ART. IV. CŒUR DES ANIMAUX VERTÉBRKS
deuxième sac, dont la capacité excède un peu le volume du cœur; ces deux sacs n'en font proprement qu'un, dont une partie serait repliée dans l'autre comme on le fait des bonnets de nuit. 11 résulte de cette disposition, que la cavité du péricarde est fermée de toutes parts comme celles du péritoine et de la plèvre ; sa structure et ses fonctions ont d'ailleurs une grande analogie. Sa surface interne est constamment humectée de la vapeur qui s'en exhale, et favorise les mouvements du cœur, qu'il protège en lui fournissant une enveloppe et qu'il assujettit; la moitié libre du péricarde, beaucoup plus épaisse et plus fibreuse que celle qui est adhérente au cœur et qui est plus séreuse, n'a pas exactement la forme conique de ce dernier, mais elle se rapproche de la forme globuleuse. Cette même partie adhère , dans l'homme, par un tissu cellulaire serré, au centre tendineux du diaphragme , et même à sa partie charnue vis-à-vis du cartilage de la sixième côte. On trouve encore dans Y orang-outang une semblable adhérence; mais elle est réduite à peu de chose dans les autres singes, et elle devient nulle dans la très-grande partie des mammifères ; il y a même souvent un intervalle assez considérable entre le diaphragme et la pointe du péricarde, que remplissent des petits lobes du poumon (i). Dans ceux-ci, les deux prolongements du médiastin s'avancent, de ce muscle aux côtés du péricarde, et suppléent, en se fixant à ce dernier, aux adhérences immédiates qu'il n'a pas.
(4) Voir dans le paragraphe sur la forme des poumons des mammifères, et ses divisions en lobes ( Leçon sur les organes de la respiration des vertébrés) ce que nous disons de la déviation du cœur à gauche, laquelle est en rapport avec le nombre des lobes du poumon droit, et m'a paru plus marquée chez un écriai u nombre de mammifères, que cela n'est exprimé dans cet ancien lexlCo
280 XXy' LliÇON. SECT. MI. RÉSEBVOIRS DU SANG.
4°. Les deux cavités qui reçoivent le saii^ des veines sont adossées l'une à l'autre, comme celles qui forment le cœur proprement dit. Elles portent le nom très-impropre d'oreillettes , à cause de la forme d'un appendice conique, qui en fait partie, et qui est replié sur la base des ventricules de chaque côté des troncs artériels.
Leurs parois sont minces et peu musculeuses en comparaison de celles des ventricules. Dans plusieurs endroits, on n'y remarque que la membrane qui se prolonge de l'intérieur des veines pour tapisser leur cavité, réunie à la portion du péricarde qui les enveloppe extérieurement.,
a) De l'oreillette droite.
L'oreillette droite , ou le sinus dans lequel viennent aboutir les veines-caves, est la plus grande des deux; lorsqu'elle est dilatée , sa figure est elliptique ; elle semble formée par la réunion des veines-caves qui s'ouvrent aux deux extrémités supérieure et inférieure de cette oreillette; ses parois sont minces, lisses intérieurement, et sans colonnes charnues bien prononcées, excepté dans l'appendice, qui a sa surface interne toute raboteuse par de semblables colonnes ramifiées en différents sens; la cloison qui sépare cette oreillette de l'autre, percée dans le fœtus par le trou de Botal^ ne présente plus qu'un enfoncement au même endroit qui porte le nom de fosse ovale.
Celle-ci est entourée, principalement à sa partie supérieure, d'un rebord musculeux plus ou moins saillant, remarquable par l'obstacle qu'il doit présenter, dans le fœtus, au sang de la veine-cave supérieure, en le détournant du trou ovale; au-delà de la fosse ovale,
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et plus iiiférioiircnieul, se trouve l'orilice de la veinecave inférieure, horde, du côté de cette fosse, d'un repli semi-lunaire ou de la valvule d'Eiistache. Plus en dedans de l'oreillette, et plus à droite que ce dernier oriiice , se trouve celui de la grande veine coronaire, également bordé d'un repli de même forme; c'est la valvule de Tliébésius, Enfin, ce sinus s'ouvre dans le ventricule du même côté par un large orifice ovale, qui répond à l'endroit oii l'oreillette joint la base du ventricule, et paraît entouré, du côté de la première, d'une zone de fibres blanchâtres, et comme tendineuses.
La plupart de ces circonstances sont communes à V homme et aux autres mammifères ; ceux de ces derniers qui sont aquatiques et s'enfoncent fréquemment sous les eaux, tels que la loutre, le castor^ les phoques ^ les cétacés^ ont le trou de Botal également fermé lorsqu'ils sont adultes.
Nous l'avons vérifié, pour les cétacés^ sur plusieurs cœurs de marsouins et de dauphins , et pour les amphibies^ sur plusieurs cœurs de phoques (i),
(1) Nos observations ont été confirmées, depuis lors, par celles de Meckel, de Lobstein , de M. B.app^ et de plusieurs autres anatomistes, faites sur des loutres, des castors^ des orniiliorhynques, des phoques , des morses et des cétacés appartenant aux deux sections de cet ordre. Seulement l'animal ne doit plus être de la première jeunesse. On trouve fréquemment encore, dans le premier âge, cette communication ouverte dans les animaux plongeurs, chez lesquels il est cependant remarquable qu'elle se ferme plus tard que dans les autres mammifères. Il en est de même du canal artériel qui s'obstrue, comme le trou de Botal, mais moins promptement, après la naissance, dans les mêmes mammifères plongeurs.
La faculté de plonger lient à une autre circonstance d'organisation. Nous avons vu (p. 239) que, chez les mammifères qui ont cette faculté, la veine-cave forme un grand sinus immédiatement avant son passage à travers le diaphragme. Ses parois ont montré à M. Burow, dans le Phoca Uttorea , un peu au-dessus de cette cloison, uh anneau de fibres musculaires de l'épaisseur du doigt. {Archiva fur Anat. und PhysioL, Von MuUcr, 1838, heft. 2.)
Si l'existence de cet anneau, dans les mammifères et Jes oiseaux plongeurs, est
â8§ XXV^ LEÇON. SECT. III. IIÉSERVOIRS DU SANG.
Le bourrelet qui surmonte, dans la plupart des cas, la fosse ovale détourne de cette fosse le sang de la veinecave supérieure, et le dirige vers Torifice de l'oreillette dans le ventricule. Dans le porc-épic et Vélépliant^ etc., qui ont deux veines-caves antérieures, la veine-cave antérieure gauche, s'ouvrant dans le sinus tout près de son embouchure dans le ventricule , le sang de cette veine estporté plus directement dans ce dernier. Il n'y a guère que celui qui vient de la veine-cave antérieure droite qui puisse arriver dans l'appendice; encore cela ne peut avoir lieu que par une sorte de reflux. Cet appendice retombe en avant du cœur, sur le côté droit de l'aorte, dans les mammifères à marche horizontale; il varie un peu en épaisseur, et paraît plus ou moins allongé. [Les phoques en ont un second en arrière.]
La grande valvule d'Eustache paraît manquer assez souvent. Nous ne l'avons pas trouvée dans le lion^Vours, [ni dans la plupart des carnassiers; elle manque dans les dldelpkes;] parmi les rongeurs, dans le porc-épic» [Le cochon et le pécari Y^^vv^i les pachydermes ^ les soUpcdes; le cerf , le chamois parmi les ruminants; le marsouin^y-^vuxni les cétacés, en manquent également (i) ; ] tandis qu'elle est grande et musculeuse dans le phoque (2). Dans Vêlé-
aussi générale que le sinus de la veine-cave, ce que des observations ultérieures pourront apprendre , ce sera une belle confirmation de l'usage que nous avons attribué an sinus, celui de servir de réservoir au sang qui ne peut pas traverser le poumon durant la submersion.
(1) Meekùl, op. cit., p. 252. — (2) Mechel^ qui avait confirmé nos observations dans le phoque par les siennes propres, annonce {Systèmo d'Anat. comp,, t. v, p. 295 j qu'il s'était trompé, et qu'il avait pris pour la valvule d'Eustache, celle de la veine coronaire ou la valvule de Thôbésius. Nous venons de vérifier qu'il y a un large rebord, scnîblablc i\ un pli valvulaire, mais plus épais, qui protège la sortie du sang de la grande veine coronaire, en garnissant son orifice du côté de la veine-cave postérieure.