I. Dans les Tuniciers Trachéens
Cette Sous-classe, qui se compose delà famille des Bip h or es, paraît vivipare.
§ 1. Des organes préparateurs femelles.
Dans le salpa scutigera, on voit, dit M. Guvier (2), un amas de petit? grains bruns formant un disque ovale dans l'épaisseur de la protubérance transparente, audessus des viscères de la digestion. L'oviducte est placé au-dessus de la masse du foie et des boyaux, contourné en portion de cercle. Sa structure paraît consister en petites capsules enfilées les unes à côté des autres, lorsqu'il est rempli d'une chaîne de biphores qui s'y sont développés comme dans une matrice.
« Les Sthalies [salpa erislata) ont deux ovaires. » Ce sont deux corps oblongs , situés, comme les autres » viscères, entre la tunique intérieure et l'extérieure , » à 1 opposite de ces viscères , c'est-à-dire au côté » dorsal.
» Chacun de ces corps est un cylindre replié en zig- » zag composé d'une substance grenue, ou mieux un » tube contenant des ovules (3). »
(1) Voici le peu de mots qu'on y trouve sur les moyens de propagation de cette classe. « J'ignore si les Acéphales nus [biphores et ascidies) ont des différences mnrrjuces dans leur multiplication. » (2) Mém. <"ité,p. 20, et pi. 120 et 121 duRegneanim.nl. (3) Mémoire de M. Cuvier sur les thalides et les biphore9 , p. 12.
500 XXXVIe LEÇON. 0?iG. DE GÉNÉRATION DES MOLLUSQUES.
M. Meyen les a vus, à l'état frais , de couleur bleuâtre ou violette ou incolores (1).
§ 2. Des organes préparateurs mâles.
Leur existence est encore problématique dans les animaux de cette sous-classe. A la vérité on a cru voir (2) le testicule, dans lesalpa mucronala, en avant du ganglion unique et conséquemment à la face dorsale du sac , près de l'ouverture antérieure ; mais cette détermination ne peut être considérée que comme une supposition, jusqu'au moment où Ion aura démontré, dans cette partie , l'existence des spermatozoïdes.
H. Dans la Sous -classe des Tuniciers Ascidiens ou Thoraciques.
Cette Sous-classe se distingue de la précédente, des autres Classes du même type et de celles des Articulés et des Vertébrés par ses deux modes de propagation. Lorsque ces animaux forment des agrégations régulières ou même irrégulières , mais fixées et non libres, ils peuvent se propager par bourgeons ou par germe adhérent.
Ce mode de propagation établit un rapport de plus entre ces Tuniciers et les Polypes cellulaires , que nous appelons encore ascidiens.
11 a été constaté pour les Ascidies composées , formant des agrégations fixées , et même, parmi les Asci-
(1) Premier mémoire sur les Salpa , communiqué à l'Académie des curieux de la nature, le 28 septembre i832, (2) O. ct, pi. XXVII, fig. 3 B. et fig. 7, 8, 9 et 10.
dies simples , pour les clavelines , dont les téguments restent mous et conservent dans cet état de composition organique plus de vitalité (i).
L'autre mode de propagation , celui par germe libre ou par œuf, est plus complet que dans la premier0 sous-classe, puisqu'on a reconnu , dans le même individu, l'organe préparateur des ovules et celui de la semence.
§ 1 . Organes préparateurs mâle ou femelle , dans 1 Ordre des Ascidies simples ou agrégées irrégulièrement.
M. Cuvier semble indiquer que l'ovaire, dans le? ascidies, est situé séparément du testicule, entre la tunique propre et la tunique branchiale , où il a trouvé quelquefois de petits grains que je suis disposé^ dit-il, à prendre pour des œufs.
On ne peut guère considérer, ajoute-t-il, que comme appartenant à la génération un organe glanduleux, blanchâtre , placé entre les replis de l'intestin avec le foie, mais dont le canal extérieur, souvent très ondulé, suit le rectum , et y débouche tout près de son extrémité.
Gomme le rectum débouche dans la dernière production de la tunique propre, il ne serait pas impossible, ajoute encore M. Cuvier, que la liqueur séminale, versée par le conduit excréteur dont j'ai parlé, allât féconder les œufs du même individu, placés comme
(i) Comptes-rendus de l'Académie des sciences, t. IX, p. 5o,3, 1809. Mémoire de M. Milne Edwards ; et Règne animal , pi. GXXVll drs Mollusques , fig. 2 et 3.
je viens de le dire; il serait possible aussi quelle se répandît an dehors pour féconder ceux que d'autres individus auraient pondus dans le voisinage; cependant, comme les ascidies n'ont point de locomotion, je pense qu'elles doivent se suffire à elles-mêmes ( i ).
Remarquons que, dans les descriptions particulières, l'organe que M. Cuvier semble considérer comme le testicule, dans sa description générale , est désigné sous le nom d'organe génital, et que son canal excréteur n'est plus le canal séminal, mais le canal génital , comme si cette glande était hermaphrodite et le canal commun aux deux organes réunis (a,).
Dans Yascidia mentula , le canal de la génération , au lieu de se terminer dans le rectum, finit au même point que lui (3).
D'dnsVascidia canina Millier, l'organe génital forme une masse bien séparée des viscères, logée dans un repli de l'intestin. Le conduit génital marche à côté du rectum , et se porte plus en avant que lui , dans la deuxième production de la tunique propre.
§ 2. 0 rganes préparateurs mâle et femelle dans F ordre des Ascidiens composés ou agrégés régulièrement.
a. \1 ovaire unique est situé dans une loge péritonéale particulière de la cavité abdominale, au-dessous des viscères servant à l'alimentation. Il se termine par un canal excréteur , l'oviducte , qui aboutit au cloaque (4).
(0 M. Cuvier, mémoire sur les Ascidies, p. i4 et i5. Voir encore le Piègïie animal, pi. CXXVIIÏ, d'après un dessin de M. Milne Edwards. (>.) M. e. de M. Cuvier, p. 22. (3) Ibid., p. 24. (4) Voir Saviqny dans l'ouvrage sur 1 Egypte et sa publication séparée sur les animaux sans vertèbres. Voir encore Règne animal, pi. JXXIX des Mollusques.
b. La glande s permagène est située, comme l'ovaire, clans le fond de la cavité abdominale. Le canal déférent est long et très délié ; il va se terminer au cloaque, où nous venons de dire que l'oviducte aboutit, et où s'opère probablement la fécondation. Au temps du rut, cet organe et son canal excréteur sont remplis d'un liquide qui fourmille de spermatozoïdes (1).]
ARTICLE II
DES OVULES ET DES ŒUFS , OU DU PRODUIT DES ORGANES PRÉPARA- TEURS FEMELLES DANS LE TYPE DES MOLLUSQUES.
A. Dans la classe des Céphalopodes , les œufs [ou plutôt les ovules ] grossissent inégalement [ dans l'ovaire], et au bout d'un certain temps, on les y trouve gros, pressés les uns sur les autres , et anguleux.
[Les ovules se développent dans le tissu fibro-celîuicux de l'ovaire, font peu à peu saillie au dehors, se détachent de plus en plus, enveloppés de la capsule que leur fournit l'ovaire , et qui ne tarde pas , à mesure des développements de l'ovule, à n'y plus tenir que par un pédicule. Plusieurs ovules, se développant à peu près en même temps, tiennent entre eux par leurs pédicules j qui deviennent ainsi des rameaux d'une même branche.
Les ovules sont d'abord sphériques; ils prennent une forme ovale dans le dernier degré de leur développement, et sont disposés de manière que le pôle
(i) Comptes-rendus de l'Acade'mie des sciences , t. X, p. 5y2, et Règne animal, pi. CXXX des -Vollusques, fig. 2, 9, d'après un dessin de M. Mil ne Edwards.
504 XXXVIe LEÇON. ORG. DE GÉNÉRATION DES MOLLUSQUES.
obtus est le plus rapproché clu pédicule. C'est au contraire au pôle aigu et libre que se voit la vésicule germinative et la tache de ce nom. Le reste de la substance de l'ovule est un vitellus granuleux enveloppé d'une membrane vitelline.
L'ovule, dans son développement, outre les changements de forme que nous venons d'indiquer, en éprouve dans sa composition. 11 a d'abord sa surface tout unie. Dans un degré plus avancé, elle devient inégale, et finit par montrer des sillons et des bosselures ou des cannekires, dont la disposition varie suivant qu'on les observe dans la seiche , le poulpe , Yélédon, Y argonaute, le nautile (1).
Ces saillies et ces sillons s'effacent dans un degré de développement plus avancé; et lorsque l'ovule est mûr, et qu'il est sorti de sa capsule pour tomber dans la poche de l'ovaire , sa surface est de nouveau tout unie.
La vésicule germinative et la tache germinative disparaissent de même dans l'ovaire, ce qui fait présumer que la fécondation pourrait s'effectuer dans cette poche.
L'oeuf complet de la seiche officinale est un sphéroïde assez semblable aux grains de certains raisins (2). A l'un des pôles est une proéminence ou un mamelon conique et arrondi. Le pôle opposé se prolonge en un pédicule plus ou moins long que l'animal contourne en forme d'anneau autour des corps sous-
(1) D'après les observations de MM. R. Owen pour le nautile, Déllé- Ghiaje pour Yélédon, Krohn pour \a poulpe, et Kœlliker pour la seiche.. le calmar et \' argonaute , o. c. de M. Kœlliker, pi. II, tig. n, 12 et \q.
2) Sur les œufs de seiche, par M. le baron Cuvier, Nouvelles annales du Muséum, t. I, p. 1 53, et pi. VIII. Paris, i83;>.
marins. Un certain nombre de ces œufs, ainsi accrochés les uns près des autres, forment une grappe que le vulgaire appelle raisin de mer.
Le pédicule et la coque, dont il estime production, sont dune substance comparable à de la gomme élastique , mais beaucoup moins tenace dans la coque, plus ductile dans le pédicule. Celui-ci, dans l'opinion de M. Guvier, doit avoir été formé par l'action de la mère , qui a dû le façonner ou le contourner différemment suivant la grosseur ou la forme de la branche de fucus ou de tout autre corps auquel elle l'a attaché.
La coque se compose d'un certain nombre de couches ou de feuillets, faciles à détacher les uns des autres, dans l'état frais, noirs pour les plus extérieurs, et de moins en moins colorés vers l'intérieur : aussi pense-t-on qu ils sont noircis par l'encre de la seiche au moment où ils parviennent dans l'entonnoir.
La coque est doublée par une membrane transparente fixée aux deux pôles, et qui embrasse à la fois le vitellus et le germe. Cette membrane, dans les œufs qui viennent d'être pondus, contient une substance glutineuse assez limpide , le vitellus lui-même et sa membrane vitelline (1).
On rencontre déjà dans la coquille de la mère les œufs de Xargonaute réunis en grappes à une tige commune.
Ceux des calmars sont agglomérés dans un cylindre gélatineux allongé, comparable aux chatons de certains arbres, ayant d'ailleurs une enveloppe membraneuse commune. Les poulpes les rendent de même;
(i) M. Cuvier, Hid., p. i55.
mais, au lieu d'un cylindre, le nidamentum qui les réunit d'un côté seulement, est en forme de ruban.]
B. Chez les Gastéropodes .
[Les ovules des Gastéropodes tels qu'on peut les observer dans l'ovaire y sont extrêmement petits, et composés cependant , comme toujours, d'un vitellus contenu dans la membrane viteîline , d'une vésicule germinative et de la tache germinative. Le chorion et la quantité d'albumen qu'il renferme se forment chez les ovipares, soit lors du passage de l'ovule à travers la trompe ou l'ovuliducte, soit dans l'oviducte.
Il y a sans doute, à cet égard, des différences suivant la forme, le volume et la composition que l'œuf doit acquérir, et suivant la nature de ses enveloppes protectrices et nutritives, ordinaires et extraordinaires. Je classe dans cette dernière catégorie le nidamentum de substance gélatino-albumineuse contenue dans une capsule membraneuse plus ou moins solide , qui renferme un certain nombre d'oeufs. Ces œufs , dans ce cas, paraissent avoir très peu d'albumen. Il est au contraire très abondant dans les Gastéropodes ovipares, tels que les Pulmonès terrestres, qui pondent leurs œufs séparément et sans nidamentum. Cette circonstance me semble démontrer que ce nidamentum est un albumen commun, qui sert à la nutrition des embryons.
Le nombre de ces œufs chez les Gastéropodes Pulmonès terrestres est généralement moindre que celui observé chez les Gastéropodes marins, quoiqu'il puisse s'élever à quatre-vingts dans une seule ponte; leur forme
est sphérique ou oblongue. Ils se composent d'une coque plus ou moins élastique, un peu calcaire dans quelques espèces, tapissée dans ce cas, à l'intérieur, de cristaux rhomboédriques de carbonate calcaire (i). L'albumen qu'ils renferment dans leur cborion est d'une grande proportion relativement au vitelius, qui est très petit. On compte quelquefois plusieurs vitelius dans un même œuf.
Les Pulmonés aquatiques, tels que les lymnèes et les planorbes , rendent leurs œufs dans un nidamentum de matière glaireuse ou gélatineuse, enfermé dans une capsule membraneuse transparente. Chaque capsule peut contenir j'usqu a 72 œufs. Ceux-ci, de forme ovale, sont de 1,7 à 2,2 de mill. de plus grand diamètre. Ils se composent d'un cborion et d'un albumen entourant le vitelius (2).
Ceux des zéphirines, parmi les Nudi branches , sont pondus dans une capsule cylindrique tubulée, arrangée en spirale (3). En général les Gastéropodes de cet ordre placent leurs œufs, en nombre variable, dans une capsule membraneuse déliée, de forme cylindrique ou aplatie , renfermant un nidamentum gélatineux, cristallin , qu'ils arrangent en spirale ou en lignes parallèles, en collant cette capsule aux corps submergés ou, aux plantes aquatiques. Chaque œuf
(1) Voir les Annales des se. nat. , t. XXV. Analyse microscopique de l'œuf du limaçon des jardins, par M. J.-F. Turpin , p. ^26. (2) Sur les planorbes et les planorbes et les lymnèes. Annales des sciences natur., 2e série, t. II, et pour les omfs des Zépliyrines, t. XIX, p. x34, pai* M. A. de Quatrefajjes. (3) Recherches sur le développement des Aplysles, par M. Van Beneden. — Sur le développement des mollusques, et des zoophytes, p.irM, Sars. Archives de Wie^mann pour 1840.
à'apli/sie renferme jusqu'à cinquante viléljiis, flottant dans un albumen commun.
\jes janthines y parmi les P ectinibr anches , placent les capsules remplies d'ovules analogues aux précédents, sous l'appendice vésiculeux que l'on a considéré comme servant uniquement à la natation de ces animaux ; elles les y rangent horizontalement à côté les uns des autres comme des pavés (1).
Les autres Pectinibranches enferment leurs oeufs, en grand nombre, dans une enveloppe coriace ou cornée, avec un liquide albumineux qui supplée sans doute à la petite quantité d'albumen que chaque œuf a dans son chorion.
Cette capsule d'oeufs multiples varie beaucoup pour la consistance, la forme et le volume , suivant les genres et les espèces: tantôt elle est libre et flottante, et prend la forme sphérique ou un peu ovale et le volume d'un gros œuf de poule. Telle est la capsule ovarienne de la voluta brasiliensis de substance transparente , flexible, subcornée, qui renferme quinze à vingt œufs dans un liquide albumineux très aqueux (à)'.
Tantôt elle est fixée isolément sur un pédicule. Le plus souvent le mollusque en pond successivement un grand nombre de formes très variées, qu'il fixe à côté les unes des autres ou qu'il agrège les unes sur les autres, et en forme une masse cylindrique, conique ou d'autre forme , toujours attachée aux corps submergés.
(■) Observation do M. Quoy. Voyage de l'Astrolabe ; Zoologie figurée; Règne animal de Cuvier, pi. XXXXV, fîg. 66 des mollusques; et M. Lund, mémoire cité plus bas. (2) Sur les œufs des mollusques recueillis en Patagonie , par Alcide d'Orbigtty. Annale» des sciences natureUes, t. XVIII , p. 1 2 r .
Chacune de ces capsules, de nature coriace, a une partie operculaire qui s'ouvre au moment de la sortie des petits (i).
Si l'on fait attention à la quantité d'oeufs que renferme chaque capsule et au nombre de ces capsules ainsi réunies par un seul individu , on ne pourra qu'admirer l'extrême fécondité de la plupart des Gastéropodes marins.
Quelques Pectinibranches vivipares , tels que la vivipare d'eau douce, n'ont pas besoin d'enveloppe protectrice pour leurs œufs, qui n'ont qu'un chorion pour dernière enveloppe.]
[C. Les œufs des Ptéropodes n'ont rien offert de particulier au petit nombre d'observateurs qui ont pu s'en occuper.]
[D. Ceux des Acéphales testacès , généralement très petits et extrêmement nombreux, toujours séparés les uns des autres, sans nidamentum et sans capsule commune, passent dans les branchies ou restent dans le manteau pour le développement du fœtus.
Ces lieux d'incubation, où l'œuf reçoit des organes de la mère toute la protection dont il a besoin , fait qu'il n'a, chez ces mollusques, que la composition ordinaire.
(i) Recherches sur les enveloppes d'oeufs des Mollusques gastéropodes pectinibranches, etc., par M. A. Land. Annales des se. nat., 2e série, t. VII, p. 84 et pi. VI.
510 XXXVIe LEÇON. ORCt DE CtÉNERATION DES MOLLUSQUES.
ARTICLE Iîî.