriqucs, communiquent par une courte branche transversale. Ils continuent ensuite de s'avancer vers chaque rein, en recevant à mesure des rameaux qui sortent des troncs intervertébraux; enfin ils semblent aboutir dans les deux branches de la mé" scnlérique postérieure. Celle-ci reçoitle sang du rectum par une arcade postérieure ; mais elle naît aussi d'une arcade antérieure qui joint ses rameaux àceux delà mésentérique antérieure qui appartiennent à la veine-porte. Le tronc composé de ces ramifications se bifurque en s'approchant de l'extrémité postérieure des reins, et reçoit, comme nous venons de le dire, les veines du bassin. Chacune des branches de cette bifurcation %avance audessus du rein, plus près de son bord interne que de Texterne; beaucoup de rameaux vertébraux viennent s'y joindre. De son côté , cette veine pénètre dans la substance du rein, reçoit à mesure de petites rénales, l'ischiatique, et se réunit enfin à la crurale. La veine qui en résulte définitivement , de chaque côté, reçoit une branche formée par les rénales antérieures, et plusieurs vertébrales. Ce sont ces deux troncs qui se confondent dans la ligne médiane pour composer la veine- cave inférieure, ainsi que nous l'avons dit dans notre description générale.
Dans cette description , et dans celle plus particulière que nous venons de faire, nous n'avons pas dési-
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gné comme veines afférentes pour le rein, les rameaux qui viennent aboutir à la branche veineuse qui pénètre dans la substance de cet organe. Nos propres observations nous déterminent à nou^ranger de l'avis de M. Cuvler ( i ) et de Meckel, qui n'admettent pas, comme M. Jacobson (a), de veine-porte pour les reins des oiseaux (3). ]
Il y a deux veines-caves supérieures qui rassemblent chacune les veines de leur côté ; la gauche s'ouvre dans le sinus, tout près de son embouchure dans le ventricule , tandis que la droite a son orifice situé comme celui de la veine-cave supérieure des mammifères.
B. Des veines pulmonaires.
Les pulmonaires n'offrent rien de particulier ; leur diamètre est à peu près égal à celui des artères.
[Meckel a vu dans les veines pulmonaires de Vautruclie et du casoar, aux points de jonction des rameaux, 4ps replis valvulaires sinjples très-prononcés (4).]
§ V. freines des Reptiles.
[Leurs parois sont extrêmement minces ; elles ne montrent des fibres que dans les gros troncs des reptiles de la plus grande taille.
(1) Hist. nat, des Poissons, t. i, p. 516.
(2) Système d'anal, comp,^ t. V, p. 28/»} 6dit. allemande. Des replis saillants servant de valvules, qui se voient entre les principales divisions de ces veines, y dirigent évidemment le san[ç vers le cœur. Vaulruelic^ le cascar, Voutardc^ie eygnc, ont de semblables replis.
(3) Dû systcmaic vcnoso peculiari, etc., Hafnio?; 1821.
(4) Op. cit., p, 283 du t. v.
Celles des c/iéloniens et des crocodillens sont pourvues de quelques valvules. On n'a pas encore constaté l'existence de celles-ci dans les veines des ophidiens; aussi avons-nous observé qu'elles s'injectaient facilement dans tous les sens. Comme dans les autres classes des vertébrés, les veines des reptiles sont plus nombreuses que les artères. Leurs anastomoses sont plus fréquentes ; elles font, de l'ensemble du système veineux, un réseau plutôt qu'un arbre. La circulation des reptiles n'étant pas circonscrite dans une seule direction, bien déterminée, à travers les poumons, comme dans les mammifères et les oiseaux, le système veineux ne se trouve jamais surchargé de sang, ainsi que cela peut avoir lieu dans ces deux dernières classes, lorsque la respiration est suspendue. Les veines, par ce motif sans doute, nous ont paru généralement moins grandes, relativement aux artères , que dans les deux classes de vertébrés à circulation double. On n'y trouve pas non plus ces réservoirs que nous avons décrits dans les troncs veineux des mammifères et des oiseaux plongeurs , et dont nous retrouverons des exemples dans les poissons, dont la circulation se fait par une seule voie, à travers les branchies. ]
A. Des veines du corps.