I. Des Acalèphes simples
On sait qu'ils se divisent en trois familles naturelles, les Méduses, les Béroës et les Porpites.
Chacune d'elles se distingue, à l'égard des organes que nous décrivons, par des caractères particuliers.
a. Les Méduses,
\ . Les unes ont une cavité alimentaire centrale avec une bouche unique. [Cette cavité est aussi compliquée que celle des astéries ; elle a cela de particulier, qu'elle
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n'est point suspendue dans la grande cavité du corps, mais qu'elle est comme creusée dans sa masse. L'estomac, qui est assez vaste, remplit la base de ce que Ton nomme, dans ces animaux, le pédicule; il en part des tuyaux, qui vont en rayons vers les bords de la partie supérieure et élargie du corps, laquelle est faite, comme on sait, en segment de sphère; ces vaisseaux communiquent, entre eux par des branches latérales , tant que ces branches fournissent une infinité de petits rameaux, qui forment un lacis très compliqué, lequel s'étend par tout le corps, et y porte la nourriture comme pourraient le faire des vaisseaux sanguins; ce lacis est surtout sensible sur les bords de la partie faite en segment de sphère : il y représente une sorte de dentelle. [(Test dans ce réseau vasculaire du bord de l'ombrelle que semble devoir se faire la dépuration du fluide nourricier par la respiration, ainsi que nous l'expliquerons en décrivant les organes de cette fonction dans le volume suivant. Cette partie est aussi l'organe d'excrétions abondantes. M. Ehrenberg a même décrit (/f ) et déterminé, comme autant d'anus, huit orifices excréteurs qu'il a découverts dans la circpnférence de l'ombrelle de la médusa aurita (Muller): et les huit canauxqui répondent à ces orifices, comme autant d'intestins. Mais ces analogies , exprimées d'une manière aussi précise, aussi absolue, nous paraissent forcées. Voici, au reste, un résumé de ce que cet habile investigateur a vu, relativement aux organes que nous décrivons.
(1) Communication détaillée de quelques rapports de structure, inconnus jusqu'à présent , dans les acalèphes et les échinodermes , par M. C. Q. Ehrenberg. Archives d'anatomie et de physiol,,Ae J. Mùiler., Berlin, 1834. cali. VI, p. 562. et Ann, des se. nat. , nov. 1835, p. 290.
L'estomac, dans cette espèce de cyanée (Cuv.), est une cavité centrale très compliquée, composée de quatre poches principales et de quatre plus petites , dont les dernières sont les dilatations terminales de quatre tuyaux (1 ) qui s'élèvent des quatre angles de la cavité buccale.
Seize gros troncs vasculaïres se dirigent du pourtour de la cavité stomacale vers la circonférence de l'ombrëlle. Quatre partent des loges, distinguées par ce savant sous le nom d'oesophagiennes, et se ramifient diehotomiquement dans leur trajet; il en est de même de quatre autres qui ont leur embouchure dans les loges principales, et dont les ramifications, comme celles des précédents, ont entre elles plusieurs anastomoses. Huit autres de ces canaux, qui se voient par paire, de chaque côté des quatre derniers, et qui ont comme eux leur embouchure dans les loges gastriques, ne se divisent pas. Ces seize troncs vasculaires s'ouvrent tous à la circonférence de l'ombrelle, dans un canal qui en occupe l'extrême bord.
On voit à cette même circonférence quatre paires de corps bruns que Otto F. Miïller pensait être des organes de sécrétion d'une humeur excrémentitielle ; que Ton a regardés récemment comme autant de foies ; que l'on considère aussi comme des ovaires (2); c'est entre chaque paire de ces corps que M. E/irenberg a découvert deux pores excréteurs qui répondent à une dilatation du canal circulaire, dilatation qu'il compare à un
(1) Ce pourraient bien n'être que des demi-canaux, suivant M. Milne Edwards , qui les a vus ainsi dans d'autres méduses.
(2) M. Milne Edwards.
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cloaque, les deux canaux simples venant s'y terminer^).
Nous croyons à l'exactitude de ces observations; mais nous ne sommes pas convaincus de la justesse des déterminations.
Il faut réunir à ce groupe de méduses ayant une cavité gastrique centrale une méduse que Ton avait crue à tort sans bouche et sans estomac ; cette méduse est la carijbdée marsupiale, dans laquelle M. Milne Edwards a reconnu un orifice buccal qui conduit immédiatement dans une poche gastrique de forme pyramidale. Cet estomac envoie, comme à l'ordinaire, des vaisseaux au bord de l'ombrelle, dont quatre principaux pénètrent dans les tentacules marginaux (2).]
2. D'autres Méduses ont , au lieu de bouche , une multitude de tentacules branchus percés chacun d'une petite ouverture ; chaque ouverture donne naissance à un petit canal qui se réunit au petit canal voisin , et ainsi de suite; il se forme, de cette manière, quatre gros troncs qui aboutissent dans l'estomac, et y portent le liquide pompé par tous les petits orifices des tentacules : ces derniers sont quelquefois au nombre de plus de huit cents.
[L'ombrelle a dans son pourtour, comme les méduses précédentes, un fin lacis de vaisseaux (3) dont les troncs
(1) On ne comprend pas pourquoi, les deux intestins aboutissant à un même cloaque, il y a deux anus? Cette dilatation serait-elle cloisonnée? Alors le canal circulaire ne serait pas un canal continu, mais une suite de cellules.
(2) Observations sur la structure de la carybde marsupiale de Peron et Lesueur , par M. Milne Edwards. Ann. des se. Ratur. , t. XXVIII , p. 248 et pi. il, flg. 12 et 13.
(3) Cuvier. Rcgne animal , t. 111 ; p. 278.
principaux ont leur embouchure et naissent dans la cavité centrale, quatre d'entre eux paraissent s'y continuer avec les troncs afférents , qui sont formés par les ramifications des pédicules (1).]
C'est sur cette organisation uuique, jusqu'à présent, dans le règne animal, que j'ai établi le genre rliizostome, dont le nom signifie bouche-racine.
On peut dire en effet du rhizostome , qu'il se nourrit par une sorte de racine , et de lui aussi bien que de toutes les méduses, que l'estomac leur tient lieu de cœur.
[ Dans plusieurs sous-genres des méduses propres (les équorées, les plwrcynies Lam., les fovéolies , les pélagies, il n'y. a point de cavité latérale ou inférieure à la cavité centrale.
Mais dans le genre des cijanées et dans celui des r/iizostomes, il existe quatre cavités latérales disposées en croix, lesquelles sont ouvertes à la face inférieure de l'ombrelle, ou sur les côtés du pédicule, quand il existe. Leur paroi intérieure est formée d'une membrane plis— sée, remplie, à certaines époques, d'une substance opaque. M. Cuvier regarde ces cavités comme des ovaires (2), et pense que c'est mal à propos qu'on a pris leurs orifices pour des bouches , et ces cavités pour des estomacs. Mais cette dernière opinion avancée par MM. Pérou et Lesuew:, qui avaient tant vu de méduses vivantes , dans leur voyage de circumvagation , et adoptée par M. Milne Edwards, qui a fait une étude
(l)M. Milne Edwards. Planche des acalèphes , encore inédite, de la nouvelle édition du Règne animal.
(2) Règne animal , t. III, p. 277.
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particulière de ces animaux , devait être au moins rapportée dans cet ouvrage, en indiquant la structure de ces organes. C'est particulièrement la paroi intérieure de cette cavité qui répond à la cloison de la cavité centrale que M. Milne Edwards a trouvée, non pas précisément plissée, mais hérissée de papilles, qu'il compare aux papilles intestinales des vertébrés (i). Pour ce savant, la cavité centrale ne serait, du moins dans les rhisostomes , que la seconde voie des organes dénutrition, ou le réservoir du suc nourricier formé par les parois de la cavité latérale; et les bouches absorbantes des bras deviendraient alternativement des bouches exhalantes, comme les orifices du pourtour de l'ombrelle seraient aussi alternativement absorbants et exhalants.
3. Enfin , il y a des Méduses qu'on appelle astômes, parce qu'elles n'ont aucune bouche, et chez lesquelles il n'y a aucune cavité alimentaire centrale.
Lorsque leur ombrelle, ou le disque qui constitue tout leur corps, prend momentanément une forme concave pour envelopper une proie , comme cela peut avoir lieu chez les enclore s , cette ombrelle peut être considérée comme un véritable estomac, qui ne diffère pas essentiellement de celui que forment les hydres (2), lequel a cependant, de plus que ces derniers animaux, des vaisseaux plus ou moins apparents.
Dans ce dernier cas , les organes de digestion proprement dits, qui réduisent à l'état moléculaire les substances nutritives, et ceux de chylification , qui
1} PI. 50 des Zoophytes. Nouvelle édition du Règne animal. {?.) Cuirier. Règne animal, t. III, p. 280.
composent, avec les molécules nutritives, un chyle ou suc nutritif, paraissent confondus; il y a de même confusion dans les vaisseaux qui charrient le suc nutritif brut , la sève non élaborée , et ceux qui charrient la sève élaborée ; si tant est qu'il en existe de différentes , contenues dans des réservoirs distincts.
b. La seconde famille des acalèplies simples, celle des Béroës, comprend des animaux qui ont un canal alimentaire occupant précisément l'axe de leur corps.
Dans les béroës proprement dits (le Béroé globuleux), le canal alimentaire travers Taxe de leur corps et n'a qu'un très petit orifice buccal au pôle inférieur. La première moitié de ce canal est comme une longue cavité buccale , qui aboutit dans un tube intestinal très droit , dont l'issue très petite est au pôle opposé.
Deux troncs vasculaires prennent naissance de l'intestin et vont, en se divisant, aboutir à des canaux longitudinaux qui envoient le liquide qu'ils charrient dans les petits tubes formant les rangées de cils qui hérissent la surface de ces animaux (1).
Dans les Idya (Béroé elongatus) l'organisation diffère. Ils ont un large orifice buccal à la partie inférieure de leur corps ; celui-ci est cylindrique , ou un peu en cône. Le canal auquel conduit cette grande ouverture occupe l'axe du corps, va en se rétrécissant, et s'ouvre au pôle supérieur par un orifice très étroit. Les parois de ce canal sont tapissées par une membrane très mince, qui se déchire et sort quelquefois par l'orifice buccal.
(1) MM. Audouin et Milnc Edward cités dans le Règne animal, t. III, p. 281,
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11 y a dans cette structure, sur laquelle nous reviendrons en parlant des organes de circulation et de respiration de ces animaux, la plus grande analogie de composition avec celle des méduses.
Les autres genres de cette famille, les callianires (Pérou et Lesueur), les janires, etc., les cestes mêmes, ne paraissent pas différer essentiellement des béroës propres , dans la disposition essentielle des organes d'alimentation (1).
c. La troisième famille, celle des porpites , paraît avoir pour organe d'alimentation principal une grosse papille ovale ou pyriforme , placée au centre de la face inférieure et au milieu d'un grand nombre d'autres papilles, qui jouent peut-être un rôle dans l1 alimentation de ces animaux.
Cette papille ou cette sorte de trompe, percée à son sommet d'un orifice buccal , à parois musculeuses et aussi d'apparence glanduleuse, renferme une cavité qui tient lieu d'estomac, selon toute apparence. Voici donc de nouveau un sac alimentaire à une seule ouverture , et qui plus est tout à fait à découvert.