‹ Lecons d'anatomie comparée (volume 5)Chapitre 103 sur 133 · DES ORGANES DE LA RESPIRATION DANS LE TYPE DES ANIMAUX ARTICULÉS · texte numérisé non relu

DES ORGANES DE LA RESPIRATION DANS LE TYPE DES ANIMAUX ARTICULÉS

[En général, chacune des quatre classes des Crustacés, des Arachnides, des Ensectes et des Annelides qui composent ce type, a des organes de respiration aquatiques ou aériens, suivant Je milieu qu’elle doit habiter. Nous aurons l’occasion de décrire dans l’une ou l'autre de ces classes, des modifications dans les organes que nous étudions qui permettent, par exception, à des animaux dont la classe est essentiellement aquatique, de respirer l’air en nature, même avec des branchies.

De simples modifications en sens contraire, c’està-dire d'organes de respiration aérienne qui recevraient,

dans leur capacité, de l’eau pour respirer. au lieu d’air 9 :

atmosphérique, ne paraissent pas possibles, Si un animal dont la classe est aérienne, si un insecte, par exemple, vit dans l’eau, ce n’est qu’à condition de venir respirer à sa surface l'air en nature; ou si, parexception, il reste constamment plongé dans ce milieu, la partie de l'appareil respiratoire en contact avec l’eau, a l'organisation d’une branchie, c’est-à-dire qu’au lieu de former des tubes trachéens, elle se compose de saillies en forme de feuilles ou de filaments simples ou ramifiés.

399 xxx° LECON. SECT. 11. RESPIRAT. DES ANIM. ARTICULÉS.

ARTICLE EH

Des organes de respiration dans es Crustacés.

[ La classe des Crustacés se compose, en général, d'animaux aquatiques, destinés à passer dans l’eau une grande partie ou la totalité de leur vie, et qui ne vivent dans l'air, et dans l'air humide seulement, que par exception.

Aussi, leurs organes de respiration sont-ils presque toujours des branchies, c’est-à-dire des parties saillantes, en forme de larges feuillets, de lames étroites, de tubes simples ou ramifiés, dans lesquels le fluide respirant pénètre et circule, ei autour desquels le fluide respirable se meut et se renouvelle.

Nous ferons connaître successivement les divers ordres de la classe, en décrivant d’abord les branchies proprement dites ; puis les parties qui en constituent le mécanisme, pour le renouvellement du fluide respirable.

Les branchies des Crustacés varient beaucoup dans leur position, dans leur nombre, dans leur forme, et, jusqu'à un certain point, dans leur structure et dans le mécanisme qui leur est annexé.

Nous indiquerons même quelques Crustacés chez lesquels on ne connaît pas d’organe particulier pour la respiration; elle paraît s'effectuer, chez eux, par les téeguments ; qui sont d’ailleurs, par suite de leur position et de leurs rapports avec l'élément ambiant, les organes les plus naturels de cette fonction. |

ART. I. DANS LES CRUSTACÉS. 393 A. Dans les Décapodes.

$ E. Des branchies proprement dites.

[Relativement à leur position, les branchies des Décapodes sont attachées en partie à la base des pieds et des pieds-mäâchoires, en partie près de cette base, sur le rebord latéral et descendant du thorax, où elles sont recouvertes par le bouclier, qui les retient dans une prison assez étroite.

Leur nombre peut différer d’un genre à l’autre. Quant à leur structure, nous verrons que la partie qui a pour fonction de mettre le fluide nourricier en contact avec le fluide ambiant, est une lame composée de deux feuillets entre lesquels vient circuler le fluide nourricier, ou bien un tube dans lequel ce fluide pénètre et se meut. Lorsque les James sont proportionnellement larges, et qu'elles peuvent retenir une certaine quantité d'humidité dans jeurs intervalles, elles indiquent un crustacé qui a, toutes choses égales d’ailleurs, plus de moyens de vivre hors de l’eau que celui chez lequel les branchies sont en forme de franges ou de brosse, c'est-à-dire de tuyaux ou de filaments. Parmi ces derniers, aucun ne vit naturellement hors de l’eau; tandis qu'un grand nombre des premiers passe une partie de sa vie dans l'air humide, D’autres circonstances qui tiennent à la position des branchies, à la poche plus ou moins fermée qu'elles occupent, au mécanisme qui y conduit l'eau et l’en fait sortir, et dont nous traiterons en parlant de ce mécanisme, influent , sans doute plus ou moins, sur le séjour aquatique ou aérien de ces animaux. ]

394 xxx° LEÇON. SECT. IL. RESPIRAT. DES ANIM. ARTICULÉS.

a. Dans les Brackyurcs.

[Ce premier groupe montre une grande conformité dans la structure, comme dans la disposition et même dans le mécanisme de ses branchies. Cependant nous verrons bientôt que si] les Décapodes à courte queue les

ont différentes des autres [en général, il y a cependant

un certain nombre de Décapodes à longue queue chez lesquels leur structure a beaucoup d’analogie. ]

Chaque branchie, dans les premiers , représente une pyramide triangulaire allongée, attachée par sa base seulement, et dont la pointe est dirigée en haut.

Le milieu de la pyramide est partagé par un plan qui va de son sommet sur le milieu de sa base, et qui se compose d’une double membrane, et le corps de la pyramide est formé d’un très-grand nombre de feuillets empilés les uns sur les autres, tous perpendiculaires au plan vertical dont nous venons de parler, et qui ne sont que des duplicatures de sa double membrane. Le long de chacun des deux bords longitudinaux de ce plan, est un gros vaisseau qui pénètre par la base dans le thorax de l’animal; l’un est artériel et l'autre veineux. L’externe est l’artère pulmonaire, et l'interne la veine du même nom. Si l’on y souflie, on voit sur-le-champ tous les feuillets qui composent la pyramide se gonfler d'air. Ainsi, le sang se répand sur toute leur surface, et c’est là qu'il reçoit l'impression de l’eau.

I y a, en général, sept de ces pyramides de chaque côté; [attachées aux parois du thorax, au-dessus de l'articulation des pieds, de manière que la septième

répond le plus souvent à la troisième paire de pieds. Deux autres branchies rudimentaires, ou plus ou moins développées, tiennent à la hanche, ou même à la base de la lame branchiale des deux organes préhensiles, ou des deux pieds-mâchoires les plus extérieurs.

Quelques exemples tirés de la plupart des sections ou des groupes secondaires de cette première division des décapodes, confirmeront cette description générale et en montreront quelques modifications secondaires.

Parmi les Brachyures de la première section, ou les Nageurs, l'étrille commune (portunus puber, L.) a sept branchies thoraciques et deux maxillaires.

La première de celles-ci est fixée avec une longue lame branchiale, par un pédicule commun, ayantune articulation mobile sur la hanche de l’appendice buccal le plus extérieur, notre cinquième appendice maxillaire, après la mandibule (voy. t. v, p. 107, 108, etc.); cette branchie est rudimentaire et composée de petites lames de grandeur rapidement décroissante, formant deux pyramides adossées par leur base, dont l’une est encore bien plus courte que l’autre.

La seconde branchie maxillaire forme une petite pyramide allongée , dont la base est attachée immédiatement et sans pédicule, sur la hanche du quatrième appendice maxillaire , à la naissance de sa lame branchiale.

Des sept branchies thoraciques, trois sont disposées en avant et quatre sur le côté de la voûte convexe du thorax, ayant les sommets des sept pyramides dirigés en haut, et convergentes entre eux et vers la ligne moyenne.

396 xxIx° LEÇON. SECT. IX. RESPIRAT. DES ANIM. ARTICULÉS.

La première branchie thoracique n'est pas plus lonsue que la seconde branchie maxillaire, et ses lames n'ont pas même l'ampleur des lames de celle-ci. Elle est cachée, dans sa position, derrière la seconde du même nom, qui est très-sensiblement plus grande. La troisième est comme la précédente. Les quatre suivantes sont, à la fois, les plus longues et les plus amples.

Nous avons plus particulièrement examiné, parmi les Brachyures arqués (section 2°), le crabe tourteau et le œantho floridus, Leacu. Le nombre des branchies est de même de deux maxillaires et de sept thoraciques.

Dans la troisième section, celle des Quadrilatères, le thelphuse fluviatile à de même neuf branchies pyramidales, dont les deux premières sont maxillaires. La septième et la huitième de ces branchies ont la face externe de la pyramide plus étroite que les latérales. La dernière et les précédentes forment des pyramides à faces plus égales. Toutes ont leur sommet assez incliné en arrière.

L'uca lœvis n’a que cinq branchies thoraciques, outre les deux maxillaires. La première de celles-ci est rudimentaire, et composée seulement de quelques lames en palette. La seconde a la forme normale, c’est-à-dire qu'elle est composée de deux séries de lames décroissantes formant une petite pyramide.

La première thoracique est sensiblerient pluslongue, à sommet très-effilé ; la seconde est encore de grandeur médiocre; les trois dernières sont les plus grandes, ayant la face externe de leur pyramide très-large, et l'artère branchiale qui la divise d’un très-gros calibre.

Le gécarcin ruricole, qui appartient à la même section, a de nouveau les neuf branchices ordinaires, dont sept thoraciques. Celles-ci vont en diminuant, du moins pour la longueur, de la troisième à la septième. La deuxième est comme la troisième. La première, plus petite que la seconde, est cachée sous elle. La forme de toutes ces branchies est normale, c’est-à-dire que c’est une pyramide formée par deux rangées de lames symétriques; sauf la dernière, dont la rangée postérieure seulement paraît large et plate du côté externe, tandis que la rangée antérieure de ses lames forme une surface étroite et arrondie du même côté.

Les grapses (grapsus varius, L.) se distinguent de même par la forme asymétrique de leur septième branchie thoracique.

Nous avons remarqué qu’elles avaient une texture molle, qui contraste avec la consistance et l'épaisseur plus grande qu’elles nous ont montrée dans les deux genres précédents.

Les Triangulaires ou les genres de la cinquième section que nous avons examinés sont : les acanthonix (acanthonyx lunalatus, Law), les pises (pisa corallina Lracu), et les maia, LEACH (maïa squinado et maïa cristata, Risso). Le nombre de leurs branchies est normal, c'est-à-dire de deux et de sept dans les deux derniers genres, Je n’ai trouvé que six branchies thoraciques dans le premier; mais cette anomalie de nombre était probablement individuelle. Les arêtes de leur pyramide sont émoussées de manière à donner à chaque branchic une forme conique ou demi-conique.

Dans les matus, la pyramide branchiale se distingue par le plus grand nombre de ses faces; ce qui vient de

398 xxx° LEÇON. SECT. II. RESPIRAT. DES ANIM. ARTICULÉS. la forme trapézoidale de chaque lame d’une même série, Les deux branchies maxillaires sont rudimentaires; la première est courte et arrondie, la seconde est pyratni: dale.

Les calappes (calappa granulata, Far.) de la sixième section, celle des Cryptopodes, ont le nombre normal des branchies. Dans les thoraciques, les lames sont en forme d’une demi-ellipse ; ce qui donne à chaque branchie la figure d’un cône comprimé latéralement.

Les cinq dernières sont très-grandes ; elles s'élèvent presque perpendiculairement contre les voûtes du thorax, qui est ici la paroi interne et bombée de la cavité branchiale.

Les lames branchiales sont extrêmement minces et n’ont plus de consistance.

La septième section des Brachyures, celle des Notopodes, se distingue de toutes les précédentes, entre autres, par le nombre des branchies, qui est de quatorze de chaque côté; en ce que la premiére n’est pas attachée au cinquième appendice maxillaire, qui manque, mais au quatrième ; que les suivantes, ou les thoraciques, sont placées sur deux rangs, dont le supérieur, qui comprend les plus grandes, en a huit, et le second cinq. La deuxième et la quatrième de celles-ci sont beaucoup plus petites que les deux autres. Enfin, la plus reculée de ces branchies est fixée au-dessus de l'articulation de la quatrième paire de pieds.

Nous avons du moins observé ces différentes circonstances organiques dans les dromies (dromia Rumphit, Russo) et les homoles (homola spinifrons , Lxacu.)

Dans les premiers, les pyramides branchiales sont plus comprimées, et le sillon que parcourt l'artère bran-

sr

chiale plus profond; le côté du triangle de chaque lame qui répond à la face externe étant le plus petit, et ceux des faces latérales de la pyramide étant les plus longs.

b. Dans les Macroures.

À en juger par la structure des organes de respiration, et par d’autres circonstances, ils sont loin de former un groupe naturel, comme les brachyures. Aussi regardons-nous comme une grande amélioration, dans leur classification, la séparation des Schizopodes, dernière section de cette division, et leur réunion à l’ordre des Stomapodes (1).

Parmi les Anomaux dé Latreille, les pagures (le pagure strié) ont quatorze branchies de chaque côté, en forme de fuseau , ou de deux pyramides adossées par leur base. Ces branchies sont adhérentes par leur partie moyenne (du moins celles qui sont développées) et libres par leurs extrémités. Elles sont fixées chacune par un pédoncule, le long du bord inférieur du thorax, depuis le premier pied-mâchoire jusqu’au dernier pied ambulatoire. Leur position est transversale à l’axe du corps, mais un peu oblique, de manière que le somiaet inférieur de la pyramide inférieure est incliné en arrière dans les dix dernières, et incliné en avant dans les quatre premières. Dans celles-ci, la partie supérieure est moins développée que l'inférieure. Parmi

| " | (4) Mémoire sur une disposition de l'appareil branchial des Crustacés, par | M, Mi/ne-Edwurds, Annales des Sciences Naturelles, L 49, p. 471.

400 xxx° LEÇON. SEGT. II. RESPIRAT. DES ANIM. ARTICULÉS.

les six suivantes, la seconde est rudimentaire dans sa partie inférieure, la troisième dans sa partie supérieure, la cinquième dans sa partie inférieure, la sixième dans sa partie supérieure, et la huitième dans sa partie inférieure, Les autres ont les deux pyramides qui les composent également développées. Les lames, très-nombreuses, sont comme de petites palettes, avant la forme d’un triangle isocèle, adhérent par son sommet et libre par ses trois côtés. Les deux séries de lames interceptent un sillon profond du côté extérieur, dans lequel se voit l’artère pulmonaire, La veine est le long de la carène que forme la branchie du côté externe.

La partie inférieure de la portion adhérente de la troisième branchie porte un tubercule charnu, avec un paquet de soies, qui ressemble à une rame d’annelide.

Les birgues ont le même nombre de branchies, avec cette même disposition. Elles sont très-petites, relativement à la capacité de la cavité branchiale, qui est trèsgrande, et relativement au volume de tout le corps.

Le méme type de l'appareil branchial se voit encore dans un genre anormal, celui des porccllanes, que nous détachons, à cause de cela, de la quatrième section des Macroures de Latreille, et que nous rapprochons des Paguriens (1).

À la vérité, les lames branchiales des porcellanes sont plus étroites à proportion, et arrangées de chaque côté d’une tige commune, comme les barbes d’une plume;

(1) Cette analogie de structure des branchies, mûme avec celles des crabes, coïncide d'une manière remarquable dans ç* genre, avec P'olargisseunent Qu (ho rx et la queue retroussée en-dessous.

elles ont, en un mot, la structure penniforme, que nous distinguerons de celle des crabes, qui est plus propre à retenir l'eau.

Il y a douze branchies de chaque côté, formant deux séries au-dessus l’une de l’autre, disposées en quinconce; mais tellement rapprochées, que tout l’appareil branchial occupe un très-petit espace. Elles sont attachées au-dessus du premier article des pattes.

Le lamelles sont, comme des barbules, placées sur deux rangs, de chaque côté d’une tige commune; mais relevées et rapprochées par leur bord externe, de manière que labranchiesemble pliée surla ligne moyenne, qui paraît enfoncée.

Nous les avons étudiées sur un individu de la porcellane à larges pinces, de cinq lignes de longueur. Chaque branchie avait trois quarts de ligne de cette dimension, sur un quart de large.

Les galathées (Galathæa strigosa, S.) ont quatorze branchies pyramidales, qui ont beaucoup de rapports, dans leur structure, avec les branchies des Pagures. Elles sont composées de deux rangées de lames rondes, en palettes, ne tenant à la tige commune que par une petite partie de leur circonférence, libres dans le reste de leur étendue, Les premières de la base sont petites, serrées et rapprochées de Ja ligne moyenne, contre les plus grandes, qui vont ensuite en diminuant et en s’écartant, par série, de manière à laisser un large et profond sillon un peu au delà de cette base, lequel répond à la plus grande partie de la ligne médiane externe de ia pyramide.

Comme dans les pagures, on voit que chaque pyramide est composée de deux autres, adossées par

402 xxx° LEÇON. SECT. IL. RESPIRAT. DES ANIM. ARTICULÉS,

leur base, dont l’inférieure est restée plus petite que l'autre, ou imôême est rudimentaire, et ne fait que garnir la base de celle qui lui est supérieure. C’est de l'endroit de réunion de ces pyramides, que part le pédicule qui fixe ces branchies. fl y en a onze, dans la rangée inférieure, qui tiennent par paires au premier appendice maxillaire et aux ligaments de l’articulation des quatre premières pattes avec le thorax. Une seule, mais la plus grande, répond à la cinquième patte; de manitre que ces onze branchies recoivent une certaine impulsion lorsque les hanches de ces paites sont agitécs.

Trois autres branchies sont attachées au-dessus des précédentes, daus lesintervalles de leurs trois dernières paires. 11 y a un enfoncement dans ie thorax, à l’endroit de leur attache, et elles ont le volume de la derniére branchie inférieure.

Les deux sections suivantes des Macroures, celles des Locustes et des Zfomards, ont des branchies bien ditférentes pour la structure, de tous les crustacés précédenis. Elles sont composées de tubes ou de filaments qui montrent, dans leur arrangement ct leurs proportions, deux types distincts. 4

Dans le premier, les branchies ont encore la forme pyramidale. ] Les pyramides branchiales, quoique placées semblabiement, sont plus nombreuses et plus compliquées que dans les brachiuress au lieu d’avoir, des deux côtés de leur plan vertical, des lames empilées, elles y ont des rangées de filaments cylindriques, de manière que leurs faces sont hérissées comme du velours, où plniôt comme une brosse. Le nombre de ces filaments est quelquefois de plusieurs milliers par pyra-

es

mide; chaque pyramide a, [comme celles des brachyures, | sa grosse artère et sa grosse veine, qui aboutissent dans le corps.

[Dans l’autre type, les tubes sont plus longs, moins nombreux, flottants comme des panaches,

Nous verrons tout à l'heure des exemples de ces deux types, entre autres dans deux espèces très-rapprochées pour les er extérieures et qu'on à cru long-temps congénères; je veux parler du homard et de l'écrevisse commune.

Les seyllares (Scyllarus arctus. L.), de la section des Locustes de LaATREILLE, ont vingt-une branchies de cha que côté, toutes en brosse, où composées de filaments tubuleux, attachés s par séries régulières et mulipliées, de chaque côte d’une ligne me diane OÙ SUr UN DIR plan; ou bien entourant cette ligne comme les soies d’une brosse ronde. Quinze de ces branchies sont fixées aux anneaux du thorax, au-dessus des deux premiers appendices maxillaires et des cinq pieds. La base des mêmes appendices maxillaires et la hanche des quatre premiers pieds porte un pédicule mobile, auquel est attachée une branchie et une lame branchiale, I y en a donc six qui l'agitent plus où moins avec les pieds, ou les pieds-mâchoires. Les autres n'ont point de mobilité dans leur atiache. Toutes ont une forme pyramidale; mais, dans ces dernières, les tubes sont plus courts et les pyramides plus g re

La lungouste commune ne présente aucune différence essentielle dans le nombre, la position, ni dans la structure de ses branchies et des lames accessoires.

Les branchies des nephreps de la section des Æomards (Nephrops norwegicus) sont aussi en brosse, et

404 xxx° LEÇON. SECT. II. RESPIRAT. DES ANIM. ARTICULÉS.

de forme pyramidale, mais aplaties par leur face interne. 1 y en a vingt disposées par groupes, pour la plupart. La premiére branchie tient au quatrième appendice maxillaire ; elle est rudimentaire. Les deux suivantes sont attachées au cinquième de ces appendices. Des dix-sept autres branchies, quatre sont attachées aux quatre premières pattes, et les autres sont disposées par paires au-dessus des cinq pattes et des deux pieds-méchoires, contre la voûte des flancs; excepté la dernière, qui est isolée. ]

I y a dans le homard cinq groupes de quatre pyramides chacun, et une pyramide solitaire en avant et en arrière, dont l’antérieure est fort petite. C’est donc en tout vingt-deux branchies de chaque côté. Le premier groupe est attaché à la paire de mâchoires la plus extérieure, et la pyramide solitaire, qui est en avant, sur la paire de mâchoires que celle-là cache. Le deuxième groupe est sur les grosses pattes en tenaille; les autres sur les pieds suivants, excepté le dernier, qui n’a qu’une pyramide solitaire. Dans chaque groupe, il yaune pyramide, la plus extérieure, qui est attachée au pédicule de Ja lame de parchemin, et se meut avec elle; les trois autres adhèrent au corps même, et n’ont pas de mouvement propre. La première, solitaire, est aussi sur sa laine; mais la dernière tient au corps, et n’a derrière elle qu’un rudiment de lame.

[Ainsi que nous l’avons déjà dit, le second type des branchies, dans les deux sections des Locustes et des Homards, telles que nous les avons réduites, se voit dans l'écrevisse commune ( Astacus fluviatilis, Enwarps). On en compie dix-huit, dont neuf thoraciques, de figure pyramidale,formantune série supérieure. Les trois pre-

ART. [. DANS LES CRUSTACÉS. 405 mières sont isolées, et attachées au-dessus des piedsmächoires et de la première patte; les six autres sont groupées par paires au-dessus des quatre pattes suivantes, de manière que la dernière paire répond à la quatrième et à la cinquième patte.

Des neuf branchies appendiculaires, la première est attachée au premier pied-mächoire, les deux suivantes au second (le plus extérieur) ; il y en a deux attachées de même au premier pied ambulatoire, deux au second, un au troisième, et la neuvième au quatrième pied.

Les trois branchies solitaires et la branchie externe et postérieure de celles groupées par paires, dans cette seconde série, répondent aux lames branchiales des autres macroures, lesquelles ont été converties en branchies dans l’écrevisse. Aussi ces branchies sont-elles articulées sur la hanche de chaque appendice maxillaire, ou ambulatoire, par unc articulation mobile, Elles sont d'ailleurs plus grandes que les autres, et composées d’une lame qui va en s’amincissant vers son extrémité, et dont les deux surfaces sont hérissées de tubes ou de filaments respirateurs.

La seconde branchie des appendices, quandilyena une, est petite et pyramidale, comme les branchies thioraciques, et fixée immédiatement au premier article de l’appendice. Enfin, il y à encore, au-devant ou en dedans de cette branchie, sur ce même article, ou audevant de la branchie isolée, une touffe de longs filaments qui dépendent de cet appareil compliqué.

La cinquième section des Âfacroures de Latreille, celle des Sulicoques, est remarquable par la structure de ses branchies, qui ont toutes le type des branchies pen-

406 xxx° LEÇON. SECT. IT. RESPIRAT. DES ANIM. ARTICULÉS.

niformes que nous avons déjà indiqué en parlant de celles des porcellanes.

Elles sont composées de latnes étroites, et non à large surface, comme celles des crabes. Ces lames sont d'ailleurs moins nombreuses et généralement moins serrées les unes sur les autres. Elles sont rangées, comme les feuillets branchiaux des crabes, de chaque côté d’un support intermédiaire, qui comprend les vaisseaux sanguins afférents et efférents. Chaque branchie est mince, déprimée, et le plus souvent eflilée vers la partie supérieure.

Ces branchices lamelleuses et penniformes nous paraissent intermédiaires, entre celles des crabes et celles des focustes et des homards, pour l'influence qu'elles peuxent avoir, par leur structure, sur la faculté des animaux qui en sont pourvus, de vivre plus où moins long-temps hors de Peau.

Quoi qu'il en soit, cette section me paraît extrême ment naturelle par la conformité dans la structure de ses branchies.

Nous les décrirons dans quelques-uns des genres nombreux qui la composent.

Les branchies des crangons et des pontophiles dilrerent assez par le noinbre, pour justifier létablissement deces deux genres. d'en ai compté douze dans le Pontophilus pristis, LEAcr, dont six attachées au-dessus des six autres et plus grandes, surtout les trois dernières. Elles sont larges et aplaties par lcur face externe ; les deux séries de lames qui les composent sont attachées obliquement sur leur tige commune, et se recouvrent de même. Elles sont d'ailleurs arrondies par leur bord libre; chaque branchie a une portion des-

cendante, à partir de leur point d'attache, et une portion ascendante; la première plus arrondie à son extrémité, la supérieure plus eflilée.

Le crangon vulgaire a de même des branchies Jamel: leuses et penniformes, au nombre de six de chaque côté, dont cinq thoraciques et une maxillaire. Ces branchies ont une partie descendante aussi longue que la partie ascendante, laquelle est inclinée en avant. Elles vont en augmentant de la première à là einquième, et sont toutes placées très - obliquernent leur partie supérieure en avant et linférieure én arrière.

Une espèce d'alphce que nous avons pu examiner ( Athanas rufescens, pi. 11, f. 4, de l'ouvrage sur V'É2 gypte) à six branchies lamelleuses et penniformes de chaque côté, dont les deux premières sont presque rudimentaires, et les quatre suivantes vont en augmentant jusqu'à la dernière. Elles sont verticales, au Hieu d’être obliques, composées de lames assez relevées, un peu arrondies à leur extrémité descendante, et comme tronquées à leur extrémité opposée.

Les palémons (Palemon serratus, Leacn; æœiphius et annulatus, Risso) ont, de chaque côté, sept branchies en lames, dont la structure et la forme ressemblent beaucoup à celles des galathées. Les lames sont de petites palettes rectangulaires, arrondies par leur bord libre, empilées sur deux rangs, le long d’une tige commune , à laquelle elles sont attachées par l’autre extrémité. Leur ensemble forme deux pyramides adossées, ‘dont l'inférieure, plus courte que la supérieure, n’est cependant pas aussi courte que dans les galathées. C’est à l'endroit de réunion de ses deux pyramides que la bran-

408 xxx° LEÇON. SECT. 11. RESPIRAT. DES ANIM. ARTICULÉS. chic est fixée au thorax. La pyramide inférieure descend au-dessous de l’origine des pattes. Leur grosseur va en augmentant considérablement de la première à la dernière. Celle-ci à cent quarante laines dans chaque rangée ; tandis que la troisième n’en a déjà plus que quatrevingts, la seconde trente, et la premicre quinze, dont la surface est d’ailleurs beaucoup plus petite.

Ces lames ou ces feuillets branchiaux sont assez résistants, et composés de deux membranes, dont l’une est réticulée et l’autre lisse, comme dans les Jimules.

Les pasiphaës (le P.sivado) ont de même cinq branchies lamelleuses penniformes, attachées dans leur partie moyenne, très-effilées à leurs deux extrémités et fortement inclinées en avant, ou couchées très-obliquement, de manière que leur cxtrémité supérieure est en avant, et que celle de la première est recouverte par celle de la seconde. Leur proportion est l'inverse de celle que nous avons indiquée dans nos précédentes descriptions, c’est-à-dire que ce sont les premières qui sont les plus longues.

Dans les pénées, il y a dix-huit branchies de chaque côté du thorax, disposées en plusieurs groupes; ces groupes sont séparés par un appendice foliacé fixé au premier article du membre correspondant à deux groupes.

Les sicyonies (Sicyonia sculpta, Ebwarvs) n'ont que onze branchies de chaque côté, et Ja patte-mäâchoire externe manque de lame branchiale.

Nous bornerons ici nos descriptions des branchies dans les Décapodes ; mais nous nous efforcerons de les compléter dans le paragraphe suivant, par la connaissance du mécanisme qui leur est annexé. ]

SIL Mécanisme de la respiration dans les Décapodes.

[ Après avoir étudié les branchies de ces animaux dans leur structureintime, dans ieurnombre, dans leur forme, et même dans leur position, il nous reste à faire connaître le mécanisme par lequel le fluide respirable se renouvelle autour de ces organes.

Il ne faut pas perdre de vue qu'un assez grand nombre de décapodes brachyures ont la faculté de vivre hors de l'eau, avec des organes de respiration aqualiques ; que nous devons trouver conséquemment, soit dans ces organes eux-mêmes, soit dans le mécanisme qui leur est annexé, des modifications qui leur donnent cette faculté.

Tous les Décapodes ont leur branchies renfermées dans une double cavité branchiale, symétrique comme les branchies, analogue, jusqu’à un certain point, à celle des poissons, dans laquelle l’eau, quand lanimal vit dans ce liquide, ou l'air humide, quand l'animal vit à terre, se renouvelle, en suivant une direction déterminée. Cette cavité a toujours son issue en avant, avec une valvule qui l’ouvre ou qui la ferme. La même cavité peut être largement ouverte pour l'entrée de l’eau (les macroures) ; où n’avoir qu’un orifice étroit à cet usage, dont la position varie (les brachyures).

Les branchies y sont placées de manière que les courants du fluide respirable puissent agir sur leurs parties les plus déliées. Une partie sont attachées aux pieds-mächoires ou aux pieds ambulatoires, qui les agitent dans leurs mouvements. Des lames membraneuses, ou cornces, ou plus solides encore, servent à

410 xxx° LEÇON. SECT. 11. RESPIRAT. DES ANIM. ARTICULÉS. les comprimer, ou seulement à produire de l'agitation dans le liquide ou le fluide respirable. Toutes ces circonstances méritent d’être étudices avec quelques détails, pour bien apprécier le mécanisme de la respiration de ces animaux.

Nous décrirons, dans ce but, i° les cavités branchiales des décapodes ; 2° leur entrée étroite ou large, simple où multiple ; 5° leur issue, Je canal qui y conduit, et la valvule qui le ferme ou qui l'ouvre; 4° les lames branchiales non respiratrices appartenant aux pieds-mächojres ou aux pieds ambulatoires, qui jouent un rôle dans ce mécanisme; 5° nous rappellerons les attaches mobiles ou fixes des branechies, leur disposition dans Ja cavité branchiale, et leurs rapports avec les lames branclhiales non respiratrices, ]

1° Des cavilés brañchiales des Décapodes.

[ Les Décapodes ont deux cavités branchiales symétriques, situées de chaque côté du tronc, en dehors de la cavité viscérale.

Leur forme et leur capacité varientavec celle de cette dernière cavité et la forme générale du corps; plus étroites et plus allongées dans les Macroures, elles sont plus courtes, mais plus larges dans les Brachyures.

Les flancs, ou les côtés du tronc, forment un plan vertical (les éerevisses), où plus ou moins incliné (les brachyures), qui Jirite cette cavité du côté de Ja ligne inoyenne, et en constitue à Ja fois la paroi interne et le plancher, tandis que le plafond et la paroi externe sont formés par le bouclier. Dans les brachytres, la cavité branchiale est plus où moins rétrécie, vers le haut

et en avant, par un sinus de la cavité viscérale, que l'on trouve rempli d'œufs dans les femelles. Ce sinus viscéral, qui n'existe pas dans les macroures, est séparé de Ja cavité branchiale par un repli membrancux qui se détache des flancs et du bouclier pour rejoindre celui-ci plus en dehors. Le bord du bouclier descend jusqu'à la base des pieds, et sy applique exactement, dans Ja plus grande partie de son étendue, de manière à fermer, de ce côté, la cavité branchiale (les brachyures); ou bien il reste bâillant, et permet l'entrée de l'eau dans un large espace (les macroures).

La membrane dermoïde, qui tapisse la cavité branchiale, est généralement unie et sans plis. Dans lécrevisse, celle qui tapisse les flancs est extrêmement minces tandis que celle qui revêt le bouclier est épaisse, et montre les apparences des membranes muqueuses.

Ce n’est donc que par exception que cette membrane forme des replis ou montre un aspect spongieux, dont le but est de retenir une certaine quantité d’eau autour des branchies, chez quelques décapodes qui peuvent vivre long-temps hors de Peau (1).

Dans le gécarcin ruricole, Y'ai vu un semblable repli très-ample et très-épais, qui descendait en arrière sur le plan incliné des flancs, et formait comme un épiploon, sur lequel reposaient toutes les pyramides branchiales, soit par leur sommet seulement, soit dans toute leur étendue (les dernières).

(4) De la respiration aérienne des crustacés, et des modifications que l'appareil! branchial présente dans les crabes terrestres; par MM. Audouin et Milne-Edwards, Annales des Sciences Naturelles, t, 45, p. 85.

412 xxx° LEÇON. SECT. II. RESPIRAT. DES ANIM. ARTICULÉS.

J'ai observé un semblable repli dans luca lævis, mais plus petit, à proportion, et se prolongeant, par sa partie libre et pointue, plus en arrière que Îles branchies, dans une gouttière qui se voit au-dessus du dernier pied, et m'a paru communiquer au dehors, en se prolongeant vers la queue.

L. structure spongieuse de la membrane de la cavité branchiale du birgue (Cancer lutro, EL.) est encore une exception (1), puisque, dans le pagure strié, cette méme membrane est mince et à surface lisse.

En général, dans les brachyures qui vont à terre, le bouclier forme en avant, au-dessus des branchies, une voûte élevée, sous laquelle s’avance le sinus de Ia cavité viscérale dont nous avons parlé, et d'autant plus que ses parois extensibles sont gonflées par les œuis; mais il reste sous cette voûte, chez les femelles, hors de la poute, ou chez les mâles en tout temps, un espace vide appartenant à la cavité branchiale, ans lequel l'eau peut être retenue par un repli ou par un diaphragme incomplet, qui se détache de la partie inférieure et antérieure du bouclier.

MM. Audouin et Milne-Edwards ont vu cette partie développée de la cavité branchiale, tapissée d’une membrane spongieuse, dans une espèce de boscia (2).]

° Je l'entrée de la cavité branchiale.

[L'entrée de la cavité branchiale, dans la plupart

(4) Elle à cté décrite pour la première fois par M. Gcoffroy-Saint-Hlilaire, séances de Académie des Sciences, des 42 et 49 septembre 1895.

(2) Boscia dentata, espèce de potamie de Latreille. Histoire Naturelle des Crustacés, Le 14, p. 15, et Annales des Sciences Naturviles, t, xv, p, 85.

des brachyures, est une fente courbée en are, qui se voit au-devant, et même en arrière et en dehors de la première paire de pieds, et qui résulte de ce que le bouclier ne s'applique pas, comme ailleurs, contre la hanche de ce pied. La base de la lame branchiale, qui est attachée an pied-mâchoire extérieur, rend cette ouverture bäillante, ou la ferme, dans les mouvements de bascule que lui fait exécuter ce pied- mächoire, à à Ja volonté de l'animal.

Dans le guia ponctué, Epw., famille des Leucosiens, c'est sous l'orbite que se trouve l'embouchure du canal afférent, lequel forme une longue gouttière, sous la partie la plus avancée du bouclier, que la paite-mâchoire externe complète en dessous (1).

Les ranines ont ce même orifice sous l’origine de Pabdomen (2); mais cette disposition est peut-être moins exceptionnelle. Dans l’étrille commune, la cavité branchiale se prolonge en arrière, autour de la dernière hanche, en une gouttière qui m'a paru s'ouvrir par un très-petit er sous l’origine de l’abdomen. Cependant cette observation devra être répétée sur le vivant. Le prolongement membraneux que j'ai décrit dans l’uca lœvis res ainsi que je l'ai observé, dans une semblable souttièr

Dans les Macroures, la carapace nes s'adapte pas exactement à Ja partie inférieure des flancs, ou à la base des pieds, et laisse le long de son rebord inférieur un long espace béant, par lequel 1 eau peut pénétrer dans là cavité branchiale.

(4) Recherches sur je mécanisme de la respiralion chez les crustacés, par M, Wilne-Edwards, lue: à l'Adadémie des Scicoces le 8 oetobre 1828, — (2) Ji,

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