V] LE
1° Du mécanisme des stigmates par lequel l'air atmosphérique s’introduit dans les trachées.
Les détails dans lesquels je suis entré, en décrivant successivement, dans le paragraphe premier de cet article, l’organisation des stigmates dans tous les ordres de la classe, sous le titre d'organes extérietirs de la respiration, me permettent de me borner ici à rappeler les principaux traits de cette organisation, et de n’ajouter que Les détails de structure, relativement à ce mécanisme, que j'aurais omis dans ma description précédente.
Les stigmates forment toujours un canal trés-court qui pénètre de l'extérieur à l’intérieur, à travers les téguments, et se continue au delà avec un tube trachéen d’origine, ou, ce qui est très-rare, avec une poche vésiculaire. Ce canal à trois parties distinctes : 1° son orifice externe; 2° le canal proprement dit; et 3° son orllice interne.
Sous le rapport seulement de sa fonction de donner entrée à l’air qui va respirer, et d’être l'issue de celui qui a respiré, on peut justement comparer un stigmate à un larynx des animaux à poumons, et son canal à leur glotte.
1° L’orifice extérieur du stigmate peut être une fente étroite, une ouverture ovale, rectangulaire, ronde, que circonscrit ce cercle écailleux qu'on nomme péritrème,
| lorsqu'il est distinct des téguments environnants ; qui
peut n’en être que la continuation plus consistante, mais
| sans ligne de séparation, comme dans les scolopendres.
Cette partie extérieure de l'entrée de l’air reste géné-
ralement béante, surtout lorsqu'il y a un péritrème distinct ; elle ne peut ni se dilater, ni se resserrer.
2° Le canal du stigmate, toujours très-court, va généralement en se resserrant, vers son orifice interne. Il est même, le plus souvent, divisé dans l'intervalle, par deux lèvres, ou deux valves mobiles, égales ou inégales, qui peuvent se joindre et même se recouvrir en se rapprochant. Les lèvres sont mises en mouvement par un muscle particulier, qui varie dans sa disposition, mais dont l'emploi est toujours de les rapprocher; c’est le muscle occluseur de la glotte (1).
Toute cette gorge est hérissée, le plus généralement, de productions soyeuses simples ou ramifiées, ou bien écailleuses, s’engrenant réciproquement en se rapprochant, et pouvant ainsi fermer tout accès aux corps étrangers.
Une remarque générale à faire à ce sujet, c’est que les moyens de fermer ces glottes sont plus multipliés, plus complets chez les larves que dans l’insecte parfait, qui vit dans l'air, et moins en contact avec les corps étrangers qui pourraient s'introduire dans les stigmates.
5° Enfin le bord interne du stigmate, qui forme son embouchure dans la trachée d’origine, peut être garni d’un cadre intérieur mobile, Un muscle qui se porte de ce cadre intérieur au cadre extérieur, le fait tourner sur son axe, de manière que son petit diamètre peutse
(4) Voir les détails de ce mécanisme dans Lyonet, op. cit., pour la chenille du cossus ligniper da ; dans Sprengel. op. cit., pl. 414, fig. 22, pour l'hydrophile earaboïdes ; et dans Mareel de Serres, Mémoire cité, pour les valves des stigmates thoraciques dans les sauterelles. Mémoires du Muséum, L 1, p, 819.
trouver dans la même direction que le grand diamètre de la caisse du stigmate. 1! forme ainsi la communication de cette caisse dans la trachée.
Cette organisation, qui se voit dans le hanneton, est encore différente dans sa larve, chez laquelle ce cadre intérieur est remplacé par deux pièces triangulaires, de nature cornée, qui sont contenues dans la trachée d’origine; en garnissent la paroi postérieure, et elles sont susceptibles de se mouvoir sur une apophyse du cadre extérieur, avec laquelle elles s’articulent, de manière à pouvoir intercepter la communication de la glotte avec l'intérieur du système respiratoire (1).
Les stigmates thoraciques et les stigmates abdominaux ne se ressemblent pas complétement dans les insectes parfaits, et peuvent différer beaucoup dans l’une et l’autre de ces régions ; non-seulement relativement à leur position, à leur forme et à leur grandeur, que nous avons fait connaitre suffisamment, mais encore dans leur mécanisme.
Ceux du thorax sont comme encadrés dans les parois de cette région , qui sont généralement solides et immobiles. Ici il était surtout nécessaire d’un mécanisme particulier de valvules pour ouvrir ou fermer leur glotte. ,
Les stigmates abdominaux sont généralement placés dans une partie très-mobile des parois de cette région, susceptible de s'étendre ou de se resserrer, et qui peut, par sa mobilité, suppléer, jusqu'à un certain point, au mécanisme propre des stigimates.
(4) M. Straus, op. cit., pl. 6, fig, 6, 7, 8, 9 et 40.
518 xxx° LEÇON. SECT. II. RESPIRAT. DES ANIM. ARTICULÉS.
Aussi ne trouve-t-on pas, dans les stigmates abdominaux des sauterelles, ces grandes valvules qui distinguent leurs stigmates thoraciques, et que M. Marcel de : Serres a proposé d'appeler triméres, à cause de cette M complication mécanique. |
Quant aux stigmates des insectes qui vivent dans l'eau, et qui respirent cependant par intervalles, à sa … surface, l’air atmosphérique, ils peuvent être préservés de l'entrée de l’eau par une couche d’air que retiennent les élytres entre elles et la face dorsale du corps (les dytisques. les kydrophiles).
Dans beaucoup d’autres cas, le mécanisme de ces ouvertures par où l'air atmosphérique entre dans les trachées ou en sort, sans permettre l'accès de l’eau ou des substances dans lesquelles l’insecte est enfoui, se complique de bien des manières; ainsi que nous l’avons vu en décrivant l’appareil respiratoire extérieur des larves de dytisques et d’hydrophiles, parmi les coléopteres; des nèpes, parmi les hémiptères; et celui des larves de diptères qui vivent dans l’eau, ou bien enfouies dans des substances qui pourraient pénétrer dans leurs stigmates.
Tantôt ce sont des tubes formés par un prolôngement des stigmates caudaux (les larves de cousins, de plusieurs tipules), où thoraciques (leurs nymphes); tantôt ce sont les derniers anneaux du corps qui s’allongent et se resserrent en siphon, pour chercher au F loin l'air respirable, et qui contiennent dans leur canal l'embouchure commune des deux trachées principales, | les larves de dytisques, d’hydrophiles, de stratiomes , |: d’hélophiles, etc. |
Dans d’autres cas, les stigmates sont entourés de |
d ART. III. DANS LES INSECTES. 19
tontacules contractiles qui les bouchent en se rapprochant; et les derniers anneaux du corps, en se retirant l’un dans l’autre, complètent cette occlusion. (Les larves de fipules qui vivent dans les végétaux ; celle de la mouche bleue de la viande, etc.) (1).
Dans d’autres cas, celui des larves d’æstres, de conops, l'extrémité postérieure du corps présente une surface plate, comme tronquée, garnie d’un ou de deux boucliers écailleux qui recouvrent les stigmates, les préservent de l’entrée des substances nuisibles, sans empêcher celle de l'air respirable.
Nous n’entrerons pas dans tous les détails de ces différents mécanismes ; ils appartiennent à des monographies plutôt qu’à un ouvrage général, dans lequel il doit suffire, dans l’état actuel de la science, d’avoir un cadre où ils pourraient se rapporter.
2° Du mécanisme général par lequel l'air extérieur entre dans les trachées ou bien en sort, et circule dans les canaux aériens.
Ce mécanisme est celui qui dilate ou resserre la cavité viscérale de l’abdomen. Il faut se rappeler que chaque anneau abdominal est divisé généralement en deux, et composé d’un segment dorsal et d’un segment ventral; que ces deux segments sont inégaux; que c’est tantôt le segment dorsal qui est le plus grand (les sauterelles, les libellules), tantôt le segment abdominal (les
(4) Réaumur, Mémoire, t. 1v, pl. x7, fig. 3-8-9 , pour le dernier exemple, et pl. x1v, fig. 10, pour le premier, et pl. 1, fig. 6, 9 et 40; et Annales des Sciences Naturelles, t, x. Mémoire de M, Guérin, pour une larve de bolithop hile,
320 xxx° LEÇON. SECT. II, RESPIRAT. DES ANIM. ARTICULÉS.
coléoptères) ; que, dans tous les cas, ces segments ou ces arcs, de substance écailleuse, sont joints par une peau molle, susceptible de se plisser ou de se tendre beaucoup ; que cetie organisation de l’abdomen, qui est composé d’anneaux brisés, donne à l’insecte, au moyen des muscles sous-cutanés dont il est pourvu, la faculté de resserrer ou de dilater cette partie du corps, d’en diminuer ou d'en augmenter la capacité. C’est dans cette ligne de, jonction, qui se voit sur le bord de la face dorsale de lPabdomen (les coléoptères ), ou bien à sa face abdominale (les sauterelles), que se passe la plus grande étendue de ces mouvements.
On voit cette ligne de jonction tantôt former un sillon profond, ou une suite de plis ondulés ; tantôt se distendre et montrer une surface unie. Dans le premier cas, le segment abdominal de chaque anneau est rapproché du segment dorsal; il en est éloigné dans le second. "
Chez les libellules. il n'existe qu’un sillon le long de la partie moyenne de la face abdominale, et conséquemment une seule interruption des anneaux. Ce sillon s'ouvre ou se ferme dans les mouvements de contraction et de dilatation alternatifs de ces anneaux, mouvements qui se succèdent sans interruption. Lorsque ce sillon se ferme, l’anneau devient plus convexe en dessus ; il s'aplaiit, au contraire, quand le sillon s OUVTre.
Un autre mouvernent, qui augmente ou diminue la capacité de la cavité viscérale abdominale, est celui qui raccourcit où allonge cette capacité, en faisant rentrer plus ou moins les uns dans les autres les anneaux de l'abdomen, ou en les rapprochant les uns des autres,
ART. lII. DANS LES INSECTES. 521 et qui peut les éloigner alternativement. Ces mouvements se passent dans la peau molle et élastique qui les réunit.
Il est facile de concevoir qu'ils doivent servir indirectement, ou même directement, à comprimer les réservoirs aériens et à les dilater, et conséquemment à en expulser une partie de l'air qu'ils renferment, ou bien à y faire entrer l'air atmosphérique.
Sans doute les trachées vésiculaires sont beaucoup plus susceptibles de cette compression que les trachées tubulaires ; mais aussi les premières ne se rencontrentelles que dans les insectes parfaits, dont le corps a des parois écailleuses en grande partie, et moins susceptibles de se resserrer; tandis que les larves, qui n’ont jamais que des trachées tubulaires, plus difficiles à comprimer, ont plus généralement la peau molle, uniformément contractile, et susceptible de diminuer bien davantage, par sa contraction générale, la capacité de la cavité abdominale.
D'un autre côté, les trachées tubulaires, plus difficilement compressibles, reprennent promptement, par suite de l’élasticite de feurs parois, le diamètre qu’elles ont perdu par cette compression extérieure, et cette dilatation doit suflire pour y précipiter l’air du dehors.
Les mouvements imprimés à l’air des trachées abdominales, par les parcis de cette région, doivent se propager dans l'air de toutes les autres trachées du thorax, de la tête et des membres.
Ainsi, chez les insectes, comme dans les animaux supérieurs, le mécanisine des mouvements des parois abdominales appartient essentiellement à la fonction de la respiration. |
522 xxx° LEÇON. SECT. 11. RESPIRAT. DES ANIM. ARTICULÉS.
B. Mécanisme de la respiration chez les Insectes à respiration aquatique.
[ Nous avons signalé et décrit avec assez de détails ces singuliers organes, que nous avons appelés branchies pneumatiques, qui prennent l'air combiné à l’eau, et différent essentiellement des branchies des annélides ou des vertébrés, en ce que cet air n’y est pas immédiatement mélangé ou combiné avec le fluide nourricier, mais qu'il y passe dans des trachées que renferment ces branchies modifiées , lesquelles le versent ensuite dans les réservoirs aériens de ces animaux aquatiques,
Il y a sans doute là une opération à la fois mécanique et chimique que M. Dutrochet a tenté d'expliquer par des expériences ingénieuses (1).
Toutes les fois que ces branchies pneumatiques sont extérieures, et c’est le cas le plus ordinaire, elles se déploient dans l’eau, qui se renouvelle facilement autour de ces organes, soit par les courants de ce liquide, soit par les mouvements de l’animal. .,
Mais lorsque ces organes sont intérieurs, comme ceux des libellules et des œhsnes, et placés dans une sorte de cloaque, dilatation da rectum , un mécanisme particulier sert à y conduire l’eau ou à l’en expulser sd la respiration.
La partie antérieure et dilatée du rectum, qui contient
(4) Du Mécanisme de la respiration des insectes , Mémoire pour servir à lhistoire anatomique et physiologique des végétaux et des animaux, t. 11, p. 418 et suivantes.
cet appareil, a des parois très-musculeuses, dont les faisceaux, ayant différentes directions, les resserrent en tous sens, et en expulsent l’eau. Cinq rubans musculeux longitudinaux, qui se voient dans la dernière portion beaucoup plus étroite de cet intestin, servent à la fois à l'ouvrir et à le raccourcir, et conséquemment la voie par laquelle l’eau est attirée dans la vessie respiratoire, qui se dilate à cet effet. Un double rang d’écailles mobiles, au nombre de six. dont les trois intérieures sont arrondies et les trois extérieures alongées et pointues, ferment extérieurement en se rapprochant, ou découvrent en g'écartant l’anus extérieur, qui est l’entrée ou l'issue de cet appareil. ]
ARTICLE IV
Des organes de la respiration dans les Annélides.
[A l’époque de 1804, qui est celle de la rédaction de cet article, dans notre première édition, par M. Cuvier Jui-même, | il n'’admettait, chez les sangsues et les lombrics, ainsi que chez les thalassèmes, d’autres organes de respiration que la peau et le lacis vasculaire qui s’y distribue ; [ de là le nom d’Ænnelides abranches, par lequel il a désigné plus tard l’ordre de ces animaux. ] Dans les autres genres, M. Cuvier a bien décrit les crêtes ou les panaches qui servent à la subdivision des vaisseaux sanguins respirateurs.
Ceux qui nagent librement dans l’eau (les Annélides dorsibranches) ont les organes répartis également des deux côtés, le long d’une partie plus ou moins consi-
534 xxx° LECON. SEQT. II. RESPIRAT. DES ANIM. ARTICULÉS.
dérable de leur dos. Ceux qui vivent dans des tuyaux, les Annélides tubicoles, les portent, le plus souvent, du
côté de la tête, pour pouvoir mieux les exposer à l’ac-
tion de l’eau.
Dans tous ces animaux, chaque branchie est pourvue d’un système vasculaire, comme dans les classes les plus élevées ; mais ici s'arrête la respiration par expansion du système vasculaire.
$ I. Des organes de la respiration.
[Nous les examinerons successivement dans les trois ordres de la classe, et nous aurons l’occasion de trouver, dans cet examen, des différences bien sensibles dans la structure de ces organes, suivant que nous les étudierons dans les Annélides tubicoles et dorsibranches, animaux marins, qui ne sortent pas de l'eau, et qui n’ont conséquemment que des organes de respiration aquatique ou de véritables branchies; ou suivant que nous chercherons à bien apprécier leur existence et leur nature dans les Annélides dites abranches, qui vivent dans la terre humide, comme les lombrics, ou qui
peuvent exister plus ou moins long-temps à l’airetàla,
surface du sol pour y poursuivre une proie, telles que certaines nephelis, où pour sucer le sang des animaux et de l’homme, telles que les sangsues parmi les Hirudinées. ]
À. Dans les Annélides tubicoles.
Les branchies des serpules forment, aux deux côtés de la bouche, deux superbes éventails, à branches en forme de plumes, à tige longue et à barbes courtes, teintes des plus belles couleurs. Le nombre des plumes
de chaque éventail varie selon les espèces, ainsi que la courbure générale de chaque éventail. [Dans l'espèce commune (serpula contortuplicata), les branchies sont souvent d’un beau rouge, ou variées de jaune et de violet ; sans doute suivant l’activité de la circulation dans ces organes. Elles sont quelquefois bleues dans la serpula vermicularis. Les filets sont beaucoup moins nombreux dans un genre voisin, les Spirorbes. ]
Les Sabelles, du moins les vers que je nomme ainsi (comme l’Amphitrite ventilabrum, Lixx.), ont aussi leurs branchies en éventail, comme les serpules; quelquefois l'éventail est contourné en spirale, et les deux branchies de grandeur inégale. [Dans la sabella protula, Cuv., les branchies sont d’une belle couleur orangée. Elles sont vertes dans une autre espèce à sang vert (1). Dans d’autres espèces, les branchies forment deux spirales égales. D’autres différences de forme peu importantes pour l'anatomie ou la physiologie, caractérisent les groupes de ce genre (2).]
Les térébelles ont aussi des branchies en forme de petits arbres rouges touilus; mais au nombre de trois paires seulement, et placées sur la partie du dos la plus voisine de la tête. [Ces branchies sont d'un beau rouge, lorsque le sang les remplit (5).]
Dans les amphitrites, elles sont au même endroit,
(4) Nouvelle édition du Régne animal, pl. 1, fig. 2. — (2) Voir le Régne ani- | mal de M. Cuvier, t. 111, p. 492 et 193, pour les détails qui ont servi à caracté- | riser ces groupes. — (3) Voir la nouvelle édition du Régne animal, pl. b, pour | celles de la térébelle nébuleuse, et pl. e, pour celles de la térébelle coquillère. Les dessins originaux de ces planches sont de M, MHiéne-Edwards.
5926 xxx° LEÇON. SECT. II. RESPIRAT. DES ANIM. ARTICULÉS
mais en forme de peigne (1), et au nombre de deux paires seulement. [Des espèces, séparées par Savigny des amphitrites sous le nom générique d’hermelles (entre autres l’amplitrite à ruche), auraient leur circulation branchiale dans des cirrhes qui se voient à chaque segment du corps (2). |
B. Dans les Annélides dorsibranches. ;
L’arénicole à quatorze paires de branchies qui gccu-
pent la moitié du dos, et qui ressemblent à de petits à buissons touflus, du plus beau rouge carmin, lorsque le à sang les gonfle, et redeviennent pâles, lorsqu'elles s’af- à faissent (3). | À
Les Amphinomes ont les branchies en forme de de houppes ou de panaches plus ou moins compliqués (4). 3
Dans les Chloës, Sav., sous-genre de ce groupe (l’amphinome chevelue), les branchies représentent des feuilles bipennées, comme celles de fougères, et sont du plus, beau rose. Il y en à trente paires. Dans les Pléiones, autre sous-genre du même groupe (la P. tétraèdre et la P. caronculée), «e ne sont que de gros faisceaux de, filaments; il ÿ en a autant que d’anneaux.
[Les Eunices ont aussi des branchies en forme de panaches (5).] Lu
Dans les Neéréides, il y à de petits cônes charnus, au
(4) M. Cuvier, Règne animal, t. 1, p. 494. — (2) M. Mine-Edwards, Mémoire sur la circulation des Annélides. Annales des Sciences Naturelles, t. x, p. 208, et Règne animal, nouvelle édit. pl. 1, fig. 5. — (3) Règne animal, nouvelle édit., pl.1, des annélides, d’après un dessin de M. Milne- Edwards. — (4) M. Cuvier, Règne animal, t. 11, p. 488.— (5) Régne ani > Pl. 1, fig. 2, à, pour celles de l’eunice sanguine. P
nombre de deux ou trois de chaque côté d’un anneau; les vaisseaux sanguins y forment des ramifications d’une délicatesse admirable. Quelquefois, au lieu de ces petits cônes, on voit de vrais filaments groupés en pinceaux de trois, de sept, ou même en panache; ou enfin de petites lames minces et larges.
[ Ces différentes formes de RE ayant servi i de caractères pour la distinction des genres, ont été suffisamment indiquées dans le Règne animal; nous ne nous y arrêterons pas (1).
Les branchies des Aphrodites varient de même dans leur forme et leur développement. ] Dans les halithées, SAv. (l’aphrodite hérissée), ce sont de petites crêtes charnues, ressemblant un peu à celle du coq, placées audessous de chaque tubercule portant des épines. Il y en a une quarantaine de paires. Dans les polynoëés (aphrodite écailleuse), ce sont de petits faisceaux de filaments.
[ Les chœtopteres, Guv., ont des branchies très-développées, comme des diaphragmes attachés aux segments moyens du corps (2). |
D. Dans les Annélides abranches ou endobranches.
[M. Cuvier nomme abranches le troisième ordre des Annélides, parce que, dans son opinion, les unes respirent par la surface de leur peau, ce sont les lombrics ;
les autres, comme les hirudinées, par des cavités intérieures.
Les détails dans lesquels nous allons entrer montre-
(4) Jbid., pl 1, a, fig. 4 et 3, pour les réréides de Harasse, et Nephtys de dis ?)Ibid,, pl. 40, fig, 4.
528 xxx° LEÇON. SECT. IF. RESPIRAT. DES ANIM. ARTICULÉS.
# E ront qu'il serait peut-être plus exact de désigner ce
groupe sous la seconde dénomination que nous lui donnons, depuis plus de dix ans, dans nos cours publics.
En effet, parmi les Abranches sétigères, qui forment la premiére famille de cet ordre, les Lombrics parais-
sent avoir réellement des organes de respiration inté-
rieurs.
Ce sont des vésicules formant un sac replié sur lui-même, ayant son embouchure dans un pore latéral, contractile, qui se voit à la face ventrale de chaque anneau (1). Ces vésicules sont toujours remplies d’eau ; leurs parois sont trés-vasculaires, ainsi que celles d’une membrane qui lui est adhérente, et qui, réunie à sa symétrique, forme une sorte de diaphragme incomplet, qui flotte dans chaque portion de la cavité viscérale, que circonscrivent deux diaphragmes musculeux. #"
Le sang qui a respiré dans cet organe compliqué, par une sorte de respiration péritonéale, pour les lames membraneuses que nous venons d'indiquer, et pulmobranchiale pour les vésicules ; celui qui revient des capillaires de la peau, retourne dans le grand tronc dorsal par les branches abdomino-dorsales (2).
De sorte que cette petite circulation dans chaque vési-
(T) I ne faut pas confondre la double série de pores de la face abdominale avec la série médiane de pores dorsaux ; Meckel a cru, à tort, que ces derniers étaient les embouchures des vésicules intestiniformes. Ce sont des pores péritonéaux qui donnent cours à l’eau ou aux humeurs contenues dans Ja cavité viscérale, et qui baignent les lames membraneuses attenant aux vésicules. — (2) Nouvelles observalions sur les Annélides a branches sétisères, par M. Dugès, Annales des Sciences Naturelles, deuxième série, t. 8, p. 26, et pl, 1, fig. 41 et 42,
ART. IV. DANS LES ANNÉLIEES. 324 cule peut avoir lieu ou s'arrêter, sans que le torrent qui s'écoule par le grand tronc latéral en éprouve un obstacle.
Dans les Hirudinées, et particulièrement dans la sangsue médicinale, on à déterminé, comme des organes de respiration, deux séries latérales symétriques de vésicules rondes, analogues à celles des lombrics, sinon pour la forme, du moins pour l'usage.
Ces vésicules, que quelques-uns regardent comme des cryptesmuqueuses, renferment, à la vérité, un fluide limpide et un peu muqueux. Chacune d'elles commu nique au dehors par un très-petit orifice, dont la double série se voit du côté de la face abdominale de la sangsue,
Le nombre de ces vésicules est variable, d’après les données des zootomistes, qui en ont compté de onze à vingt-deux paires. On en trouve une paire tous les cinq anneaux. Leurs parois sont composées de deux membranes, dont l’interne est de la nature des muqueuses. C’est dans la membrane extérieure de ces vésicules, qui esttrès-vasculaire, que s’étalentles ramuscules sanguins respirateurs. Les uns proviennent de gros troncs dilatés inégalement, et repliés sur eux-mêmes en forme d’anses (1), sortes de cœurs pulmonaires, analogues à
(4) M. de Blainville, Dict, des Sciences Naturelles, t, 47, p. 209, et M. Brandt (Zool. Médic. ), les regardent comme la partie sécrétoire des mucosités dont la poche ronde est le réservoir. Kunzmann (Anat. phys. Untersusch. über Blutegel. Berlin, 1817) n’a pu y découvrir de canal ; Weber (Archiv. de Phys., pour 1828) n’en à vu provenir aucun vaisseau. Meckel en conclut que leur usage physiologique est encore incertain. Je cite ces exemples pour prouver combien la vérité sur l1 détermination de ces organes, qui, je crois, est exprimée dans notre texte, a eu de peine à se faire jour.
= < se
530 xxx LeCON. SÉÛT. il: RESPIRAT. DES ANTM. ARTICULÉS.
ceux des eunices, ainsi que nous l'avons déjà exprimé à (tom. vi, pag. 425 de cet ouvrage); les autres se rendent dans un rameau qui se réunit à un rameau cutané, CA pour former une branche du grand tronc latéral. C’est | aussi avec ce grand tronc latéral que le cœur pulmonaire est immédiatement en rapport. M. Dugés a vu parfaitement les mouvements de diastole et de systole
dans la néphelis vulgaire (1).
On ne connaît pas d'organes particuliers de respira-
tion dans les naïdes, sinon une partie de la peau qui paraît plus spécialement destinée à cette fonction ; c'est celle de l'extrémité postérieure du corps, dans laquelle les vaisseaux sanguins forment un réseau plus riche qu'ailleurs et très-remarquable. Nous l'avons in-
diqué volume vt, page 429.
On voit, par cette histoire anatomique des organes de respiration dans les Annélides, qu'ils varient beau-
coup dans leur forme et dans leur développement proportionnel; qu'ils sont secondés dans leurs fonctions,
chez plusieurs (les Hirudinées), par les réseaux capillai-
res de la peau; que chez d’autres (les naides, plusieurs
néréides), la respiration n’a plus d’organe distinct, et |
que Ja peau seule en est chargée.
Cette respiration est aquatique pour l'immense majorité des Annélides. Celles mêmes qui peuvent vivre dans l'air ont leurs capsules respiratrices constamment remplies d'eau, et, si leur sang est oxygéné immiédiatement par l'air atmosphérique, quand Jeur corps s’y trouve plongé (la sangsue médicinale, la néphélis vorace), ce n'est que par les capillaires de la peau.
{2} Physiologie, t, 2. p. 556, ef Annales des Sciences Naturelles. Mém. cit,
Au reste, nous sommes loin de regarder comme définitive et complète l'histoire anatomique et physiolo- - gique de la fonction de la respiration chez ces aninraux. Nous pensons au contraire qu'il y aurait encore des observations et des expériences comparatives à faire à ce sujet, entre autres sur les espèces des différérits genres de la famiile des Hirudinées (1). |
$ 11. Du mécanisme de la respiration dans les Annélides.
[Quelle que soit la forme des branchies dans les deux premiers ordres de la classe, ce sont toujours des appendices de la peau qui sont soumis, directement ou indirectement, à l’action des muscles sous--cutanés, ét qui peuvent être agités par eux.
__ Ensuite, comme tous ces animaux vivent const:tmment submergés dans l’eau de la mer, l'agitation des flots renouvelle autour d’eux le fluide respirablé.
Ceux qui s'enferment dans des tubes en sortent quand ils veulent respirer, et déploient au dehors les arbres respiratoires qui constituent leurs branchies.
Ici la circulation branchiale dépend de l'épanouissement des branchies, et ces organes se colorent par le sang qui y afflue, ou se décolorent alternativement quand l'organe, par ses contractions, a expulsé des vaisseaux branchiaux le sang dontils étaient gonflés l'instant auparavant.
(1) Un de mes élèves, M. Roth, actueïement pharmacien à Stesbourge, a répété et multiplié ies expériences, sur l'existence possibie des sangsues dans des gaz el ces subster ces irrespirables, mêèmeles pics délétères pour îes autres animaux ;i!l en résuiteiuit que ces animaux peuvent se ÿasser de respiraiien bien au de)à du terme assigné par Îles expériences faites précéscninent,
532 xxx° LECON. SECT. III. RESPIRATION DES ZOOPHYTES.
Le mécanisme de ces alternatives de flux et de reflux aurait besoin d’être étudié spécialement. On sait qu'il se compose, pour les arbres branchiaux des Térébelles, de fibres musculaires très-évidentes, qui forment une gaine aux vaisseaux sanguins, et se contractent avec énergie sur ces vaisseaux (t. vi, p. 420 et 488, note 1).
Dans les Annélides dites abranches, comme les lombrics etles hirudinées, qui ont des vésicules respiratrices, ce sont les mouvements de contraction ou de dilatation des muscles sous-cutanés qui doivent comprimer ces vésicules , ou servir à les dilater.
Ces mouvements, ou leur effet sur ces vésicules, sont d’ailleurs subordonnes à l’ouverture, ou à l’occlusion des orifices par lesquels elles communiquent au dehors. Chacun de ces orifices se contracte facilement pendant la vie de l'animal, sans doute au moyen d’un sphincter dont il est entouré. |