ART. V. MOUVEMENT DTÎ SANG
Tous CCS animaux ont donc bien une circulation pulmonaire entière, tandis que les reptiles n'en ont qu'une fraction : supposons que la circulation du corps et celle des poumons y soient, par exemple, comme un à un demi.
Mais les poissons, les mollusques qui respirent dans l'eau, et seulement l'oxigène , mêlé et contenu dans cette eau , peuvent être considérés comme n'ayant qu'une demi-respiration , tandis que les reptiles qui respirent l'air lui-même en ont une entière.
Une respiration entière, multipliée par une demicirculation, et une demi-respiration par une respiration entière, donnent des produits égaux de part et d'autre : c'est toujours une demi-oxigénation du sang.
Les mammifères , qui ont circulation et respiration entière, auront aussi oxigénation entière.
Les oiseaux ont aussi une circulation entière , mais ils ont une respiration double, parce que l'air pénètre, par des voies que nous indiquerons dans la suite , dans toutes les parties de leur corps, et y baigne continuellement le sang de la grande circulation, presque comme celui de la petite peut l'être dans le poumon : le produit sera donc une oxigénation double
On sent que je n'ai pris la fraction demi que pour m'exprimer plus clairement, mais que dans la réalité on ne peut l'apprécier si rigoureusement, et qu'elle varie même probablement dans les divers genres de chaque classe.
Toujours est-ce d'après ces considérations que l'on peut estimer et, pour ainsi dire, calculer la nature de chaque animal , car la respiration communiquant au sang toute sa chaleur et son énergie, et par lui, aux
parties, toute leur excitabilité, c'est en raison de sa quantité que les animaux ont plus ou moins de vigueur dans toutes leurs fonctions.
De là la force du mouvement, la finesse de sens , la rapidité de digestion , la violence de passion des oiseaux; de là le degré plus tempéré de toutes ces qualités dâus les mammifères ; de là l'inertie, la stupidité apparente des autres classes ; de là les degrés de chaleur naturelle à chacune de ces classes, qui sont des indices tout-à-fait proportionnés de ceux de leurs autres qualités.
Pour revenir à la circulation même, elle s'opère au moyen des forces musculaires, et ces forces sont surtout exercées par le système artériel. Le veineux semble n'être que passif (i).
Nous avons vu que sur la réunion du tronc veineux au tronc artériel, qui lui correspond, se trouvait un muscle creux, doué d'une irritaîjilité très-vive, et surtout très continue , qui se contracte avec force sur le sang toutes les fois qu'il y arrive. Il porte le nom de cœur ou de ventricule. Aux deux orifices de sa cavité sont placées des valvules : celles du côté de la veine sont disposées de manière à laisser entrer le sang dans le ventricule, mais à ne lui point permettre de sortir; celles du côté de l'artère le laissent sortir et non entrer : de cette manière, la marche régulière du sang des veines vers le ventricule , et du ventricule vers les artères , est constamment entretenue , et comme tout le système est plein de sang, les valvules sont soute-
Ci) Nous verrons plus loin que cette proposition ne s'étend pas au système Teineus capillaire, ni ^ l'origine des gros Uoncs,
ART. V. ilOtVEMELNt ht SA^(^. 351
nues dans leur effort par le siiug qui est derrière cilcs, et n'ont pas besoin d'une p,rande force pour n'être pas déchirées, quoique l'action du ventricule soit assez, violente. Tout serait, pour ainsi dire, en équilibre sans elles ; elles n'ont d'autres fonctions que de rompre cet équilibre. Ainsi le ventricule ne peut se contracter sans se vider dans les artères , qu'il gonfle en poussant en avant le sang qu'elles contiennent déjà au moyen de celui qu'il y ajoute, et c'est ce gonflement qu'on appelle pouls. Il paraît qu'en gonflant les artères, le cœur les déplace aussi en les redressant, et que ce déplacement entre pour quelque chose dans le pouls.
Les artères, qui sont irritables elles-mêmes ( i ) , se contractent aussi sur le sang , qui les gonfle , et elles ne peuvent l'évacuer que dans les veines, à cause des valvules placées à l'origine du système artériel , et qui empêchent le retour du sang dans le ventricide. Celui-ci, une fois vidé du sang qui l'irritait, se relâche et se dilate ; il est aussitôt rempli par le nouveau sang que les veines y versent.
Les veines, si l'on en excepte leurs plus gros troncs, n'ont point de contraction sensible; mais la marche du sang, outre l'impulsion qu'il a reçue des artères, y est facilitée et dirigée par des valvules toutes dirigées vers le cœur.
Avant d'entrer dans le ventricule, la veine se dilate ordinairement, et forme un sac musculeux, quoique plus mince que le ventricule lui-même ; nous l'avons appelé oreillette; il est irrité, comme le ventricule,
(1) L'irritabilité des artères est niée par plusieurs physiologistes, qui n'aUri* buent leur faculté contraclile qu'à rélaslicilc.
35â XXV^ TEÇON. DU FLUTDE NOURRICIER^ ETC.
par le sanp; qui y arrive, et se contracte dessus pour le chasser dans le ventricule. L'entrée de l'oreillette est très -souvent pourvue de valvules du côté du ventricule [dans les 3inim2iux vertébrés]; d'autres fois il n'y en a point [ dans les 7710 lias g ues] , et alors une partie du sang ne peut manquer de refluer dans les veines.
On comprend, sans que nous le disions, que les contractions du ventricule sont alternatives avec celles des artères et avec celles de l'oreillette.
Les animaux qui n'ont qu'une circulation n'ont aussi qu'un ventricule, quoiqu'ils aient quelquefois deux oreillettes. [Les cliéloniens et les batraciens.]
Les animaux qui ont une circulation double peuvent avoir un ventricule à l'origine de leurs deux artères, ou seulement à l'une des deux.
lues mammifères et les oiseaux en ont ainsi deux, [et les crocodiliens parmi les reptiles. ]
Les céphalopodes à deux branchies , parmi les mollusques, en ont même trois, un pour chaque artère pulmonaire ou branchiale et un pour l'aorte.]
Les autres animaux n'en ont qu'à l'origine de l'une des deux artères, et pas tous à l'origine de la même. Les poissons l'ont à l'origine de l'artère pulmonaire ; les mollusques^ autres que les céphalopodes, à l'origine de l'artère du corps , ou de l'aorte ; car c'est le nom particulier de cette artère.
La réunion de l'oreillette et du ventricule porte le nom de cœur. Les poissons et la plupart des mollusijues ont donc un cœur simple, pulmonaire dans les premiers, aortique dans les autres. Les reptiles ont aussi un cœur
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simple , mais qui est à la fois pulmonaire et aortique ( i }. Les mammifères et les oiseaux ont un cœur double ou plutôt deux cœurs, un aortique et un pulmonaire. Dans les mammifères et les oiseaux, les deux cœurs sont accolés l'un à l'autre, et ne forment qu'une masse, et c'est cette masse qui porte vulgairement le nom de cœur, comme si elle n'en faisait qu'un. Dans les céphalopodes, non-seulement les deux cœurs aortique et pulmonaire sont séparés, mais le cœur pulmonaire est lui-même divisé en deux, fort éloignés, parce que la veine qui vient du corps se divise en deux, avant d'entrer dans les deux branchies [ou plutôt parce que celles-ci sont très-écartées l'une de l'autre. ]
Il y a d'autres mollusques où le cœur aortique est aussi divisé en deux : tels sont les lingules.
De là les expressions employées par les naturalistes que les mammifères et les oiseaux ont un cœur à deux oreillettes et à deux ventricules ; les reptiles et les poissons^ un cœur à une seule oreillette et un seul ventricule. Cette dernière phrase, outre le défaut d'exprimer de même deux choses très-différentes, contient encore une erreur de fait ; car les reptiles ont souvent deux oreillettes; [ce qui est toujours leur cas lorsqu'ils n'ont plus de branchies. ]
Quant aux mollusques^ comme on les confondait avant nous avec les vers et les zoopliytes, les naturalistes les regardaient assez comme manquant de cœur. Nous sommes les premiers qui avons déterminé, d'une manière générale, les lois que la nature suit à leur
( 1) Celle proposiiion ne peut s'appliquer exactement aux crocodiliens, qui ont deux vcntricuk"? bien séparés,
35i XXV' LEÇON. SECT. III. RÉSERVOIRS DU SANG.
égard, et si nous voulions leur appliquer les formules précédentes , nous dirions que les céphalopodes ont trois cœurs, dont deux à un seul ventricule sans oreillette, et un à un seul ventricule également sans oreillette ; que les gastéropodes ^ en général, n'en ont qu'un, à un seul ventricule et une seule oreillette ; les acéphales testacés un , à un seul ventricule et deux oreillettes ; les brachiopodes , deux, à un seul ventricule, >sans oreillette, etc.
Lorsqu'il n'y a qu'un seul cœur, il faut, que celui des deux systèmes artériels qui en manque éprouve encore l'influence du cœur unique, et que le sang y conserve son mouvement, après s'être filtré au travers de toutes les subdivisions du système pourvu de ce cœur ; ou bien il faut que ce système artériel sans cœur, agisse assez par lui-même sur le sang, pour le pousser, par la contraction successive de toutes ses parties, dans toutes ses subdivisions, et de celles-ci dans les veines; ou bien enfm, que les deux actions s'entr 'aident , et c'est cette dernière idée qui nous semble la vraie.
îj'esturgeon, par exemple, nous donne une preuve évidente delà continuation de l'action du cœurpulmonaire sur le système aorti que. A peine les veines du poumon s'y sont-elles réunies pour former l'aorte, que celle-ci s'enfonce dans un canal cartilagineux qui lui est fourni par le corps des vertèbres. Elle semble s'y dépouiller entièrement de ses tuniques, et le sang y coule dans un tuyau à parois absolument immobiles ; c'est des trous de ce tuyau, ou canal catilagineux, que sortent les branciies artérielles qui se rendent aux parties Le sang ne peut évidemment en-
ART, V. MOUVEMENT Dr SANG. 35S
trcr dans ces branches , qu'en vertu de l'impulsion qu'il a reçue primitivement du cœur et des artères pulmonaires.
Dans beaucoup d'autre /7o/s5^n5 les parois de la grosse artère sont adhérentes , en partie , dans le demi-canal osseux qui contient cette artère. Il faut donc que l'impulsion imprimée au sang artériel par le cœur, se conserve à travers les branchies, jusqu'au moins dans les troncs principaux des artères du corps : voilà pourquoi la base de l'artère pulmonaire est distincte du reste par sa dilatation et par ses fortes parois, en partie, musculeuses. C'est pour ainsi dire un second ventricule, placé au-devant du premier, et dont l'action augmente plus ou moins l'impulsion imprimée au sang par celui-ci. On le remarque même dans les batraciens, chez lesquels il est nécessaire dans leur état de larve, comme chez les poissons, et, par la même raison, parce qu'ils respirent aussi par des branchies.
D'un autre côté, nous verrons qu'il y a des animaux où il faut bien que l'irritabilité artérielle soit le seul agent de la circulation ; ce sont ceux qui ont des vaisseaux et point de cœur, c'est-à-dire point de renflement musculaire à la base d'aucun de leurs systèmes artériels ; ces animaux se trouvent parmi lés vers à sang rouge ou les annélides^ tels que les sangsues^ les néréi^ des, etc.
Au reste, l'évaluation des forces du cœur et des artères appartient à la physiologie pure , et n'est pas de notre sujet. C'est un problème auquel plusieurs géomètres anatomistes ont travaillé, sans paraître encore être approchés d'une solution démontrable : nous pensons que la contraction successive de l'artère ^ en
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même temps qu'elle dispense d'attribuer tant de force au cœur, rend la quantité précise de celle qu'il a réellement, impossible à déterminer.
Nous traiterons à l'article du développement du fœtus, des différences qui ont lieu entre la circulation de.> fœtus, celle des larves, comme têtards de grenouilles, etc., et les animaux adultes-.
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