‹ Lecons d'anatomie comparée (volume 3)Chapitre 38 sur 92 · DU C€EUR DES ANIMAUX VERTÉBRÉS · texte numérisé non relu

DU C€EUR DES ANIMAUX VERTÉBRÉS

§ I. De la structure du cœur en général^ et plus spécialement de celui des animaux vertébrés.

Dans tous les animaux où il existe, le cœur est un muscle creux, ayant une ou deux, quelquefois trois et souvent quatre cavités. Une d'elles, dans le second cas, reçoit le sang des veines et le verse dans l'autre; il y en a deux dans le troisième cas qui remplissent la même fonction, ainsi que dans le quatrième; elles portent le nom d'oreillettes ou de sinus des veines.

Dans le dernier exemple, les deux cavités qui se remplissent du sang des oreillettes se vident dans les artères, La même chose s'exécute dans les deux autres exemples par une seule cavité que l'on appelle ventricule. La capacité des ventricules est plus grande que celle des oreillettes dans tous les animaux à sang chaud, ou à circulation double. Le contraire a heu dans les classes dont le sang est froid ; les parois de ces der-

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niers, beaucoup plus minces que celles des ventricules, semblent généralement autant membraneuses que musculeuses; elles n'ont pas de couches épaisses de fibres musculaires, mais seulement des faisceaux rassemblés dans certaines portions en cordons plus ou moins forts, qui s^entrelacent entre eux, et ne présentent souvent, dans leurs intervalles , qu'une paroi membraneuse et transparente.

Les parois des ventricules ou des cavités artérielles sont au contraire essentiellement musculeuses; elles ont toujoiu's beaucoup plus d'épaisseur que celles des sinus veineux, et sont presque uniquement composées de faisceaux musculeux , ayant une manière d'être toute particulière qui distingue parfaitement le cœur, des muscles volontaires. Ce ne sont point, en effet, comme dans ceux-ci, des faisceaux parallèles entre eux, et réunis par un tissu cellulaire plus ou moins évident; mais ils se partagent souvent et semblent se ramifier, s'entrelacent les uns dans les autres, prennent des directions bien différentes, et n'ont point de tissu cellulaire apparent qui serve à les unir. Cette description est d'autant plus vraie qu'on les observe plus près de la surface interne du ventricule. Lu ils se rassemblent en cordons plus ou moins forts, plus ou moins distincts, plus ou moins détachés de cette surface, qui s'entrecroisent et laissent entre eux des enfoncements ovales ou d'autres formes, dont la profondeur varie. Dans les animaux qui ont deux ventricules séparés, ces cordons sont toujours plus forts et plus distants, dans celui qui répond aux artères du corps que dans le ventricule pulmonaire; mais dans l'un et dans l'autre ils sont peu libres, et rarement détachés dans tout leur con- 6. 18

tour, au point de former, par intervalles, des espèces de ponts sous lesquels le sang puisse passer.

Ils sont beaucoup plus libres dans les animaux où le cœur n'a qu'un ventricule, particulièrement lorsque celui-ci doit avoir sa cavité plus ou moins anfractueuse, ou même divisée en plusieurs loges. Alors, comme nous le verrons plus en détail dans les articles suivants , un grand nombre de ces cordons sont détachés dans une partie de leur étendue, et forment, en s'entrecroisant, une foule de petits sinus qui communiquent les uns dans les autres, et dans lesquels le sang passe comme à travers un crible ; ils servent, dans le cas de circulation pulmonaire incomplète, à mélanger, jusqu'à un certain point , la portion du sang qui vient des poumons, avec celle qui n'a pu y passer.

Des artères qui viennent des gros troncs du corps, pénètrent dans la substance du cœur et lui portent le sang qui doit la nourrir. Il est bien remarquable que, dans les poissons, ce n'est point de l'artère qui part du cœur immédiatement, ou de la pulmonaire que naissent les artérioles de ce viscère ; i) reçoit le sang nourricier d'une des branches qui forment l'aorte, c'est-à-dire de suite après le passage de ce fluide à^traversles branchies. Le résidu en est repris par dos veines analogues, qui s'ouvrent dans le sinus commun des veines, ou, lorsqu'il y en a deux, dans celui qui répond aux veines du corps. La partie de ce même résidu , sortie des vaisseaux sanguins, est absorbée dans les animaux pourvus d'un système lymphatique, par un grand nombre de ces vaisseaux formant des plexus autour du cœur ou dans son voisinage.

Les nerfs qui vont au cœur servent encore à le dis-

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tinguer essentiellement des muscles volontaires; ils viennent, en effet, pour la plupart, du trisplanchniquc ou grand sympathique, dans les quatre classes des animaux vertébrés ; la paire vague ne paraît lui fournir qu'un petit nombre de filets. Ils ont par conséquent la mollesse des nerfs des viscères, et non la dureté ou la consistance des nerfs qui viennent immédiatement du cerveau ou de la moelle épinière, et ils se distribuent, comme les premiers, autour des artères, sans paraître aboutir, en particulier, aux différents faisceaux du cœur.

Les cavités du cœur sont toujours revêtues d'une membrane mince, délicate, transparente, à surface interne parfaitement lisse , qui se continue des sinus veineux dans les veines, et des ventricules dans les artères.

Ce viscère est de même constamment enveloppé par un péricarde ou sac membraneux, qui le contient, ainsi que l'origine des gros vaisseaux, comme le péritoine renferme les intestins ; c'est-à-dire qu'il forme, à la manière de toutes les membranes séreuses , une cavité fermée de toutes parts, dont une portion, repliée dans l'autre, recouvre immédiatement le cœur et les gros vaisseaux, et adhère par un tissu cellulaire serré à leur surface externe. Ce viscère est plus ou moins libre dans l'autre portion, dont la cavité excède un peu son volume; elle permet ses mouvements de contraction et de dilatation, et les limite jusqu'à un certain point, en se fixant par quelques portions de sa surface externe aux parties environnantes ; enfin elle empêche que le cœur ne nuise à ces parties par ses mouvements, ou qu'il ne contracte avec elles des adiiérences inflammatoires.

Le péricarde existe aussi généralement que le cœur; sa nature et sa disposition paraissent toujours semblables. On lui trouve, dans tous les animaux, une cavité remplie plus ou moins d'une vapeur ou d un liquide aqueux; une portion plus mince adhérente au cœur; et Tautre, plus épaisse, plus consistante, fixée par quelques points de sa surface externe, aux parties environnantes. Sa constance confirme les usages importants que nous venons de lui assigner. [Relativement à sa nature, le péricarde peut devenir très-fibreux dans sa partie libre, et même cartilagineux, comme dans les lamproies. Quant à sa disposition , nous verrons son sac percé et communiquant avec la cavité abdominale dans beaucoup de poissons cartilagineux , chez, lesquels cette dernière cavité est ouverte elle-même à Textérieur. ]

§ II. De la structure du cœur des mammifères.

Cette structure est la même pour Tessentiel dans tous les mammifères^ et ressemble à celle du cœur de y homme. Comme dans celui-ci , le cœur des mammifères est composé : i*" de deux cavités adossées Tune à Fautre, à parois épaisses, et presque uniquement charirues, qui chassent le sang dans les poumons et dans toutes les autres parties du corps; 2"" de deux autres cavités à parois beaucoup moins épaisses, bien moins charnues , paraissant surajoutées à la masse qui forme les précédentes , et dans lesquelles elles versent le sang qu'elles ont reçu des veines ; 3" d'une poche membraneuse qui l'enveloppe de toutes parts, ainsi qu'une •portion des gros vaisseaux qui en partent ou qui s'y rendent, Dans tous, le cœur, et le sac qui le recouvre,

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est situé dans la cavité tlioracique, entre les lames des médiastins , et présente une forme assez généralement conique ou ovalairc.

Comparons successivement ces différents points : ils nous offriront quelques circonstances particulières, beaucoup moins importantes, à la vérité, que les ressemblances générales , mais qui ne doivent cependant pas être passées sous silence.

1°. La forme du cœur, qui est proprement celle de la masse dans laquelle sont creusés les deux ventricules, ressemble à un cône obtus dans V orang-outang^ le clieval, le bœuf, etc., comme dans l'homme; elle s'arrondit beaucoup dans plusieurs singes, tels que le sai, \:t\usieuYS guenons , ainsi que dans le lori^ dans la loutre, le castor, leporc-épic, Vécureuil; elle est large et courte dans V éléphant et le dauphin; et s'allonge, au contraire, dans les phalangers , le chien, le bouc. Au reste , cette forme change avec l'âge , et n'est pas même toujours semblable dans tous les individus d'une même espèce. Ajoutons cependant que le cœur du lamantin en présente une bien singulière. Il est beaucoup plus large que long, et fortement échancré à l'endroit qui répondrait à sa pointe ; ce qui vient de ce que les deux ventricules sont absolument séparés dans leur moitié postérieure. [Ils le sont même au-delà de cette moitié dans le dugong, ]

Le sillon qui règne obliquement, de la base à la pointe , sur les deux faces du cœur de l'homme , et qui répond à la cloison des deux ventricules , dans lequel rampent les principaux vaisseaux du cœur , ce sillon , dis-je, change de direction dans les autres mammifères, lorsque la position relative des deux ventricules change

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elle-même. Il ne s étend pas jusqu'à la pointe quand le ventricule droit n'avance pas jusque là ; ce qui a lieu assez souvent, comme nous le verrons bientôt dans l'histoire de ce ventricule. Alors la pointe du cœur n'est point bifide, comme dans l'homme, mais c'est le côté droit de ce viscère qui est échancré par le sillon.

2". La situation du cœur des mammifères est peutêtre la circonstance par laquelle il s éloigne le plus souvent de celui de l'homme, ce qui tient à la marche horizontale de la plupart de ces animaux. Sa position est assez généralement moins oblique et plus directe d'avant en arrière.

Dans les orangs il présente encore cette obliquité d'une nianièretrès-marquée,etiltoucheaudiaphragmeparune aussi grande étendue que chez l'homme. Dans les autres singes il ne répand à ce muscle que par sa pointe , qui conserve un peu d'obliquité à gauche; et, dans la trèsgrande partie des autres mammifères, cette pointe n'atteint même pas jusqu'à ce muscle; elle vient se poser, ainsi qu'une portion de la face inférieure du cœur, sur la partie moyenne du sternum. De sorte que chez ces animaux le cœur est placé sur la ligne médiane du corps, [cependant dans une situation plus ou moins oblique d'avant en arrière et de haut en bas,] et à une certaine distance du diaphragme. Comme dansl'homme il n'est assujetti, dans sa position, que par les gros vaisseaux et le sac qui le contient.

3*. Le péricarde fournit au cœur une double enveloppe, dont la plus intérieure , la plus mince, adhère immédiatement à sa surface externe, et à celle du commencement des gros vaisseaux. Elle se replie de là sur elle-même, et vient former, autour du cœur, un

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