V. Dans les Isopodes
[Le cœur est un long vaisseau dorsal qui se confond avec les principaux troncs artériels, et que nous avons dû décrire, dans le paragraphe précédent, avec les réservoirs du fluide nourricier.
La direction qu'il donne au sang paraît absolument la même que dans les décapodes, à en juger par les expériences faites sur la ligie, par MM. Audouin et Milne- Edwards^ expériences que nous avons déjà citées au commencement de cet article. ]
(1) De Gammari pubticis, Fabr. , hhtoria naturall atque sangitinis circuitu commentatloy auctore J. E. Zcnker. lense, 1832.
(2) Sur le Cyamus coti, par M. Roussel de Vaujîême , Annales des Se, nat., S»* série, t. i, p. 255.
SECT. III. MULVEMKNT DL ILLIDE JNOUUUICIEU. 437
VI et VII. Les Brancliiopodcs et les Poécilopodes,
Nous avons vu, dans l'article précédent, combien les réservoirs du fluide nourricier deviennent incomplets, dans la plupart des petits animaux de ces deux ordres. Les courants n'y semblent plus diriges dans des parois vasculaires apparentes, du moins pour la partie capillaire du système sanguin.]
On voit très-bien le cœur des petits monocles de ce pays-ci se mouvoir; mais leur petitesse empêche de suivre leurs vaisseaux; et nous n'avons point encore eu à notre disposition le grand monocle ou crabe des molu" ques dans un état dissécable.
fLe cœur varie beaucoup par sa forme, de telle sorte que dans les uns il est très-distinct des principavix troncs vasculaires, que dans les autres il se confond avec eux par sa forme allongée.
Ainsi les cyclopes et les dapknis {i), parmi les hphiropes de Tordre VI, ont un cœur ramassé, arrondi, ovalaire ou pyriforme. Il aurait même une oreillette considérable , suivant M. Gruitliuisen ; ce qui serait une exception remarquable dans cette classe, si cette observation était constatée.
Le cœur a une toute autre forme dans les pliyllopes , seconde famille du même ordre. C'est, dans la limnadie d'Hermann , celle d'un vaisseau dorsal, ayant cinq dilatations successives, qui répondent aux cinq premiers anneaux du corps (2).
(1) Mémoires du Muséum de Paris^ t. v, p. A12 et pi. 29, f. 2 et 4, x. Pour celui de M. Strauss su ries Daplmis, et le mémoire de M. Gruilhuisen, déjù cité, dans l'article précOdfent.
(2) Mémoire de M Brongniarl, déjà cilé.
i38 XXVIl® LEÇON. CIllCUI. DES ANIMAUX ARTICUtlÊS.
Cette forme allongée du cœur se retrouve dans le dernier ordre des crustacés , celui des Poécilopodes ; nous l'avons fait connaître pour les //mt/Y^s, pafmi les xiplwsures ^ dans l'article précédent (p. 4io); il nôtlS restait à l'indiquer dans les argules, qui font partie des siplionostomes. ' * '
Le mouvement du fluide nourricier se fait dans Vd^T" gide foliacé, ainsi que l'a constaté depuis long-tenijis M. Jurlne fds (i) hors d'un système vasculaire apparent, dès qu'il est sorti du vaisseau dorsal. Mais Ife& courants sont cependant très-réguliers , comnie s'iîsf étaient contenus dans des vaisseaux évidents.
M. Gruitlmisen a fait la même observation polir les dapfims, - . !
j II serait difficile d'expliquer comment le satig ésf réuni et entraîné dans de semblables courants, et de démontrer s'il passe régulièrement et en totalité dans un petit cercle branchial, avant de retourner au cœur. ';
Quoiqu'il en soit, cette circulation est un acheminement à celle que nous allons examiner dans les. arachnides trachéennes et dans les insectes.] "" ' ^
B. Dans les Arachnide tpuimonâlte s.
C'est surtout dans les araignées K[\xq le cœur est facile à observer. On le voit battre au travers de la peau de l'abdomen dans les espèces non velues. En ectlevant cette peau, on voit un organe creux, oblong, pointu aux deux bouts , se portant par le bout anté-
(1) Annales du Muscuni d'Histoire naUircltc, t. Vu, pi. 26, f. 8, et p. 438.
SECT. m. MOUVEMENT DU FLUIDE NOURUICIER. 439
riour jusque vers le thorax, et des côtes duquel il part visiblement deux ou trois paires de vaisseaux.
Si Ton ajoute à eelte observation, celle que les araignées n'ont point de trachées (1), mais que leur respiration est circonscrite dans un petit nombre de vésicules, et celle qu'elles paraissent avoir des glandes, on sera peut-être porté à croire qu'elles ont une circulation plus complète et plus analogue à la nôtre , que les insectes ordinaires.
[ jNons avons vu , en décrivant les réservoirs du fluide nourricier dans ces animaux, que le système des artères du corps est beaucoup moins incomplet que celui des veines; et que cehii de ces derniers vaisseaux ne semble composé que des veines pulmonaires. Il y a donc, pour remplacer les veines du corps, une organisation analogue à ce que nous allons voir dans les insectes. Aussi n'est-il pas étonnant de trouver dans quelques araignées (les ségestrles et les dysdères) des trachées en même temps que des poumons. Loin d'être une infraction à la règle posée par M. Cuvier, sur l'existence des trachées en rapport avec l'absence de vaisseaux, elle me semble la confirmer. Une partie des vaisseaux manquant ici, il pouvait très-bien y avoir des trachées pour conduire l'air à la rencontre du fluide nourricier.
Il n'y aurait infraction à la règle dont il vient d'être question, qu'autant qu'on trouverait des canaux aériens répandus dans tout le corps , avec
(1) M. Sundcval en a découvert dans les ségestrles et les c/ysdcrcs y Annales des Se, Natur,f S"»* série, t. vi, p. i8G.
440 XXVII'' LEÇON. CIllCUL. DES ANIMAUX ARTICULES.
un système complet de vaisseaux clos. On n'a point encore d'exemple d'une semblable organisation. Au reste, cette règle, que M. Dugès (i) croit avoir été infirmée par les observations curieuses, ajoute-t-il, de M. Carus^ aété cependant adoptée, par ce dernier savant, dans toute sa teneur. Elle sert de conclusion, mot pour mot, à son chapitre sur la circulation des insectes, ainsi que nous l'avons exprimé dans l'article précédent.
Nous avons déjà dit qu'une partie des vaisseaux qui ont leur embouchure dans le cœur, au nombre de deux ou de quatre , doivent y rapporter le sang qui a respiré; l'autre partie se compose des artères du corps dont les ramifications pénètrent jusque dans les membres. Entre les derniers ramuscules artériels et les poumons , le sang ne paraît plus dirigé dans des parois vasculaires. Il y aurait donc, dans ces animaux, une circulation analogue à celle des crustacés inférieurs, et un cœur aortique.
Le cœur des arachnides a des fibres circulaires et même des fibres longitudinales distinctes. Des muscles triangulaires extrinsèques , qui tiennent au cœur par un de leurs côtés, et aux téguments par leur sommet, servent à fixer cet organe, comme celui des insectes. ]