ARTICULÉS
A. Dans les Crustacés,
[Les crustacés présentent, à cet égard, des différences importantes, suivant les ordres, que nous indiquerons successivement.
I. Dans les Décapodes, Le fluide nourricier contenu dans un système de vaisseaux et de canaux, présente des lacunes dans sa partie périphérique et centripète , sinon dans les branchies, du moins dans les vaisseaux du corps.
Les décapodes ont d'ailleurs un cœur aortique, ainsi que M. CuvierV^ démontré le premier d'une manière incontestable, recevant le sang des branchies, et le chassant dans toutes les parties du corps. C'est l'inverse de ce que nous avons vu dans les poissons. Les vaisseaux sanguins de ces crustacés peuvent donc se distinguer;
a) En ceux qui portent le sang du cœur dans toutes les parties : ce sont les aortes ;
b) En veines du corps, lacunes ou sinus qui recueillent le sang dans toutes les parties, et forment définitivement deux veines-caves branchiales;
c) En artères branchiales^ qui distribuent le sang des veines caves aux branchies ;
d) En veines brancliiales, qui rapportent au cœur le sang qui a respiré.
SKCT. 11. RKSKr.VOiRS DU ri.LlDK iNOrniHCICU. 397
a) Des artères du corps on lUs aortes.
Six troncs artériels principaux sont autant à\wrtes ayant, dans la cavité du cœur, un nombre qi^A d'embouchures distinctes, lesquelles dirigent, de ce viscère, dans toutes les parties du corps, le sanj^ qui a respiré. Trois de ces troncs sortent du cœur en avant, deux se voient en dessous et se dirigent sur les côtés ; le sixième a son embouchure en arrière et en bas.
U aorte moyenne antérieure s'avance sur la ligne médiane dorsale, et va se terminer dans les tubes oculaires (i).
Les deux aortes latérales antérieures^ plus considérables que la moyenne, fournissent, en s'écartant l'une de l'autre, à mesure qu'elles s'avancent vers les antennes, dans lesquelles elles se terminent, des branches, des rameaux et des ramuscules qui portent le sang à la peau du dos, à la face dorsale de l'estomac, à ses muscles, à ceux des mandibules, et aux organes intérieurs de la propagation (2).
Les deux troncs artériels dont les embouchures sont à la paroi inférieure et latérale du cœur, sont des aortes /if'/?«/t^Mé'5, qui portent dans le foie une proportion de sang très-considérable (5). Elles envoient des rameaux aux côtés de l'estomac, et se divisent d'une manière variée, suivant les genres ou les familles, mais qui est toujours en rapport avec la position et le développement des masses de cœcums hépatiques (4).
(Ij Artère opIitlialmiqueÙQ MM. Audouin et Milne Edwards, mém. cité, pi. 24, nS et pi. 2d, f. 1 n*.
(2) Ancres antcnnaires, op. cit., pi. 24, n^, et pi. 28, f. i, n^.
{'6) Op. cit., pi, 26, f. 1, n 3.
:/»; JriciçstçrnalcdKimmo'iTQciié.
Enfin le tronc postérieur, ie plus considérable du corps, est une aorte ventrale,, en ce que cette artère a sa position principale sur la ligne médiane et inférieure du corps. Son embouchure est à la partie inférieure ou postérieure du cœur, à droite ou à gauche de la ligne moyenne. Elle se porte ensuite, en s'inclinant verticalement, vers la face inférieure du corps, gagne, en se recourbant et en formant une crosse, la ligne moyenne du thorax, et se dirige ensuite d'arrière en avant, jusqu'à la partie antérieure du corps , où elle se termine par deux petites branches. Au commencement et à la fin de sa courbure ou de sa crosse , l'aorte ventrale donne naissance à deux artères importantes qui se portent en arrière. La première est V artère abdominale su périeure[\), qui règne d'avance en arrière, soit en conservant un seul tronc, soit en le bifurquant, tout le long de la face dorsale des anneaux de l'abdomen, et fournit des rameaux à tous les muscles et les autres organes de cette partie. Cette artère est très -considérable dans les Macro-gastres.
La seconde artère postérieure, qui naît en dessous de la crosse de l'aorte ventrale, est une artère abdominale inférieure (2). Cette artère, considérable dans les Macrogastres^ n'existe pas toujours dans les Brackygastres. Elle fournit deux branches latérales pour la dernière paire de pattes, avant de s'enfoncer dans les anneaux de l'abdomen.
Le tronc principal de l'aorte ventrale donne successivement, en s'avançant sur les sternums, des branches artérielles aux pattes, à l'œsophage, aux pieds-mâ-
(1) PI. 24 et 25, n\ et pi. 29, f. 1, n^ — (2) PI, 29, f. 2, n"
SECT. II. RESEKVOIRS DU FLUIDE NOtRiaCIEf.. 399
choires, et à toutes les parties voisines, qui sont eelles de la région antérieure et inférieure du corps (i).
b) Du système veineux du corps.
Ce système se compose :
a) Des veines caves branchiales ;
|3) Des veines de toutes les parties du corps qui s'y rendent par plusieurs séries de troncs principaux.
a) Dans les Bracliygastres il y a deux veines-caves que j'appelle ùranc/iiales , parce qu'elles versent le sang qu'elles reçoivent de toutes les parties du corps, immédiatement dans les artères branchiales, sans l'intermédiaire d'un cœur. Ces veines sont disposées symétriquement en arc de cercle, pour contourner la base de chaque branchie, et, plus en arrière, la partie postérieure du thorax.
Ces réservoirs veineux principaux se voient nu-dessus des pattes, contre la face externe des cellules thoraciques. Ils forment de vastes sinus, alternativement dilatés dans les cellules thoraciques, et resserrés, pour traverser les cloisons qui séparent ces cellules.
Leurs parois sont très-minces, lisses intérieurement, et adhérentes aux parties voisines par leur face extérieure.
Dans les Macrogastres , il y a une seule veine cave qui occupe le canal sternal (2); il en part des branches latérales qui répondent aux segments thoraciques, et se portent directement en dehors vers la base des branchies. Là chaque branche se dilate en un sinus qui
(1) Ibid., pi. 25, et pi, 29, fig. 2, nK - (2) PI. 30, f. 1.
400 XXVir^ LEf.ON. CIRCULATION DES ARTICUtÉS.
sVîlève perpendiculairement en formant un arc, et en dirigeant successivement, de sa convexité, quatre artères branchiales, pour les quatre branchies, qui répondent à chaque segment thoracique.
|3) Les veines du corps sont de même des canaux irréguliers, dont les parois sont tellement minces qu'on ne peut les isoler complètement des parties organiques qu'elles traversent, et n'en paraissent être souvent que des lacunes, surtout dans leur origine. Dans les bracltygastres , toutes les veines se rassemblent dans trois séries de troncs principaux qui ont leurs embouchures dans les sinus des veines-caves.
Le tronc qui réunit les veines de chaque membre ambulatoire règne le long de la partie antérieure et externe des articulations de ce membre, et se termine dans la dilatation correspondante de la veine-cave de son côté (i).
Les troncs des pieds-mâchoires sont semblablement disposés.
Ceux des veines qui rassemblent le sang des muscles du thorax se rendent à la partie postérieure du sinus (2).
Les veines des viscères ont de même des troncs distincts dont la plupart se terminent à la partie supérieure des veines-caves, mais plutôt aux endroits de leurs étranglements qu'à ceux de leurs dilatations ou de leurs sinus (3).
Dans les Macrogastres^ c'est dans la veine-cave médiane que se rendent les veines des viscères. Celles de
(1) V\, 26, f. 2 et [\, n^K — (2) PI. 26, f, 4, n', r- (3) y\. ?0, f. 2 rt /» n.
SECT. H. ntSEUVOlRS 01 FLUIDE NOURRICIER. 401
l'abdomen aboutissent au sinus latéral de cette Yeine, qui répond à la cinquième paire de pattes. Les veines des pattes tlioraciques se rendent, comme chez les brachygastres, dans le côté externe du sinus correspondant à chaque patte (i); enfin celles des muscles du thorax joignent la partie supérieure de l'arc que forme chaque sinus (2).
c) Des artères branchiales.
Les artères branchiales ou les vaisseaux afférents des branchies sortent de la face externe des sinus des veinescaves, au nombre de cinq troncs principaux, dont le second et le troisième se bifurquent. Dès qu'ils ont pénétré dans la cavité branchiale, ils touchent à la base de chaque pyramide branchiale , et s'élèvent le long de la face externe, en diminuant de diamètre jusqu'à son sommet.
Dans les crabes (le crabe tourteau) on voit le tronc principal que nous décrivons, le long de la ligne médiane de la face interne de la pyramide; pour y arriver, l'artère branchiale longe la base de cette pyramide de dedans en dehors, puis se coude à angle droit pour suivre la direction indiquée.
Dans le homard ^ l'artère branchiale n'est pas ainsi à découvert , quoique toujours externe relativement à la veine branchiale, l^s filets branchiaux l'entourent de toutes parts, excepté du côté interne, où elle est adossée à cette dernière.
Les parois de l'artère branchiale se composent essentiellement d'une membrane propre semblable à celle
(1) PI. SO, f. 2, nH. ^ (2) PI. 30, f. 2,nS
40â XXVIl* LEÇON. CIRCUL. DES ANIMAUX ARTICULÉS.
des autres vaisseaux. Mais, dès le moment où elle pénètre dans la cavité branchiale , elle y est renforcée par une membrane qui peut être considérée comme appartenant au derme, et qui prend ici des caractères propres.
La cavité de cette artère est percée de séries de trous qui répondent aux lilets branchiaux dans le homard, ou de séries de fentes qui correspondent aux lames branchiales dans le crabe tourteau. Nous aurons l'occasion de revenir sur cette disposion, en décrivant les branchies.
d) Des veines branchiales.
Comme les artères branchiales, elles peuvent être distinguées en deux parties : celle qui tient aux branchies, qui rassemble le sang des filets branchiaux ou des lames branchiales dans la branchie même, et celle qui le porte des branchies au cœur.
La veine branchiale ou le vaisseau efférent des branchies, est à découvert dans une grande partie de sa circonférence, c'est-à-dire qu'il n'estpas caché par les fdets branchiaux ouïes lames branchiales. On voit cette veine, dans le crabe tourteau^ sur l'arête formée par la réunion des faces antérieure et postérieure de la pyramide branchiale. Cette arête est opposée à la face externe de la pyramide , et la veine branchisllfe se trouve séparée de l'artère, par la longueur de la perpendiculaire qui s'élèverait de la base que forme le triangle de chaque lame branchiale, à son sommet.
Dans le homard, l'artère et la veine branchiales sont adossées l'une à l'autre, et semblent n'avoir qu'une cloison commune.
Les veines branchiales, en quittant les branchies, pénètrent immédiatement dans les cellules des flancs, et se dirigent vers le cœur en se réunissant successivement en quatre ou cinq branches principales, puis en un seul tronc qui s'ouvre dans la paroi inférieure de ce viscère.]