C. Dans les Reptiles
On n'a pas encore analysé, que je sache, Thumeur salivaire des reptiles qui ont des glandes salivaires , tels que les Sauriens et les Ophidiens. Cest une lacune qui devrait être remplie, surtout en y ajoutant une analyse comparée de Thumeur des glandes venimeuses des serpents.
D. Quant aux Poissons , nous avons vu qiTils n'ont pas, en général, de glandes salivaires , ni un besoin de salive. Il y a très peu d'exceptions à cette règle.]
ARTICLE II
A. Suc gastrique des mammifères,
[Le suc gastrique est sécrété par les parois de Testomac à mesure des besoins de la digestion, et, conséquemment, par Texcitation que produit la présence
(1) Recherches expérimentales, physiologiques et chimiques sur la digestion, par Fr. Tiedemann et Léop. Gmelin. Deuxième partie, p. 149- Paris, 1827.
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des aliments dans ce viscère. On a même remarqué que son abondance dans l'estomac était en proportion inverse de la dieestibilité des substances alimentaires.
Ce suc n'est que très peu acide, ou à peu près neutre, lorsqu'on le prend dans un estomac à jeun ; il s'y trouve d'ailleurs en très petite proportion.
La membrane interne de l'estomac chez les chiens à jeun (1) était humectée par quelques gouttes d'une liqueur sans couleur, légèrement troublée par des flocons muqueux grisâtres, qu'elle tenait en suspension.
Dans l'estomac d'un cheval qui n'avait pas mangé depuis trente heures, il y avait cent douze grammes, et dans un autre cinq cents grammes d'une liqueur jaune très pâle , peu épaisse , troublée par quelques flocons muqueux blancs. Ce liquide, dans l'un et l'autre animal, avait une saveur légèrement salée et n'agissait que faiblement, oupresquepas, sur la teinture de tournesol.
Carminati CE) avait trouvé le suc gastrique des mammifères carnassiers salé , amer, ayant une odeur particulière. Celui des mammifères herbivores ou ruminants peu différent ; verdâtre dans ces derniers , ayant un goût amer et salé , verdissant le sirop de violette.
Le suc gastrique de Y homme était salé, amer, ne rougissant point les teintures bleues végétales, etc. Spallanzani avait constaté de même que son propre suc gastrique, vomi le matin à jeun, était sans acidité. Celui de M. Pinel fils, examiné par M. Thénard, ne montra
(1) MM. Tiedemann et Gmelin. O. C. , t. I , p. 160.
(2) Ricerche sulla naiura e sugli usi del succo gastrico, etc. Milano, 1785.
pas la moindre trace d'acide (1 ) ; tandis que celui de Gosse et de Montègre, rendu à jeun, avait une acidité sensible.
Il résulte donc d'expériences multipliées que le suc gastrique de l'homme à jeun est ordinairement très peu acide , ou sans aucune acidité , comme celui du chien et du cheval.
Mais ses qualités acides augmentent beaucoup par l'excitation des aliments sur les parois de l'estomac. Cette dernière circonstance explique les dissentiments d'auteurs dignes de foi sur les qualités acides ou non acides du suc gastrique.
On a trouvé très acide le suc gastrique de Yhomme, du cochon, du lapin, du rat, de la souris, du cheval, du mouton , du chien et du chat.
Il devient d'autant plus acide que les parois de l'estomac ont été plus excitées par la présence long-temps prolongée d'aliments indigestes.
Afin de pouvoir examiner le suc gastrique sans mélange avec les aliments, MM. Tiedemann et Gmelin ont imaginé de faire avaler à des chiens et à des chevaux des petits cailloux. Trois chiens fournirent ainsi trois à cinq grammes de liqueur gastrique. L'estomac d'un cheval en renfermait une grande quantité. Lorsque les cailloux étaient des morceaux de quartz, le suc gastrique était très acide; il l'était faiblement chez l'un des chiens qui avait avalé des pierres calcaires , l'acide libre du suc gastrique ayant été neutralisé par cette substance (â).
L'acidité du suc gastrique paraît provenir, soit de
(1) r. Magendie Vrécis élémentaire de physiologie , t. H, p. 11.
(2) O. C. Traduction française, t. ï, j>. 1G!.
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Facide tactique, soit de l'acide acétique et de l'acide hydrochlorique, soit même, dans quelques cas, de l'acide butyrique (1), suivant les animaux et les aliments en digestion. D'après MM. Leuret et Lassaigne (2), sur 1 00 parties de suc gastrique de chien , il y en a 98 d'eau ; les deux autres se composent d'acide lactique, d'hydrochl orale d'ammoniaque , de chlorure de sodium, de matière animale soluble dans Feau, de mucus , de phosphate de chaux.
Quant à Facide hydrochlorique libre, son existence n'a pas encore été démontrée rigoureusement. Les uns la nient (3) ; les autres la regardent comme aussi vraisemblable que possible, et expliquent par Faction de cet acide la quantité de phosphate calcaire des os que le suc gastrique de l'estomac des chiens peut dissoudre (4).
Les autres matières trouvées par MM. Tiedemann et Gmelin dans le suc gastrique du chien et du cheval sont : du mucus , peu $ albumine (le cheval); il n'y en avait point dans le chien; une matière animale insoluble dans i'alcool , mais soluble dans l'eau (de la, matière salivaire ) ; de Vosmazome.
La cendre du suc gastrique du chien contenait beaucoup de chlorure et un peu de sulfate alcalin, principalement de soude. Il y avait encore un peu de carbonate et de phosphate de chaux, parfois du sulfate de chaux et du chlorure de calcium.
Dans la cendre de celui du cheval , ces savants ont
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(1) Mémoire cité, p. 113.
(2) Tiedemann et Gmelin. 0. C. T. II, ., 343 et 350.
(3) MM, Leuret et Lassaigne. 0. C. p. 117.
(4) MM. Tiedemann et Gmelïn. O. C. T. II, p. 320.
trouvé de même beaucoup de chlorure de calcium et une petite quantité de sulfate de soude, encore moins de sulfate de potasse; du carbonate et du phosphate de chaux ; un peu de magnésie, d'oxide de fer, et d'oxide de manganèse.
Il y avait en outre une petite quantité de résine et de graisse, et de l'acétate d'ammoniaque (1).
Les Ruminants n'ont pas, dans leurs quatre estomacs, des sucs digestifs de même nature.
La panse et le bonnet contiennent, dans les bœufs et les brebis , un liquide jaunâtre d'une saveur légèrement salée, de nature alcaline, colorant en vert le sirop de violettes. L'épiderme épais qui recouvre les parois de ces deux estomacs ne me paraît guère propre à favoriser la sécrétion d'un suc digestif; celui qu'on y trouve pourrait bien n'être que de la salive.
Les parois du troisième estomac paraissent sécréter un liquide ayant déjà les propriétés acides.
Mais c'est surtout dans la caillette ou le quatrième estomac que le suc gastrique abonde et montre des propriétés acides bien prononcées , qu'il paraît devoir surtout à l'acide acétique libre.
B. Suc gastrique des oiseaux.
Le suc gastrique des oiseaux peut provenir du jabot, quand oette première poche du canal alimentaire où s'arrêtent les aliments existe ; il est surtout fourni par les parois de l'estomac glanduleux. Celles du gésier, lorsqu'elles sont recouvertes d'un épidémie épais, ce qui a lieu généralement, n'en sécrètent pas une goutte.
Le liquide recueilli dans le jabot de plusieurs oiseaux
(1) Ibid. t. I,p. 168.
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granivores a un peu d'acidité. Celui de la buse ne rougit pas la teinture de tournesol.
L'incinération de ce liquide produit des cendres dans lesquelles on a trouvé des carbonate, sulfate, et chlorure alcalins (1).
Le suc gastrique, proprement dit des oiseaux, celui que séparent les parois de leur estomac glanduleux, quand cet estomac est distinct du gésier, a les qualités acides du suc gastrique des mammifères. Il renferme un acide libre qui, dans le dindon, est de l'acide hydrochlorique , et dans Voie de l'acide hydrochlorique et de l'acide acétique.
On soupçonne encore l'existence de l'acide fluorique, du moins dans le suc gastrique des oiseaux granivores (2).
Le suc gastrique des oiseaux se compose encore de mucus; de très peu d'albumine, qui peut manquer entièrement ; d'une matière analogue à la caséeuse ; d'une matière analogue à l'osmazome ; d'une matière voisine de la salivaire.
L'incinération du suc gastrique de la buse , du dindon et de la poule a donné du carbonate , du phosphate , du sulfate et du chlorure alcalins.
G. Suc gastrique des reptiles.
Ce suc est acide dans les tortues , les lézards , les grenouilles , surtout quand leur estomac est rempli d'aliments. Les espèces d'acide qui lui donnent cette qualité paraissent être l'acide acétique et l'acide hydrochlorique.
(1) Tiedemann et Gmelin, O. C T. II, p. 151.
C).\ Thiri n ISA.
(2) Ibid. p. 156
Les sels neutres que ce suc tient en dissolution ont le plus grand rapport avec ceux du suc gastrique des mammifères et des oiseaux.
D. Suc gastrique des poissons.
Il a une acidité prononcée quand l'estomac renferme des aliments ; il est à peine acide ou tout-à-fait neutre quand l'estomac est vide. Ce fait a été constaté par divers observateurs pour le suc gastrique de la perche , celui de la truite et celui de la torpille.
E. Conclusions sur la composition chimique du suc gastrique dans les animaux vertébrés , et sur son influence dans la digestion.
Quoique notre but ne soit pas d'expliquer la physiologie de la digestion , nous ne pouvons nous empêcher de faire connaître ici les conclusions qu'on peut tirer, dans l'état actuel de la science, de la composition chimique du suc gastrique , relativement à l'action digestive de l'estomac. Les expériences de Spallanzani ont déjà prouvé, à la vérité, que ce suc était le principal agent de la digestion ; mais il était réservé aux chimistes et aux physiologistes de nos jours d'expliquer cette action par la connaissance de sa composition chimique.
Voici entre autres les conclusions que MM. Tiedemann et Gmelin ont tirées de leurs nombreuses recherches (1).
1° L'acide acétique et l'acide hydrochlorique , dont l'existence paraît constatée dans le suc gastrique, le rendent éminemment digestif. L^acide butyrique, qui
(1) O. C. , t. I, p. 363 etsuiv.
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se trouve dans le sue gastrique du cheval et dans celui de la caillette des ruminants , joue sans doute un rôle important dans la digestion de ces animaux.
2° C'est par le moyen de ces acides que le suc gastrique devient propre à dissoudre une grande partie des principes constituants nutritifs des aliments , tels que Falbumine concrète, la fibrine, la matière caséeuse coagulée, la gliadine, le gluten. C'est au moyen de l'acide hydrochlorique que les os mêmes sont dissous dans l'estomac des reptiles , etc.
3° D'un autre côté, l'albumine non coagulée, la gélatine, Tosmazome, le sucre, la gomme, l'amidon cuit, sont dissolubles dans l'eau simple.
A° L'action dissolvante de l'eau et de ces acides est singulièrement favorisée par la température de l'estomac , température qui est indépendante de celle du milieu dans lequel vit l'animal, lorsqu'il a le sang chaud (mammifère ou oiseau); qui en dépend, lorsqu'il est à sang froid (reptile ou poisson). Ajoutons que cette température s'élève dans l'estomac de l'homme , au moment de la chymification , au-delà de 38° (1); tandis que les reptiles ne digèrent avec activité que dans les climats chauds , ou dans la saison chaude des climats tempérés ou froids.
C'est ainsi qu'on peut se rendre compte des expériences de Spallanzani, et d'autres célèbres expérimentateurs, qui ont constaté que le suc gastrique, à Faide d'une température égale à celle des animaux à sang
(1) Observation de M. Beaumont, chirurgien de l'armée des États- Unis , sur un canadien qui avait conservé une fistule à l'épigastre , à la suite <i'un «mp de feu. Journal intitulé : VInstitut, deuxième année , n° 48.
chaud, pouvait réduire en chyme les substances alimentaires, même lorsqu'elles sont hors de l'estomac
Il paraîtrait cependant, d'après d'autres expérimentateurs, que les acides ci-dessus n'acquièrent la propriété de chymifier les aliments que lorsqu'ils sont mêlés à un mucus animal. M. Eberle{\) est parvenu à composer un suc gastrique artificiel, en dissolvant dans l'eau une membrane muqueuse quelconque, même après avoir été desséchée, celle de la vessie, par exemple, et en rendant cette solution légèrement acide par l'addition de l'acide acétique ou de quelques gouttes d'acide hydrochlorique.
Suivant cet auteur, le mucus de l'estomac des animaux à jeun, qui n'est pas acide, celui des narines ou des bronches , n'a pas d'action chynïiriante ; mais il l'acquiert par l'addition des acides ci-dessus.
Il prépare un suc gastrique artificiel avec des morceaux de la muqueuse de la caillette du veau. Ces morceaux, bien lavés à l'eau froide jusqu'à ce qu'il n'y ait pas de traces d'acide, desséchés ensuite, puis ramollis dans l'eau à une température modérée , n'empêchent pas les substances alimentaires qu on mêle dans cette eau de se pourrir promptement..
Mais si , après avoir ramolli dans l'eau chaude une certaine quantité de cette muqueuse desséchée , on ajoute quelques gouttes d'acide hydrochlorique , ou une plus grande quantité d'acide acétique , le tout se change en une masse gélatineuse grisâtre, laquelle, étendue d'eau , peut chymilîer, bien entendu hors de l'estomac, à une température modérée , les substances alimentaires.
(1) Physiologie de la digestion. Wiirzbourg , 1834 ( en allemand ).
472 xiive leçok. sëct . n. sijpplûm. aux org. d'alim.
De l'albumine concrète a été réduite , par ce suc gastrique artificiel, dans l'espace de 5 1/2 heures, en une bouillie homogène.
Ces expériences curieuses sont extrêmement intéressantes , en ce qu'elles étendent beaucoup les sources des sucs digestifs; qu'elles simplifient et généralisent singulièrement ridée qu'on doit se faire de ces sucs dans la série animale. Mais aussi nous semblent-elles reculer la difficulté d'expliquer la propriété chymifiante des sucs digestifs , par ce qui est connu de Faction dissolvante des substances inorganiques (1).
Les moyens mécaniques plus ou moins énergiques dont se compose l'appareil d'alimentation dans un certain nombre d'animaux leur donnent la faculté de briser les substances alimentaires composées et facilitent l'action moléculaire du suc gastrique sur leurs éléments nutritifs constituants. Sous ce dernier rapport, sans doute, on peut dire que la digestion est une fonction toute chimique , ainsi que Fa exprimé M. Cuvier (t. IV, IIe part. , p. 14); car ici ces moyens mécaniques ne sont qu'une préparation à l'action chimique.
Mais il ne faut pas perdre de vue que la composition normale du suc gastrique et son abondance sont les effets d'une sécrétion, c'est-à-dire, d'une action toute vitale.]
(1) Les expériences de M. Eberle ont été répétées et variées à Berlin par M. le docteur Schwann , soit seul , soit avec M. le professeur Millier. Le premier attribue à un principe digestif particulier, qu'il appelle pepsine, produit de l'organisation , la propriété dissolvante des sucs gastriques naturels ou artificiels. Cette découverte lève , en partie , la difficulté dont nous parlons dans le texte. ( Archives de. Physiologie , de J. Muller, pour 1836, p. 90. )
ART, III. DES SUCS DE L'iNTESTIN GRÊLE. 473
ARTICLE III