II. De la bouche dans les Larves d Insectes
Les organes de la bouche ne sont par répartis dans les Larves, comme dans les Insectes parfaits; beaucoup de larves qui ont des mâchoires, donnent des insectes parfaits qui n'en ont point, telles sont toutes les larves de papillons, ou les chenilles, et plusieurs larves de diptères. Des larves dont les insectes ont des organes très différents , en ont de semblables ; telles sont toutes les larves de la famille des lamellicornes.
En général les larves des insectes à demi métamorphosés , ont la même bouche que ceux-ci, à quelques modifications près, qui ont quelquefois lieu dans les proportions; ainsi tous les Orthoptères ont la même bouche dans les trois états. C'est dans les Névroptères de la famille des Demoiselles , que le changement de proportions dont je viens de parler, produit les effets les plus sensibles.
Leurs mandibules et leurs mâchoires sont les mêmes dans Tétat de larve que dans l'état parfait. Leur lèvre inférieure présente aussi les mêmes divisions ; mais elle
(1) Mém. du Muséum d'hist. nat.\ t. XVIII, pi. IX et XIV. Anatomie de différentes espèces d'insectes, par ]Lyonet , p. 23p et suit.
174 XXIIIe LEÇON. ORGANES RÉP. DES ANIM. ARTICULÉS.
est portée sur un pédicule fort long, et coudée dans son milieu , de sorte qu'elle reste ordinairement a sa place sous les mâchoires ; mais que l'insecte peut aussi , en déployant le double pédicule, la porter subitement fort en avant } et comme les laciniures qui la terminent lui permettent de faire l'office de pince , la larve s'en sert pour saisir les petites bête^qui passent à sa portée. Une fois ailée, la Demoiselle n'avait pas besoin d'un tel artifice ; sa làvre se raccourcit, et se borne à ses fonctions ordinaires.
Les larves <ï' Hyménoptères ont des organes de mastication très simples, consistant principalement en petites mandibules fortes et courtes.
La bouche des larves de Coléoptères offre les mêmes parties que celles des insectes, mais tout autrement configurées.
Ainsi les Lucanes qui, dans Pétat parfait, ont ces énormes mandibules et ces mâchoires en pinceau si particulières, ont, dans Fétat de larve, une lèvre supérieure presque orbiculaire, articulée immédiatement avec le front ; les mandibules courtes , fortes , épaisses , pointues, légèrement arquées en dehors et du côte interne ; vers Texlremité libre, eFes offrent trois dentelures sur un plan , et vers leur base une surface molaire plane et striée; on voit que cette bouche a de quoi couper le bois et le broyer. Les mâchoires se terminent par deux petits crochets, dont il y en a un de mobile, chose fort singulière, et portent un palpe de quatre articles. La lèvre inférieure, large, est comme tronquée, portant deux palpes très courts , chacun de deux articles.
Les Scarabée , qui diffèrent tant des Lucanes pour la
bouche, leur ressemblent presque absolument pour celle de leurs larves ; il en est de même des Hannetons et des Cétoines, qui eux-mêmes sont encore si différents.
Ce petit crochet mobile peut être considéré comme un second palpe maxillaire ; ces larves en auraient donc six , tandis que leurs insectes parfaits n'en ont que quatre.
Il est à remarquer, encore que tant les larves des Lucanes que celles des Scarahés, ont deux fortes dents à la face supérieure delà lèvre inférieure, près du pharynx.
Les Priones qui ont, comme les Lucanes , des mandibules alongées, n'ont rien de tel dans leurs larves. On y voit une lèvre supérieure très grande, lobée, arrondie, velue, supportée par une lame membraneuse; ensuite deux mandibules fortes, courbées, tranchantes, garnies à la base de deux palpes, coniques, dont les anneaux rentrent les uns dans les autres, comme les tubes d'une lunette, et qui sont probablement les rudiments des antennes.
Une masse molle trilobée, située derrière les mandibules , représente par son lobe du milieu , la lèvre inférieure , avec deux rudiments très courts de palpes labiaux ; et par chacun des lobes latéraux, la mâchoire proprement dii î, avec ses palpes propres, composés de quatre articule, ions de forme conique, dont la dernière est la plu petite.
Au contraire les Dytisques, dont les mandibules sont peu proéminen .es dans Fétat parfait, les ont fort longues dans Téta^ de larve. Mies représentent deux crochets aigus et percés par le bout, qui servent à sucer. IL n'y a point de mâchoires visibles, mais seulement
deux longs palpes filiformes de cinq articles, tandis qu'il y a quatre palpes maxillaires dans l'insecte parfait. C'est précisément l'inverse de ce que nous venons de voir dans les lamellicornes. Il y a pour toute lèvre inférieure , deux tubercules portant chacun un palpe de deux articles.
La larve d1 Hydrophile manque de même de mâchoires , mais elle a ses quatre palpes; lés mandibules y sont courtes, tranchantes, et non percées.
De toutes les larves , ce sont celles des Lépidoptères ou les Chenilles , qui diffèrent le plus de leurs insectes parfaits à regard de la bouche, et, ce qui est singulier, c'est que leur appareil oral est construit sur le plan des insectes à mâchoires , [ce qui aurait dû conduire plutôt à en rechercher les traces dans les papillons , ainsi que Ta fait M. Savigny. ] Sous une lèvre supérieure demiorbiculaire , et sous deux fortes mâchoires tranchantes et dentées , sont trois tubercules qui représentent la lèvre inférieure et les mâchoires; celles-ci semblent composées d'articulations qui rentrent plus ou moins les unes dans les autres , et se terminent par deux petits tubercules, dont l'interne, armé de deux soies roides ou dents, est la mâchoire proprement dite, l'autre le palpe. La lèvre inférieure porte aussi deux très petits palpes, et au milieu une pointe creuse, qui est la filière au travers de laquelle sort la soie dont la chenille fait la coque où elle se métamorphose.
[Les larves de Diptères ne présentent pas de moindres différences dans l'organisation de leur bouche. Elle est armée de deux mandibules simplement crochues, ou crochues et dentées, ayant même quelquefois la forme d'une pince , c'est-à-dire qu'il y a deux crochets qui
se regardent, mais qui sont immobiles l'un et l'autre. Des mâchoires membraneuses , peu distinctes, un labre et une lèvre complètent cet appareil (1).
ÏII. Des muscles qui meuvent les différentes pièces de la bouche des Insectes,
Lorsque la lèvre supérieure est mobile, elle est retirée en arrière par deux trousseaux de fibres charnues situés au dedans du crâne , et qui sont eux-mêmes divisés en deux plans.
[Les mandibules ont un mouvement de gingh me qui s'exerce sur àeux points d'appui , l'un supérieur et l'autre inférieur.] On voit a leur base, du côté inférieur qui correspond à leur convexité, une sorte de condyle ou d'éminence convexe, arrondie, très saillante, qui est reçue dans une petite cavité cotvloïde , creusée dans l'épaisseur même de Técaille temporale au devant ou au dessous de l'œil. [Le condyle supérieur plus petit s'articule dans une cavité arrondie de l'épicrâne (2). ]
Du côté qui correspond au tranchant de la mandibule, on observe ordinairement, au moins dans ]es gros insectes , comme le Scarabé monocéros , le Prione, je Capricorne , le Cerf-volant , la Locuste , une sorte de lame tendineuse, solide , qui semble se prolonger dans l'intérieur des parois solides , et qui donne attache à des fibres musculaires, qui s'y implantent latéralement ^ comme les barbes d'une plume sur la tige
(1) V. lejMém. de M. Guérin sur le bolitophile, déjà cite; et celui de M. L. Dufour sur le genre ocyptère. Annales des se. nùTiir.\ t. iV, p. 248, et pi. 2, fig. f h l m.
(2) Considérations générales sur l'anatomie comparée des animaux articulés, etc., par M. Slraus-Durcheim. Paris, 1828, p. Gô, pi. I, iig. 7/, et pi. 1H, ftg. 3 k.