IV. De la langue
Dans la seiche , elle est partagée en deux parties , l'une plus avancée , inférieure, très musculeuse, comprimée latéralement , ayant sa surface relevée par sept feuillets transverses , dont le troisième , le quatrième et le cinquième sont sous-divisés en lobes.
La seconde partie, supérieure à la première, plus reculée qu'elle , a ses deux faces armées d'une suite de lames transverses de nature cornée, qui supportent sept rangées de crochets recourbés, dont la pointe regarde en arrière, pour les lames de la face supérieure, et en avant pour celles de la face inférieure. Le commencement de cette série de lames se voit dans le fond de la commissure des deux lobes linguaux; ceux-ci forment comme deux lèvres , entre lesquelles les particules alimentaires sont pincées, et dont la supérieure les fait avancer vers le pharynx , par le mouvement successif des séries de crochets dont elle est armée.
(1) Mémoire sur le Nautile, par M. Owen, Annales des sciences naturelles^, XXVI.
ART. 1er. BOUCHE DES MOLLUSQUES EN GENERAL. 13
La langue parait toujours composée de ces deux lobes , dont le premier peut être plus ou moins sousdivisé en feuillets transverses, à bord libre, entier ou dentelé. Il y a trois de ces feuillets à bord entier dans le poulpe vulgaire. Dans le nautile , ils sont aussi au nombre de trois , dont le premier est le plus grand ; son bord libre est dentelé.
Les séries de crochets varient de même plus ou moins pour le nombre et pour la forme de ces crochets. Le calmar vulgaire en a comme la seiche , sept séries égales. La poulpe vulgaire en a de même sept rangées; mais la série du milieu est composée de crochets plus grands que les autres; viennent ensuite, pour la grandeur, les deux externes. Ces crochets ont d^illeurs de petites dentelures.
\J argonaute en a de sept à neuf rangées , qui sont simples , et tiennent chacune à une petite plaque carrée (1).
Dans le nautile , il n'y a que quatre séries de crochets simples.
La portion charnue de la langue se meut par ses fibres propres ou intrinsèques , et par des rubans musculeux qui viennent des parties latérales et inférieures de la masse buccale. ]
Les séries de plaques ou de lames cornées sont disposées de manière à exercer une sorte de mouvement péristaltique , qui alternativement redresse les épines dont ces plaques sont armées , ou les recourbe en arrière , et qui pousse insensiblement les masses alimentaires dans l'œsophage.
(1) Céphalopodes cryptodibranch.es , par M. de Ferussac. argonaute, PI. I, flg. 8 et 9.
14 XXII» LEÇON. ORGANES REPARAT. DES MOLLUSQUIS.
B. Bouche des Ptéropodes.
Les Pléropodes, comme hyales ^ clios, pneumodermes, etc. , n'ont pas de mâchoires, [et manquent, le plus souvent, de langue ; mais l'appareil buccal varie encore beaucoup dans les familles de cette classe.
Ce sont les hyales qui ont le plus simple. L'entrée de la bouche semble , en même temps , l'orifice de l'œsophage, tant il est difficile de reconnaître les limites entre l'orifice de la cavité buccale et son issue dans le pharynx ou l'œsophage. Il n'y a d'ailleurs ni langue, ni mâchoire, ni aucun tentacule extérieur : seulement , la bouche est garnie de deux replis labiaux analogues à ceux des acéphales qui vont, en divergeant, se perdre dans le manteau (1).
Dans les ciwiérics, qui ont de grands rapports avec les hyales, (la cuvieria columnella Rang. ) la bouche est placée en dessous , près du bord externe du manteau (2) ; elle serait de forme triangulaire , entourée de deux petites lèvres proéminentes , et sa cavité renferme une langue à dents nombreuses (3).
Les clios présentent un autre type : l'entrée de la cavité buccale qui se voit sur la base de deux tubercules céphaliques ( dans le clio horealis (4) , a la forme du trou d'un trois-quarts. Cette ouverture est garnie de deux petites éminences triangulaires; elle conduit dans une petite cavité buccale , ayant les parois iné-
(1) M. d'Orbigny, Voyage dans l'Amérique du sud. Ptéropodes,?* 81.
(2) D'Orbigny , 0. C. p. 124.
(3) Suivant M. Rang, Annales des sciences naturelles, t. XII, pi. XLI, fig. 5 et 6 et p. 325 et 326.
(4) Mémoire de M. Cuvier sur le clio borealis, p. 6.
ART. l,r. BOUCHE DES MOLLUSQUES EN GENERAL. 15
gales par des rides longitudinales. Sans doute que cette poche buccale peut se dérouler un peu en dehors, à la manière d'une petite trompe.
Cela est évident pour le pneiimoderme, chez lequel l'appareil buccal est un peu plus compliqué, et forme une trompe rétractile. Deux gros faisceaux de tentacules garnissent en dehors cet appareil (1).
L'orifice buccal conduit dans une première cavité , séparée d'une seconde, où se voit une petite langue, hérissée d'épines dirigées en arrière. La première poche a encore cela de particulier qu'elle aboutit , de chaque côté, à deux petits culs de sac, dont l'usage n'est pas connu.
Les sjpongiohranches (diOrhîgny) ont une longue trompe, dont l'orifice buccal est garni de deux petits tentacules.