ART. IV. CCEUR DES ANIMAUX VERTÉBRÉS
rois do ce dernier. Quelquefois ces valvules sont au nombre de quatre et de forme tétraèdre, comme dans le poisson-lune [tctraodon ?nola) ; d'autres fois, c'est un voile unique, extrêmement délicat, dont le bord libre est attaché par plusieurs points aux mômes parois , comme on l'observe dans les sc/uales.
[Il ne faut pas perdre de vue, dans l'étude du cœur des poissons, que cette oreillette ne reçoit le sang du corps que par l'intermédiaire d'un grand sinus veineux (p. ^58 de ce volume) situé hors du péricarde, derrière cette oreillette, qui en est bien distincte par un étranglement, et dont l'embouchure dans l'oreillette est bordée d'une double valvule (i).]
Le cœur présente des formes très-variées dans les différentes espèces, dans celles même qui appartiennent à une seule famille ; ainsi il est globuleux dans Vémissole^ et triangulaire dans les roussettes, parmi les s<7Wâf/<?5; mais sa forme la plus commune est la tétraèdre. De ses quatre faces, celle qui est antérieure, ou supérieure, répond, dans ce cas, à l'oreillette , dont elle reçoit l'embouchure, et tient en même temps au pédicule artériel , dont l'orilice est toujours en avant de cette embouchure.
Les parois du ventricule sont généralement trèsépaisses, et présentent des colonnes charnues plus ou moins fortes, plus ou moins détachées, se croisant en
(1) C'est ce sinus qui nous paraît répondre, chez les batraciens à l'état parfait, Il la loge de roieilklle qui reçoit 11- sang du corps. On conçoit facilement, par celle délerminalion, comment leur oreillette uniloculaire dans l'état de larve, peut devenir biloculaire à l'état parfait. Elle se compose dans ce dernier cas de l'ancienne oreillette cl du sinus qui , au lieu d'être placés l'un devant l'autre, sont, par un simple ckungeoient de forme cl de dimensions, rapprochés à côté l'un de l'autre.
différents sens, et interceptant des sinus arrondis , dan s lesquels en sont de plus petits.
«On peut distinguer, dit M. Cuvier, dans l'épaisseur » des parois du cœur, deux couches différentes; l'in- » terne a des libres plus transversales; l'externe les a ))plus longitudinales, et leur union est si légère qu'il »se forme souvent entre elles, à la partie inférieure et «latérale du cœur, une solution de continuité qui a » l'air d'un second ventricule, mais qui est close de » toute part, et même n'est pas tapissée par une mem- »brane. M. Doellinger l'a décrite dans les cyprins ^ je ïl'ai vue manifeste dans un grand xip/das. M. Rathke «pense, et je croîs avec raison, qu'elle est produite par » un commencement de décomposition (i). »
L'orifice artériel du ventricule est toujours percé en avant, à droite ou en dessous de l'embouchure de l'oreillette. Cet orifice ne donne pas immédiatement dans Tartère pulmonaire, mais dans un renflement qui précède cette artère , et que nous appellerons son bulbe ou son pédicule.
[L'existence du bulbe artériel est considérée généralement comme un caractère essentiel du cœur des poissons. Nous ne connaissons en effet qu'une exception, et seulement depuis une observation que nous venons de faire sur le cœur de la chimère ( 18 août 1857). Le tronc pulmonaire de ce poisson commence au cœur sans ce renflement. Nous l'avions présumé, d'après l'existence, toute aussi exceptionnelle, d'un petit bulbe artériel dans chaque artère sous-clavière. ]
La forme de ce pédicule varie beaucoup : le plus
(1) Ilisf. vMliir. t'i's (':-i.^son:', \ i, y>. S78, C'Jil. iil-/i°.
AUT. IV^ CŒUK DES ANIMAIX Vl-UTÉnnÉS. 343
ordiiiaiivmont elle est en poire , comme dans les sau-^ mons, les perches^ les carpes, etc.; ou ovale, comme dans Vesttirgeon; rarement est-elle cylindrique, comme dans les raies, et les squales. [Les lamproies l'onttrès-petit, excédant très-peu le diamètre de l'artère pulmonaire.]
Sa structure tient à la fois de celle du cœur et de celle de l'artère. Lorsque le bulbe artériel est pyriforme ou bien ovale, ses parois internes présentent de fortes colonnes dirigées d'avant en arrière, qui rendent sa cavité anfractueuse : elles sont d'ailleurs tapissées par la membrane interne, qui se continue du ventricule dans l'artère pulmonaire, et forme les valvules du pédicule. Celles-ci sont de forme semi-lunaire ou parabolique , ayant leur bord libre tourné vers cette artère, [et parfois lié par des filets à ses parois, ou aux rangées des valvules précédentes.
La plupart des poissons cartilagineux, pourvus d*un bulbe artériel , tels que les esturgeons et les plagiostomes, ont au moins deux rangées de ces valvules, une à l'entrée du bulbe et l'autre à son issue.
Tous les poissons osseux n'en ont aucontraire qu'un seul rang, placé à la base de ce bulbe.]
Parmi les poissons cartilagineux, Vesturgeon a son bulbe artériel garni de deux rangs de valvules; le premier, composé de quatre valvules , et le second de cinq.
[Plus généralement on en a trouvé trois rangs, composés d'un nombre très-variable de valvules. Quelquefois il n'y en a que trois dans les deux premiers rangs.
Il y en aurait quatre rangs dans les sterlet [accipenser rutkemis. L.) (i). ]
(1) Tsuv.. Corn. Pclrojiol. x\j, 52/5, lab. xiv, V. 5.
344 XXV' LECOIS. 8KCT. ili. iŒSEÎlVOIllS DU SANG.
Dans les raies on compte de trois à quatre et même cinq rangs, composés d'un même nombre de semblables valvules. [La torpille n'en a que trois rangs ; la raie hatis en a cinq. ]
Dans les squales, il y en a deux rangs de trois valvules cbacun, l'un à l'entrée, et l'autre à la sortie de ce pédicule. [Du moins la petite roussette est dans ce cas; mais dans le requin renord et le marteau il y en a trois ; ce qui prouverait qu'il y a des diiiérences à cet égard, comme pour la forme du cœur, suivant les genres de cette famille. ]
Parmi les poissons osseux, tels que les gades, les carpes, les saumons j, etc., on ne trouve que deux valvules à l'entrée du bulbe artériel, et aucune à sa sortie, ainsi que nous l'avons déjà dit.
Les lamproies marines et fluviatiles sont dans le même cas.
Les parois extérieures du bulbe artériel sont composées de fibres cbarnues, qui forment une couche plus ou moins épaisse autour de ce pédicule. C'est ce qui est évident dans les raies, les squales, Vesturgeon, les truites, et tous les poissons d'un volume un peu grand. Ces fdjres musculaires se prolongent un peu, d'une manière sensible, sur les parois de l'artère pulmonaire. Nous avons déjà dit que les parois internes du pédicule, tendineuses comme celles de l'artère , présentaient ordinairement des colonnes blancliâtres plus ou moins fortes et multipliées. 11 n'est pas toujours facile de séparer la couche musculeuse de la paroi interne et tendineuse du bulbe, et le passage de l'une à l'autre est quelquefois insensible.